Esclave énergétique

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L'esclave énergétique est une unité de mesure de l'énergie, comparant une consommation d'énergie annuelle avec un équivalent de production mécanique et calorifique qu'un adulte en bonne santé pourrait produire en un an[1].

Historique[modifier | modifier le code]

La notion d'esclaves énergétiques a été sous-entendue par Oscar Wilde dans L’Âme humaine sous le régime socialiste[2], créée par le Prof. Hans-Peter Dürr et évoquée chez Ivan Illich.

Aristote s'est aussi intéressé aux liens entre l'utilisation de l'énergie et l'esclavagisme[évasif].

Utilisation[modifier | modifier le code]

La notion d'esclave énergétique permet de comparer la productivité des travailleurs dans une société industrialisée, utilisant généralement des énergies fossiles, par rapport au nombre de travailleurs nécessaires en l'absence de ces outils.

Notion d'esclave énergétique chez Jean-Marc Jancovici[modifier | modifier le code]

Les informations ci-après sont très fortement inspirées des remarques de Jean-Marc Jancovici[1], et les ordres de grandeur obtenus correspondent bien à ceux indiqués par Jean-Marc Jancovici (ils n'en diffèrent que de très peu).

Précisons qu'1 kWh/a est 1 kWh per annum (par an) et 1 kWh/d est 1 kWh per diem (par jour).

Bases du calcul[modifier | modifier le code]

Un esclave travaille 210 jours par an. S'il livre de la chaleur ce sera 2,5 kWh par jour de travail. S'il livre du travail mécanique, il faudra faire la distinction entre de la force brute, telle que la délivrent les jambes, à hauteur de 0,5 kWh par jour de travail, ou la force, qui requiert plus de précision, que peuvent délivrer les bras et qui s'élève de 0,03 à 0,05 kWh par jour de travail, selon le niveau de précision requis (la valeur la plus faible correspondant à la plus grande précision).

Domaine d'activité[modifier | modifier le code]

Nous allons faire maintenant la distinction entre les secteurs d'activité, à savoir, l'agriculture, le résidentiel, les transports et l'industrie.

Transports[modifier | modifier le code]

Efficacité énergétique des voitures thermiques en ville et sur autoroute (Document DoE).

Un Français dépense, pour les transports, environ 9000 kWh/a (ce qui est en bon accord avec les chiffres indiqués par ailleurs[Note 1]).

Les transports consomment presque exclusivement du pétrole. On prendra 20 % pour le rendement du moteur thermique (cf. graphique du DoE). L'énergie finale dans les transports est donc de 1800 kWh/a pour chaque Français.

On suppose qu'il s'agit de force brute. Un esclave délivre donc 0,5 kWh/d sur 210 jours. Un Français a donc recours à environ 17 esclaves.

Agriculture[modifier | modifier le code]

La consommation se chiffre à 1000 kWh/a par Français. Il s'agit surtout de pétrole, et d'un peu d'électricité. Dans ces conditions, on suppose que 30 % de l'énergie est utilisée sous forme mécanique, soit 300 kWh/a. Il s'agit d'1/3 de jambes et 2/3 de bras (à faible précision soit 0,05 kWh/d).

Dans ces conditions, nous aurons 19 esclaves sous forme de bras et 1 esclave sous forme de jambes soit 20 esclaves au total.

Industrie[modifier | modifier le code]

La consommation s'élève à environ 6000 kWh/a. La consommation se répartit comme suit:

  • 50 % en chaleur soit 3000 kWh/a
  • 35 % mécanique soit 2100 kWh/a (avec 2/3 de « jambes » et 1/3 de « bras » à 0,03 kWh/d, car il s'agit de travail de précision)
  • 15 % en pétrole soit 900 kWh/a (avec rendement du moteur thermique de l'ordre de 20 %, ce qui fait que nous aboutissons in fine à 180 kWh/a ): il s'agit de puissance mécanique de type "jambes" uniquement.

La chaleur correspond à 5,7 esclaves avec les hypothèses vues plus haut. La partie mécanique correspond à 13 esclaves de type « jambes », et 111 esclaves de type « bras ». Le pétrole ne correspond qu'à 1,7 esclave.

Au total, nous aurons 132 esclaves.

Résidentiel[modifier | modifier le code]

La consommation est de 13 000 kWh/a environ.

  • Les 4/7 sont du gaz et du pétrole (dont l'usage est purement thermique)
  • Les 3/7 sont de l'électricité (dont les 2/3 sont à usage thermique, et 1/3 est à usage mécanique)

La chaleur est alors de 11 140 kWh/a et l'énergie mécanique de 1857 kWh/a. L'énergie mécanique est supposée produite avec 1/4 de jambes et 3/4 de bras à 0,03 kWh/d (car il s'agit de travail de précision). Le nombre d’esclaves calorifiques s'élève à 21. Le nombre d’esclaves mécaniques de type "jambes" s'élève à 4,4. Enfin, il y a 221 esclaves mécaniques de type "bras", soit environ 247 esclaves au total.

Résumé[modifier | modifier le code]

Les résultats sont résumés dans le tableau ci-dessous.

Esclaves énergétiques à disposition de chaque Français à tout instant (en moyenne)
Esclaves
Transports 17
Agriculture 20
Industrie 132
Résidentiel 247
TOTAL 416

Jean-Marc Jancovici en tire la conclusion suivante[1]

« [...] en démocratie : ce n’est pas seulement le mode de vie de M. Dassault ou de la Reine d’Angleterre qui est devenu non durable si nous nous mettons sur le terrain de la physique, mais bien celui de chacun(e) d’entre nous, ouvrier(e)s d’usine, agents de nettoyage et caissier(e)s de supermarché compris. »

Aussi se fait-il l'apôtre de la sobriété. Il précise qu'

« une division de l’énergie fossile consommée par 4 [en France] [...] signifie encore, à technologie constante, une bonne centaine d’équivalent esclave par Français, [ce qui ne serait pas] vraiment le retour à l’âge de pierre [...] »

Il convient de mentionner qu'ici, l'énergie grise n'a pas été prise en compte.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Mouhot, Des esclaves énergétiques - Réflexions sur le changement climatique, Éditions Champ Vallon, 2011[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir l'article plus détaillé Écomobilité#Quelques chiffres, où on peut lire que les transports nécessitent environ 8575 kWh/a en moyenne par Français. Selon les conventions de l'agence internationale de l'énergie, les soutes maritimes et aériennes ne doivent pas être prises en compte.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Combien suis-je un esclavagiste ? » par Jean-Marc Jancovici, août 2013.
  2. "The Greeks were quite right there. Unless there are slaves to do the ugly, horrible, uninteresting work, culture and contemplation become almost impossible. Human slavery is wrong, insecure, and demoralising. On mechanical slavery, on the slavery of the machine, the future of the world depends." La dernière phrase, fondamentale, n'est pas présente dans la traduction française.
  3. Note de lecture sur le site de l'Association française pour l'information scientifique.

Liens externes[modifier | modifier le code]