Faïence de Strasbourg

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Personnages en faïence par Paul Hannong

Le terme faïence de Strasbourg se réfère aux faïences produites par les faïenceries de Strasbourg et de Haguenau à Strasbourg au cours du XVIIIe siècle.

Fondateur et dirigeants[modifier | modifier le code]

Trois générations de la famille Hannong ont fondé et dirigé au cours du XVIIIe siècle (entre 1721 et 1784) les manufactures de faïence de Strasbourg et Haguenau en Alsace, et la manufacture de porcelaine de Frankenthal dans le Palatinat.

Plusieurs types productions, toujours d'une plus grande technicité, peuvent êtres distingués : les faïences de grand feu bleues, de 1721 à 1730, puis polychromes de 1730 à 1745. L’apparition d’une « technique mixte » de cuisson entre 1735 et 1745 avec de nouveaux décors, fleur des Indes, scènes de chasse, chinoiseries ou sujets bibliques ; puis entre 1745 et 1781, les faïences de petit feu décorées au pourpre de Cassius dans les deux qualités de décor[1] qui seront enseignées à l’école de peinture de la manufacture. Entre 1765 et 1775 apparaitront des décors au chinois et des pièces de forme décoratives, trompe-l’œil, surtouts de table, flambeaux, statuettes. Les Hannong auront fabriqué de la porcelaine dure entre 1752 et 1755 puis de 1774 à 1779.

Charles-François Hannong[modifier | modifier le code]

Assiette Charles-François Hannong

Charles-François Hannong, ( Maastricht, vers 1669 - Strasbourg (?) 1739) est de nationalité hollandaise. Il épouse à Cologne Anne Nikke, fille d'un fabricant de pipes en terre. Il s'installe à Strasbourg en 1709 et ouvre une fabrique de pipes en terre. Ce n’est peut-être pas indifférent car il s’agit à l’époque, comme celle des poêles en faïence, d’une fabrication technologique qui exige des pâtes parfaites et fines, devant résister à de hautes températures.
Henri Wachenfeld, un peintre céramiste étranger, obtient l’autorisation de créer, en 1719, un four à faïence. Celui-ci s’écroule et Wachenfeld et Hannong s’associent : Charles-François construit un nouveau four dans sa fabrique de pipes en terre et signe un contrat d'association en 1721 avec Wachenfeld. La manufacture de faïence est née.

L’année suivante, Wachenfeld quitte Strasbourg. Hannong reste le seul faïencier à Strasbourg. Les affaires sont florissantes et il ouvre une autre fabrique en 1724, à Haguenau, à 10 lieues (40 km) au nord de Strasbourg. La présence de forêts et d'argile, se prêtant idéalement à la fabrication de faïence, rendent ces productions très rentables. Parallèlement à cette succursale, la fabrique de Strasbourg continue sa production.

Paul Hannong[modifier | modifier le code]

Assiette Joseph Hannong

Paul (Paul-Antoine) Hannong, son fils aîné, prend la tête de la manufacture de Strasbourg en 1732 tandis que son frère Balthazar dirige celle de Haguenau. Balthazar vend sa fabrique à Paul en 1737 dans l'intention de racheter la faïencerie de Durlach mais sa tentative se solde par un échec.

À la tête des deux manufactures, Paul expérimente la polychromie. Ces essais relèvent désormais de l'appellation « technique mixte » : utilisation de la technique de petit feu pour cuire des couleurs de grand feu.

La période 1745-1748 marque l'avènement de la véritable cuisson de petit feu avec l'utilisation du pourpre de Cassius [2]Il est le premier à utiliser la technique de petit feu sur faïence en France. Sa démarche, en fait, est déjà celle d’un porcelainier. Son désir de produire de la porcelaine comme à Meissen et d'en égaler la qualité de décor va le conduire à penser l'organisation de la fabrique dans cette perspective. Il parvient à faire venir de Meissen de talentueux peintres : Adam-Friedrich von Löwenfinck ( Biala, Pologne 1714- Haguenau 1754) qui dirige la fabrique de 1748 à 1754, sa femme Maria-Serapha et son frère Christian-Wilhelm ( MeiBen 1720-Strasbourg 1753) ;  les décors mis au point à la faïencerie égalent alors ceux de la porcelaine allemande et rencontrent un grand succès. Ses faïences de qualité exceptionnelle se retrouvent sur les tables princières de toute l'Europe.

Il sera le premier français à produire enfin de la porcelaine dure. Il s’est assuré le concours de Jacob Ringler, un chimiste qui a mis au point en 1752 une formule de porcelaine dure, avec du kaolin importé d’Allemagne ; cependant, en vertu du monopole attribué à Vincennes[2], il est contraint de s’établir hors des frontières. Il fonde alors en 1755 sa manufacture de porcelaine en Rhénanie-Palatinat, à Frankenthal. Elle restera sous le contrôle familial jusqu’en 1762, Paul-Antoine étant mort en 1760.

Joseph Hannong[modifier | modifier le code]

La troisième génération des Hannong est incarnée par ses fils, en particulier Joseph-Adam qui prendra la direction de Frankenthal et Pierre-Antoine qui quitte l’année suivante les manufactures de Haguenau et Strasbourg pour tenter de s’établir à Paris. En 1762, De retour à Strasbourg, Joseph devient le patron des manufactures en 1762. Il revend la manufacture de Frankenthal à l’Electeur palatin Karl Theodor. Il conduit la qualité picturale des décors des manufactures à son apogée. Il se place sous la protection du cardinal archevêque de Strasbourg, le prince Louis-Constantin de Rohan-Guéméné (1697-1779), pour fabriquer de la porcelaine, ce qu’il fera jusqu’à la mort de celui-ci . Malheureusement, les dettes contractées auprès du cardinal de Rohan, qui vont lui être réclamées après la mort du fastueux prélat, vont le conduire à la faillite vers 1780.

Notes[modifier | modifier le code]

[1] Outre ces deux qualités, les peintres de la manufacture devaient être capables de peindre des « décors fins » à main levée ou de compléter des dessins châtironnés.

[2] Du nom du chimiste allemand Andreas Cassius (1605-1673) ; colorant obtenu par réduction de chlorure d’or (AuCl3) en solution aqueuse avec du chlorure d’étain (SnCl2).

[3] Monopole de Vincennes puis, à partir de 1756, monopole de Sèvres .

Galerie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Bastian, "Strasbourg, faïences et porcelaines" Tomes 1 et 2.
  • Guillemé Brulon Dorothée, Histoire de la faïence française : Strasbourg et Niderviller, Paris, Massin, 2005
  • Malmenaide Isabelle, Les Hannong et la faïence de Strasbourg, France antiquités magazine, 1999, n°115, pp 28-39
  • Terrasson Jeannine . Les Hannong et leurs manufactures. Strasbourg-Frankenthal. Paris, Lausanne. La Bibliothèque des arts. 1987.
  • Faÿ Hallé Antoinette, Lahaussois Christine, Le Grand Livre de la faïence française, Paris, Vilo, 1986.