Évangéline (Longfellow)

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Statue d'Évangéline — héroïne de la déportation des Acadiens — à Saint-Martinville en Louisiane.

Évangéline (en anglais Evangeline, A Tale of Acadie) est un poème épique de Henry W. Longfellow qui raconte la Déportation des Acadiens. Publié à l'origine en 1847, le poème connait un grand succès aux États-Unis, favorisant l'affirmation identitaire des communautés américaines, canadiennes-françaises et cadiennes, contribuant surtout à la création du mythe fondateur de l'identité acadienne des Maritimes.

Résumé[modifier | modifier le code]

Deux amants acadiens, Évangéline Bellefontaine et Gabriel Lajeunesse, sont forcés de se séparer peu après leurs fiançailles pendant le Grand Dérangement. L'héroine parcourt l'Amérique à la recherche de son amant, pour finalement s'établir à Philadelphie pour travailler avec les pauvres comme infirmière. Elle trouve Gabriel parmi les malades, et il meurt dans ses bras.

Style[modifier | modifier le code]

Le poème original adopte un style d'hexamètre dactylique, possiblement inspiré par les classiques littéraires grecs et latins; Longfellow lisait Homère pendant l'écriture d'Évangéline[1].

Influence[modifier | modifier le code]

Une statue d'Évangéline trône au centre du Lieu historique national de Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse.

Affirmation de l'acadianité[modifier | modifier le code]

Après un succès énorme aux États-Unis, le poème atteint l'imaginaire des Canadiens français par une traduction libre de Pamphile Le May, en 1865. Évangéline s'inscrit alors dans le mythe canadien-français comme la première œuvre littéraire à parler de la Déportation des acadiens. Rameau de Saint-Père, qui crée le premier travail historique en Acadie des Maritimes, s'est inspiré de la traduction de Le May pour structurer ses recherches [2]. Ces textes viennent raviver la mémoire de la Déportation largement oubliée chez les communautés acadiennes, contribuant fortement à l'essor de la Renaissance acadienne.

Divergences dans la traduction de Pamphile Le May[modifier | modifier le code]

La version qui sera absorbée par l'imaginaire canadien-français comporte plusieurs divergences importantes de la version originale de Longfellow.

Issu du domaine académique nationaliste de l'École littéraire de Québec, Le May migre clairement la trame de l'histoire à une vision favorable pour l'identité canadienne-française. Contrairement à l'œuvre originale qui veut démontrer l'ampleur et la diversité du continent américain à la Manifest Destiny, Le May l'inscrit dans le mandat providentiel de « propager en terre d'Amérique les valeurs spirituelles de la civilisation catholique et française. »[3] En changeant le format pour traduire un hexamètre en deux alexandrins, il double la longueur du poème, ce qui lui permet d'ajouter plusieurs éléments qui rehaussent l'aspect canadien. Il transforme alors la trame nationale en entier pour en faire une « histoire d'amour de la terre acadienne » plutôt qu'une « histoire d'amour en Acadie »[4].

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

Plusieurs lieux ont donné leur nom à Évangéline: notamment, une paroisse en Louisiane, une région acadienne de l'Île-du-Prince-Édouard et un village dans la Péninsule acadienne au Nouveau-Brunswick.

L'Evangeline Trail est une route historique dans la vallée d'Annapolis, lieu de l'Ancienne Acadie. Ce circuit part de Grand-Pré pour se rendre à Yarmouth, traversant les communautés acadiennes de la Baie Sainte-Marie.

Une statue d'Évangéline est installée dans le parc commémoratif du Lieu historique national de Grand-Pré, lieu de la Déportation. À Saint-Martinville en Louisiane, l'actrice mexicaine Dolores del Rio a posé pour la création d'une statue d'Évangéline, qui fut donnée à la ville par l'équipe de tournage du film Évangéline (1929).

Musique[modifier | modifier le code]

En 1971, Michel Conte s'en est inspiré pour écrire la chanson Évangéline. La chanson a été créée par Isabelle Pierre et a été reprise notamment par Marie-Jo Thério, Natasha St-Pier et Annie Blanchard, qui a remporté avec cette pièce la chanson populaire de l'année au gala de l'ADISQ en 2006.

Le mythe d'Évangeline a aussi inspiré la chanson Évangeline, Acadian Queen, d'Angèle Arsenault. La chanson, au ton nettement humoristique, raconte l'histoire d'Évangéline et s'amuse de sa récupération commerciale.

En 2013, Sylvain Cooke, compositeur québécois, traite du sujet dans un opéra en trois actes basé sur le livret librement inspiré du poème d'Henry W. Longfellow par Thérèse Tousignant. L’opéra Évangéline débute en 1755 en Nouvelle-France, dans le village de Grand-Pré, lors de la déportation des Acadiens par l’Angleterre. Pour se démarquer des adaptations précédentes de cette célèbre histoire, Sylvain Cooke a imaginé un rendez-vous manqué et s'est attardé à des facettes moins connues du Grand Dérangement. Un nouvel angle est ajouté à l'histoire par l'ajout d'un troisième protagoniste, Émile un villageois amoureux d'Évangéline qui, de connivence avec les Anglais, compte faire échouer son mariage prévu avec Gabriel, apporte plus de dynamisme à la trame du récit.

Cinéma[modifier | modifier le code]

L'histoire d'Évangeline a aussi été portée à l'écran à quelques reprises. Ainsi le premier long-métrage fait au Canada est une adaptation du poème de Longfellow. Produit en 1913 par la Canadian Bioscop Company d'Halifax, le film est tourné à Grand-Pré et dans la vallée d'Annapolis. Il est aujourd'hui considéré comme perdu. En 2014, le cinéaste Bashar Shbib réalise le documentaire À la recherche d'Évangéline, portant sur sa production et son tournage.

En 1919, à Hollywood, Raoul Walsh réalise une nouvelle adaptation de l'histoire d'Évangéline. C'est l'épouse de Walsh, Miriam Cooper, qui incarne l'héroïne. Le film semble avoir connu un réel succès, mais est lui aussi considéré comme perdu.

Une troisième version est lancée en 1929. Réalisé par Edwin Carewe avec Dolores del Río dans le rôle titre, le film est tourné en Louisiane et accompagné d'une chanson thème écrite par Al Jolson et Billy Rose (voir section Lieux et monuments).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  1. (en) Cecil B. Williams, Henry Wadsworth Longfellow, New York, Twayne Publishers inc., , p. 151
  2. Thériault, Évangéline: contes d'Amérique, , p. 146
  3. Joseph Yvon Thériault, Évangéline: contes d'Amérique, Montréal (Québec), Québec Amérique, , 399 p. (ISBN 978-2-7644-2135-2), p. 116
  4. Thériault, Évangéline: contes d'Amérique, , p. 124

Liens externes[modifier | modifier le code]