Eugène Eyraud

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Eugène Casimir Eyraud, né le à Saint-Bonnet dans les Hautes-Alpes, est un serrurier-mécanicien français devenu missionnaire chrétien à l'Île de Pâques. Il y est décédé le 19 août 1868 et il y est enterré.

Hanga Roa

Son parcours et son action[modifier | modifier le code]

Influencé par l'activité de son frère, missionnaire en Chine, il entre comme novice chez les religieux des Sacrés-Cœurs et intègre la congrégation des Pères et religieuses des Sacrés-Cœurs de Picpus. Il arrive au Chili puis à Tahiti en 1862 et enfin à Hanga Roa le 2 janvier 1864 : il est alors le premier européen à s'installer sur l'Île de Pâques.

Il tente de convertir les indigènes Rapanui et reste 9 mois dans l'île, mais ceux-ci restent fidèles à leurs croyances et refusent de changer de religion. Isolé, Eugène Eyraud doit revenir au Chili le 11 octobre 1864. Dix-sept mois plus tard, le 27 mars 1866, il revient s'installer sur l'île, cette fois accompagné du missionnaire Hippolyte Roussel et de trois Polynésiens chrétiens originaires de Mangareva.

Ses débuts de missionnaire furent difficiles, mais, progressivement, les indigènes se laissèrent gagner par ses prêches et ceux de ses compagnons, qui finirent par acquérir une forte influence sur la population.

En octobre 1866, le père Gaspar Zuhmbohm et le frère Théodule Escolan rejoignent les deux religieux, apportant avec eux des plants, graines et animaux domestiques qui modifieront profondément le milieu naturel de l'île en faisant disparaître les forêts de Sophora toromiro. Ils dispensent leur enseignement à Hanga Roa et à Vaihu, et les conversions se multiplient.

Eugène Eyraud et les croyances locales[modifier | modifier le code]

Déjà, lors de son premier séjour, le Frère Eyraud avait constaté que dans chaque maison il y avait des tablettes de bois couvertes de signes hiéroglyphiques mais que les Pascuans ne savaient plus les lire et en faisaient peu de cas. Il s'agissait des Rongo-Rongo, observés pour la première fois par un Européen. Heureusement, ni Eugène Eyraud ni ses collègues Roussel, Escolan et Zuhmbohm n'eurent l'idée de les détruire. En 1869 Gaspar Zuhmbohm en offrit une à l'évêque Étienne Jaussen, à Tahiti, de la part des Rapanui : c'est à partir de cette date que ces objets gravés commencèrent à être étudiés, le déchiffrage de cette écriture étant toujours en cours plus de cent ans après.

Le 22 décembre 1866, Eugène Eyraud écrivait : « Les chances de triomphe s'annoncent de jour en jour plus certaines, et l'heure de la Providence semble arrivée pour les habitants de l'île de Pâques. La mission est venue s'établir au moment où le travail de destruction touchait à ses dernières limites : destruction dans l'ordre matériel, destruction dans l'ordre moral ». Il assiste, cette année-là, à ce qui sera la dernière cérémonie du choix de l'Homme-Oiseau.

Le culte des ancêtres avait alors déjà disparu, mais l'un des moaï (effigie en pierre d'ancêtre divinisé) a un lien particulier avec Eugène Eyraud  : c'est celui surnommé Hoa Hakananai'a (l'« ami dérobé » en maori de l'île de Pâques), retiré du lieu de cérémonie d'Orongo le par l'équipage britannique du navire HMS Topaze, ramené à Portsmouth le et exposé depuis au British Museum de Londres. Il s'agit d'un moaï dont le dos est sculpté de pétroglyphes représentant l'Homme-Oiseau, qui, caché dans une grotte, était encore vénéré par les non-chrétiens : c'est peut-être pour cette raison qu'Eugène Eyraud, apprenant que les britanniques souhaitaient emmener un moaï hors de l'île, leur désigna précisément celui-ci.

Par ailleurs, concernant les moai « kavakava » (statuettes en bois sculpté de l'île), Eugène Eyraud écrivait dans une lettre adressée à la congrégation du Sacré-cœur de Jésus et de Marie : « Quoique j'ai toujours vécu avec eux dans la plus grande familiarité, je n'ai pas été capable de découvrir un quelconque acte positif de culte religieux. Dans toutes les maisons, on peut voir beaucoup de statuettes hautes d'environ 30 centimètres, représentant des personnages masculins, des poissons, des oiseaux etc... Ce sont sans aucun doute des idoles, mais je n'ai jamais observé qu'on leur ait accordé aucune sorte d'honneur. J'ai vu, à l'occasion les natifs prendre ces statues dans les airs, faisant quelques gestes et accompagnant tout ceci d'une sorte de danse et d'un chant sans signification. »

Le 14 août 1868, les derniers Rapanui encore polythéistes sont convertis. Quelques jours plus tard, le 19 août, le Eugène Eyraud meurt de la tuberculose. Ses dernières paroles furent : « Sont-ils tous baptisés ? ». « Tous », lui répond-on.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Île de Pâques - Michel et Catherine Orliac - découvertes Gallimard - février 2004 - (ISBN 2-07-053063-9)
  • E. Eyraud, « Lettres au T.R.P, Congrégation du sacré-cœur de Jésus et de Marie », Annales Association de la propagation de la foi, vol.38, Lyon 1866 : 52-61 et 124-138.

Liens internes[modifier | modifier le code]

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