Evseï Liberman

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Evsei Liberman en 1967

Evseï Grigorievitch Liberman (en russe : Евсей Григорьевич Либерман) était un économiste soviétique, né le 2 décembre 1897 à Slavouta (aujourd'hui en Ukraine) et décédé le 11 novembre 1983 à Moscou.

Né dans une famille juive d'une petite ville d'Ukraine, Liberman étudia le droit à l'Université de Kiev (1915/20) puis fut professeur à l'Institut du travail et de la technologie et à l'Université de Kharkiv.

Le projet de réforme de l'économie soviétique[modifier | modifier le code]

Il proposa la mise en œuvre de nouvelles méthodes de planification fondées sur les principes d'un nouveau centralisme démocratique. Celles-ci consistaient à accorder une autonomie de gestion aux entreprises : liberté, encadrée, des prix, production en fonction des commandes reçues, et non en fonction des directives du Plan, liberté de commander à des fournisseurs librement choisis dans des conditions de prix, de quantité et de qualité librement négociées, liberté des embauches en fonction des besoins et de la fixation des salaires. Devant les critiques des caciques du Parti, Liberman nia toujours que ses idées pussent être considérées comme un retour au capitalisme, soulignant que la plus grande autonomie accordée aux entreprises s'inscrivait dans une planification centralisée et que les entreprises restaient la propriété de l'État et non des individus.

Les propositions de réformes économiques de Liberman furent publiées de 1956 à 1959 dans Bolchevik, la principale revue théorique et politique du Comité central du Parti communiste soviétique, et suscitèrent immédiatement un grand intérêt. La Pravda publia le « Le Plan, le profit, la prime », qui devint la base des réformes économiques soviétiques de 1965.

Ses travaux les plus remarquables furent :

  • « Structure de l'équilibre d'une entreprise industrielle » (1948)
  • « Moyens pour élever la rentabilité des entreprises socialistes » (1956)
  • « Analyse de l'utilisation des ressources » (1963)
  • « Plan et avantages pour l'économie soviétique » (1965)
  • « La planification du socialisme » (1967).

L'influence de Liberman fut considérable : Alexis Kossyguine devint président du Conseil en 1964 pour la mise en application du projet.

L'échec de la réforme[modifier | modifier le code]

Ses réformes économiques auraient pu donner un nouveau dynamisme à l'économie de l'Union soviétique durant les années 1960. Mais, elles avaient pour conséquence de retirer le pouvoir aux membres du Parti au profit de technocrates gestionnaires, nommés exclusivement pour leur compétence, ce qui pouvait provoquer un conflit politique : la technostructure ainsi constituée et cooptée à la tête des entreprises et l'appareil du parti, seraient, à terme, rentrés en conflit. Brejnev, nommé Secrétaire Général du PC en 1964, enterra peu à peu la réforme pour cette raison, ce qui provoqua la stagnation de l'économie. Les propositions de réforme de Liberman furent également étudiées pour être mises en œuvre en Allemagne de l'Est ainsi qu'en Tchécoslovaquie au moment du Printemps de Prague, en 1968, puis à la fin des années 1970, mais celles-ci furent arrêtées à cause de l'obstacle politique. L'alter ego tchèque de Liberman était Ota Šik qui dût s'exiler après l'invasion du 21 août 1968. Le seul pays socialiste qui l'adopta en partie fut la Hongrie, dans les années 1970/80, avec un succès limité.

En tout état de cause, l'autonomie accordée aux entreprises aurait permis à une partie d'entre elles de se développer au détriment des autres, ce qui aurait été contradictoire avec un système de planification centralisée qui assignait à chaque entreprise des objectifs de production précis. D'autre part, pour financer cette expansion, un système de marché de capitaux, publics ou privés, serait apparu : cette évolution était déjà très nette en Hongrie dans les années 1980. Dans ce dernier pays, des entreprises d'état faisaient appel à des capitaux privés sous forme d'obligations venus des titulaires de comptes des caisses d'épargne publiques. Cependant, ces épargnants ne disposaient pas de pouvoir de décision dans la gestion de ces entreprises. Là aussi, ce marché de capitaux pouvait difficilement coexister avec le système de planification centralisé sans le remettre en question. Enfin, se serait posé le problème de la désignation des dirigeants (cooptation, élection par le personnel, nomination par l'état).

Conséquences[modifier | modifier le code]

Après l'échec de la réforme et devant les retards de plus en plus évidents de l'économie de l'URSS vis-à-vis des occidentaux, le président du KGB, Iouri Andropov diligenta une enquête secrète, à la fin des années 1970, pour évaluer le PNB soviétique en valeur ajoutée, selon les critères occidentaux (une voiture Mercedès, modèle 1975, n'accumule pas la même valeur ajoutée qu'une voiture Moskvitch, modèle 1965) et non en volume ( nombre d'unités produites), selon les critères socialistes. Le résultat sera très défavorable, car il montrait que l'URSS était dépassée par l'Allemagne et le Japon et talonnée par la Grande-Bretagne et la France. Cette enquête sera à l'origine de la Perestroïka, lancée par Gorbatchev en 1985.

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • (en) « Borrowing from the Capitalists », Time Magazine, 12 février 1965 [1]

Source[modifier | modifier le code]