Eugnoste le Bienheureux

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Eugnoste le Bienheureux ou Épître d'Eugnoste est le nom d'un écrit gnostique rédigé en copte, dont la composition remonte aux alentours de 175, vraisemblablement à Alexandrie[1]. Il figure dans la troisième partie du codex III et dans la première partie du codex V de Nag Hammadi. C'est une lettre philosophico-religieuse d'un maître à son disciple qui ne comporte que peu de références au christianisme. Souvent présenté avec la Sagesse de Jésus-Christ, la relation entre les deux document est débattue.

Origine et influences[modifier | modifier le code]

Il est vraisemblable que l’épitre ait été écrit à Alexandrie à la fin du IIe siècle, comme peuvent le laisser penser les similitudes avec le judaïsme influencé par le platonisme de Philon d'Alexandrie ainsi que l'enseignement chrétien dont il est porteur, adapté à l'environnement alexandrin. Si le texte s'appuie sur des références aux Écritures juives, on y décèle également des parallèles avec les doctrines moyen-platoniciennes et avec la littérature patristique de cette époque[2]. Suivant Michel Tardieu, l'auteur de la lettre serait marqué par un « platonisme pythagorisant »[1].

Le titre[modifier | modifier le code]

L'épître doit son titre au nom que l'on trouve dans l'incipit, qui n'est plus mentionné dans le corps du traité pour réapparaitre une seconde fois à la fin. Sans qu'on sache si ce personnage a une réalité historique, le nom d’Eugnoste - dont on ne trouve qu'une seule autre attestation comme nom propre - est dérivé de l'adjectif eugnostos et évoque l'idée de connaissance[3]. Ce nom porte en lui l'idée essentielle du texte : « la connaissance du Dieu inconnu qu'aucun sage de ce monde n'avait prévu ni préfiguré, et l'intimité à laquelle sont appelés ceux qui sont apparentés au révélateur»[4]

Le contenu[modifier | modifier le code]

Montrant les attaches qui lient l'auteur à la culture classique, le texte est découpé en quatre parties - exorde, narration, confirmation, conclusion - à la manière typique de la rhétorique gréco-latine. D'autre part, son argumentation est quant à elle basée sur les principes de la rhétorique biblique : l'organisation du traité adopte un déroulement linéaire, proposant la révélation en allant de ce qui est caché jusqu'à ce qui est manifesté, dans une grande cohérence[5] . Son principe central réside dans la nécessité de « découvrir l'invisible dans le visible, ce qui est possible seulement à travers une révélation (...) [:] seule la fin de la révélation dévoile l'identité de ce Dieu inconnu et son monde spirituel, parce qu'il s'est révélé ici-bas »[2].

Le thème principal du texte est la génération, à comprendre comme un accouchement : le Premier Principe, sans forme ou sans nom, « se révèle en se séparant de sa propre forme (ou le Nom Divin qui a une forme spécifique) pour donner leur forme et leur nom à chacun des spirituels. Cette forme est l'Homme Primordial, dont la manifestation ultime est le Sauveur »[2].

L'auteur adopte le genre rhétorique du panégyrique pour présenter ce Dieu transcendant, sans forme et sans nom, demeuré inconnu de tous y compris des sages de ce monde et qui, par conséquent, n'est pas le créateur du monde. Le texte accorde également une place importante au mythe de l'Homme Primordial - qui est la forme manifestée du Dieu suprême, décrit comme la « lumière qui illumine »[6] - qui se distingue de « l'homme terrestre », crée lui par un autre « dieu », qui a créé le monde matériel en y imposant sa loi. Cette notion platonicienne de l'Homme Primordial chez Eugnoste - qui ne mentionne pas le nom de Jésus-Christ - est le modèle de tous les spirituels et présente l'humanité céleste du Sauveur.

Débats[modifier | modifier le code]

La question se pose chez les exégètes de savoir le lien de dépendance précis entre la Sagesse de Jésus-Christ et Eugnoste le Bienheureux qui sont souvent présentés ensemble. Là ou Michel Tardieu ne voit dans le premier qu'une réécriture christianisée du second, Catherine Barry - s'accordant cependant avec le consensus qui veut que la Sagesse de Jésus-Christ soit dépendante d'Eugnoste - y voit refonte christianisée de la doctrine d’Eugnoste mais considère qu'il s'agit également du développement d'éléments de doctrine contenus en germe dans Eugnoste[7]. Plus généralement, ce texte Eugnoste relève du débat de longue date entre les exégètes sur les relations entre le christianisme et le gnosticisme, plus particulièrement au sujet du mythe de « l'Homme céleste » ou du « Sauveur sauvé » (ou « Rédempteur-racheté») [2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Michel Tardieu, Écrits gnostiques. Codex de Berlin, éd. Cerf, 1984, p. 66
  2. a, b, c et d Anne Pasquier, Eugnoste, Lettre sur le Dieu transcendant (NH III,3 & V,1). Introduction, édition et traduction, éd. Presses de l'Université Laval, coll. « Bibliothèque copte de Nag Hammadi [section «Textes»] », n°26, 2000 présentation en ligne
  3. Madeleine Scopello, Femme, gnose et manichéisme : de l'espace mythique au territoire du réel, éd. Brill, 2005, pp. 136-137, extrait en ligne
  4. Anne Pasquier in op. cit., 2000 citée par Madeleine Scopello, Femme, gnose et manichéisme, 2005, p. 136
  5. Exposés de Mme Anne Pasquier (avril-mai 1995) in École Pratique des Hautes Études Sciences Historiques et Philologiques, Livret 10, éd. Champion, 1996, p. 11
  6. à l'instar de Jn 1. 9, cité par Louis Painchaud et Anne Pasquier
  7. cf. Catherine Barry, La Sagesse de Jésus-Christ (NH III,4 ; BG 3), éd. Presses de l'Université Laval, « Bibliothèque copte de Nag Hammadi [section «Textes»] », 20, 1993, présentation en ligne sur le site Bibliothèque Copte de Nag Hammadi de l'Université de Laval

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anne Pasquier, Eugnoste, Lettre sur le Dieu transcendant (NH III,3 & V,1). Introduction, édition et traduction, éd. Presses de l'Université Laval, coll. « Bibliothèque copte de Nag Hammadi [section «Textes»] », n°26, 2000, présentation en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]