Fêtes johanniques d'Orléans

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Fêtes johanniques d'Orléans
Défilé en habits d'époque
Défilé en habits d'époque

Autre(s) nom(s) Fête de Jeanne d'Arc
Observé par Orléans
Type Commémoration
Signification Délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc
Date Du 29 avril au 8 mai
Célébrations Civiles, militaires, religieuses. Avec défilés, feu d'artifice, Son et lumière, etc...
Lié à Jeanne d'Arc

Les fêtes johanniques d'Orléans sont une manifestation annuelle française célébrée à Orléans (Loiret) depuis 1431 ou 1432 pour fêter la délivrance, le , par Jeanne d'Arc et son armée, de la ville assiégée par les Anglais.

En février 2015, la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) de la région Centre-Val de Loire, ainsi que la mairie d'Orléans, constituent un dossier auprès de l'UNESCO pour obtenir le classement des fêtes au patrimoine immatériel de France, avant une demande de classement au patrimoine immatériel de l'humanité[1].

Déroulement des fêtes johanniques contemporaines[modifier | modifier le code]

Les fêtes sont présidées chaque année par deux invités de marque (un pour les cérémonies et festivités civiles, l'autre pour les cérémonies religieuses). Il est de tradition d'ailleurs que le président de la République nouvellement élu fasse le voyage à Orléans (ou l'année qui suit son élection, puisque actuellement celle-ci a lieu en mai). Presque tous les présidents de la Cinquième République ont répondu à l'invitation, depuis Charles de Gaulle. Valéry Giscard d'Estaing n'a pas présidé les fêtes en 1975 mais plus tard, en 1979. François Mitterrand, élu lui aussi pour deux septennats, est venu deux fois. Jacques Chirac a répondu à l'invitation dès 1996. Nicolas Sarkozy s'est fait représenter en 2008 par Rachida Dati, alors ministre de la Justice.

En 1997, c'est Élisabeth Guigou (PS), députée au Parlement européen et future Garde des Sceaux, qui présida les festivités civiles.

En 2015, c'est la journaliste Audrey Pulvar qui a présidé ces mêmes fêtes. Elle a abordé la question de la place de la femme. Le 8 mai au matin, sur France Bleu, elle a également fait remarquer que Jean Jaurès était un fervent admirateur de Jeanne d'Arc. Côté présidence religieuse, trois évêques originaires d'Orléans ont été invités. L'évêque d'Orléans, Mgr Jacques Blaquart, a par ailleurs annoncé que des représentants musulmans étaient présents à la messe solennelle, aux côtés de représentants chrétiens orthodoxes, et d'autres délégations religieuses. Audrey Pulvar n'a pas assisté à cette messe, contrairement à la coutume. La raison de cette absence n'est pas connue. Sur France Bleu, le matin du 8 mai, le programme de la journée a été annoncé, mais cette messe ne l'a pas été. Au cours de son homélie, l'évêque a évoqué les idées de risque et de bonheur.

En 2016, Emmanuel Macron, ministre de l'Économie et des Finances du président François Hollande, a été appelé à présider les fêtes civiles. Le jour du 8 mai, France Info, radio nationale, a déclaré et répété, jusqu'à l'heure où il a prononcé son discours, qu'il venait pour « rattacher Jeanne d'Arc, sainte catholique, souvent courtisée par l'extrême droite, à l'idéal républicain ». Or, il était invité par la mairie d'Orléans, pour présider une cérémonie civile et pas du tout pour présider une cérémonie religieuse. Il s'agit en effet, pour ce type de présidence, de rendre hommage à une libératrice, une « héroïne » ayant fait lever un siège mené par une armée étrangère, et en aucun cas de se référer à une sainte.

L'après-midi du 8 mai 2016, le cortège a été perturbé par une nuée de journalistes, qui avaient entrepris d'interviewer Emmanuel Macron sur le parcours même du défilé[2]. Finalement, « Les médias [...], tout au moins la presse nationale, ont été tout simplement virés ! Faut-il s'en offusquer ? Non. On récolte ce que l'on sème. Et le manque de respect pour l'événement et cet acharnement à vouloir transformer les fêtes johanniques en une stratégie de comm' d'un hypothétique candidat à la présidentielle ne méritait [...] pas plus d'égards »[3]. « Le départ des parlementaires LR qui ne souhaitaient pas emboîter le pas au ministre de l'Économie sera passé totalement inaperçu. Quant aux quelques huées entendues lors de l'arrivée d'Emmanuel Macron [...], elles n'ont pas duré et ne se sont pas reproduites durant le parcours. [...] on a surtout entendu les Orléanais s'offusquer de cette prise de pouvoir des médias lors du défilé [...] »[4].

Daniel Fontaine, qui a conçu le son et lumière présenté le 7 mai 2008 au soir, a été impressionné par la popularité des fêtes johanniques à Orléans : « Je viens de Lorraine. Je connais Jeanne d’Arc. Mais je ne connaissais pas la ferveur que les Orléanais peuvent avoir pour elle. Je n’imaginais pas que c’était à ce point-là. Les fêtes de Jeanne d’Arc, c’est leur 14 juillet. C’est la fête nationale d’Orléans… »[5].

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on célèbre le même jour la capitulation de l'Allemagne nazie (8 mai 1945). Fatalement, la teneur des discours s'en ressent. Toutes les municipalités, de quelque bord politique qu'elles soient, organisent ces fêtes chaque année, depuis bientôt six siècles (leur déroulement n'a été interdit qu'en de rares occasions, par exemple entre 1941 et 1944, par les autorités d'Occupation).

En 1929, année du cinquième centenaire de la libération de la ville, célébré avec un faste particulier, c'est Gaston Doumergue, premier Président de la République de confession protestante, qui était venu présider les fêtes. À l'époque, le Cartel des gauches est au pouvoir. Doumergue dirigera quelques années plus tard un gouvernement d'union nationale.

En 1932, les fêtes (qui étaient prévues pour les 11 et 12 mai) ont dû être annulées in extremis, du fait de l'assassinat à Paris, quelques jours auparavant, du président de la République, Paul Doumer.

À l'époque du Front populaire (1936-1938), Jean Zay, membre du gouvernement, participa au défilé traditionnel[6].

Déroulement traditionnel des fêtes[modifier | modifier le code]

Leur conception et leur déroulement a plusieurs fois varié au fil des siècles. Avant la Révolution de 1789, c'était avant tout une « procession générale », qui avait lieu le 8 mai uniquement et où défilaient les différents corps de la ville[7]. À certains endroits (par exemple devant la chapelle Notre-Dame des Miracles de l'église Saint-Paul), au cours de cinq poses, les chœurs - professionnels - de la cathédrale et de la collégiale Saint-Aignan, faisaient entendre des antiennes en chant grégorien auxquelles on ajoutait des motets polyphoniques composés spécialement pour l'occasion[8]. À l'époque, comme dans les autres chapelles musicales ecclésiastiques, les choristes (tous des hommes) étaient au nombre d'une douzaine dans chaque chœur. La voix aiguë était chantée par des garçons (à Orléans, les postes étaient au nombre de 8 dans le premier et sans doute de 6 dans l'autre). Cette procession fut supprimée au début de la Première République.

Après le Concordat de 1801, Bonaparte l'autorisa de nouveau, même si les formes que la fête avait pris sous l'Ancien Régime ne pouvaient pas survivre telles quelles aux bouleversements. Les choses évoluèrent en fonction des différents régimes politiques qui se succédèrent au cours de ce siècle instable... Voici la description d'une partie des fêtes johanniques, telles qu'elles se déroulaient (déjà...) en 1878, dans les premières années de la 3e République : « Le 7 mai, à huit heures du soir, un cortège militaire part de l'extrémité sud du pont d'Orléans, à l'endroit même où étaient les Tourelles. Accompagné d'hommes qui tiennent des torches allumées, ce cortège se dirige vers la cathédrale au son des clairons et des tambours, en suivant l'itinéraire de Jeanne d'Arc. Arrivé sur la place Sainte-Croix, il va chercher à l'Hôtel-de-Ville le Conseil municipal et le Maire d'Orléans, qui porte la bannière de Jeanne. Les grandes portes de la cathédrale s'ouvrent, et l'Évêque d'Orléans, entouré de son Clergé, se place sur le parvis pour recevoir la bannière que vient lui remettre le Maire de la ville. À ce moment, on illumine aux feux de bengale les tours de Sainte-Croix ; le Clergé chante le Magnificat et le Regina cœli [- tirés du répertoire grégorien, ou peut-être mis en polyphonie -] et l'Évêque d'Orléans donne solennellement sa bénédiction au peuple »[9]. À cette époque (de 1865 à 1890), le maître de chapelle de la cathédrale était Alexandre Lemoine, formé au chant grégorien à l'abbaye de Solesmes auprès de Dom Prosper Guéranger, à partir de 1851[10]. Le maître de chapelle, qui avait participé aux recherches sur la restauration de ce chant proprement liturgique, était également féru de culture classique[11].

Cette cérémonie, célébrée sous cette forme depuis 1855[12], n'a pas beaucoup varié depuis... Le Son et lumière a remplacé l'« Embrasement des tours », la bénédiction a disparu (du point de vue du clergé, elle était toutefois un des éléments significatifs de cette soirée), et les textes liturgiques chantés (assortis le 7 mai 1895 d'un chœur patriotique extrait du Faust de Gounod : Gloire immortelle de nos aïeux[13]) ont laissé place à un Hymne à l'Étendard composé en 1899 par le bouillant chanoine Marcel Laurent, à une époque de forte rivalité entre laïcisme et cléricalisme. De plus, l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine, par l'Allemagne, avait créé une très forte tension patriotique. Si bien que la partition a les allures curieusement profanes d'une Marseillaise exaltée. En son temps, elle avait été proposée pour devenir l'hymne national de la France. De nos jours, on préfère constater que ce n'est pas (et de loin) le seul épisode musical de ces fêtes.

Chaque année depuis 1457 (année qui a suivi l'arrêt de réhabilitation de Jeanne d'Arc, solennellement prononcée à l'archevêché de Rouen le ), les Fêtes johanniques d'Orléans donnent également lieu (le matin du 8 mai) à la lecture d'un Panégyrique de Jeanne d'Arc, au cours d'une messe solennelle, où sont conviées les différentes autorités, croyantes ou non.

Au cours du défilé qui a lieu l'après-midi à travers la ville, des organisations de natures très diverses défilent, chacun arborant son costume de cérémonie : par exemple, parmi le groupe des universitaires, « les historiens défilent en toge jaune, les juristes en toge rouge »[14].

On peut signaler que la toute première gare d'Orléans a été inaugurée le 7 mai 1843, veille des fêtes johanniques, ces « fêtes nationales » orléanaises.

Liste des invités officiels civils depuis 2001[modifier | modifier le code]

Autres fêtes johanniques[modifier | modifier le code]

La ville de Reims organise également des Fêtes johanniques chaque année début juin. Le contexte est évidemment différent, puisqu'il s'agit dans ce cas de commémorer le sacre de Charles VII en la cathédrale de Reims le .

L'Historial Jeanne-d'Arc à Rouen[modifier | modifier le code]

En mars 2015, Laurent Fabius et la ville de Rouen ont ouvert l'Historial Jeanne-d'Arc, dans le centre historique de Rouen. Le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de François Hollande a été le principal artisan de la création de cet Historial (le projet a pris corps lorsqu'il était président de la Métropole Rouen Normandie). Il avait alors déclaré que « Jeanne n'appartenait à personne ». En 2015, si Serge Grouard, député-maire d'Orléans, a salué cette création, il n'a pas manqué de souligner que Rouen n'avait pas le monopole de la mémoire johannique[15].

Contre-fêtes johanniques[modifier | modifier le code]

Depuis 1998 (mais déjà dans les années 1970) existent, à Orléans, des « Contre-fêtes johanniques » également appelées « Fête du mouvement social ». Organisées par des mouvements d'extrême gauche, elles sont peu suivies. Les promoteurs de cette manifestation se risquent à dénoncer, pèle-mêle, la « célébration nationaliste, militariste et cléricale » que représentent à leurs yeux les fêtes johanniques, et la « politique sécuritaire » attribuée au prédécesseur du maire actuel. Ils voient dans les fêtes johanniques une « tribune annuelle à la réaction militariste et religieuse » ainsi qu'une « pitoyable collusion entre les autorités politiques, religieuses et militaires ».

Le texte des « initiateurs de cette manifestation » n'engage que ses auteurs. Texte de propagande, il n'informe en rien. Établi sur des a priori malveillants, il manque pour le moins d'objectivité et refuse d'observer la réalité.

Il exprime, entre autres, un point de vue, parfaitement diffamatoire, qui tend à amalgamer Jeanne d'Arc et ses célébrations par le Front national. Les organisateurs oublient que les fêtes Orléanaises liées à Jeanne d'Arc n'ont aucun lien avec le Front national. À Orléans, cette récupération nationaliste n'a pas cours. Précision : aucun représentant du FN (de même que de l'extrême gauche) n'a jamais été invité.

L'édition du fut organisée à l'initiative d'Alternative libertaire, le Groupe action gay (GAG), Ras l'Front (bien qu'aucun membre du Front national n'ait jamais été et ne sera jamais invité aux fêtes officielles) et le Rassemblement Orléanais des Objecteurs de Conscience (ROOC). Sont venus successivement s'y adjoindre l'ACIRAD (antinucléaires orléanais), l'Association de solidarité Loiret-Algérie (ASLA), AC ! 45, Attac 45, la Confédération paysanne, l'association Droit au logement, la Fédération anarchiste (FA), l'Union syndicale Solidaires 45, Les Verts et le Mouvement des jeunes socialistes (MJS)[16]. D'autres associations se sont ajoutées par la suite, comme l'« union pour l'organisation des contre-fêtes johanniques » et l'antenne orléanaise du CADTM[17].

Valeurs universelles[modifier | modifier le code]

Ces « Contre-fêtes johanniques » s'attachent à n'avoir aucun lien avec Jeanne d'Arc.

La République du Centre du vendredi 6 janvier 2012 exprime un tout autre point de vue : « [...] / Valeurs universelles. État, armée et clergé à l'unisson : l'union improbable (et fragile) des trois est suffisamment rare pour être soulignée. « Sainte Jeanne d'Arc », étendard spirituel pour les catholiques. « La guerrière » combattante d'une juste cause pour les militaires. « La Pucelle », parée des vertus de courage et de tolérance pour l'État et la municipalité. Ces valeurs universelles et transcendantes sont mises en avant par l'invité d'honneur [...]. La Jeanne d'Arc d'Orléans n'est pas raciste, n'est pas nationaliste au sens du Front national, mais réussit à être patriotique et humaniste. Elle n'appartient à aucun parti. Elle rassemble. Porte l'espoir. [...]. »[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Tribune d'Orléans, n° 384 du 12 février 2015, p. 2 : « Inès Canut, Jeanne d'Arc 2015 ».
  2. La République du Centre, 9 mai 2016, p. 7.
  3. « Médias... Macron, la grande foire ». La Tribune / L'Hebdo. Le magazine d'information d'Orléans et de l'agglo, n° 144. 11 au 17 mai 2016, p. 8.
  4. Id.
  5. La République du Centre, 10 mai 2008.
  6. Video. Mémoire. Ciclic. 1936. Fêtes johanniques
  7. Le 9 mai, à la collégiale Saint-Aignan, on célébrait un office pour les morts du siège de 1429 et de la guerre de Cent Ans.
  8. François Le Maire, Histoire et Antiquitez de la Ville et Duché d’Orléans, Orléans, Maria Paris, 1645-1646, pp. 306-308 (les textes des motets chantés le 8 mai : Motets chantés devant l’église de Nostre Dame des Miracles de S. Paul ; Motets chantés devant la Porte d’Unoise [dunoise]). Textes et musiques d'Eloy d'Amerval.
  9. Tel que rapporté par Frédéric Godefroy dans la Mission de Jeanne d'Arc, Paris : Philippe Reichel, 1878.
  10. Jules Brosset, Alexandre Lemoine, professeur de musique au lycée de Vendôme, maître de chapelle de la cathédrale d'Orléans (1815-1895), Vendôme, Vilette, 1907, 19 p.
  11. Alexandre Lemoine, Cantiques faciles ... mis en musique à l'usage des maisons d'éducation, Paris, Fouraut, 1860, 2e  éd. 1867, VIII-98 p.
  12. À l'époque, le maître de chapelle de la cathédrale était Léon Pelletier (de 1849 à 1865).
  13. Toujours au répertoire de l'armée française, ce chœur a été chanté, avec accompagnement de la musique militaire, lors de la cérémonie à l'Arc de Triomphe du 14 juillet 2013, en présence du Président de la République, François Hollande.
  14. Jean Garrigues, « Ils veulent tous les voix de Jeanne », émission C dans l'air, France 5, 6 janvier 2012.
  15. L'Hebd'O. Le Magazine d'information d'Orléans et de l'Agglo, n° 103, 29 avril-12 mai 2015, p. 19 : « Rouen s'enflamme pour Jeanne d'Arc », par Anthony Gautier.
  16. Ce mouvement, proche de l'extrême gauche, est autonome du Parti socialiste.
  17. bulletin de 2006 du CADTM France
  18. Anne-Marie Coursimault dans : La République du Centre, 6 janvier 2012, p. 3. « 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène Bimbenet, « Le 8 mai à Orléans depuis le Consulat jusqu'à nos jours », Revue Orléanaise. Recueil historique, archéologique et litteraire,‎ , p. 121-158 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]