Eustache Du Caurroy

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Eustache Du CaurroyFrançois-Eustache Du Caurroy
Naissance
Gerberoy,
Royaume de France Royaume de France
Décès (à 60 ans)
Paris,
Royaume de France Royaume de France
Activité principale Compositeur
Maîtres Claude Le Jeune
Descendants André Pitart, neveu

Œuvres principales

Trois messes, motets, chansons, fantaisies

François-Eustache Du Caurroy, né à Gerberoy (Oise), baptisé à Beauvais le et mort à Paris le , est un compositeur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et jeunesse[modifier | modifier le code]

Eustache Du Caurroy est fils de Claude Du Caurroy (né en 1518 à Gerberoy, au nord-ouest de Beauvais, prévôt et procureur du roi à Beauvais) et de Hélène de Ville (épousée le 21 novembre 1545). Il a au moins trois frères : François, commandeur de l’ordre de Malte, Claude, médecin (peut-être médecin du roi entre 1607 et 1631), et Nicolas, apothicaire établi à Coulommiers. Sa famille est de petite noblesse, produisant des officiers du roi, des juges, des prévôts, des médecins[1]...

Rien de précis n’est connu sur son éducation musicale. Il a sans doute été enfant de chœur dans une des maîtrises du Beauvaisis, une région riche en églises bien dotées.

Carrière[modifier | modifier le code]

Il apparaît comme chantre haute-contre à la Chapelle du roi, se présentant comme tel au puy d’Évreux de 1575. À partir de 1578, il devient sous-maître de la Chapelle du roi en alternance avec Nicolas Millot et Didier Leschenet[2]. À ce poste il reçoit 400 lt de gages annuels et 900 lt pour l’entretien de six pages, et se maintient à son office de chantre.

Parallèlement, en 1578 et 1580-1587, Du Caurroy est cité comme chantre haute-contre de la chapelle de Cathérine de Médicis[3]. Il est toujours cité comme chantre haute-contre de la Chapelle du roi en 1589, aux gages de 300 lt[4].

En 1595, il cumule la charge de sous-maître de la chapelle avec celle de compositeur de la Chambre du roi, tenue jusqu’à sa mort[5]. En 1602 enfin, il passe d’un registre de haute-contre à celui de taille[6].

Au début de sa carrière, Du Caurroy remporte trois prix au Puy de musique d’Évreux[7], à savoir :

  • en 1575, il obtient le cornet d'argent pour la chanson polyphonique à quatre voix Rosette pour un peu d’absence ;
  • en 1576, l'orgue d'argent pour son motet à cinq voix Tribularer si nescirem, perdu ;
  • en 1583, le luth d'argent pour la chansons Beaux yeux, une chanson à cinq voix (perdue).

Bénéfices[modifier | modifier le code]

Du Caurroy a obtenu ou sollicité plusieurs bénéfices entre 1596 et 1606, après avoir passé au moins vingt ans de sa carrière à la Chapelle du roi. Ceux-ci peuvent être vus comme des signes de l’attachement des rois à le conserver à leur service. On connait :

  • un canonicat à la Sainte-Chapelle de Dijon, dès 1596, résigné en 1599 au profit de Philibert Dubuisson, mais à nouveau sollicité en 1605 et résigné en 1607[8].
  • la prieure de Saint-Cyr-en-Bourg en 1598[9].
  • la prieure de Passy-sur-Seine (à l’est de Fontainebleau) en 1599, à la suite de Jean Regnault, aussi chantre de la Chapelle du roi[10].
  • la prieure de l'église Saint-Ayoul de Provins dès 1601, baillée à ferme pour 6 ans à un sergent royal de Provins[11].
  • un canonicat prébendé de la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans[12]. Il était fort peu présent à Orléans et ne siégeait donc pas, ce qui déplaisait au chapitre cathédral, qui lui firent des remontrances et finirent par lui proposer un compromis.
  • la maladrerie et léproserie de la Ferté-Alais (ville où résidait non neveu André Pitart), achetée le 17 mars 1603[13].

Adresses et vieillesse[modifier | modifier le code]

Du Caurroy loue dès 1594 une maison à Paris rue d’Avron[14], puis se déplace vers 1600 rue de l’Arbre-sec, puis enfin rue Saint-Germain-l’Auxerrois.

Le 15 décembre 1607, il vend ses biens acquis autour de Saint-Ayoul de Provins (peut-être pour financer ses éditions ?)[15]. Il teste le 11 juillet 1609 à La Ferté-Alais[16], où demeure son neveu André Pitart.

Il meurt le 7 août 1609 et est enterré dans l’église des Grands-Augustins. C’est Nicolas Formé qui lui succède comme sous-maître de la chapelle du roi en 1609. Son inventaire après décès a été retrouvé[17] et fournit des informations intéressantes. Outre le mobilier et les vêtements, des papiers et quittances diverses, il fait apparaître une petite bibliothèque (traités de Gioseffo Zarlino, musique de Claude Le Jeune, Josquin des Prés et du « signor Alphonco », musique manuscrite). Il mentionne aussi un accord passé entre Du Caurroy et l’imprimeur Pierre I Ballard pour la publication de ses œuvres, avec un reçu de l’imprimeur qui atteste en avoir reçu la musique signé du jour même de l’inventaire. Son testament est produit par son neveu André Pitart, qui aussi un des deux exécuteurs testamentaires, tandis que son frère Nicolas Du Caurroy est son légataire universel.

Du Caurroy n’a publié ses œuvres qu’à la toute fin de sa vie (hormis les chansons et les Preces ecclesiasticae, elles paraissent toutes en 1610 et sont donc posthumes). Son neveu André Pitart se charge de leur publication chez Ballard et signe la préface posthume des Fantasies’’ et des Meslanges de 1610.

Fortune critique[modifier | modifier le code]

Dans ses éditions, de nombreuses pièces liminaires attestent de sa célébrité de son vivant. Son épitaphe est écrite par Jacques Davy du Perron, puis gravée sur un marbre aux frais de Nicolas Formé et apposée à l’église des Grands-Augustins[18].

Du Caurroy est plusieurs fois cité par Marin Mersenne dans Harmonie universelle pour sa science du contrepoint, comme un modèle à imiter. Celui-ci y publie plusieurs pièces de sa main, dont un Pie Jesu à 6 voix.

Quelque peu oublié après Mersenne, Du Caurroy est cité à nouveau à partir de 1780 par La Borde[19]. La qualité de ses œuvres et l’importance de sa carrière ont fait que la totalité de son œuvre est maintenant publiée (hormis les deux messes redécouvertes en 2016).

Le conservatoire de musique de Beauvais porte son nom.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Messes[modifier | modifier le code]

Titre de la messe de Du Caurroy Missa Quam dilecta tabernacula tua (Paris, 1610). Paris ICP.
  • Missa pro defunctis quinque vocum (Messe pour les défunts). Paris : Pierre I Ballard, 1610. Voir Guillo 2016.
Rééditée en 1636 (RISM D 3618, Guillo 2003 n° 1636-F) en même temps que la messe pour les défunts d'Étienne Moulinié.
D'après Sébastien de Brossard, cette messe a été chantée lors des funérailles royales durant presque deux siècles. Moins d'un an après la mort du compositeur, elle fut exécutée lors des obsèques d'Henri IV (1610). Sur les sources grégoriennes qu'elle utilise, voir Huglo 1965.
Édition moderne : Eustache Du Caurroy, Missa pro defunctis, éd. Marie-Alexis Colin. Turnhout, Brepols Publishers, 2003 (ISBN 978-2-503-51492-5).
  • Missa quatuor vocum, ad imitationem moduli Quam bonus Israel Deus. Paris : Pierre I Ballard, 1610. Voir Guillo 2016.
  • Missa quatuor vocum, ad imitationem moduli Quam dilecta tabernacula tua. Paris : Pierre I Ballard, 1610. Voir Guillo 2016.

Motets[modifier | modifier le code]

  • Preces ecclesiasticæ ad numeros musices redactæ, liber primus [-secundus] (Paris : Pierre I Ballard, 1609, 7 vol. in-4° obl. pour chaque livre). RISM D 3614 et 3615, Guillo 2003 n° 1609-B et -C.
Épître au roi Henri IV signée Eustache du Caurroy. Autres pièces liminaires par L. de la Hyre, R. Ad. Beauvaisin, François de Jonchères et Jean du Marché.
Le premier livre contient 26 motets de 3 à 6 voix, dont 3 à double chœur. Dédicace à Henri IV.
Le second livre contient 27 motets de 3 à 7 voix, dont deux à double chœur. Dédicace à Marguerite de France (1553-1615).
Les manuscrits Paris SG : Ms. 3165-3167 contiennent une mise en partition de nombreuses pièces à 4, 5 et 6 voix extraites de ces deux livres.
Édition moderne de l'ensemble : Eustache Du Caurroy. Preces ecclesiasticae, éd. Marie-Alexis Colin. Paris, Klincksieckn 2000.

Œuvres profanes[modifier | modifier le code]

  • Les Meslanges de la Musique (Paris : Pierre I Ballard, 1610). RISM D 3616, Guillo 2003 n° 1610-D.
Dédicace à Henri de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, signée par André Pitart. Autres pièces liminaires de L. de La Hyre, Pierre Hodey, et Charles Guillet.
Contient 65 pièces diverses, de 4 à 6 voix, dont 10 psaumes et 15 noëls. Du Caurroy y reprend parfois le principe de la « musique mesurée à l'antique » aussi cultivé par Claude Le Jeune[20].
Les textes sont de poètes divers, et notamment de Nicolas Rapin (7), Philippe Desportes (6), Jean-Antoine de Baïf (2) et Agrippa d'Aubigné (2). L'ode O quam beatus ille vir est due à Louis Servin, lié d'amitié à Du Caurroy.
Quelques chansons, à 4 et 5 voix, figurent dans des recueils collectifs (RISM 15837 et 8 et leurs rééditions, 159710 et sa réédition 15985) et quelques manuscrits, tel Paris BNF (Mus.) : RES-VM7-73(7).

Œuvres instrumentales[modifier | modifier le code]

Page de titre des Fantasies (Pierre I Ballard), 1610 (Paris BnF).
Dédicace d'André Pitart à Louis Servin, avocat du roi au Parlement et conseiller du roi. Élégie de L. de La Hyre, de 40 vers.
Ces fantaisies constituent une compilation de pièces instrumentales sur des thèmes variés, empruntés aussi bien à des hymnes liturgiques et des psaumes huguenots qu'à des chansons populaires de l'époque, écrites pour trois à six parties, sans instrumentation précisée. Les Fantaisies (29-33) constituent un cycle sur Une jeune fillette.
Le ms. Paris SG : Ms. 3169 contient une mise en partition manuscrite datant du premier tiers du XVIIe siècle, limitée aux fantaisies à 4 parties (8e-26e, 31e, 32e).
Édition moderne : Eustache Du Caurroy, Fantasies à 3-6 parties éd. Blaise Pidoux, New-York, Institute of Mediæval Music, 1975 (Œuvres complètes, 1).
Restitution pour orgue par Jean Bonfils, préface de Norbert Dufourcq : Paris, Editions musicales de la Schola cantorum et de la Procure générale de musique, 1968.

Fausse attribution[modifier | modifier le code]

On lui attribue parfois à tort le Traicté de musique contenant une théorique succincte pour méthodiquement pratiquer la composition (Paris : Pierre I Ballard, 1602, 18 f.). L'auteur est en fait Adrian Le Roy (1re édition : Paris, Adrian Le Roy et Robert Ballard, 1583)[21].

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Du Caurroy, Requiem des rois de France, par l'Ensemble Doulce mémoire, dirigé par Denis Raisin-Dadre (1999, Audivis)
  • Hortus Voluptatis : Chansons pour orgue de la Renaissance par Juliette Grellety-Bosviel à l'Orgue Mounier de Francheville (Eure) (2003, Éditions Hortus Hortus 029[22]
  • Du Caurroy, Eustache, Fantaisies, Hespèrion XX, Jordi Savall (1982, Astrée)
  • Du Caurroy, Eustache, Musique en la chapelle d'Henri IV, par l'ensemble Les Chantres de Saint-Hilaire dirigé par François-Xavier Lacroux (2010, 2CD Éditions Triton[23])

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur le contexte et sa vie[modifier | modifier le code]

  • Théodose Bonnin et Alphonse Chassant. Puy de musique, érigé à Évreux, en l’honneur de madame Sainte Cécile. Publié d’après un manuscrit du XVIe siècle. Évreux : Impr. Ancelle fils, 1837. Réédition : Genève, Minkoff, 1972 (coll. La Vie musicale dans les provinces françaises, vol. II).
  • Marie-Alexis Colin, Eustache Du Caurroy et le motet en France à la fin du XVIe siècle. Thèse, Université de Tours, Centre d'Études Supérieures de la Renaissance, 2001.
  • Marie-Alexis Colin, « Eustache Du Caurroy, restaurateur, ou inventeur ? », Vingt-cinq ans de conférences à l'Institut de musicologie de Nancy, Université de Lorraine, (1990-2015), réunies par Yves Ferraton, Nancy, Le Parnasse français, 2016, p. 987-998.
  • Norbert Dufourcq, « À propos d'Eustache Du Caurroy », Revue de musicologie 32 (1950), p. 94-108.
  • Norbert Dufourcq, « François-Eustache Du Caurroy (1549-1609) et son entourage familial et professionnel : pour une meilleure approche de la biographie d'un officier de la musique du roi », Recherches sur la musique française classique 21 (1983), p. 9-40.
  • Isabelle Handy, Musiciens au temps des derniers Valois (1547-1589). Paris : Honoré Champion éditeur, 2008.
  • Madeleine Jurgens. Documents du Minutier central concernant l’histoire de la musique (1600-1650). Tome premier [études I – X]. Paris : 1967.
  • François Lesure, « La carrière et les fonctions de Du Caurroy », Revue de Musicologie 34 (1952), p. 128-129.

Sur les œuvres[modifier | modifier le code]

  • Jean Bonfils, « Les fantaisies instrumentales d'Eustache Du Caurroy », Recherches sur la musique française classique 2 (1961), p. 5-29.
  • Laurent Guillo, « Découverte à la Bibliothèque de Fels (Institut catholique de Paris) d’un recueil de messes contenant des œuvres retrouvées de Titelouze, Du Caurroy, Fontenay et Bournonville (Paris, 1587-1626) », Revue de musicologie 102/2 (2016), p. 379-394.
  • Laurent Guillo, Pierre I Ballard et Robert III Ballard : imprimeurs du roy pour la musique (1599–1673). Liège : Mardaga et Versailles : CMBV, 2003. 2 vol. (ISBN 2-87009-810-3).
  • Michel Huglo, « À propos du Requiem de Du Caurroy », Revue de musicologie 51 (1965).
  • Marie-Alexis Colin, « D’Aubigné, initiateur de Du Caurroy aux vers mesurés en musique ? », Albineana, Cahiers d'Aubigné 17/1 (2005), p. 75-80.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sur l’ascendance, voir Dufourcq 1983 p. 10.
  2. Paris BNF (Mss.) : Cinq cents de Colbert 54, f. 363, cité d’après Lesure 1952 p. 128 et Handy 2008 p. 463. À partir de 1587 les deux autres sous-maîtres sont Étienne Le Roy et Nicolas Morel. En 1604 ce dernier est remplacé par Mathias Granier
  3. Paris BNF (Mss.) : N.A.F. 20108, pièces 133-136. Paris AN : KK 116, f. 50v et KK 117 f. 9v. Cités d’après Handy 2008 p. 516.
  4. Paris BNF (Mss.) : Clairambault 1216, f. 64v, cité d’après Handy 2008 p. 464.
  5. Paris AN : MC/ET/XXIV/185, et KK 152, f. 732, cités d’après Lesure 1952 p. 128.
  6. MC/ET/XXIV/213, cité d’après Lesure 1952.
  7. Voir le détail dans Bonnin 1837.
  8. AD Côte-d’Or : G 1529, f. 181 et 295 ; G 1518, f. 15, cités d’après Lesure 1952 p. 128 et Dufourcq 1983 p. 23.
  9. MC/ET/XXIV/212, coté d’après Lesure 1952 p. 128).
  10. MC/ET/XXIV/201 et /207, cité par idem p. 129.
  11. MC/ET/XXIV/206, cité par idem.
  12. MC/ET/XXIV/210, cité par idem.
  13. Dufourcq 1983 p. 23.
  14. Paris AN : MC/ET/XXIV/180, cité par Dufourcq 1983 p. 32.
  15. MC/ET/XLI/46, f. 315, cité d’après Dufourcq 1983 p. 30.
  16. Le testament n’a pas été retrouvé.
  17. MC/ET/XLI/1276 (22 août 1609), transcrit dans Dufourcq 1950.
  18. Épitaphe transcrite et traduite dans Dufourcq 1983 p. 26.
  19. Voir la compilation des citations anciennes dans Dufourcq 1983 p. 25-29.
  20. Voir sue ce point Colin 2005.
  21. Máire Egan-Buffet, « Le cantus firmus dans le Traicté de musique (1583) d'Adrian Le Roy d'après deux sources manuscrites ... », dans Edith Weber (dir)., Itinéraires du cantus firmus, VIII, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 2007, p. 39-60
  22. Ce disque a obtenu 5 clés dans le magazine Diapason.
  23. Éditions Triton

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]