Expansion du christianisme

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L’expansion du christianisme est le développement de la religion chrétienne, que ce soit en nombre de fidèles et de territoires.

Les premières communautés chrétiennes apparurent au Ier siècle dans la diaspora juive en particulier dans les grandes villes de Rome, Éphèse, Antioche, Alexandrie. Le christianisme se développa dès le IIe siècle dans l'Empire romain, mais aussi en Perse et en Éthiopie, composé de nombreuses mouvances.

La politique d’expansion du christianisme se poursuit du sud vers le nord, du monde romain et grec vers le monde « barbare » à l’Est comme à l’Ouest de l’Europe. Face à l’expansion de l’islam, jusqu'au XIe siècle le christianisme recule à l’Ouest (Espagne, Francie méridionale) mais résiste à l’Est (Anatolie) ; à partir du XIe siècle, le mouvement s'inverse.

Dans le monde romain[modifier | modifier le code]

Séparation du judaïsme[modifier | modifier le code]

La révolte de Bar Kokhba (132-135) contribue à la séparation entre christianisme primitif et judaïsme (en). Alors que les judéo-chrétiens restaient prédominants en Judée, les pagano-chrétiens constituent désormais la majorité des adeptes de la nouvelle religion qui va se diffuser pour des raisons religieuses, sociales et politiques. Le christianisme promet comme les cultes à mystères la résurrection des corps et le bonheur après la mort, répondant aux nouvelles attentes philosohiques. Le zèle évangélique qui promeut une doctrine d'amour et d'égalité entre tous les hommes séduit le peuple. Les Pères de l'Église mettent par écrit le troisième ensemble de textes fondateurs du christianisme après l'Ancien et le Nouveau Testament. Enfin, les pestes des premiers siècles coïncident avec les croissances les plus prolifiques du christianisme et entraînent un vaste mouvement de revitalisation (en) spirituelle. Selon Rodney Stark, l'entraide plus forte des communautés chrétiennes à cette occasion expliquerait leurs meilleurs taux de survie, vues comme un miracle par les païens, ce qui contribue au développement des conversions[1].

Le contexte religieux du Ier au IVe siècle[modifier | modifier le code]

Le christianisme n’était pas la seule religion cherchant et trouvant des adeptes au Ier siècle. Les historiens contemporains du monde romain soulignent l’intérêt qu'éprouvaient les romains pour les religions à mystère ou des cultes à mystère[2]; cet intérêt commençant au dernier siècle de la République romaine et se développant à l’époque de l’Empire romain. Les auteurs romains eux-mêmes, Tite-Live par exemple, racontent l’importation « des dieux étrangers » pendant des périodes de difficultés dans l’Empire romain. Les religions qui auront le plus de succès sont le mithraïsme, très répandu chez les soldats du fait du rapport à la mort qu'il développe[3] et le manichéisme. Les chrétiens considéraient les manichéens comme particulièrement dangereux sous l'influence de Augustin d'Hippone, qui avait été manichéen dans sa jeunesse ; l'énergie qu'il consacre à les combattre montre que cette concurrence était encore vivace à la fin du IVe siècle.

Le judaïsme recevait aussi des convertis et, dans certains cas, se montrait activement prosélyte[4]. Les actes des apôtres Le Nouveau Testament évoquent une catégorie de personnes désignées sous le nom de craignant-Dieu qu’on pense avoir été en passe de se convertir ; le plus souvent, on suppose qu'il s'agit de Gentils qui ne s’étaient pas soumis à la circoncision, soient qu'ils hésitent devant une opération sérieuse pour des adultes dans les conditions d'asepsie de l'époque, soit qu'ils ne souhaitent pas aller jusque là[5]. Philon d'Alexandrie évoque explicitement le devoir des Juifs d’accueillir des convertis. Il n'est pas certain que le judaïsme de la fin du Ier siècle considère les « Nazôréens » comme autre chose qu'une tendance, malgré leur envie de s’en démarquer[6] ,[7].

Insertion dans le paysage religieux de l'empire[modifier | modifier le code]

Jusqu’au début du IVe siècle, le christianisme connaît des alternances de paix, notamment sous le règne de Gallien, et de persécution, en particulier sous le règne de Dioclétien. Ces persécutions marquent tellement l’esprit des chrétiens que le début de son règne (284) constituera jusqu’au VIe siècle le début de l’ère chrétienne, dite l’« ère des martyrs » ou « de Dioclétien ». En 312, arrivé au pouvoir, Constantin Ier adopte une attitude de tolérance que son collègue Licinius ne partage pas. Après la victoire de Constantin sur Licinus, il affiche une préférence de plus en plus marquée pour le christianisme. Il prend des mesures matérielles (don d’argent, de terrains, etc.), mais aussi législatives, pour intégrer les chrétiens dans la structure de l’empire (par exemple, l’élévation du dimanche, jour du soleil, au nombre des jours fériés). Il intervient dans les querelles religieuses, en convoquant des conciles (cf. infra), en interdisant les sacrifices animaux [8], et en fondant la ville de Constantinople, capitale chrétienne qui remplace Rome, toujours largement païenne à cette époque. Il prend des mesures contre les institutions païennes, mais ne supprime pas la liberté du culte. À sa mort en 337, il se convertit au christianisme, un « caprice personnel » selon Paul Veyne [8], devenant ainsi le premier empereur romain chrétien. À cette époque, bien que le christianisme se soit déjà implanté dans les milieux urbains aisés, 90 % des citoyens romains, dont les sénateurs, étaient païens ou adhéraient à d'autres fois, à l'instar des autres sujets de l’Empire, quoiqu'il existât alors de grandes disparités régionales dans la répartition des communautés chrétiennes[8].

Si l’on excepte le court intermède de l’empereur Julien (361-363), le neveu de Constantin qui veut revenir au paganisme sans toutefois en faire une obligation [8], ses successeurs seront tous chrétiens. C’est sous Gratien et Théodose Ier (380-395) que l’Église catholique devient réellement une religion d'État. Ils promulguent d’abord une série d’édits contre les « hérétiques » qui sont en désaccord avec le syncrétisme pagano-chrétien créé sous Constantin. Théodose décrète le 28 février 380 l'édit de Thessalonique qui officialise le culte catholique orthodoxe et en fait l'unique religion licite de l'Empire romain, puis signe des lois qui prohibent le paganisme dans les provinces occidentales (loi du ) et orientales (loi du ) de l'Empire, la fréquentation aussi bien dans les temples publics que dans les sanctuaires privés étant interdite. Enfin, sous l’influence d’Ambroise, évêque de Milan, Théodose publie le 8 novembre 392 l'Édit de Constantinople qui interdit tous les cultes païens (fréquentation des temples et sanctuaires, sacrifices, adoration des statues, lampes votives, dendrolâtrie) à tout l'Empire et impose définitivement le catholicisme : le christianisme est désormais passé du statut de secte minoritaire, ne touchant même pas 5 % de la population au début du IVe siècle, à celui de religion d'État[9].

Le christianisme en Égypte[modifier | modifier le code]

Chaque église s'attribue un apôtre fondateur. Marc, qui aurait subi le martyre à Alexandrie au Ier siècle, serait aux origines de l’Église d’Égypte. Il est probable qu’une communauté chrétienne y existait vers 50 ap. J.-C. Si, à ses débuts, elle devait certainement être composée de Juifs, nombreux en Égypte, au IIe siècle elle est devenue grecque, après l’anéantissement de la communauté juive d’Alexandrie en 115-117. Les chrétiens ont dû y faire face à la concurrence du gnosticisme et du manichéisme. L’orthodoxie est défendue par le Didascalée, une école importante. Influencée par le néoplatonisme, elle compte parmi ses membres Clément d'Alexandrie ou Origène (185-253), qui créé la doctrine de la lectio divina et des quatre sens de l'Écriture. Comme en Afrique du Nord, l’Église d’Égypte a été déchirée par les conflits qui ont suivi la persécution de Dioclétien au début du IVe siècle. Le schisme est provoqué par l’évêque Mélèce de Lycopolis, qui s’oppose à la réintégration des chrétiens qui ont renié leur foi pendant la persécution.

Après l’avènement de l’empereur Constantin, l’Église d’Égypte prospère. Elle jouera un rôle important dans les controverses christologiques du IVe au VIe siècle, grâce à la forte personnalité de certains évêques d’Alexandrie, tels qu’Athanase ou Cyrille.

Monachisme[modifier | modifier le code]

Le protomonachisme (du grec protos, « premier », et monachos « solitaire », « célibataire ») naît au IIIe siècle en Égypte où se développe essentiellement un érémitisme dans le désert [10] trouvant probablement son origine dans des communautés réfugiées dans le désert au temps de la persécution de Dioclétien. Pierre d'Alexandrie se taille ainsi une réputation de résistance[11]. Il se développe également en Syrie et en Mésopotamie araméophones où le monachisme communautaire est plus urbain ou villageois[12]. Le monachisme connaît un premier essor au IVe siècle. Certains chrétiens se réfugient dans le « désert » pour échapper au monde, mais aussi pour s'opposer au pouvoir des potentats locaux[13] tel Siméon le Stylite (392-459), qui vécut plusieurs décennies sur une colonne en Syrie. Petit à petit, certains d’entre eux, tels qu’Antoine (251-356?), rassemblent des disciples autour d’eux, et forment des communautés de semi-anachorètes. Pacôme le Grand (286-346) fonde des communautés cénobites (du grec koinos bios, « vie commune »), avec un supérieur à leur tête. Ces moines, souvent fanatiques, joueront un grand rôle dans la lutte contre le paganisme, dont un des épisodes les plus tristement célèbres est le meurtre de la philosophe Hypatie (415).

Au VIIIe siècle, en Orient, les véritables vainqueurs de la crise iconoclaste sont les moines, qui se sont faits les champions des images. Du XIe au XIIIe siècle, ils forment un véritable parti et n’hésitent pas à contester l’autorité de l’État. Comme ils voyagent beaucoup (moines gyrovagues), ils exercent une grande influence sur l’opinion publique. Par leur ascétisme et leur mépris du monde, ils constituent un idéal de vie pour le peuple et sont considérés comme les médiateurs par excellence avec Dieu, et parmi eux, l’« innocent » ou l’« idiot » a le contact le plus direct avec Dieu. Ils ont contribué à donner un aspect anti-intellectualiste au christianisme byzantin. Les moines sont d’autant plus respectés que le prestige du clergé séculier est bas. Au cours des derniers siècles de Byzance, les patriarches seront d’ailleurs souvent recrutés parmi les moines.

Au XIe siècle, le monachisme se répand en occident avec la règle de Benoît d'Aniane et la fondation de l'ordre de Cluny où il prend un tout autre caractère à partir du XIIIe siècle.

Le christianisme en Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

Bien que le christianisme se soit certainement implanté tôt en Afrique du Nord (c’est-à-dire, à l’époque romaine, principalement dans l’actuelle Tunisie et la région de Constantine en Algérie, avec comme centre culturel prestigieux Carthage), nous ne disposons d’informations sûres qu’à partir de la fin du IIe siècle, grâce à Tertullien et Saint Cyprien, les deux premiers Pères latins. L'Église africaine des premiers siècles a pris une part importante à la vie et au développement du christianisme occidental latin qui, selon l'historien Claude Lepelley[14], est né en Afrique du Nord. Au milieu du IIe siècle, les communautés chrétiennes y étaient déjà très nombreuses et dynamiques. Et au IVe siècle, naîtra Augustin d'Hippone dont la pensée aura une influence déterminante sur l’Occident chrétien du Moyen Âge et de l’époque moderne [15].

La présence de 71 évêques aux conciles de Carthage en 256 indiquerait l'implantation ancienne du christianisme dans cette région[N 1].

Dans tous ses écrits, Tertullien se place en opposition directe avec la culture romaine païenne et fait l’apologie du martyre. En 180, les Actes des martyrs scillitains décrivent l’histoire de douze martyrs de Scilli. Tertullien lui-même rapporte dans les Actes des martyres Perpétue et Félicité[N 2] un épisode célèbre des persécutions en Afrique du Nord. De nombreux chrétiens choisissent alors d'être apostat pour sauver leurs vies. Lors de la persécution de Dèce (250), de nombreux chrétiens d’Afrique lapsi (apostats), souhaitent revenir au sein de l’Église. L’évêque Cyprien de Carthage, partisan d’une réconciliation après pénitence, se heurte à un groupe plus laxiste. Il trouve un allié auprès du pape Corneille, adversaire de Novatien qui s'oppose à toute réconciliation. La voie moyenne l’emporte, et la position de Novatien, sacré Pape par trois évêques italiens partisans de l'intransigeance, est condamnée en tant que schismatique.

Expansion et reconquête[modifier | modifier le code]

Les îles Britanniques[modifier | modifier le code]

À partir du Ve siècle, la Grande-Bretagne est progressivement envahie par les Anglo-Saxons païens, qui refoulent les Bretons chrétiens. Patrick d'Irlande aurait fondé au même moment l'Église d'Irlande, île où le monachisme prend vite une importance centrale. Au cours de cette période obscure, il est difficile de savoir dans quelle mesure le christianisme a pu subsister dans les régions envahies.

Ce n’est qu’à partir de la fin du VIe siècle que les royaumes anglo-saxons sont évangélisés à la suite de la mission d’Augustin de Cantorbéry, envoyé par le pape Grégoire le Grand, qui convertit Æthelbert, roi du Kent (597) et fonde l’évêché de Cantorbéry. Saint Colomban (540-615) évangélise quant à lui les Scots et les Pictes et fonde le monastère de Iona en 563. Près d'un siècle plus tard, les moines irlandais et écossais du monastère de Lindisfarne convertissent le roi Oswald de Northumbrie (634). Les autres royaumes anglo-saxons se convertissent sous leur influence.

Des tensions entre les missionnaires de Lindisfarne (la mission « celtique ») et les autres (la mission « romaine ») au sujet de la méthode pour calculer la date de Pâques donnent lieu à la tenue d'un important concile à Whitby en 664. L’Église celte se rallie au rite romain, bien que des différences perdurent jusqu'au XIIe siècle.

Europe occidentale : évangélisation des peuples dits « barbares »[modifier | modifier le code]

Les peuples germaniques et goths furent évangélisés par l'évêque arien Ulfilla mandaté par Constantin. L'arianisme était d'ailleurs le courant chrétien dans lequel Constantin fut baptisé sur son lit de mort. Il fit élever ses fils dans cette religion[16].

Sur le territoire de l’ancien Empire romain d'Occident, qui disparaît en 476, se sont installés différentes peuples germaniques. presque tous sont chrétiens, du courant arien ; cela montre la portée limitée de la condamnation pour hérésie prononcée à concile de Nicée (325). Parmi ces peuples se trouvent des Vandales en Afrique du Nord, des Wisigoths en Espagne et dans le sud de la France, des Ostrogoths en Italie ou encore des Burgondes [17]. L'arianisme servait notamment de facteur identitaire à ces populations, qui essayaient d'éviter la fusion avec les Romains, bien entamée par le fait que les fils de chefs étaient fréquemment enlevés et éduqués à Rome. L'épisode Arminius est resté célèbre [17]. Elles cohabitent plus ou moins harmonieusement avec la population catholique locale. Par contre, les Francs, qui se sont installés dans le nord de la Gaule ainsi que les Anglo-Saxons qui ont envahi la Bretagne sont païens. La conversion de l'Europe barbare, entre le Ve et le VIIIe siècle, se fait le plus souvent à l'aide de contraintes subtiles plutôt que de persécutions massives, malgré quelques épisodes de persécution des Juifs, notamment en Espagne [17], ou des baptêmes forcés, telles ceux opérés par Charlemagne [17].

Les Vandales[modifier | modifier le code]

La situation est tendue en Afrique du Nord où les Vandales, qui sont ariens, dominent les chrétiens locaux qui sont trinitaires. Cette situation aura des conséquences politiques importantes. Les Vandales, seront vaincus au moment de la reconquête de l’Afrique du Nord par l’empereur Justinien.

Les Ostrogoths[modifier | modifier le code]

Les Ostrogoths, sous la conduite de leur roi Théodoric, s’installent en Italie en 489. Théodoric, fait construire des églises ariennes (dont certaines existent encore à Ravenne). Les Ostrogoths sont soucieux de conserver leur identité nationale. Ils ne se mêlent pas à la population locale et leur religion y contribue. Théodoric accorde néanmoins sa protection au catholicisme. Il s'oppose toutefois à ses excès de prosélytisme, condamnant ainsi l’évêque de Ravenne à payer une amende lorsqu’il apprend que les Juifs de la ville avaient été contraints au baptême [17]. Les Ostrogoths perdent le pouvoir en Italie et repassent à l’« orthodoxie » à la suite de la reconquête byzantine.

Les Wisigoths[modifier | modifier le code]

La politique des Wisigoths à l’égard de des trinitaires est généralement assez tolérante. Alaric II affronte des désordres civils, au début du VIe siècle, ses sujets « orthodoxes » lui reprochant d'adhérer à l'arianisme [17]. Sous le règne de Léovigilde (568-586), la situation est plus tendue. Le roi espère unifier l’Espagne sous la bannière de l’arianisme et les trinitaires font l’objet de multiples tracasseries. Son successeur Reccarède fait le choix inverse. Il revient à l’« orthodoxie » (IIIe concile de Tolède en 589) et l’Église espagnole entretient dorénavant des liens étroits avec la royauté. En 615, le roi Sisebut ordonne sous peine de mort le baptême de tous les Juifs [17]. L'Espagne plonge alors, pour un siècle, dans les troubles religieux [17]. En 694, Égica réduit en esclavage tous les Juifs de son royaume, et en confie la garde aux grands propriétaires fonciers (les possessores) [17]. Ces derniers, en effet, sont des relais importants de l'expansion du christianisme, usant de la contrainte économique pour obtenir des conversions [17].

Les Francs[modifier | modifier le code]

Dans le nord de l'ancienne province romain de Gaule, les Francs qui s'y sont établis se laissent gagner par différents types de christianisme[N 3]. Sous l’influence de l'évêque de Reims Remi, leur roi Clovis adhère à l’« orthodoxie » en 496 ou 506. Clovis devient ainsi le premier roi barbare[N 4] trinitaire de l’ancien Empire romain d'Occident. C'est le « coup de chance »[18] pour les Francs : en adoptant l'orthodoxie prévalente en Gaule, ils s'attirent la collaboration des élites gallo-romaines, et la Gaule aidera à leur triomphe[19]. En 507, Clovis obtient le soutien de l’aristocratie gallo-romaine pour chasser les Wisigoths ariens du sud de la Gaule. À l’image des empereurs romains chrétiens, il convoque un concile des évêques de Gaule (511). Son fils, Childebert Ier, ordonne vers 540 la destruction des idoles, mais ne s'attaque pas directement aux idolâtres eux-mêmes [17]. Un siècle plus tard, le roi Dagobert tente, vers 633, de convertir les Juifs par la violence, mais l'entreprise, impopulaire, échoue [17]. Pépin de Herstal et Charles Martel contraignent leurs nouveaux sujets, après la conquête de la Frise, entre 690 et 730, à se convertir [17].

Les Slaves et les Magyars[modifier | modifier le code]

Au VIe siècle, la péninsule des Balkans est occupée par des tribus slaves, initialement païennes. Celles-ci intercalent des communautés rurales, les « Sklavinies », entre les « Valachies » des Thraco-Romains, déjà christianisés depuis le IVe siècle. Un double processus de christianisation s'opère alors : « par la base », les échanges culturels entre Slaves et Thraco-Romains généralisant les parlers slaves et le christianisme, comme le prouve le vocabulaire des langues balkaniques[20], et « par le sommet », c'est-à-dire par la conversion des élites politiques des états slaves (pas nécessairement slaves elles-mêmes, mais slavisées, et christianisées en plusieurs étapes durant le VIIIe siècle et le IXe siècle, et non sans quelques frictions avec l’Église d’Occident.

Cyrille et Méthode sont connus comme les Apôtres des Slaves pour avoir évangélisé les peuples slaves de l’Europe centrale

Ces frictions ne concernent pas seulement les Balkans, mais aussi les Slaves occidentaux. En 862, Rastislav, prince de Grande-Moravie, demande aux Byzantins de lui envoyer des prêtres pour former une Église locale. Le patriarche Photios lui envoie deux frères : Cyrille et Méthode, originaires de Thessalonique et connaissant le monde slave. Cyrille met au point le premier alphabet slave, le glagolitique. Leur mission est un succès. Si, au départ, ils sont soutenus par le pape, ils se heurtent à l’opposition des partisans de l’usage des « trois langues » (qui n’admettent que le grec, le latin et l’hébreu comme langues liturgiques) et surtout à l’hostilité des évêques francs, qui ne veulent pas voir échapper la région à l’influence politique de la Germanie. Après leur mort, leurs successeurs seront chassés de Grande-Moravie.

Dans les Balkans, où désormais l'Empire byzantin ne contrôle plus que les côtes (majoritairement grecques) les élites Bulgares, ennemies héréditaires des Byzantins, se convertissent à la même époque : en 866, le khan bulgare Boris (852 - 889) est baptisé, ce qui entraîne la conversion de tout ce que la Bulgarie comptait encore de païens. En Bulgarie comme en Moravie, l’église de Rome cherche à convertir les slaves et les valaques[N 5]. Après avoir hésité entre Rome et Constantinople, l’aristocratie bulgare choisit finalement Constantinople, et la Bulgarie fait encore actuellement partie du monde orthodoxe. Il en va de même pour un certain nombre d’autres principautés slaves, correspondant grosso modo aux Serbes actuels. L’adoption du christianisme va de pair avec celle de la civilisation byzantine. C’est donc à cette époque que se forme dans les Balkans une nouvelle frontière : celle entre le monde orthodoxe et le monde catholique.

Un autre événement capital est la conversion de la Ruthénie Kiévienne (ou Rus' de Kiev) au christianisme. La princesse Olga, sœur d’Igor, prince de Kiev, s’était déjà convertie au milieu du Xe siècle. En 989, le prince Vladimir Ier, soucieux d’asseoir son pouvoir plus solidement, négocie avec les Byzantins son baptême ainsi que celui de ses sujets et son mariage avec une princesse byzantine. La Ruthénie kiévienne relève directement du patriarche de Constantinople, qui désigne le métropolite de Kiev. Pendant près de 400 ans, celui-ci sera grec et contribuera à ancrer les Slaves orientaux dans la sphère d’influence byzantine.

Enfin au Xe siècle, Mieszko Ier de Pologne, Géza de Hongrie, son fils, le futur Étienne Ier de Hongrie et Bořivoj Ier de Bohême, époux de Ludmila de Bohême et grand-père de Venceslas de Bohême passent eux aussi au christianisme, et, après quelques hésitations, choisissent finalement l’obédience de Rome et la liturgie latine.

Les sphères d’influence du Saint-Empire romain germanique et de l’Empire byzantin déterminent, du sud au nord au de l’Europe, une frontière religieuse et culturelle qui existe toujours.

Diffusion aux frontières de l'Empire[modifier | modifier le code]

Le christianisme ne s’est pas limité au bassin méditerranéen et à ses arrière-pays. Il s’est répandu partout où existaient des zones de diaspora (terme d’origine grecque pour dispersion) juive, entre autres en Mésopotamie, en dehors de l’Empire romain, où cette population résidait depuis la captivité à Babylone, ville où se développa une grande partie du Talmud.

Le christianisme en Perse dans l’Empire sassanide[modifier | modifier le code]

Le christianisme se répand en Perse dès le IIe siècle. Il s’y heurte à une religion nationale, le mazdéisme zoroastrien. Les chrétiens apparaissent d’abord comme susceptibles d’apporter un soutien à l’Empire romain et sont persécutés. Le monastère Mor Mattay, de doctrine syriaque orthodoxe, est ainsi fondé au IVe siècle. Un synode de l’Église de l'Orient en 424 décrète son indépendance par rapport à l'Église d'Antioche, ce qui permet aux chrétiens perses de ne plus apparaître comme des agents de l'Empire romain, principal adversaire des Sassanides. À la fin du Ve siècle, l’Église de l'Orient passe au nestorianisme, dont les thèses ont été condamnées par l'église de Constantinople lors du concile d'Ephèse de 431. Mais l'adversaire du nestorianisme, le monophysisme, également jugé hérétique, est aussi présent en Perse, l'Église syriaque orthodoxe y étant implantée, instaure une juridiction spéciale sur ces territoires, qui s'étendent jusqu'en Azerbaïdjan et Afghanistan actuels, le Maphrianat de l'Orient.

Le christianisme en Arménie[modifier | modifier le code]

Grégoire Ier l'Illuminateur convainc le roi Tiridate IV de faire de l'Arménie le premier État officiellement chrétien.

L’histoire du début du christianisme en Arménie repose sur des bases légendaires : le pays aurait été évangélisé par Simon, Barthélémy et Thaddée. On est sur un terrain plus sûr au IVe siècle. L’empereur romain Dioclétien installe Tiridate IV (298-330) sur le trône d’Arménie. Le roi est païen, mais un prédicateur, Grégoire Ier l'Illuminateur, le convainc de faire de l’Arménie le premier État officiellement chrétien (l’édit de Milan (313) ne constitue qu’un édit de tolérance).

À la suite du partage de l’Arménie, sous Théodose Ier et Shapur II, entre l’Empire romain et la Perse sassanide (387), la plus grande partie du pays, dans l’orbite du mazdéisme perse, est menacé d’acculturation. C’est pourtant à cette époque que le moine Mesrop Machtots crée l’alphabet arménien : la Bible est traduite en arménien. Le roi perse Yazdgard II (438-457) et ses successeurs tentent de convertir de force les Arméniens au mazdéisme, mais sans succès [21]. Le christianisme arménien se revendique comme Églises des trois conciles, quoique n'ayant jamais participé au parcours concilaire, s'étant construite avant les églises qui sont parties au débat. Elle soutient une christologie miaphysite[N 6]. Son pape prend le titre de catholicos (506).

Le christianisme en Éthiopie[modifier | modifier le code]

Le christianisme éthiopien aurait pris naissance avec la conversion du roi Ezana d’Aksoum par saint Frumence (ou Frumentios)au IVe siècle. Capturé et réduit en esclavage lors d’un voyage, il est libéré par le roi et Athanase d'Alexandrie en fait le premier évêque du pays. Les successeurs d’Ezana seraient retournés au paganisme, et ce n’est qu’à la fin du Ve siècle que le christianisme est fermement implanté en Éthiopie. Le pays a sans doute été évangélisé par des missionnaires monophysites : son Église est non-chalcédonienne et son chef nommé par le patriarche copte d’Alexandrie. Elle a adopté comme langue liturgique le guèze, la langue du royaume d'Aksoum.

Le christianisme en Extrême-Orient[modifier | modifier le code]

Doctrine[modifier | modifier le code]

Le nestorianisme se répand en Orient, étant adopté par l'Église de l'Orient, puis par l'Église syriaque orientale de Malabar, en Inde, et diverses églises dite « des deux conciles », ainsi qu'en Chine sous le règne de Taizong et en Mongolie à partir du VIIe siècle. Les nestoriens chinois furent persécutés sous le règne de Tang Wuzong. Il se diffusa aussi dans l'empire mongol, étant pratiquée par plusieurs princesses de la famille de Gengis Khan (Sorgaqtani, épouse de Tolui, ou Doqouz Khatoun, épouse de Hülegü)...

Cheminement[modifier | modifier le code]

Véhiculé le long de la Route de la soie, le nestorianisme atteint la Chine au VIIe siècle, sous l’empereur Taizong, avant d'être sujet, comme d'autres religions, à des persécutions au IXe siècle. Il s'étend aussi en Inde (Église de Malabar), qui aurait été influencée par le christianisme dès le Ier siècle, donnant lieu aux Chrétiens de saint Thomas. Lorsque le Portugal débarque sur la côte de Malabar en 1498, il y établit des tribunaux de l'Inquisition pour ramener ces « hérétiques » dans le droit chemin.

Églises orientales du Kerala (chrétiens de saint Thomas)
Syriaque occidental Syriaque oriental
Anglicans Orthodoxes orientaux Catholiques orientaux Assyriens
Église malankare Mar Thoma Église malabare indépendante Église malankare orthodoxe Église syro-malankare orthodoxe Église catholique syro-malankare Église catholique syro-malabare Église malabare orthodoxe

Diffusion et Grandes découvertes[modifier | modifier le code]

En 1455, le pape Nicolas V concède au Portugal l'exclusivité du commerce avec l'Afrique et encourage Henri le Navigateur à soumettre en esclavage les « sarrasins et autres infidèles », comptant sur les progrès des conquêtes pour obtenir des conversions[22]. Après la découverte de l'Amérique par les Européens en 1492, le pape Alexandre VI est amené à arbitrer le partage du nouveau monde entre les puissances espagnoles et portugaises[N 7], et leur attribue l'activité de mission qui a souvent été considérée par les puissances coloniales comme un instrument permettant d'introduire les intérêts occidentaux, voire de légitimer des interventions politiques ou militaires. Le catholicisme s'implante en Amérique du Sud, au Mexique avec la conquête de Cortés et au Pérou à la suite de celle de Pizarre[23]. Les missions vers l'Asie remportent peu de succès sauf aux Philippines et à Goa[24].

Diffusion en Amérique latine[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L’un des passages les plus cités de Tertullien est éloquent à ce propos :

    « Nous sommes d’hier, et déjà nous avons rempli la terre et tout ce qui est à vous : les villes, les îles, les postes fortifiés, les municipes, les bourgades, les camps eux-mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum ; nous ne vous avons laissé que les temples ! »

    — Apologétique, XXXVII,4

  2. On remarquera que Tertullien met sur le même plan les Actes des martyrs scillitains qui sont un procès-verbal de comparution devant le juge romain et les Actes des martyres Perpétue et Félicité qui sont un roman édifiant comme l'a montré Daniel Boyarin dans Mourir pour Dieu, La découverte 2000
  3. Le paganisme de Clovis et des francs est discuté par les historiens. Les récits le concernant ne sont connus que par Grégoire de Tours qui mêle la chronique et l'apologétique. Selon Peter L Brown (Le culte des saints ), il est plus probable que Clovis fut arien mais que Grégoire considère que les ariens sont des païens.
  4. Barbare doit s'entendre au sens romain de barbare fédéré. En effet, Clovis et ses francs viennent de l'actuelle Belgique flamingante où ils sont largement romanisés. Le père de Clovis a été nommé roi par les romains ; il fut enterré en costume de général romain. Voir Michel Rouche, Clovis, Fayard, 1996
  5. Le moine Ansbert, qui accompagnait l'empereur Frédéric Barberousse dans sa croisade de 1189-1190, relate que dans les Balkans, l'empereur a du combattre “les Grecs et les Valaques” et il désigne Pierre/Kalopetros “imperator Blachorum et maxime parties Bulgarorum dominus” et ailleurs “Imperator Blacorum et Cumanorum” ou encore “Kalopetrus Blachorum dominus itemque a suis dictus imperator Grecie”. Vassiliev souligne aussi que le pape Innocent III qui désignait Ioan Calojean en 1204 “Rex Bulgarorum et Blacorum” et que l'archevêque de Trnovo signait ses lettres du titre “totius Bulgariae et Blaciae Primas” (dans A. A. Vassiliev : History of the Byzantine Empire, 324-1453, Volume 2, Wisconsin : University of Wisconsin Press), ce qui montre clairement les tentatives de la papauté d’attirer à elle les populations balkaniques orientales et de les détacher de l’obédience de Byzance.
  6. Le miaphysisme s'inspire du monoénergisme en tenant compte des remarques de Nestorius sur la nature humaine et la nature divine. Voir le site de l'Église arménienne
  7. Le traité de Tordesillas, signé le institue une ligne de partage qui passe à cent lieues à l'ouest des Açores

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Rodney Stark, The Rise of Christianity : A Sociologist Reconsiders History, Princeton University Press, , p. 74-75
  2. John Scheid Religion et piété dans la Rome antique, Éditions Albin Michel, Paris, 2001, 192 p. (ISBN 978-2-226-12134-9)
  3. John Scheid, op.cit.
  4. François Blanchetière, Les premiers chrétiens étaient-ils missionnaires ? (30-135), CERF 2002
  5. Peter J. Thomson, Jésus et les auteurs du Nouveau Testament dans leur relation au judaïsme, CERF
  6. Dan Jaffé, Le Judaïsme et l’avènement du christianisme. Orthodoxie et hétérodoxie dans la littérature talmudique du Ier – IIe siècle, CERF, 2005
  7. Sous la direction de François Blanchetière et Moshe David Herr, Aux origines juives du christianisme, Louvain
  8. a b c et d Quand le monde est devenu chrétien, compte-rendu croisé des livres de Paul Veyne et de Maurice Sachot dans Sciences humaines.
  9. Eric Stemmelen, La religion des seigneurs : Les origines du christianisme, Michalon, , p. 87
  10. Marcel Viller, Lamarche, Solignac, Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique : doctrine et histoire, Beauchesne, , 216 p.
  11. Richard E. Rubenstein, Op.cit.
  12. Philippe Escolan, Monachisme et église : le monachisme syrien du IVe au VIIe siècle : un ministère charismatique, Beauchesne, , 410 p. (lire en ligne)
  13. Peter Brown, La société et le sacré dans l'Antiquité tardive, Points-Histoire
  14. Claude Lepelley, Saint Augustin : Le Passeur des deux rives, Éditions d'Orbestier, 2010
  15. Alain Corbin, Histoire du christianisme, Éd. Seuil, 2007 p. 120 (Saint-Augustin)
  16. Richard E Rubenstein, op.cit.
  17. a b c d e f g h i j k l et m Bruno Dumézil, Les conversions forcées ont-elles existé ?, L'Histoire no 325, novembre 2007, p. 69-73
  18. Fernand Braudel L'identité de la France (tome2 Les hommes et les choses) Arthaud-Flammarion 1986 p. 93-96) se référant à K.F. Werner, et Lucien Musset
  19. Michel Rouche, op.cit. en note, p. ?
  20. Zdravko Batzarov sur "Balkan Linguistic Union" citant Encyclopædia Orbis Latini et J. Lindstedt, Linguistic Balkanization: Contact-induced change by mutual reinforcement p. 231–246 in D. G. Gilbers & al. : Languages in Contact, Amsterdam & Atlanta, GA, 2000: Rodopi (Studies in Slavic and General Linguistics, 28.) (ISBN 90-420-1322-2) ; André Dunay sur "The Origins of the Rumanians" : Balkan Linguistic Union ; Jernej K. Kopitar, Albanische, walachische u. bulgarische Sprache, Jahrbücher der Literatur (Wien) 46, p. 59-106 et Andrej N. Sobolev (Ed.): Malyi dialektologiceskii atlas balkanskikh iazykov, Muenchen: Biblion Verlag.
  21. Chronologie d'Arménie, Clio
  22. Alphonse Quenum, Les Églises chrétiennes et la traite atlantique du XVe au XIXe siècle, Karthala éditions, (présentation en ligne), p. 72-73
  23. Mircea Eliade, Dictionnaire des religions, Paris, Pocket, coll. « Agora », , 364 p. (ISBN 2-266-05012-5), p. 122
  24. Mircea Eliade, Dictionnaire des religions, Paris, Pocket, coll. « Agora », , 364 p. (ISBN 2-266-05012-5), p. 123

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Sachot, L'Invention du Christ. Genèse d'une religion, Éditions Odile Jacob, « Le champ médiologique », 1998
  • Maurice Sachot, Quand le christianisme a changé le monde : La subversion chrétienne du monde antique, Éditions Odile Jacob, 2007

Annexes[modifier | modifier le code]