Famille Moench

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La famille Moench est une famille d'industriels protestants français, établis à Nancy, à l'origine de la levure ALSA, et qui a donné également un aviateur, Christian Moench.

Émile Moench, le fondateur[modifier | modifier le code]

Émile Joseph Jules Moench est né le à Montreux-Vieux dans le Haut-Rhin, en Alsace annexée par l'Empire allemand à la suite du traité de Francfort. Il travaille comme aide-cuisinier dans les Wagons-lits puis à Vienne comme apprenti. C’est là qu’il prend connaissance, auprès de son patron, de nouvelles levures chimiques en cours d’essais. Il décide alors de s'installer en France, en 1896, près de la frontière à Igney-Avricourt, pour y tenir une petite boutique d’épicerie.

Dans son arrière-boutique, il utilise ses connaissances de boulanger pour fabriquer un mélange permettant de préparer un « flan alsacien » vendu dans un emballage rose sous la marque « Alsa », décoré aux emblèmes de l'Alsace : cigogne et bonnet alsacien. À la suite de l'essor de son activité, il transfère la production dans une petite usine à Nancy en . Il acquit alors la nationalité française le , la loi le lui permettant.

Au début de la guerre, il décide de se replier à Mirecourt. Après la guerre, il revient à Nancy avec de nouvelles idées, notamment de diversification de sa production. Outre la « levure chimique », il produit à partir de 1930 des sachets de sucre vanillé, d’œufs en poudre, de mélanges pour gâteaux. Il doit déménager une nouvelle fois et s’installe rue Saint-Charles - qui allait devenir la rue Christian-Moench en 1947.

Le développement de son entreprise s'explique en partie par le soin porté à la publicité. Il crée ainsi une flotte de camionnettes de livraison qui portent le sigle de sa firme dans toute la France. En 1934, la maison Alsa dispose d’une cinquantaine de vendeurs et de 300 agents travaillant à la vente de levure chimique et des divers produits déjà cités. En 1936, il a l'idée de lancer un livre de recettes, 280 recettes de pâtisserie Alsa et devient le premier éditeur de livres de recettes. La famille Moench sut aussi utiliser la renommée de Christian, le fils cadet aviateur ; son avion arbore l’emblème Alsa et le récit des raids de l’avion Alsa figurant sur l’emballage des produits de la marque était un argument publicitaire qui a été largement utilisé.

L'entreprise devient une société anonyme en 1938, à la mort du fils cadet Christian, la « Société des établissements Moench et fils ».

À la déclaration de guerre en 1939, Émile Moench décide de replier ses activités loin des zones de conflit et transfère ses usines à Nantes, n’échappant pas pour autant aux bombardements. Le retour des installations à Nancy n'eut lieu qu’en 1947, en raison des séquelles des occupations successives des locaux par les troupes d’occupation allemandes suivies des troupes américaines.

Émile Moench, qui a épousé Elizabeth Dingers (née à Saint-Jean-en-Sarre le ), a eu trois enfants : Paul, né le à Avricourt, Irma, née le à Courcelles et Ernest-Christian, né le , à Avricourt.

Paul Moench, le successeur, industriel engagé à droite[modifier | modifier le code]

En 1948, Émile se retire et laisse la place à son fils aîné Paul, qui le secondait depuis l'avant-guerre. Paul Moench dirige l'entreprise pendant 10 ans; il meurt en 1958.

Paul Moench s'est parallèlement engagé à Nancy dans le monde du sport (il a présidé le groupe cycliste file-vite de 1930 à 1933 et a offert des prix pour ses épreuves, et en 1938-39 le cercle pugilistique lorrain[1]) et dans celui de la mutualité (président en 1932 du comité nancéien et administrateur de la Retraite mutualiste de Paris en 1933[2]). Ainsi que dans la vie politique, avant et après la guerre, à droite. En 1936-1937, à 35 ans, il est secrétaire général de la Fédération du Parti social français de Meurthe-et-Moselle[3]. Le PSF est issu des Croix-de-feu; il apparaît à Nancy en . S'il ne figure plus dans l'état-major départemental du PSF à partir de 1937-38, Paul Moench est toutefois l'un des administrateurs de la société ESLO, fondée à Nancy le pour éditer le périodique régional du PSF, L'Espoir lorrain, qui devient en L'Espoir de l'Est[4]. Après guerre, il devient le second délégué départemental du RPF, le parti politique du général de Gaulle, en Meurthe-et-Moselle. Il succède à Jean Lionel-Pèlerin, élu maire de Nancy[5],[6]. Puis il finança la fédération lorraine de l'UNR gaulliste au début de la Ve République[7].

Paul Moench est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1951[8].

En 1958, l'entreprise est rachetée par le groupe américain CPC (Corn Products Company). Alsa est ensuite une marque du groupe Unilever, à partir de 2000, puis du groupe allemand Dr. Oetker, depuis 2018.

Le « pilote-aviateur » Christian Moench (1905-1938)[modifier | modifier le code]

Christian Moench se nomme en réalité Ernest Christian Moench, mais il a préféré se faire connaître par son second prénom. Breveté pilote à titre civil en 1926, il est breveté militaire le . Il se fait connaître comme pilote de raid.

Les raids de Christian Moench ont été suivis quasiment au jour le jour, commentés avec enthousiasme et glorifiés par la presse régionale, notamment par l’Est républicain. Les étapes terminales ont été l’occasion d’accueil enthousiaste et de cérémonies officielles. Que ce soit au Bourget, à Nancy, à Tananarive, ou lors des étapes chinoises et de l’arrivée à Tokyo, des manifestations chaleureuses témoignent de l’engouement de l'époque pour les exploits aériens.

Les titres de gloire essentiels de Ch. Moench et de Johanny Burtin sont :

  • Paris-Tokyo-Paris en 1931.
  • à deux reprises, le vol Paris-Tananarive dont l’un, accompli à la fin de la même année en six jours, huit heures et cinquante minutes, ravissant le record de Bailly, Réginensi et Marsot (huit jours, neuf heures et quarante cinq minutes).

Au retour d’un voyage d’affaire à Saïgon en 1938, à bord d’un Percival « Vega Gull », immatriculé F-APOL, sans doute hâté par la réception d’un télégramme annonçant le décès de sa seconde fille, Christian Moench disparut dans le golfe Persique. Des débris de son avion ont été retrouvés le dans la mer, près de la petite île de Lafft, dans le voisinage de l’île de Kighm, à 70 km environ de Bender-Abbas. Le corps ne fut jamais retrouvé.

Le service funèbre célébré au temple protestant de Nancy fut l’occasion d’un rassemblement exceptionnel de représentants des autorités civiles et militaires.

Christian Moench était chevalier de la Légion d’honneur (1931)[9], et, depuis , présidait l’Aéro-Club de Nancy.

Peu après la disparition du pilote s’est fondée une association pour l’érection d’un monument du souvenir[10]. Outre les plus hautes autorités de l’État et des colonies, les plus grands noms de l’aviation civile et militaire figurent dans le comité d’honneur établi en 1939. L’association était gérée par un bureau dont les membres étaient des notables de l'Est. Des bons de souscription furent émis. Le monument a été érigé au plateau de Malzéville, l’inauguration devant avoir lieu en [11] mais n'a pas finalement eu lieu. Le monument a disparu pendant la guerre[12]. Une stèle imposante a finalement été inaugurée sur le plateau de Malzéville le . Quant à l’élément-clé du monument initial, miraculeusement préservé après maintes péripéties, une imposante fresque en béton moulé, il se trouve désormais à l’aéroport Metz-Nancy-Lorraine.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Est républicain, 24 janvier 1929 (il s'est d'abord intéressé au tir aux pigeons), Ibid., 15 mars 1930, Ibid., 6 décembre 1930, p. 5, "Le grand prix Paul Moench", Ibid., 26 mai 1931, p. 2 (initiateur et organisateur du circuit Lorraine-Bourgogne), Ibid., 7 octobre 1931, p. 4 (membre du comité du Stade universitaire lorrain, un club de football et de rugby), Ibid., 10 juillet 1934, Ibid. p. 3, Ibid., 26 juin 1938, Ibid., 19 janvier 1939, p. 6
  2. L'Est républicain, 24 septembre 1933, p. 3
  3. L'Est républicain, 22 décembre 1936, "L'arbre de Noël du Parti social français", p. 4, Le Télégramme des Vosges, 11 janvier 1937
  4. Jean-François Colas, op. cit., Le Petit Journal, 18 janvier 1938
  5. Le Monde, 21 juillet 1953
  6. François Audigier, Frédéric Schwindt, Gaullisme et gaullistes dans la France de l'Est sous la IVe République, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 105, 110, 119
  7. Jérôme Pozzi, Les mouvements gaullistes, Presses universitaires de Rennes, 2001, p. 279
  8. Dossier de la Légion d'honneur de Paul Moench dans la base Léonore
  9. Dossier de la Légion d'honneur de Christian Moench dans la base Léonore
  10. L'Est républicain, 1er février 1939, "Monument Christian Moench"
  11. L'Est républicain, 13 mai 1939
  12. L'Est républicain, 19 novembre 1945