Fait social

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le fait social est l'objet d'étude de la sociologie selon Émile Durkheim. En résumé, sont des faits sociaux tous les phénomènes, tous les comportements, toutes les représentations idéologiques, religieuses, esthétiques suffisamment fréquents dans la société pour être dits réguliers et suffisamment étendus pour être qualifiés de collectifs. Durkheim définit donc un fait social comme étant : "toute manière de faire, fixée ou non, susceptible d'exercer sur l'individu une contrainte extérieure" (Les règles de la méthode sociologique).

Selon Durkheim, le fait social dans une société est donc un phénomène suffisamment fréquent pour être dit régulier et suffisamment étendu pour être qualifié de collectif, qui est au-dessus des consciences individuelles et qui les contraint. Cette définition purement théorique fut une révolution pour l'époque. En effet le concept du fait social proposa une méthodologie empirique posant un regard nouveau sur la société et permit d'étudier une certaine catégorie de fait humain, les faits sociaux.

Ils consistent en toute manière d'agir, de penser, de sentir, fixée ou non, susceptible d'exercer sur l'individu une contrainte extérieure; et, qui est générale dans l'étendue d'une société donnée tout en ayant une existence propre, indépendante de ses diverses manifestations au niveau individuel.

Les deux classes de faits sociaux[modifier | modifier le code]

Dans les Règles, Durkheim délimite deux classes de faits sociaux. Les premiers sont des manières de faire d’une société et sont d’un ordre physiologique ou opératif. Ils incluent le code juridique d’une société, sa langue, ses croyances religieuses, sa conception de la beauté, ses manières de s’habiller, etc. Cette classe contient aussi des courants d’opinion, comme les taux de mariage, naissance, suicide, ou les tendances migratoires[1]. La deuxième classe de faits sociaux est d’ordre morphologique ; ce sont les manières d’être d’une société. Ils incluent « le nombre et la nature des parties élémentaires dont est composée la société, la manière dont elles sont disposées, le degré de coalescence où elles sont parvenues, la distribution de la population sur la surface du territoire, le nombre et la nature des voies de communication, la forme des habitations, etc.[2] » Même s’il n’est pas tout à fait évident comment ces faits sociaux influencent les pensées ou les actions d’un individu, ils ont bien les mêmes caractéristiques de contrainte et d’extériorité que la première classe. Finalement, Durkheim rejette la distinction entre les deux, indiquant qu’une classe est simplement plus concrète que l’autre.

La détermination des faits sociaux[modifier | modifier le code]

Comme les faits sociaux sont extérieurs à l'individu et doivent être expliqués « par les modifications du milieu social interne et non pas à partir des états de la conscience individuelle » afin de ne pas confondre les faits sociaux avec d'autres variables telles que la psychologie du sujet, son contexte familial, culturel, etc. Ces faits sociaux existent sans que nous ayons nécessairement conscience ni de leur existence ni de leur autonomie. En effet, un fait social peut être indépendant de l'individu, les faits sociaux existent « indépendamment de leurs manifestations individuelles[3]. » Le fait social s'impose à l'individu, qu'il le veuille ou non, et non le contraire. Il correspond à un système de normes établies pour et par la société et n'est que rarement modifiable autrement que par un bouleversement social ; l'homme acquiert nombre d'entre elles dès le début de son éducation et tend à en intérioriser une grande partie.

Il existe plusieurs moyens de reconnaître un fait social. Un des critères consiste en déterminant la résistance au changement d’une chose : « on reconnaît principalement une [fait social] à ce signe qu'elle ne peut pas être modifiée par un simple décret de la volonté[4]. » Ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas changer, mais il faut un effort laborieux pour le faire. Cette qualité des faits sociaux est liée à son caractère contraignant.

Un autre moyen pour déterminer un fait social consiste dans l’usage de statistiques, qui permettent de neutraliser les variations entre individus et finalement d'étudier une moyenne qui, pourtant, ne sera pas apparente dans la société et cela à cause des variables précédemment citées. Le fait social représente donc « un certain état de l'âme collective[5] ».

On peut toutefois mettre en évidence cette notion de contrainte grâce aux institutions, celles-ci étant antérieures à chacun d'entre nous donc légitimes, et aux sanctions qu'elles infligent. Elles peuvent être directes ou indirectes mais, dans tous les cas, elles ne cessent de rappeler à l'individu que ce sont les faits sociaux qui s'imposent à lui et non le contraire. Celui qui s'en écarte subira des sanctions de son entourage tels que le blâme, la réprobation ou la mise à l'écart. Ces sanctions peuvent aussi être organisées, à l'image des condamnations judiciaires ou religieuses.

Un vol, par exemple, peut être puni par une peine de prison, mais il existe également des sanctions moins manifestes et le phénomène de la mode est l'un des exemples les plus explicites : si un individu décide de porter une botte autour du cou, les moqueries et les regards amusés de son entourage constitueront une sanction à ce non-conformisme bien qu'il ne soit pas contraire à la loi. Autre exemple : un homme d'affaires va bien s'habiller non pas parce qu'il le veut mais parce que c'est la société qui lui impose le fait d'être bien habillé sinon il sera sanctionné par ses supérieurs.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile Durkheim, « Qu’est ce qu’un fait social ? » (Chapitre 1) in Les règles de la méthode sociologique, 1895

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Durkheim, Regles, p. 18-20.
  2. Durkheim, Regles, p. 21.
  3. Durkheim, Regles, p. 22.
  4. Durkheim, Regles, p. 29.
  5. Les Règles de la Méthode sociologique, Nouvelle Édition, Éditions Flammarion, Paris, 2010, p. 108.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Émile Durkheim (1900), « La sociologie et son domaine scientifique. » Lire en ligne la version française d'un article publié à l'origine en italien, « La sociologia e il suo domino scientifique » in Rivista italiana di sociologia, 4, 1900, pp 127-148. Réimpression dans Émile Durkheim, Textes. 1. Éléments d'une théorie sociale, pp. 13 à 36. Collection Le sens commun. Paris: Éditions de Minuit, 1975, 512 pages.
  • Claude Javeau, "Fait social", In Encyclopaedia Universalis, Paris: encyclopaedia universalis France, 2012. [En ligne] http://www.universalis.fr/encyclopedie/fait-social/