Eugénie Brazier

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Eugénie Brazier
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Cimetière du Mas Rillier (d), tombe de la famille Brazier (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
Mère BrazierVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Enfant
Gaston Brazier (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Eugénie Brazier, surnommée la mère Brazier, née le [1], à La Tranclière (Ain) et morte le , à Sainte-Foy-lès-Lyon[2], est un chef cuisinier français, patronne de bouchons lyonnais.

Première promotion de chef à obtenir 3 étoiles au Guide Michelin en 1933 (deux fois trois étoiles pour ses deux restaurants de Lyon et du col de la Luère, à Pollionnay) de 1933 à 1968. Cela fait d'elle la première femme à obtenir 3 étoiles au Guide Michelin en même temps que Marie Bourgeois, suivie par Marguerite Bise en 1951 et Anne-Sophie Pic en 2007.

Elle est aussi le premier chef à obtenir deux fois trois étoiles, suivie par Alain Ducasse en 1997, Marc Veyrat en 2001, Thomas Keller en 2006 et Joël Robuchon en 2012.

Elle est inhumée, avec son fils Gaston (mort trois ans avant elle, en 1974), au cimetière du Mas Rillier, à Miribel dans l'Ain[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Eugénie Brazier est une femme d'origine populaire, née le à La Tranclière, à six kilomètres au sud de Bourg-en-Bresse, dans une famille de paysans bressans, originaires de Dompierre-sur-Veyle. À la mort de sa mère, à 10 ans, elle est placée dans des fermes de la région où elle garde les vaches et les cochons. Elle y apprend les bases de la cuisine de la Bresse.

À 19 ans, elle tombe enceinte d'un certain Pierre, homme marié habitant Dompierre-sur-Veyle. Elle se fait mettre à la porte par son père. Laissant son garçon Gaston en nourrice à Dompierre, elle monte à Lyon[4].

Apprentissage[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, beaucoup de restaurants de Lyon étaient tenus par des femmes, surnommées « les mères ».

Employée dans une famille bourgeoise (chez les Milliat, fabricants de pâtes et clients de la mère Fillioux), comme nourrice (donnant le lait), elle devient chargée de la cuisine lorsque la cuisinière attitrée tombe malade. En 1915, âgée de 20 ans, elle s'en fait une vocation et partie de rien, se fait embaucher à la fin de la Première Guerre mondiale chez la mère Fillioux (73, rue Duquesne, à Lyon) où elle fait son apprentissage. Puis elle fait un passage à la Brasserie du Dragon, de Lyon, où elle se fait une solide réputation.

Restaurant Mère Brazier à Lyon[modifier | modifier le code]

Le restaurant à Lyon.

Le , Eugénie crée, avec 12 000 francs de capital, son restaurant, un bouchon lyonnais typique, au numéro 12, de la rue Royale, dans le 1er arrondissement de Lyon, tout proche des quais du Rhône. Ses débuts en cuisine sont difficiles mais, grâce au bouche-à-oreille et aux éloges du grand critique gastronomique Curnonsky et du Club des Cent, sa table devient vite la plus courue de Lyon.

À partir de 1928, elle prend du repos dans un chalet sans gaz ni électricité, au col de la Luère, à dix-sept kilomètres à l'ouest de Lyon, où ses clients (d'abord des amis d'un constructeur de voitures de courses, dont le chauffeur de maître n'est autre que son amoureux, ces personnes possédant toutes une voiture à l'époque) la pressent d'ouvrir un second restaurant, ce qu'elle fait en 1929. Il devient l'annexe de son restaurant lyonnais les week-ends et au retour des beaux jours. En 1941, elle fait raser le bungalow pour construire un restaurant en pierre[4].

En 1932 elle est récompensée de deux étoiles au Guide Michelin pour ses deux restaurants du Col de la Luère et du 12, rue Royale de Lyon.

Deux fois trois étoiles au Guide Michelin et emblème de Lyon[modifier | modifier le code]

En 1933, Eugénie Brazier fait partie de la première promotion de grand chef cuisinier à obtenir 3 étoiles au Guide Michelin, en même temps que Fernand Point et Marie Bourgeois, et même deux fois trois étoiles pour ses deux restaurants de Lyon et du col de la Luère, exploit que seuls Alain Ducasse, Marc Veyrat, l'Américain Thomas Keller et Joël Robuchon égaleront en 1997, 2001, 2006 et 2012.

Elle devient vite l'emblème de Lyon et de la cuisine lyonnaise au niveau international. Édouard Herriot, maire de Lyon (président du Conseil, député, sénateur, ministre) dit d'elle : « Elle fait plus que moi pour la renommée de la ville. »

En 1943, à la suite de querelles avec son fils Gaston Brazier, ce dernier prend la direction du restaurant de Lyon alors qu'Eugénie poursuit au col de la Luère.

En 1946, Paul Bocuse, alors âgé de 20 ans, de retour à Lyon en héros démobilisé de la Seconde Guerre mondiale, poursuit son apprentissage chez Eugénie Brazier au col de la Luère à Pollionnay où, en plus de faire la cuisine, il entretient le jardin potager, trait les vaches, fait la lessive et le repassage.

Disparition et succession[modifier | modifier le code]

Tombe de la mère Brazier et de son fils Gaston, au cimetière du Mas Rillier.

En 1968, âgée de 72 ans, Eugénie passe la main à son fils Gaston qui lui succède. Elle disparaît en 1977, âgée de 81 ans.

En 1971, Jacotte Brazier, fille de Gaston Brazier et petite-fille d'Eugénie, intègre le restaurant de la rue Royale dont elle prend la direction, en 1974, à la mort de son père et assure pendant trente ans l'héritage de sa grand-mère et de son père.

En 2003, pour fêter les 80 ans du restaurant d'Eugénie Brazier, la rue la plus proche de son restaurant du 12, rue Royale est rebaptisée rue Eugénie-Brazier, par la mairie de Lyon dans le 1er arrondissement, où se trouve le cabinet du maire.

En 2004, Jacotte Brazier transmet le restaurant de sa grand-mère à ses amis Philippe Bertrand et Bob Tosh, qui conservent le nom de l'établissement La Mère Brazier, l'esprit de la maison et de sa fondatrice, et des menus traditionnels Eugénie Brazier et Jacotte Brazier, tout en modernisant l'établissement et la carte, avec le chef Yannick Decelle aux cuisines.

En octobre 2008, le chef étoilé Mathieu Viannay (meilleur ouvrier de France en 2004), reprend le restaurant de la rue Eugénie-Brazier.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Élèves célèbres[modifier | modifier le code]

Mets célèbres[modifier | modifier le code]

  • Fond d’artichaut au foie gras, quenelle, langouste Belle Aurore, terrine, gratin de macaronis, volaille demi-deuil, galette et chabraninof (dessert à base de pommes confites et flambées).
  • Volaille de Bresse demi-deuil et petits légumes de la mère Brazier.
  • Gâteau de foie de volaille et de lapin, façon mère Brazier.

Établissements[modifier | modifier le code]

Prix Eugénie Brazier[modifier | modifier le code]

Le Grand Prix Eugénie Brazier – prix du Roman et Essai Gourmand, récompense un ouvrage de cuisine réalisé par une femme, ou dont le sujet est la cuisine des femmes. Quatre autres prix sont liés à ce dernier, le prix Eugénie Brazier – Prix de l’Iconographie, le Prix Eugénie Brazier – Coup de cœur du Comité de Lecture et le Prix Eugénie Brazier – Prix Francophonie[5].

En 2012, les membres du jury sont Paul Bocuse, Marc Lambron (écrivain et président du Jury Brazier), Danièle Mazet-Delpeuch (cuisinière de l'Élysée 1988 à 1990), Jacotte Brazier, Reine Sammut (chef de cuisine à La Fenière, à Lourmarin), Françoise Monnet (Le Progrès de Lyon) et Valérie Bouvart (magazine Régal)[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Eugénie Brazier. Enfant célèbre de Dompierre sur Veyle et la Tranclière » [PDF], sur dompierre-sur-veyle.fr, le site de la commune de Dompierre-sur-Veyle (consulté le 12 février 2012).
  2. Les amis d'Eugénie Brazier créent une bourse pour les filles.
  3. « La Mère Brazier à Lyon », sur lhotellerie-restauration.fr (consulté le 12 février 2012).
  4. a et b « La mère Brazier, la mère Fillioux, la mère Léa, la mère Blanc. Les mères à l'origine de la gastronomie lyonnaise », sur France Culture, émission La Fabrique de l'histoire,‎ (consulté le 24 novembre 2010).
  5. Grand Prix Eugénie Brazier Prix littéraire.net
  6. Jean-François Mesplède, Les Recettes des Grands-Mères remportent le Grand prix Eugénie Brazier L'Hotellerie Restauration, 20 novembre 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Mesplède, Eugénie Brazier. Un héritage gourmand, Paris, Jean-François Mesplède/Page d'écriture, , 95 p.
  • Evelyne Vacher, « La mère Brazier : 1895-1977 », L'Araire, no 128,‎ , p. 86-95.
  • Jean-François Mesplède (préf. Alain Ducasse), Trois étoiles au Michelin : Une histoire de la haute gastronomie française et européenne, Paris, Gründ, .
  • Lucien San Biagio, « La mère Brazier, “vestale de la Table”… », L'Humanité,‎ , p. 52-56 (lire en ligne)
  • Roger Moreau, avec la collaboration de Roger Garnier et Jacotte Brazier ; préfaces de Paul Bocuse, Bernard Pacaud et Mathieu Viannay, Les Secrets de la mère Brazier, Paris, Solar, , 278 p. (ISBN 978-2-263-04890-6).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]