Faisceau de licteur
Les faisceaux des licteurs (en latin : fasces lictoriae) sont les objets, de nature symbolique, portés par les licteurs devant certains magistrats romains, regroupant deux instruments de punition : des verges et une hache. Il s'agirait d'un des nombreux apports des Étrusques aux Romains.
À partir de la Révolution française, le faisceau du licteur est utilisé comme symbole politique. Il évoque la justice, la revendication d'une autorité légitime, la force collective, la République et parfois la révolution.
Apparition et évolution du faisceau antique romain
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Les faisceaux des licteurs remontent au début de la République romaine, où ils étaient un symbole de l’imperium, qui est le pouvoir de contraindre et de punir (par les verges pour la flagellation, par la hache pour la peine de mort).
Les faisceaux antiques romains se composaient de verges — des baguettes de bouleau ou d’orme — assemblées et liées sur toute leur longueur avec des courroies en forme de fascine. Ces verges étaient distribuées aux soldats pour frapper un condamné qui circulait entre leurs rangs. Sous les rois et dans les premières années de la République, on plaçait aussi au milieu des verges une hache (securis), symbolisant la peine capitale ; mais, après le consulat de Publicola, aucun magistrat, excepté le dictateur n'eut le droit d'avoir les faisceaux avec une hache dans la ville de Rome, à l’intérieur du pomerium, d’où la peine de mort était exclue. Ils ne furent plus donnés qu'aux consuls à la tête de leurs armées et aux questeurs dans leurs provinces.
Strabon indique Tarquinia comme l'origine des faisceaux et des ornements consulaires[1]. Selon Silius Italicus, l'usage viendrait de la cité de Vetulonia[2],[3].
Reprise comme emblème politique moderne
[modifier | modifier le code]Le faisceau de licteur, d'origine romaine, a été repris comme emblème à certaines époques par divers mouvements ou régimes politiques dans différents pays. En Europe, il figure dans les emblèmes de pays comme la Norvège, l'Autriche ou la Suisse (canton suisse de Saint-Gall), souvent comme héritage romain de justice et d'autorité. En Espagne, l'emblème de la Garde civile est constitué d'un faisceau et d'une épée entrecroisés.
France
[modifier | modifier le code]La Révolution française a utilisé des références à la République romaine antique dans son imagerie. Elle a réinterprété le symbole du faisceau de licteur : il perd son association avec la punition impériale pour symboliser l'union des citoyens défendant les idéaux révolutionnaires et représente l'union et la force des citoyens français réunis pour défendre la Liberté. L'Assemblée constituante impose en 1790 ces « antiques faisceaux » comme nouvel emblème de la France. Il représente la force unie du peuple, le pouvoir souverain, la justice et l'engagement pour la liberté. Le faisceau est rapidement adopté comme insigne de la nouvelle République. Il apparaît sur les sceaux officiels, les monnaies, les drapeaux et les armoiries de la Première République (1792-1804), souvent accompagné d'un bonnet phrygien ou d'une figure allégorique comme Marianne. Durant la Première République, surmonté du bonnet phrygien rouge, il est un hommage à la République romaine et signifie que le pouvoir appartient au peuple, et il symbolise l’union des quatre-vingt-trois départements français.
En 1848, puis après 1870, il figure sur le sceau de la République française, tenu par une figure allégorique de la Liberté. Il figure également sur les insignes des députés et sénateurs dits baromètres, que ceux-ci placent ostensiblement sur leurs véhicules. Assez souvent, la hache disparaît, remplacée par une pique.
Un faisceau de licteur est présent dans les armoiries de la République française.
Le président Valéry Giscard d'Estaing en a en outre placé un sur son drapeau présidentiel[4]. En 2015, un logo représentant un faisceau stylisé est utilisé pour la communication sur internet de la présidence de la République française[5].
La symbolique officielle américaine utilise abondamment le faisceau, par exemple sur les sceaux du Sénat et du bureau de la Garde nationale, ou sur la statue d'Abraham Lincoln au Lincoln Memorial à Washington. Aux États-Unis, le faisceau prolifère dès le XIXe siècle comme symbole d'unité et de force, apparaissant dans l'architecture fédérale (Capitole, Maison-Blanche) et sur des monnaies comme la Pièce de 10 cents de dollar américain Mercury (1916-1945).
Italie
[modifier | modifier le code]- Différents mouvements politiques italiens de la fin du XIXe siècle y ont fait référence, dont le mouvement démocratique et socialiste des faisceaux siciliens.
- En Italie, le faisceau est réapproprié au XXe siècle par le mouvement fasciste, marquant un tournant autoritaire. Benito Mussolini, fondateur des Fasci italiani di combattimento en 1919, adopte le symbole pour évoquer la grandeur romaine, l'unité nationale et la force collective sous un régime totalitaire. Nommé d'après le terme « fascio » (faisceau), le Parti national fasciste (PNF) en fait son emblème officiel, le diffusant sur les drapeaux, uniformes et monuments[6].
- Sous le Royaume d'Italie (1922-1943), où le fascisme coexiste avec la monarchie des Savoie, le faisceau est souvent représenté avec une hache proéminente, symbolisant l'autorité absolue et l'héritage impérial romain. En 1923, le gouvernement fasciste commande des études archéologiques pour définir une forme « authentique », résultant en un design standardisé : verges liées avec hache, parfois surmonté d'un aigle ou intégré à des motifs nationalistes. Ce faisceau monarchique est omniprésent, mais adapté à la dualité du régime (roi et Duce)[7].
- Après la chute de Mussolini en juillet 1943 et l'armistice avec les Alliés, l'Allemagne nazie installe la République sociale italienne (RSI, 1943-1945), un État fantoche dans le nord de l'Italie. Ce « fascisme républicain » radicalise l'idéologie, promettant des réformes socialistes et anti-monarchiques tout en poursuivant des politiques antisémites et répressives. Le dessin du faisceau évolue : il adopte une forme plus « républicaine », souvent sans les éléments monarchiques, ressemblant formellement au faisceau français – verges liées sans hache dominante, pour souligner l'unité populaire et la rupture avec la royauté. Sur le drapeau de guerre de la RSI, un aigle romain tient des fasces noirs, marquant une version purifiée et républicaine du symbole. Les fascistes républicains le désignent explicitement comme « faisceau républicain », évoquant la tradition romaine républicaine et la Révolution française, tout en le subordonnant à l'idéologie totalitaire[8],[9]. Cette évolution reflète les tensions internes du fascisme : d'un compromis monarchique à une radicalisation républicaine, bien que la RSI reste un régime fantoche dépendant du Reich Hitlérien.
Galerie
[modifier | modifier le code]-
Blason du cardinal Jules Mazarin (1602-1661).
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Monnaie de 2 sols, 1791, Louis XVI, monarque constitutionnel.
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Emblème non officiel de la République française.
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Sceau officiel de la République française.
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Estrade de la Chambre des représentants des États-Unis.
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Blason du canton de Saint-Gall en Suisse.
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Le blason du Parti national fasciste (PNF) de l'Italie.
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Le drapeau du PNF de l'Italie.
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Logo de la Guardia Civil.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Strabon, Géographie, V, 2.
- ↑ Silius Italicus, Punica, livre VIII et la tombe du Licteur à Populonia.
- ↑ Jacques Heurgon, La Vie quotidienne des Étrusques, Hachette, [1961], 1989, p. 170.
- ↑ « Le faisceau de licteur », sur elysee.fr (consulté le ).
- ↑ « Le nouveau logo de la communication de l'Elysée fait bien rire les internautes », sur bfmtv.com (consulté le ).
- ↑ Paola S. Salvatori, « L’adozione del fascio littorio nella monetazione dell’Italia fascista », Rivista italiana di numismatica e scienze affini, vol. CIX, , p. 333-352 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ https://antigonejournal.com/2023/07/roman-fasces/
- ↑ https://www.crwflags.com/fotw/flags/it-isr.html
- ↑ https://www.thecollector.com/italian-social-republic-salo/
Annexes
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- « Les symboles de la France »(Archive.org • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?), sur numis-media.fr.
