Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Fédé)
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants, ou FFACE, souvent abrégée en Fédé, est un mouvement de jeunesse protestant fondé en 1898. Il vient compléter les institutions existantes (UCJG (Union Chrétienne de Jeunes Gens), en anglais YMCA (Young Men's Christian Association), scoutisme protestant) dans le but d'évangéliser plus spécifiquement la population étudiante qui n'était pas le «cœur de cible» des autres mouvements[1]. Elle participe à la structuration du protestantisme français au XXe siècle, en particulier par la diffusion de la pensée de Karl Barth.

Histoire[modifier | modifier le code]

1898-1914 : les débuts[modifier | modifier le code]

Le protestantisme se souciant d'une évangélisation adaptée au milieu étudiant, plusieurs cercles protestants d'étudiants sont fondés dans les années 1890, par exemple en 1892 à Paris (qui deviendra l'AEPP - Association des étudiants protestants de Paris, située depuis 1896 au 46 rue de Vaugirard), en 1897 à Nancy, puis à Bordeaux, Montauban, Lille, Montpellier, Nîmes et Toulouse. Simultanément (en 1895), l'Américain John Mott fonde la FUACE (Fédération universelle des associations chrétiennes d'étudiants), qui s'affiche comme la « mission des étudiants par les étudiants. » Dès l'origine, la Fédé s'affilie à cette fédération internationale et choisit même son nom (FFACE - Fédération Française des Associations Chrétiennes d'Étudiants) en conséquence. Comme la FUACE, la Fédé se veut œcuménique, et c'est délibérément qu'elle choisit le mot de «chrétien» et non de «protestant». Elle porte la marque du Christianisme social, mouvement lui aussi d'origine protestante à vocation plus large : elle sera aussi «en quête de réconciliation entre la modernité, culturelle et scientifique, et la foi chrétienne. Pour les jeunes elle se construit comme un espace de liberté et d'auto-responsabilité»[1].

C'est par ailleurs le moment de l'affaire Dreyfus. Il est à noter que Raoul Allier, le fondateur de la FFACE et son président jusqu'en 1920, est clairement dreyfusard. La Fédé porte aussi dans ses gènes le souci d'une république laïque et démocratique, soucieuse du droit des minorités. La Fédé se dote d'une organisation à la tête de laquelle est élu un secrétaire général, qui joue un rôle important dans le mouvement. Les premiers secrétaires seront Jules Rambaud et Charles Grauss.

En 1902 est créé l'organe de la Fédé, la revue Le Semeur.

Un élément fort, et très novateur en France (avant même l'éclosion du scoutisme), a été l'organisation de camps d'été qui eurent lieu d'abord en 1908 aux Mathes, dans la forêt de Coubre, près de la Rochelle avec seulement quelques participants, puis à partir de 1910 à Domino[2] dans l'île d'Oléron, notamment sous l'impulsion de Charles Grauss[3]. Le succès est rapide : parti de 25 en 1910, le nombre de participants atteint 219 en 1914[3]. Ce camp, qui se poursuivra pendant l'entre-deux guerres et au-delà, permet la formation de nombreux cadres du protestantisme français[4].

Enfin, la Fédé crée une branche lycéenne et une branche «filles». En 1914, la Fédé a environ 400 membres étudiants, 450 lycéens et 300 «filles».

1914-1940 : la maturité[modifier | modifier le code]

Pendant la Grande Guerre, de nombreux membres de la Fédé sont envoyés sur le front. À leur retour, ils se trouvent en décalage par rapport à leurs aînés. Marqués par la découverte d'un monde non protestant mais aussi par l'humanité de l'«ennemi», quelques-uns comme André Trocmé deviennent pacifistes. Nombreux s'engagent dans la recherche de la réconciliation et d'une cohérence personnelle. Une théologie elle-même issue de cette crise culturelle d'après guerre, le barthisme, va apporter la réponse à cette génération de jeunes protestants. Le pasteur Pierre Maury (1890-1956), secrétaire général de la FFACE, sera lui-même l'un des principaux promoteurs de cette théologie.

Allié aux principes préexistants du Christianisme social, le barthisme constituera une matrice pour le protestantisme français jusque dans les années 1970. L'un de ses représentants sera Marc Boegner, connu comme le président de la Fédération protestante de France de 1929 à 1961, mais il fut aussi président de la Fédération française des associations chrétiennes d'étudiants de 1923 à 1935.

La Fédé participe activement aux rencontres œcuméniques internationales de la FUACE, dont la secrétaire de la branche féminine est une Française, Suzanne de Dietrich. La Fédé sera donc parfaitement informée sur la situation internationale et sur la dérive nazie en Allemagne. Cela forge l'anti-racisme profond de la Fédé.

Au quotidien, la Fédé continue à organiser des camps d'été, à Domino-Oléron, à la Chalp puis, à partir de 1936, à Bièvres.

La Seconde Guerre mondiale et la reconstruction[modifier | modifier le code]

Étant donné son niveau d'information et de sensibilisation quant au nazisme et à l'antisémitisme, la Fédé ne sera pas tentée de s'engager du côté du gouvernement de Vichy. Au contraire, la Fédé se trouve parmi les mouvements associés à la création de la CIMADE sous l'impulsion énergique de Suzanne de Dietrich puis de Madeleine Barot. De nombreux anciens de la Fédé œuvrent donc dans les réseaux d'évasion de juifs et autres persécutés, et dans la Résistance.

Pendant la guerre, les activités se poursuivent tant bien que mal : réunions, quelques camps d'été et circulation d'informations. La coupure en deux de la France à partir de l'été 1940 entraîne un dédoublement de l'organisation : Georges Casalis est nommé secrétaire en zone libre en plus du secrétaire général parisien (d'abord Jean Bosc puis André Dumas).

L'après-guerre permet à la Fédé d'élargir son assise matérielle grâce à un legs important et au soutien financier des nombreux anciens du mouvement. Cela permet de recruter de nombreux permanents. Certains anciens sont organisés en Post-Fédé et continuent à fréquenter en famille des lieux comme le camp de Domino à Oléron.

Les effectifs vers 1950 semblent toutefois être du même ordre qu'en 1914 : environ 400 étudiants, répartis dans une quinzaine de groupes et 500 lycéens, la revue Le Semeur tirant entre 500 et 800 exemplaires. La Post-Fédé comptait 1 000 membres plus ou moins cotisants. Malgré ces effectifs limités, la Fédé fait preuve de dynamisme et s'engage pour la réconciliation franco-allemande.

Mais la question coloniale, sur fond de guerre froide, vient troubler les consciences. La guerre d'Algérie, pour laquelle les étudiants sont appelés sous les drapeaux, provoque une véritable crise. Cela entraînera, comme dans les autres institutions françaises, une dévaluation des autorités et un questionnement des valeurs de la société. C'est à ce moment (1962) que Jacques Maury quitte la présidence de la FFACE et que s'ouvre une période de crise pour la Fédé[1].

Crise et renouveau[modifier | modifier le code]

En pleine crise de valeurs comme le reste de la société française, la Fédé se trouve entraînée dans de profondes transformations. Cela se traduit par des débats et des écrits, notamment autour de la sexualité, qui feront scandale et installeront une incompréhension entre la génération étudiante et ses aînés. En quasi-rupture avec les Églises protestantes, la Fédé prend ses distances avec les institutions religieuses comme avec le mouvement international (FUACE). Elle perd ses références chrétiennes explicites et sa recherche théologique, dilue sa spécificité, espace ses activités.

Après 1968, les membres subsistants du groupe parisien décident de se lancer dans un projet de transformation du domaine de Bièvres en centre d'accueil pour la formation professionnelle. Ce projet exige de mobiliser toutes les ressources financières de la Fédé qui vend alors le terrain de Domino (sur l'ile d'Oléron) à la grande fureur des post-Fédératifs qui continuaient à s'y retrouver avec leurs familles et aussi son immeuble de Montsouris, utilisé comme Centre de rencontres international protestant. Cette vente nécessitait l'accord de la Fédération Protestante de France. Jacques Maury donne cet accord à condition que la Fédé se relance comme mouvement étudiant, ce qui fera l'objet d'un protocole signé en 1983.

À partir de 1984, ce travail de relance est effectué par l'entremise du pasteur Geneviève Chevalley, par un travail de contact et de coordination de groupes existants ou d'étudiants isolés. En octobre 1986, une nouvelle équipe prend le relais. Le pasteur Jean Marc Dupeux est élu président et Geneviève Chevalley est nommée secrétaire générale.

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Depuis 1986, la Fédé réinvestit le domaine théologique et la réflexion éthique. Elle regroupe environ deux cents étudiants[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Brezger Dieter, Chevalley Geneviève, «La Fédé : presque 90 ans (survol historique)», Autres Temps. Les cahiers du christianisme social, no 18, 1988. p. 79-85, voir en ligne sur Persée.
  2. La plage de Domino est une plage de sable fin orientée sud, faisant face à l'océan atlantique, sur la commune de Saint-Georges-d'Oléron.[1]
  3. a et b Nicolas Champ, «L’Évangile aux bains de mer ; Protestantisme et “désir de rivage” en Charente-Inférieure au XIXe siècle», Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest - Anjout, Maine. Poitou-Charente. Touraine, no 118-2, 2011, p. 117-134 voir en ligne.
  4. Arnaud Baubérot, «La nature éducatrice, La pédagogie du camp dans les mouvements de jeunesse protestants», Ethnologie française, 2001/4, vol. 31, pages 621-629, Paris, Presses Universitaires de France, (ISBN 9782130515081).
  5. Chevalley, Geneviève, «La relance de la Fédé», Autres Temps. Les cahiers du christianisme social, no 18, 1988, p. 69-79voir en ligne sur Persée.