Esther Ferrer

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Esther Ferrer
Esther Ferrer artista.jpg
Naissance

Saint-Sébastien (Espagne)
Nationalité
espagnole
Activité
Performance, installation, photographie, peinture
Conjoint

Esther Ferrer est une artiste espagnole d'origine basque née en 1937 à Saint-Sébastien. C'est une plasticienne et performeuse, elle privilégie la pratique de l'action. À partir des années 1970, elle se consacre également aux arts plastiques. Elle vit et travaille à Paris depuis 1973[1]. Elle a reçu le Prix national des Arts Plastiques d'Espagne en 2008. C'est une figure majeure des cinquante dernières années [2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Esther Ferrer est née pendant la guerre civile espagnole, au Pays basque. Elle vit dans un milieu républicain. Vivant à Saint-Sébastien, elle passe souvent la frontière pour aller au cinéma, acheter des livres et des revues qu'elle lit dans les cafés. En raison de la dictature de Franco, elle ne peut pas les rapporter chez elle. Elle lit les journaux français pour savoir ce qui se passe en Espagne. Elle fait des études en sciences sociales. Elle travaille comme assistante sociale.

En 1962, elle rejoint sa sœur à Paris pour être fille au pair. Elle retourne à Saint-Sébastien où elle crée avec le peintre José Antonio Sistiaga (en) un atelier pour les enfants, basé sur la méthode Freinet. Elle part à Madrid pour faire des études de philosophie, lettres et journalisme où elle commence à pratiquer la performance.

C'est après une tournée aux États-Unis en 1973, qu'Esther Ferrer s'installe à Paris. A la mort de Franco, elle vit en écrivant pour El pais[3]. Elle est la compagne du compositeur minimaliste franco-américain Tom Johnson.

Caractéristiques de l’œuvre d'Esther Ferrer[modifier | modifier le code]

Esther Ferrer privilégie « très tôt des interventions scéniques dans divers espaces ou dans la rue, et en constituant un répertoire photo-chronologique basé sur l’autoportrait et ses multiples déclinaisons[4]. »

« Le travail d'Esther Ferrer peut être considéré comme un minimalisme très particulier qui intègre la rigueur, l'humeur, le détournement et l'absurde[5]. » Ces performances intègrent souvent une part d'absurde et un refus à l'ordre établi[6].

Esther Ferrer pratique aussi bien l'installation que la performance. Celle-ci nécessite la présence du corps en mouvement. A l'aide de textes et de dessins qu'elle nomme partitions, Esther Ferrer définit ses performances et installations[7]. Elle ne donne pas d'explications sur ses œuvres, chacun est libre d'y voir ce qu'il veut[8]. Elle précise toutefois l'idée qui est à l'origine de l’œuvre[9]. Quand la performance est politique, elle explique toujours l’œuvre de façon à ce que sa protestation soit sans ambiguïté et comprise[9]. Les actions d'Esther Ferrer s'adressent à l'intellect[9]. Elle refuse de recourir à l'émotionnel[9].

Esther Ferrer développe son travail de plasticienne : objets, photos travaillées, tableaux basés sur la série des nombres premiers et installations. Son corps reste l'outil principal et le point de départ de son art de résistance à la mise en spectacle et de construction du sujet dans la recherche de son entière liberté[10].

Esther Ferrer se revendique « féministe 24 heures sur 24 »[11]. Dans les années 70, le corps se fait politique. Gina Pane se mutile. Esther Ferrer choisit l'absurde : elle photographie son sexe recouvert de fil de cuivre de toutes les couleurs[11].

Parcours artistique[modifier | modifier le code]

Groupe Zaj[modifier | modifier le code]

Dès 1967, elle fait partie du groupe Zaj (en). Ce groupe est fondé en 1964, à Madrid, par le compositeur canarien Juan Hidalgo et le compositeur canadien Walter Marchetti qui s'inspiraient de John Cage et de la musique concrète[12]. Le groupe d'art, de performance et de musique contemporaine Zaj s'est illustré par ses actions radicales et conceptuelles. Celles-ci ont été présentées en Espagne dans des salles de concerts destinées à la musique classique pour échapper à la censure du régime franquiste[1].

De cette époque Esther Ferrer conserve une posture libertaire[1] , un attachement à toute forme de liberté et une allergie à toute forme d'oppression[2].

La pièce Intimo y Personal réalisée la première fois en 1967, est une des plus anciennes performances. Esther Ferrer emploie son propre corps nu ou habillé et un mètre de couturière. L'action consiste à mesurer son corps ou celui de l'autre. Elle fait ensuite de cette performance plusieurs versions[13].

En 1968, le groupe Zaj est invité en Allemagne où Esther Ferrer rencontre Joseph Beuys et Wolf Vostell.

En 1972, elle rencontre John Cage aux Rencontres de Pampelune. En 1973, John Cage invite le groupe Zaj pour une tournée de New York à San Francisco.

En 1978, Tito Gotti, directeur de l'opéra de Bologne organise un événement avec John Cage Il treno. Pendant trois jours, un train part de la gare de Bologne. Ce train est préparé comme un piano. De nombreux artistes de différentes disciplines sont invités à imaginer une musique, une performance, une animation. Esther Ferrer, Wlalter Marchetti et Juan Hidalgo font partie de cette performance collective[13].

Le groupe Zaj est dissout en 1996.

Performances/actions[modifier | modifier le code]

Dans Las Cosas, Esther Ferrer fait tenir des objets du quotidien en équilibre sur sa tête. Elle emploie presque toujours du pain et un couteau[1].

Dans Parcourir un carré, Un espace à traverser, Performances à plusieurs vitesses, Performances à plusieurs hauteurs, il s'agit d'inventer des déplacements possibles dans un espace donné. Rythme, direction, vitesse, style de marches sont des paramètres[14].

Le chemin se fait en marchant fait référence à un poème d'Antonio Machado. Il s'agit de tracer un parcours en marchant sur une bande adhésive que la personne déroule au fur et à mesure. Cette performance a été réalisée à Ramallah en Palestine en 2011, à Toulouse, à Rennes[14].

Œuvres photographiques[modifier | modifier le code]

Esther Ferrer utilise également son propre corps pour son travail photographique. Cela donne lieu à des autoportraits. Cependant, elle ne possède pas d'appareil photographique. Elle fait appel à un photographe. Elle travaille sur la photographie qu'elle découpe, recolle etc[11].

Dans l'autoportrait Desatasquen sus ideas como su fregadero, réalisé en 2003, Esther Ferrer parodie une image publicitaire. George W. Bush est président des États-Unis. Elle propose une méthode « pour déboucher vos idées aussi simplement que votre évier ». Elle se photographie avec une ventouse débouche-évier sur la tête[15].

Dans autoportrait dans le temps, elle utilise 7 autoportraits réalisés de 1981 à 2014, qu'elle découpe en deux et recompose. Elle propose une série faite de combinaisons. Ainsi le portrait 1994-1981 est composé de la partie droite du visage de 1994 accolée à la partie gauche du visage de 1981. Le portrait 1981-1994 propose l'inverse[2].

Pour autoportrait aléatoire, elle découpe en lamelle un portrait de 1971[2].Citations

« Si je peux faire avec une seule chose, je le fais. Mais si je peux faire avec rien, avec seulement mon propre corps, c'est encore mieux. »

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

En 1999, Esther Ferrer représente l'Espagne à la Biennale de Venise[16].

En 2008, elle reçoit le Premio Nacional de Artes Plásticas (Prix National des Arts Plastiques)[17].

En 2012, elle reçoit le prix Gure Artea (Pays Basque)[18].

En 2014, elle reçoit le Prix MAV-Mujeres en las Artes Visuales[19] et le Prix Velázquez des arts plastiques[20].

Expositions monographiques[modifier | modifier le code]

  • 1974, Château de Nancelle, La Roche-Vineuse, FR
  • 1984, Fundacio Miro, Barcelone, ES
  • 1985, Le poème des nombres premiers, Galeria Buades, Madrid, ES
  • 1985, Appolohuis, Eindhoven, NL
  • 1991, Autoportrait, Galeria Aele, Madrid, ES
  • 1992, Dans le cadre de l'art, Galerie Satellite, Paris, FR
  • 1993, Objet contextualisé, Galerie Donguy, Paris, FR
  • 1995, La série des séries, Galerie Donguy, Paris, FR
  • 1996, Le poème des nombres premiers, Galerie Satellite, Paris, FR
  • 1997, De la accion al objeto y viceversa, Koldo Mitxelena Kulturunea, Saint-Sébastien, ES
  • 1998, De l'action à l'objet et vice versa, Centre d'art contemporain, Séville, ES
  • 1999, Biennale de Venise, IT
  • 2000, Sur la photo, Galerie Donguy, Paris,FR
  • 2000, Indisposition, Galerie Schuppenhauer, Cologne, DE
  • 2001, Museum Contemporary of Art, Roskilde, DK
  • 2002, Parcourir un carré, Lublin, PL
  • 2005, Al ritmo del tiemp, Koldo Mitxelena Kulturunea, Saint-Sébastien, ES
  • 2007, TRANSacciones, Museo Universitario de Cienca y Arte, MUCA Roma, Mexico, MX
  • 2009, La part des anges, Casals Solleric, Palma de Majorque, ES
  • 2011, Esther Ferrer en cuatro movimientos, Centro Vasco de Arte Contemporaneo, Vitoria-Gasteiz, ES
  • Du 11 janvier 2013 au 14 avril 2013, Le chemin se fait en marchant, FRAC Bretagne, Rennes,FR
  • Du 15 février 2014 au 13 juillet 2014, elle présente au MAC/VAL Musée d’Art Contemporain de Val de Marne, Vitry-sur-Seine,FR l'exposition monographique Face B. Image / Autoportrait[21] : « L’exposition nous entraîne dans un maelström vertigineux : Qui regarde qui ? Qui se regarde regardant regarder ?… Regarde-moi/regarde-toi avec d’autres yeux dans le cadre de l’art », selon Frank Lamy, commissaire de l'exposition[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Mehdi Brit et Sandrine Meats, Interviewer la performance, Manuella éditions, , 411 p. (ISBN 978-2-917217-61-0), p. 173-200
  2. a, b, c et d Patricia Brignone, Marion Daniel, Cyril Jarton, Frank Lamy, Esther Ferrer, Rennes, Vitry-sur-Seine, FRAC Bretagne et MAC/VAL, , 368 p., p. 33-35
  3. Patricia Brignone, Marion Daniel, Cyril Jarton, Frank Lamy, Esther Ferrer, Rennes, Vitry-sur-Seine, FRAC Bretagne et MAC/VAL,, , 368 p., p. 43-76
  4. Ramón Tió Bellido, « Esther Ferrer », Critique d’art. Actualité internationale de la littérature critique sur l’art contemporain,‎ (ISSN 1246-8258, DOI 10.4000/critiquedart.15353, lire en ligne)
  5. Pierre Laborde Maisonnave, « LA PERFORMANCE : UN CONSTAT D'INTERÊT PUBLIC », sur sylvie-ferre.com (consulté le 31 mars 2016).
  6. Mehdi Brit et Sandrine Meats, Interviewer la performance, Manuella éditions, , 411 p. (ISBN 978-2-917217-61-0), p. 173-200
  7. Patricia Brignone, Marion Daniel, Cyril Jarton, Frank Lamy, Esther Ferrer, Rennes, Vitry-sur-Seine, FRAC Bretagne et MAC/VAL, , 368 p., p. 19-25
  8. Patricia Brignone, Marion Daniel, Cyril Jarton, Frank Lamy, Esther Ferrer, Rennes, Vitry-sur-Seine, FRAC Bretagne et MAC/VAL, , 368 p., p. 33-35
  9. a, b, c et d Mehdi Brit et Sandrine Meats, Interviewer la performance, Manuella éditions, , 411 p. (ISBN 978-2-917217-61-0), p. 173-200
  10. Les films sur estherferrer.fr.
  11. a, b et c Clémentine Mercier, « Esther Ferrer n'en fais qu'à sa tête », Libération,‎ (lire en ligne)
  12. « Walter Marchetti », sur www.centrepompidou.fr (consulté le 12 avril 2016)
  13. a et b Patricia Brignone, du dire au faire, Vitry, MAC/VAL, , 119 p. (ISBN 978-2-916324-63-0), p. 52-60
  14. a et b Patricia Brignone, Marion Daniel, Cyril Jarton, Frank Lamy, Esther Ferrer, Rennes, Vitry-sur-Seine, FRAC Bretagne et MAC/VAL, , 368 p., p. 19-25
  15. Clémentine Mercier, « Mon travail porte sur l'enfermement de la femme », Libération,‎ (lire en ligne)
  16. labiennale.org.[réf. incomplète]
  17. (es) Compte-rendu des lauréats du prix national des arts plastiques 2008.
  18. (es) Compte-rendu des lauréats du prix Gure Artea 2012.
  19. Compte-rendu des prix MAV.
  20. Fiche d'Esther Ferrer sur spainisculture.com.
  21. Esther Ferrer : Face B. Image sur macval.fr.
  22. Le Mot du commissaire de l'exposition Face B. Image sur macval.fr.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Margarita Aizpuru dir., Esther Ferrer : De la accion al objeto y vice-versa, Saint-Sébastien, Koldo Mitxelena Kulturunea,
  • Patricia Brignone, Marion Daniel, Cyril Jarton, Frank Lamy, Esther Ferrer, Rennes et Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne),Frac Bretagne et Musée d'art contemporain du Val-de-Marne , 2014, 368 p. ,catalogues d'exposition
  • (de) Marianne Bech, Esther Ferrer, Roskilde DK, Museet for Samtidskunst,
  • (es) Marta Moreno Mantecon, Esther Ferrer, Madrid, Exit Publicaciones,
  • (es) Rosa Olivares dir., Esther Ferrer : En cuatro movimientos, Vitoria-Gasteiz, Centro Museo Vasca de Arte Contemporaneo,
  • (es) Luis A. Orozco, Esther Ferrer : transacciones, Mexico, Universidad Nacional Autonoma,
  • (es) David Pérez, Sin marco : arte y actitud en Juan Hidalgo, Isidoro Valcárcel Medina y Esther Ferrer, Valence (Espagne), Université polytechnique de Valence, , 221 p. (ISBN 9788483632642)
  • (es) Ana Salaberria Montfort (dir.), esther ferrer, Gipuzkoa, Koldo Mitxelena Kulturunea,

Liens externes[modifier | modifier le code]