Esprits animaux

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La notion d'esprits animaux, qui vient de la pensée médicale grecque (Galien), reprise au Moyen Âge et présente encore chez Descartes, renvoie à ce qu'on appelle aujourd'hui les influx nerveux[1]. La notion été mise en avant par John Maynard Keynes pour décrire les sentiments et les émotions humaines qui influencent le comportement des agents économiques (consommateurs, investisseurs, producteurs, etc.).

Les esprits animaux en théologie[modifier | modifier le code]

Pour les scolastiques, les esprits animaux (spiritus animalis, spiritus vitalis) sont l'élément matériel des passions. Selon Thomas d'Aquin, les esprits animaux sont des vapeurs très subtiles au moyen desquelles les puissances de l'âme agissent par tout le corps. C'est ainsi que "les jeunes gens (juvenes), à cause de leur chaleur naturelle (propter caliditatem naturae), abondent en esprits vitaux (habent multos spiritus)", ce qui leur donne d'être passionnés, "entreprenants et pleins d'espoirs" (animosi et bonae spei) (Somme théologique, Ia-IIa, qu. 40, art. 6)[2].

Les esprits animaux en philosophie[modifier | modifier le code]

Francis Bacon (philosophe) parle plutôt d'esprits vitaux, vents très subtils composés d'air et de flamme (aura composita acre et flamma) qui régissent les esprits mortuaires et président aux fonctions vitales. Ils sont le principe de la vie végétative. "Dans tous les corps animés se trouvent deux esprits : les esprits mortels, tels qu'ils existent dans les corps inanimés, et, en outre, les esprits vitaux. Les fonctions naturelles sont propres à différentes parties, mais l'esprit vital les excite et les aiguise. Les esprits mortels sont d'une substance qui a de l'analogie avec celle de l'air ; les esprits vitaux se rapprochent plus de la substance de la flamme. Les esprits ont deux besoins : l'un de se multiplier, l'autre de s'échapper et de s'unir à tout ce qui est de même nature" (De la grande restauration des sciences. Instauratio magna, VI) (1620).

Chez Descartes, les esprits animaux sont, en physiologie, des corpuscules composés des parties "les plus fines et les plus subtiles" du sang, elles circulent du cerveau aux muscles et meuvent le corps. "Les passions de l'âme" sont "des perceptions ou des sentiments ou des émotions de l'âme, qu'on rapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, entretenues et fortifiées par quelque mouvement des esprits" (Les passions de l'âme, art. 27) (1649). Les passions "sont principalement causées par les esprits qui sont contenus dans les cavités du cerveau, en tant qu'ils prennent leur cours vers les nerfs qui servent à élargir ou étrécir les orifices du cœur ou à pousser diversement vers lui le sang qui est dans les autres parties ou en quelque autre façon" (art. 37).

Les esprits animaux chez Keynes[modifier | modifier le code]

La première utilisation de cette notion en économie remonte à John Maynard Keynes, dans la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie :

« Outre la cause due à la spéculation, l'instabilité économique trouve une autre cause, inhérente celle-ci à la nature humaine, dans le fait qu'une grande partie de nos initiatives dans l'ordre du bien, de l'agréable ou de l'utile procèdent plus d'un optimisme spontané que d'une prévision mathématique. Lorsqu'il faut un long délai pour qu'elles produisent leur plein effet, nos décisions de faire quelque chose de positif doivent être considérées pour la plupart comme une manifestation de notre enthousiasme naturel (as the result of animal spirits) - comme l'effet d'un besoin instinctif d'agir plutôt que de ne rien faire -, et non comme le résultat d'une moyenne pondérée de bénéfices numériques multipliés par des probabilités numériques[3]. »

Discussions postérieures[modifier | modifier le code]

La notion d'esprits animaux en économie a été reprise plus récemment lors de la résurgence des idées Keynésiennes, en particulier par Matteo Pasquinelli[4] et George Akerlof[5].

En 2010, Luzzetti and Ohanian, économistes à l'université UCLA, ont estimé à partir de données historiques américaines l'importance des esprits animaux dans les décisions d'investissement[6]. Contrairement à l'idée de Keynes, ces facteurs psychologiques n'auraient pratiquement eu aucune influence sur l'investissement, du moins après la seconde guerre mondiale. En revanche, sur les données couvrant la Grande Dépression, les investisseurs auraient été trop optimistes dans leur décisions d'investissement, mais ce résultat est contraire à ce que suggérait Keynes.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Christian Godin, Dictionnaire de philosophie, Fayard, 2004, p. 436.
  2. Philippe-Marie Margelidon et Yves Floucat, Dictionnaire de philosophie et de théologie thomistes, Parole et Silence, 2011, p. 148-149.
  3. Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, Livre IV (L'incitation à investir), Chapitre XII (L'état de la prévision à long terme), partie VII, Paris, Payot, 1969, p. 175-176
  4. (en) Matteo Pasquinelli, Animal Spirits: A Bestiary of the Commons, Rotterdam: NAi Publishers, 2008. (ISBN 978-90-5662-663-1)
  5. George Akerlof, Robert Shiller Les esprits animaux, Comment les forces psychologiques mènent la finance et l'économie (en), Septembre 2009, Editions Pearson
  6. (en) Luzzetti, M and L Ohanian (2010), The General Theory of Employment, Interest, and Money After 75 Years: The Importance of Being in the Right Place at the Right Time, NBER Working Paper 16631, December, forthcoming in Keynes’ General Theory: Seventy-Five Years later, Tom Cate, editor, Edward Elgar: London.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]