Esquisse pour une auto-analyse

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Esquisse pour une auto-analyse.
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Cours et travaux
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144

Esquisse pour une auto-analyse est le dernier ouvrage écrit par Pierre Bourdieu. Bourdieu y tente une auto-socioanalyse de sa carrière scientifique.

Démarche[modifier | modifier le code]

Esquisse pour une auto-analyse reprend une partie du contenu et la démarche du dernier chapitre d'un précédent ouvrage de l'auteur : Science de la science et Réflexivité. En effet Esquisse pour une auto-analyse est le titre dudit dernier chapitre. Dans ce chapitre, Bourdieu entamait une démarche qu'il qualifie de « réflexive » : afin de donner à comprendre son travail scientifique au public, il entend proposer une analyse de son parcours. Dans ce but, il dit s'obliger à « retenir tous les traits qui sont pertinents du point de vue de la sociologie, c'est-à-dire nécessaires à l'explication et à la compréhension sociologique, et ceux-là seulement ». Bourdieu écarte toute comparaison avec une entreprise biographique : pour lui, ce genre est illusoire car il prétend attribuer a posteriori une cohérence à un parcours individuel, cohérence qui en réalité n'existe que sur le papier.

Bourdieu revient sur les conditions qui l'ont conduit à l'étude de la sociologie. Pour ce faire, Bourdieu juge nécessaire de commencer par la présentation du « champ scientifique » dans lequel il est entré dans les années 1950. À cette époque, la sociologie constituait une discipline largement dominée par la philosophie. Bourdieu décrit son évolution dans l'internat de province, puis dans la khâgne, puis dans le milieu académique de l'École normale supérieure, enfin au Collège de France. Il relate ses relations, sur le plan académique et affectif, avec certains des membres du champ des sciences sociales dont Raymond Aron, Georges Canguilhem, mais aussi Claude Levi-Strauss et Paul Lazarsfeld. Il évoque l'évolution du rapport qu'il a entretenu avec la philosophie de Jean-Paul Sartre, expliquant notamment en quoi il a construit son travail scientifique contre la figure sartrienne de « l'intellectuel total ». S'il n'est pas rare qu'il soit comparé à Jürgen Habermas, Michel Foucault ou Jacques Derrida, Bourdieu indique que de tels auteurs étaient très secondaires dans sa recherche personnelle par rapport à des chercheurs comme William Labov ou Charles Tilly.

Il explique aussi en quoi son séjour en Algérie, au contact des soldats français et des Algériens, a influencé sa méthode de recherche, notamment par l'adoption de techniques ethnographiques : photographies, utilisations de plans, observations, enquêtes et entretiens sur le terrain, etc. Concernant le rapprochement qu'il opère entre les enquêtes menées en Algérie et son Béarn natal, Bourdieu rend compte des difficultés qu'il a eu pour interroger ses familiers et ses proches. Bourdieu revient également sur son rapport dual à l'institution scolaire, à l'aune de son expérience en internat. Il évoque le groupe de chercheurs avec qui il a travaillé autour de la revue Actes de la recherche en sciences sociales.

De manière assez peu ordinaire dans ses travaux, Bourdieu désigne quelques traits de son « habitus » qui ont pu le mener à prendre telle ou telle position ou décision durant sa trajectoire scientifique. Ainsi son « tempérament bagarreur », lié d'après lui aux « particularités culturelles » de sa région béarnaise d'origine, et sa « vision réaliste » du monde qu'il explique par son expérience de l'internat, bien différente de « l'expérience protégée » vécue par les enfants élevés dans les « milieux bourgeois ». Dans le but d'éclairer la formation de dispositions associées à sa position d'origine, Bourdieu écrit quelques pages sur sa famille et évoque son père, d'origine très modeste et très travailleur, qui fut un modèle pour lui.

Manques et absences[modifier | modifier le code]

Pierre Bourdieu passe sous silence l'importance de l'œuvre de Wittgenstein auquel l'a initié Jacques Bouveresse, qui l'a influencé notamment sur le problème de suivre une règle, dont il se sert pour sa théorie de l'habitus.[réf. nécessaire]

L'ouvrage ne fait qu'effleurer la question de la stratégie éditoriale de Bourdieu. Il ne dit rien sur sa politique d'édition de la collection Sens commun aux Editions de Minuit, alors qu'elle fonde une partie de l'influence intellectuelle qu'il aura dans les années 1980. Il contribue à relancer la sociolinguistique avec la publication des traductions de Labov et de Bernstein ; il lance en France la traduction du philosophe Cassirer ou encore la traduction des œuvres du sociologue canadien Erving Goffman.

Bourdieu est peu disert sur son élection au Collège de France. Or, celle-ci a cristallisé les enjeux de la définition de la sociologie française avec Alain Touraine et Raymond Boudon.

Il ne revient pas sur son expérience de professeur de philosophie à Moulins. Dans Rencontres avec Pierre Bourdieu (dirigé par G. Mauger), Jean Lallot relate dans la première contribution du volume (Pablo), un épisode lorsque Bourdieu était son professeur de philosophie : il entreprend de leur faire étudier le Manifeste du Parti communiste, ce qui déclenche un micro-scandale et Bourdieu se sert de cet évènement dans un passage des Héritiers.

Plusieurs collaborateurs de Bourdieu ont par la suite contribué à des ouvrages dans lesquels ils évoquent leur relation avec Bourdieu. Ces chercheurs ne font pas tous l'objet d'un traitement dans cette auto-analyse par Bourdieu. Par exemple, Jean-Claude Passeron et Luc Boltanski y sont uniquement cités en tant que collaborateurs d'ouvrages avec Bourdieu (respectivement pour Le métier de sociologue et Un art moyen). Toutefois, dans un entretien à France Culture en 2016, Luc Boltanski affirme n'avoir « jamais accepté de participer à des critiques explicites de Bourdieu »[1].

À part quelques mentions notamment sur la guerre d'Algérie et sur Mai 68, Bourdieu est silencieux sur ses positions politiques. Même si le projet affirmé de l'ouvrage est de prendre du recul sur les travaux scientifiques de Bourdieu en fondant son analyse sur le principe de réflexivité qui lui est cher, la carrière du sociologue peut difficilement être séparée de ses prises de positions, notamment son engagement lors des grèves de 1995 en France, voire de son ouvrage Interventions.

Critiques[modifier | modifier le code]

Bourdieu ne discute pas de sa légitimité pour faire sa propre socioanalyse, du problème même du cadre historique de l'émergence de ce type de discours sociologique. Outre le problème des difficultés de distanciation par rapport à sa propre discipline, dans son propre pays, dans sa propre époque, une critique peut s'opposer à toute confession de type « je vais tout vous dire », voire d'une auto-psychanalyse, « je vais me dévoiler mes propres pulsions » : cet objectif lui est reproché notamment dans la Revue française de sociologie[Qui ?].

Ce livre n'apporte pas suffisamment d'éléments contribuant à expliquer le rayonnement international de Bourdieu.

Critique du champ[modifier | modifier le code]

Bourdieu pose le champ comme constitutif de l'objectivité grâce à l'autorité scientifique et la reconnaissance entre les pairs[citation nécessaire]. Ian Hacking formule une critique concernant cet argument : « Et j'entends à ma droite une voix sarcastique : "Parfait - il y a un champ des experts de la chasse aux sorcières, avec des normes déterminées, des preuves précises, connues des avocats, décrites dans des manuels comme le Maleus Maleficorum ! Ces experts avaient à leur époque une autonomie remarquable. Pour avoir la vérité, il faut plus que l'accord sur les règles et des méthodes dans un champ[réf. nécessaire] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Luc Boltanski, méthode et fantaisie (3/5) : La dispute: un beau terrain de sociologue », France Culture,‎ (lire en ligne, consulté le 7 janvier 2017).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]