Exposition-Bajatière

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Exposition-Bajatière est le nom d'un quartier situé dans le sud-est de la ville de Grenoble. C'est le seul quartier de la ville bénéficiant d'un gentilé, en effet les documents officiels mentionnent les noms de Bajatièrois et Bajatièroises pour les habitants de ce quartier[1]. Lors des jeux olympiques d'hiver de 1968, le quartier a été le lieu de passage de la flamme olympique le 6 février vers 16 heures, en provenance de l'avenue Albert 1er de Belgique, puis par l'avenue Marcellin-Berthelot vers le stade olympique de Grenoble.

Historique de l'appellation[modifier | modifier le code]

L'utilisation de l'appellation Bajatière remonte au 6 novembre 1865, date à laquelle un agriculteur, Louis Gerin, situé route d'Eybens écrit au maire de Grenoble, Jean Vendre, afin d'obtenir l'autorisation de construire un lavoir dans ce quartier[2]. Le nom est tiré du patronyme d'un vendeur de tableaux et d'objets d'art grenoblois, Claude-Auguste Bajat.

Paul Painlevé arrive en gare de Grenoble pour l'inauguration de l'exposition le 21 mai 1925.

Possédant deux propriétés dans le quartier situé au sud des fortifications construites par le général Haxo, et étant bon vivant, Bajat prend l'habitude d'inviter ses amis dans sa maison de campagne, notamment des artistes peintres. Ce sont ces derniers qui au fils des années donnent cette appellation de terres à Bajat, qui devient vite Bajatière.

Le nom du quartier a été affublé du terme Exposition dès les années 1930. C'est en effet après le déroulement de l'exposition internationale de la houille blanche de 1925 qui accueille 1 050 000 visiteurs sur l'ancien terrain du polygone du Génie militaire au nord du quartier, que le terme de quartier Exposition-Bajatière est utilisé officiellement dans l'administration de la ville[3]. Après la démolition de la plupart des bâtiments de l'exposition, son terrain est transformé en parc urbain d'abord appelé parc de l'exposition. Au décès du maire Paul Mistral, initiateur de l'exposition, le parc urbain devient en 1932 le parc Paul-Mistral.

Le 5 mars 1941 le maire de Grenoble, Paul Cocat propose d'attribuer le nom de rue de la Bajatière à l'ancien chemin Perrin, provoquant la satisfaction des riverains d'un chemin voisin, le plus vieux du quartier, puisqu'ils obtiennent que leur voirie dénommée chemin Vieux depuis 1810 prenne la dénomination de chemin Vieux-dit-Perrin[N 1].

De nos jours, l'utilisation de l'expression quartier de la Bajatière est encore fréquemment employée même si l'appellation officielle reste quartier Exposition-Bajatière.

Limites du quartier[modifier | modifier le code]

Plan du quartier.

Au nord, le quartier butait jusqu'en 1924 contre les remparts du général Haxo, construits de 1832 à 1836 à la suite du siège de la ville par les troupes austro-sardes en 1814. Un seul accès pour le quartier Bajatière, la porte des Alpes[N 2] permettait d'entrer dans la ville fortifiée, mais une vaste bande de terrain large de 250 mètres appelée zone de servitude n'était pas urbanisable devant les remparts car elle devait restée dégagée pour la défense militaire. Cette zone englobait un terrain d'entraînement des militaires appelé polygone d'artillerie. Le rempart Haxo a été rasé en 1924 et son emplacement devient le boulevard des Alpes avant de prendre le nom de boulevard Jean Pain le 22 décembre 1944.

Côté sud, les limites étaient plus incertaines car elles se perdaient dans une vaste zone maraîchère voire agricole et souvent inondée rejoignant celle d'Eybens. Depuis la fin du XIXe siècle, les bajatièrois se contentaient de la limite de l'ancienne voie ferrée Grenoble - Chambéry, devenue voie routière et dénommée avenue des Jeux olympiques en 1978. Depuis l'urbanisation du début des années 1960 le quartier va jouxter là son nouveau voisin, le quartier Malherbe.

À l'ouest, les rues Paul Janet, Marcel Peretto[N 3] et le prolongement de l'avenue Marcelin Berthelot marquent la limite avec le quartier voisin de la Capuche.

À l'est, le quartier de la Bajatière s'est trouvé historiquement limité par le ruisseau du Verderet qui coulait le long du chemin du Chapitre puis derrière le chemin Vieux-dit-Perrin, traversait la rue Moyrand, le parc Paul Mistral et allait se jeter dans l'Isère. C'est la raison pour laquelle les limites du quartier empruntent de nos jours de petites rues. Aujourd'hui, le Verderet n'est plus visible car il a été couvert entre 1966 et 1967 dans le cadre de la lutte contre les inondations[4]. Il a même existé jusqu'à ces travaux un syndicat du Verderet créé le 12 mai 1842[4] par une ordonnance du roi Louis-Philippe Ier dans le but de lutter contre ses débordements. À la fin du XIXe siècle, le territoire qui s'étendait au-delà de la Bajatière a pris le nom de quartier de l'Abbaye[5], puis quartier Abbaye-Jouhaux depuis 1954[N 4].

Les lieux remarquables[modifier | modifier le code]

Plaque Habitation Bon Marché, rue Pierre-Loti.

Le quartier Exposition-Bajatière reste essentiellement pavillonnaire sauf dans sa partie nord, où l'urbanisation plus tardive a favorisé la construction d'immeubles le long du boulevard Clemenceau dans les années 1930[6]. La zone nord du quartier a été très influencée par les constructions de la municipalité de Léon Martin à partir de 1932 appelées Habitation Bon Marché[7]. C'est un décret de février 1921 qui approuve la décision de créer à Grenoble un office public d'Habitations à Bon Marché. Le principe de ces logements à loyer réduits avait été initié par le maire Paul Mistral qui décède brutalement en août 1932 sans pouvoir achever ce quartier.

Les 27 hectares du parc Paul-Mistral englobés dans le nord du quartier Exposition-Bajatière accueillent bon nombre d'équipements collectifs ou de monuments de Grenoble. Ceux-ci comprennent l'hôtel de ville de Grenoble, le stade des Alpes (qui a remplacé l'ancien stade Charles-Berty), le palais des sports, la halle Clemenceau, l'anneau de vitesse, la vasque olympique de 1968, la Tour Perret, le monument des diables bleus et la Bobine[N 5]. En 1967, quelques sculptures modernes monumentales sont installées définitivement dans le parc à la suite de l'organisation du premier symposium français de sculptures[8].

Église Saint-François-de-Sales.
Maison de l'enfance du quartier.

Dans la partie sud du quartier, le Conservatoire à rayonnement régional de Grenoble et surtout la MC2, équipement culturel majeur de la ville, marquent la limite avec le quartier de Villeneuve puisque l'extension de la MC2 inaugurée en 2004 est construite exactement sur le tracé de l'ancienne voie ferrée délimitant depuis le XIXe siècle le bord sud du quartier.

La population du quartier augmentant, en décembre 1906, l'église catholique lance une souscription pour la construction d'une église dans la rue Saint-François-de-Sales en remplacement d'une chapelle de secours ouverte depuis octobre 1890 dans la rue Gay-Lussac. Dès 1908, la paroisse autonome Saint-François-de-Sales est créée pour les trois quartiers sud de la ville, et le 29 septembre 1912, l'évêque Louis-Joseph Maurin consacre une église à la tour crénelée qui va prendre le nom de Saint-François-de-Sales, patron des journalistes, en raison de la dévotion que lui vouait le curé fondateur, l'abbé Rey.

Le parc Soulage situé le long de l'avenue Jean-Perrot, est une ancienne propriété privée achetée par la ville en 1975 et sur laquelle se trouve une maison de maître datant de 1864, rachetée par l'industriel Émile Soulage en 1922. Actuellement cette belle demeure est utilisée comme Maison de l'enfance pour le quartier. Elle se démarque par son architecture d'autres maisons de ce quartier construites de 1912 à 1920, appelées maisons Fangas du nom d'un entrepreneur du quartier, qui les bâtissait à partir d'un même plan en forme de L, et avec une surélévation.

Juste au nord du parc Soulage, les noms de deux rues de part et d'autre de l'avenue Jean Perrot intriguent le passant. Il s'agit de la rue Ponsard à gauche de l'avenue, et de la rue de la station Ponsard à droite. Cette dernière rue a été baptisée ainsi en raison de la présence d'une ancienne station de tramway portant le nom de la rue d'en face[9]. L'ancienne ligne de tramway qui reliait Grenoble à Eybens depuis 1897 a été supprimée en février 1951 avec l'utilisation intensive des voitures et des bus.

Deux lycées, public et privé, se sont installés dans le quartier: le lycée Emmanuel-Mounier a ouvert ses portes en 1963 sur l'avenue Marcelin-Berthelot et l'Externat Notre-Dame s'est déplacé en 1972 depuis le centre ville sur la même avenue.

Un événement tragique[modifier | modifier le code]

Durant la seconde guerre mondiale, sous l'occupation allemande et dans un contexte local de grande tension, les organisations de résistance appellent la population à un rassemblement le jeudi 11 novembre 1943 devant le monument aux morts de la Porte de France, à l'occasion du 25e anniversaire de l'Armistice de 1918. Mais le jour venu à 11 heures, le Pont de la Porte de France permettant d'accéder au monument est fermé par la police française et une foule de 2 000 manifestants gronde et décide de se rendre au monument des diables bleus du parc Paul Mistral[10]. Arrivés sur place, un millier de grenoblois ne peuvent s'échapper et se font encercler par les soldats allemands et la gestapo qui surgissent. Poussée vers un espace de barbelés sur la place Pasteur, la foule est triée et les vieillards, femmes et enfants sont relâchés. Le 13 novembre, 398 manifestants restant sont envoyés en déportation et seulement 120 reviendront vivants.

Aussi, pour se souvenir de cette tragédie, une rue du quartier adjacent de la Capuche est baptisée en 1970 Rue des déportés du 11 novembre 1943 et en 1950, un monument est érigé par le sculpteur Émile Gilioli à proximité du monument des diables bleus. Le monument représente une femme accablée, appuyant sa tête sur son bras formant ainsi une petite ouverture, tel le hublot d'un cachot, symbole de privation de liberté et de la souffrance des déportés[11]. Sur les côtés de l'œuvre, sont gravés des vers du poète Charles Péguy.

Accès[modifier | modifier le code]

Les principaux axes routiers du quartier sont le boulevard Clemenceau, une grande partie de l'avenue Albert 1er de Belgique (depuis son intersection avec la rue Paul Janet), l'avenue Marcelin Berthelot et l'Avenue Jean-Perrot.

La ligne A du tramway ainsi que les lignes de bus C4 et 13 desservent le quartier Exposition-Bajatière. La ligne C du tramway ne faisant que frôler ce quartier.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. C'est en 1946, à la demande des riverains trouvant l'appellation d'origine pénalisante que le maire affuble le mot Vieux du nom d'un ancien propriétaire du quartier au XIXe siècle, Antoine-Auguste Perrin.
  2. La porte des Alpes était située sur l'actuelle place Paul Vallier.
  3. La rue Marcel Peretto, s'appelait avant le 24 avril 1945, chemin de Bresson car elle longeait le ruisseau de Bresson. C'est dans cette rue qu'a été assassiné Jean Perrot en 1943.
  4. C'est le conseil municipal du 19 août 1954 qui nomme le chemin de l'Abbaye en rue Léon Jouhaux.
  5. Salle de spectacles installée le 6 février 2010 dans les locaux désaffectés de l'ancien bowling.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Selon le livre Grandes et petites histoires des rues du quartier Exposition-Bajatière, page 7.
  2. Selon le livre La Bajatière, histoire d'un quartier de Grenoble, page 4.
  3. Selon les archives municipales, permis de construire N°1930PC 187 et suivants.
  4. a et b Selon les archives municipales, références 81W 5.
  5. Selon le livre Histoire illustrée des rues de grenoble d'Henry Rousset et Édouard Brichet.
  6. Leur permis de construire a été délivré le 13 novembre 1930 le long du boulevard de l'exposition selon les archives municipales, référence PC187/1930. Ce boulevard a été nommé Clemenceau le 18 mars 1941.
  7. La rue Pierre Loti est ouverte en 1933 selon le livre Grandes et petites histoires des rues du quartier Exposition-Bajatière, page 66.
  8. Selon le site de la Métro
  9. Selon le livre Les rues de Grenoble, page 247.
  10. Selon le site Presses universitaires de Grenoble
  11. Selon le livre Grandes et petites histoires des rues du quartier Exposition-Bajatière, page 88.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henry Rousset et Édouard Brichet, Histoire illustrée des rues de Grenoble, Imprimerie Baratier, Grenoble, 1893.
  • Paul Dreyfus, Les rues de Grenoble, Éditeur Glénat, Grenoble, 1992
  • Union des habitants du quartier Exposition-Bajatière, La Bajatière, histoire d'un quartier de Grenoble, 1998.
  • Grandes et petites histoires des rues du quartier Exposition-Bajatière, Éditions Patrimoine et développement, Grenoble, 2007

Liens externes[modifier | modifier le code]