Europe fille d'Agénor

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Europe sur le taureau, terre cuite d'Athènes, 480-460 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen

Dans la mythologie grecque, Europe (en grec ancien Εὐρώπη / Eurṓpē) est une princesse phénicienne, fille d'Agénor[1], roi de Tyr, et de Téléphassa, et sœur notamment de Cadmos[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

L’étymologie couramment admise de ce nom y voit un composé de εὐρύς, « large » et ὤψ, « œil, vue »[2]. La terre « à l'aspect large » constitue une vieille épithète de la Terre que l'on retrouve dans plusieurs traditions indo-européennes : « la large terre » en grec, « la large terre » ou simplement « la large » en sanskrit, et de même dans les langues germaniques. Europe serait ainsi l'une des figures de la déesse Terre, renouvelée[3].

Cependant cette étymologie ne tient pas compte de l’origine phénicienne d’Europe, dont le nom pourrait avoir son origine dans une langue sémitique. En arabe, langue sémitique comptant le plus de locuteurs de nos jours, « aruba » (la lettre a et le phonème eu sont interchangeables, ainsi que les lettres p et b) veut dire belle femme aimante, et c’est une caractéristique plausible d’Europe, fille d’Agénor [réf. nécessaire].

Selon une autre hypothèse, la première mention connue du mot proviendrait d'une stèle assyrienne, qui distingue les rivages de la mer Égée par deux mots phéniciens : Ereb, le « couchant », et Assou, le « levant ». L'origine des noms grecs Eurôpê et Asia se trouverait dans ces deux termes sémitiques[4] par lesquels les marins phéniciens désignaient les rives opposées de la Grèce actuelle et de l'Anatolie. La mythologie grecque perpétuerait l’origine sémitique du mot, en en faisant le nom de la princesse phénicienne.

Mythe[modifier | modifier le code]

Paysage avec l'enlèvement d'Europe par Hendrik van Minderhout

Selon une version du mythe, Europe, fille du roi de Tyr, une ville de Phénicie (actuel Liban) fit un rêve[5]. Le jour même, Zeus la rencontra sur une plage de Sidon, se métamorphosa en taureau blanc, afin de l'approcher sans l'apeurer et échapper à la jalousie de son épouse Héra. Imprudente, Europe s'approche de lui. Chevauchant l'animal, elle est enlevée sur l'île de Crète à Gortyne (ou au nord du Bosphore selon certaines versions). À Gortyne[6], sous un platane qui depuis lors est toujours vert, Europe s'accouple avec Zeus, sous forme humaine cette fois. De leur union naissent Minos, Rhadamanthe et Sarpédon[7] qui s'exila en Anatolie, à Milet. Plus tard, Europe est donnée par Zeus comme épouse au roi de Crète Astérion.

Évocations[modifier | modifier le code]

Depuis le 2 mai 2013, le visage d'Europe se trouve sur les billets de 5, 10 et 20 €, nouvelle édition. Le visage d’Europe choisi provient d’un vase antique en céramique du IVe siècle avant notre ère qui fait partie de la collection du musée du Louvre à Paris. Europe est également représentée actuellement sur les pièces de cinquante cents exprimées en livres chypriotes ainsi que sur les pièces grecques de 2 euros. 2 euros Grèce.png

L'Enlèvement d'Europe par le Titien (1559-1562)

L'enlèvement d'Europe a inspiré de nombreux artistes à travers les siècles : les peintres Paul Véronèse et Le Titien (copié par Rubens), les musiciens tel Darius Milhaud. En littérature, Moschos, Rimbaud, André Chénier et d'autres poètes ont écrit des poèmes sur le thème du mythe d'Europe. Elle est la neuvième femme de renom dont l'histoire a été contée par l'auteur florentin Boccace dans son œuvre De mulieribus claris publiée en 1374. Au cinéma, Europe est le personnage principal du film de Christophe Honoré intituléMétamorphoses.

En astronomie, la constellation du Taureau fait référence à l'enlèvement d'Europe.


Sources[modifier | modifier le code]


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile Chambry, Émeline Marquis, Alain Billault et Dominique Goust (trad. Émile Chambry), Lucien de Samosate : Œuvres complètes, Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1248 p. (ISBN 9782221109021) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Odile Wattel-de Croizant, Les mosaïques représentant le mythe d'Europe, Paris, De Boccard, 1995.
  • D'Europe à l'Europe, I. Le mythe d'Europe dans l'art et la culture de l'antiquité au XVIIIe s. (colloque de Paris, ENS – Ulm, 24-26 avril 1997), éd. R. Poignault et O. Wattel - de Croizant, coll. Caesarodunum, n° XXXI bis, 1998.
  • D'Europe à l'Europe, II. Mythe et identité du XIXe s. à nos jours (colloque de Caen, 30.09-02.10.1999), éd. R. Poignault, F. Lecocq et O. Wattel – de Croizant, coll. Caesarodunum, n° XXXIII bis, 2000.
  • D’Europe à l’Europe, III. La dimension politique et religieuse du mythe d’Europe de l‘Antiquité à nos jours (colloque de Paris, ENS-Ulm, 29-30.11.2001), éd. O. Wattel - De Croizant, coll. Caesarodunum, n° hors-série, 2002.
  • D’Europe à l’Europe, IV. Entre Orient et Occident, du mythe à la géopolitique (colloque de Paris, ENS-Ulm, 18-20.05.2006), dir. O. Wattel - de Croizant & G. de Montifroy, Éditions de l’Âge d’Homme, Lausanne – Paris, 2007.
  • D’Europe à l’Europe, V. État des connaissances (colloque de Bruxelles, 21-22.10.2010), dir. O. Wattel - de Croizant & A. Roba, Bruxelles, éd. Métamorphoses d’Europe asbl, 2011.
  • Stella Ghervas (dir.) et François Rosset (dir.), Lieux d'Europe : mythes et limites, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l'homme, , 248 p. (ISBN 978-2-735-11182-4, OCLC 470573621, notice BnF no FRBNF41382508)
  • Europa - Stier und Sternenkranz. Von der Union mit Zeus zum Staatenverbund[8], dir. A.-B. Renger & R. Issler, Gottingue, 2009. (ISBN 978-3-899-71566-8)
  • Robert Bedon, "L'arrivée d'Europe en Crète chez Solin (Polyhistor, 11, 9) : fin de parcours en eau douce", dans Bernadette Morin (éd.), Polumathès, Mélanges offerts à Jean-Pierre Levet, Presses Universitaires de Limoges, 2012, p. 183-199.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]