Eugénie Guillou

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Eugénie Guillou
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Eugénie Marie Guillou, née le à Paris 18e[1], est une ancienne religieuse devenue prostituée, proxénète et adepte du fouet, connue à travers les archives de la police parisienne du début du XXe siècle, retranscrites et publiées par Daniel Grojnowski.

Un dossier de police[modifier | modifier le code]

La principale source disponible est le dossier de police BA no 1689 retrouvé par Daniel Grojnowski. Celui-ci justifie son intérêt pour ce document et pour ce personnage en ces termes : « Ce qui m'a fasciné, c'est l'extrême énergie et la totale solitude d'une femme qui lutte avec les moyens dont elle dispose, alors qu'elle se dit elle-même sans beauté, dénuée d'attraits particuliers. Elle ne renonce jamais à rester « indépendante », seule contre tous, à la manière d'un chef d'entreprise qui prend en main son destin et, du même coup, tous les risques[2]. »

Institutrice puis religieuse[modifier | modifier le code]

Eugénie Guillou est la fille de Théodore Julien Guillou et de Marie Eugénie Delaunay. Après que sa famille, semble-t-il aisée, a été ruinée par un revers de fortune, Eugénie Guillou fait ses études au Pensionnat des sœurs de la Providence, à Montigny-le-Gannelon, obtient en 1878 son brevet de second ordre et devient sous-maîtresse dans une école à Vincennes. En 1880, elle rejoint la congrégation des sœurs de Sion. À sa majorité, le décès de son père en juillet 1880 la laisse sans appui[3].

Devenue sœur Marie Zenaïde, elle demeure 12 ans chez les sœurs de Sion, sans que l'on n'en sache guère plus sur cette période. Après avoir prononcé sa profession de foi, elle est envoyée de 1882 à 1885, puis à nouveau de septembre 1885 à 1890, dans la communauté de Iași, en Roumanie[4]. Les raisons du refus opposé en 1892 à la prononciation de ses vœux perpétuels sont également indéterminées[5]. Un accord de dédommagement en sa faveur est cependant connu, pour un montant de 2 000 F. Par la suite, en 1902, elle engage, mais en vain, une procédure devant le tribunal de la Seine en exigeant 20 000 F[6].

Prostituée et proxénète[modifier | modifier le code]

On ne sait pratiquement rien d'elle durant les années qui suivent, de 1894 à 1900. Elle semble avoir vécu de ses services de gouvernante ou d'enseignante[7] et apparaît brièvement comme bonne chez une proxénète[8].

Elle se fait à nouveau connaître cette fois en étant arrêtée pour prostitution en décembre 1902 et brièvement incarcérée à Saint-Lazare[9], puis en janvier 1903 lors d'une enquête sur ses activités de « femme galante » : selon une pratique alors courante, elle utilise les petites annonces de la presse pour proposer des rendez-vous. Elle s'y « pose en adepte du fouet, tantôt passive, jouant le rôle de victime complaisante, tantôt active, bourreau qui choisit de jeunes proies pour satisfaire des amateurs-voyeurs, et, dans tous les cas contre rémunération. Les tarifs qu'elle indique sont à la mesure des services très particuliers qu'elle rend[10] ».

Elle fait preuve d’une imagination débordante dans la rédaction de ses petites annonces, et joue de la vogue du fouet à des fins amoureuses que connaît la fin du siècle[11]. En 1903, illustrant son surnom de « La Religieuse », elle se fait tirer trois portraits en pied par un photographe, deux la représentant en religieuse, la troisième le sein dénudé[12] : « elle utilise les désirs masculins comme gagne-pain. Mais elle situe son activité à un niveau élaboré. En effet, elle ne pose pas comme « corps à vendre », mais comme partenaire à la recherche de comparses-complices. D'où l'importance déterminante de sa tenue que la photographie divulgue et magnifie[13] ».

Pour Daniel Grojnowski, « quoi qu'il en soit, les voluptés qu'elle éprouve en se laissant fouetter ou en fouettant un inconnu relèvent d'une libido singulière, moins masochiste ou sadique qu'auto-érotique, puisque la mise en scène du scénario auquel elle prend part comme actrice, lui apparaît condition sine qua non de l'orgasme[14] ».

Cependant lorsque l'on lit de la plume d'Eugénie Guillou « Recevoir le fouet est chez moi une passion, un besoin. Si vous pouvez me trouver un monsieur aisé aimant fesser la femme, je vous dédommagerai généreusement. » On a du mal à penser qu'elle n'est pas masochiste, et qu'elle vivrait seulement une libido singulière et auto-érotique[15].

Devenue proxénète et « femme d'affaires », elle ouvre successivement plusieurs établissements : une maison de rendez-vous rue de Berlin en mars 1903, un autre rue de la Victoire en décembre 1903, le commerce Beauty Salon rue de Turbigo en 1907 ; ce dernier devient l'Institut Beauty Palace en 1909, qu'elle quitte en 1911[16]. Les années 1903-1907 semble avoir été les plus prospères : rue de la Victoire, elle a jusqu'à sept ou huit « filles » sous ses ordres, soumises au contrôle médical, et propose à ses clients de multiples services : « plaisirs lesbiens, pédophiles, bains et massages divers, voyeurisme. Un rapport de police, plutôt que les énumérer, préfère les mentionner par un double « Etc. » »[17].

Le 21 septembre 1916, elle épouse à la mairie du 18e arrondissement de Paris, John Dillon Mac Cormack. On perd sa trace ensuite[18].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de Paris en ligne, Mairie du 18e, acte de naissance n°2629 du 14/09/1861 (vue 19/31)
  2. Grojnowski 2013, emplacement 61 sur 2723.
  3. Grojnowski 2013, emplacement 168 sur 2723.
  4. Grojnowski 2013, emplacement 2682 sur 2723.
  5. Grojnowski 2013, emplacement 249 et 2664 sur 2723 : « Le 20 juillet 1892, le « Conseil prononce l'exclusion de deux religieuses professes de chœur : Sr M. Zénaïde et Sr M. Andrea, et d'une Religieuse professe converse, Sr M. Saturnine. Ces trois sœurs, malgré la longue patience dont elles ont fait l'objet, ont encouru par les causes prévues par la Règle constitutive, la mesure dont elles sont l'objet » Elle est exclue le 23 août, mais Eugénie apprend seulement en septembre qu'elle ne pourra prononcer ses vœux définitifs ».
  6. Grojnowski 2013, emplacement 241 sur 2723.
  7. Grojnowski 2013, emplacement 519 sur 2723.
  8. Grojnowski 2013, emplacement 523 sur 2723.
  9. Grojnowski 2013, emplacement 1130 sur 2723.
  10. Grojnowski 2013, emplacement 567 et suiv. sur 2723.
  11. « À la fin du XIXe siècle, l'usage du fouet à des fins amoureuses connaît une vogue qu'illustre un étonnant succès de librairie (on compte plusieurs centaines de titres, en quelques décennies) ». Grojnowski 2013, emplacement 596 sur 2723.
  12. Grojnowski 2013, emplacements 1187 et 2776 sur 2723.
  13. Grojnowski 2013, emplacement 2603 sur 2723.
  14. Grojnowski 2013, emplacement 2668 sur 2723.
  15. Libération - Emmanuèle Peyret [1]
  16. Grojnowski 2013, emplacement 2673 sur 2723.
  17. Grojnowski 2013, emplacement 1182 sur 2723.
  18. Archives de Paris, acte de mariage n°1368, vue 27/31

Lien externe[modifier | modifier le code]