Esclavage à Madagascar

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Histoire[modifier | modifier le code]

Un bref aperçu des traites esclavagistes entre le Xe et le XVIIIe siècle à Madagascar[modifier | modifier le code]

Le terme malgache qui est utilisé pour désigner le dépendant est andevo ou ondevo; il dérive de l'austronésien et signifie littéralement « homme de la maison ».

Il semble que l'esclavage ne se soit pas développé de lui-même à Madagascar mais que des formes de dépendance existaient au sein même des premiers immigrants ; ces populations d'origine austronésienne sont venues du Sud-Est asiatique et sont arrivées sur la terre malgache aux environs du Ve siècle. Après un certain temps d'acclimatation et d'adaptation à leur nouvel environnement, ces populations — au début installées sur les côtes puis à l'intérieur des terres après l'arrivée de nouveaux migrants — ont développé plusieurs formes de servitude. On en distingue deux principalement : l'esclave domestique et le captif de guerre ; le premier a un statut de dépendance plus humain que le deuxième, car il est intégré à un groupe social et certainement mieux considéré, contrairement au second qui est destiné au marché de la traite.

Madagascar est entrée assez tôt dans les circuits de traite esclavagiste ; tout d'abord au Xe siècle lorsque les Arabo-Swahilis commencèrent à fréquenter la région entre Maintirano et le cap Masoala ; ils y créèrent un certain nombre de comptoirs commerciaux, principalement dans les baies de Boina, de Majunga (ou Mahajanga) et de Bombetoka. Ils avaient des liaisons commerciales avec les Arabo-Swahilis de Zanzibar, Kilwa, Mogadiscio, Malindi, Pemba et Mombasa, permettant ainsi aux rois malgaches — grands chefs et représentants d'une communauté que l'on appelle mpanjaka — de participer à ce commerce. Ils échangeaient principalement des esclaves, du riz et de la cire contre des étoffes de l'Inde et certainement d'autres marchandises.

Vinrent ensuite les Portugais, qui tentèrent en effet au XVIe siècle de s'insérer dans le commerce de la traite, mais assez difficilement en raison de la présence importante de commerçants musulmans sur la côte ouest (pour la plupart d'origine arabo-swahilie) ; selon J.M Filliot, ils tentèrent même d'attaquer leurs comptoirs commerciaux. Finalement, ils réussirent à prendre contact directement avec certains mpanjaka pour acheter des esclaves et autres marchandises. Mais, contrairement aux musulmans qui les achetaient, selon Filliot, environ 5 à 10 piastres l'un, les Portugais les payaient environ 100 piastres.

À partir de 1595, les Hollandais commencèrent à fréquenter la côte occidentale, sans y pratiquer la traite, préférant aller commercer seuls sur la côte orientale, sans les Portugais et les commerçants musulmans. Au début, ils achetaient des esclaves, du riz et du bétail dans la baie d'Antongil, où ils eurent pendant un moment un fortin, pratique puisqu'ils étaient à l'époque installés à l'île Maurice. Puis ils se redirigèrent vers la côte occidentale, du côté de Saint-Augustin, Morondava, Mahajamba, Bombetoka, installés cette fois ci au Cap ; ils continuèrent à pratiquer la traite jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

Les Anglais s'intéressèrent également à Madagascar, car celle-ci se trouvait sur la route des Indes, leur permettant de s'y arrêter pour se reposer et s'approvisionner. Ils débarquèrent pour la première fois sur la côte Ouest à Saint-Augustin en 1604 pour se ravitailler en bois et en eau. De là, ils prirent l'habitude d'y faire escale et y acheter des esclaves et d'autres marchandises commercialisables ou leur étant nécessaires pour le voyage ; ils fréquentaient le plus souvent Mahajunga, Nosy Be, la baie de Boina et les Radama. Ceci étant, le territoire leur paraissait hostile, ils ne souhaitèrent pas s'y installer, et cessèrent même d'y aller dans la seconde moitié du XVIIe siècle, à part quelques capitaines aventuriers.

Les derniers arrivés furent les Français qui débarquèrent au XVIIe siècle ; ils fréquentaient la côte Est et principalement Fort-Dauphin, d'où ils furent chassés, avec bon nombre de femmes d'origine malgache et leurs enfants métis. Contrairement aux Portugais ou aux Hollandais, les Français ne pratiquaient pas une traite régulière et méthodique. C'est au XVIIIe siècle que la France s'intéressa plus concrètement à Madagascar, lorsqu'à cette période elle prit l'habitude de ravitailler ses plantations en riz, bétail et surtout en esclaves, essentiellement à Madagascar. En effet, au début du XVIIIe siècle l'île Bourbon, devient une colonie française, qui très vite eut besoin d'une main-d'œuvre importante à son service pour les plantations de café, suscitant une demande d'esclaves de plus en plus forte — à peu près jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, où la majorité des esclaves commencèrent à provenir de la côte swahili.

L'esclavage fut aboli à Madagascar le 27 septembre 1896, un mois et demi après l'annexion de l'île par la France. Bien qu'elle y ait pratiqué la traite esclavagiste entre la seconde moitié du XVIIe jusqu'au XIXe siècle, et qu'elle ait utilisé une importante main-d'œuvre malgache, en grande partie soumise au travail forcé, la France disait à l'époque qu'abolir l'esclavage était un acte « relevant de la générosité et de la tradition républicaine française ».

La traite au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

La traite française[modifier | modifier le code]

Les premières tentatives d'implantation française remontent au XVIIe siècle ; en 1638 la France envoya une première expédition pour explorer les côtes malgaches. En 1642, la Compagnie française de l'Orient fut créée sous l'impulsion de Richelieu, permettant à Pronis en 1643 de tenter de s'installer à Sainte-Luce, puis à Fort-Dauphin ; ensuite c'est au tour de Flacourt et Martin successivement de gérer ces postes. À la suite de plusieurs difficultés, les Français décidèrent finalement de migrer vers l'île de la Réunion pour s'y implanter, coordonné avec la réorganisation de la politique étrangère par Colbert en 1664, qui fonda la Compagnie des Indes orientales ; c'est à partir de ce moment que Madagascar devint une sorte d'entrepôt pour le commerce de cette compagnie, et la principale source de ravitaillement pour cette nouvelle colonie, l'île Bourbon. Madagascar allait donc permettre de répondre à la demande croissante de main-d'œuvre, soit d'esclaves, puis de riz et de bétail ; notons que c'est en 1689 que le terme « esclave » apparaît pour la première fois dans un texte officiel d'instructions de Vauboulon.

Au XVIIIe siècle, les Français tentèrent de créer des postes de traite sur la côte orientale pour répondre à ces besoins. Les principaux postes de traite étaient la baie d'Antongil et Foulpointe, et des postes secondaires se trouvaient à Fénérive, Sainte-Marie, Mananara, Angontsy et Mahambo. En 1715, lorsque les plantations de café apparurent, la demande de main-d'œuvre augmenta et un « plan d'exploitation rationnelle » fut mis en place par l'économiste écossais John Law ; chaque planteur devait cultiver dix plants de café, tout en bénéficiant de fonds pour acheter des graines et des esclaves. Une fois que ces plantations furent développées, d'autres apparurent comme les poivriers, canneliers, cotonniers, rhubarbe, arbres à thé, etc., et le besoin d'esclaves doubla ; par exemple entre 1718 et 1728, le nombre d'esclaves importés à l'île Bourbon passa de 200 à 600 par an. Cette demande augmenta encore sous l'impulsion de La Bourdonnais, gouverneur général entre 1735 et 1746, lorsqu'il développa de façon conséquente les ports des Mascareignes, dans le but de créer des bases navales qui pourraient servir dans le conflit anglo-français dans l'océan Indien. Il améliora aussi les conditions de chargement et de déchargement des marchandises, et développa plusieurs industries (tannerie, poudrerie, raffinerie, industrie de matériaux de construction) ; Filliot décompte 1 200 à 1 300 esclaves importés par an pendant son gouvernement (fraude comprise). Deux gouverneurs lui succédèrent, qui continuèrent sur sa lancée jusqu'à la promulgation d'une ordonnance royale, le 16 août 1769, autorisant le libre commerce pour tous les Français, au-delà du cap de Bonne-Espérance. Cela provoqua une sorte de « boom économique » ainsi qu'un essor important de la traite esclavagiste, soit une multiplication par trois du nombre d'entrées d'esclaves entre 1769 et 1793. Notons que la traite se faisait par expédition régulière à Madagascar, sur le littoral du Mozambique actuel, à Kilwa et à Zanzibar.

Les conditions et le déroulement des échanges[modifier | modifier le code]

Malgré l'ampleur de la traite esclavagiste pratiquée par les Européens à Madagascar, celle-ci ne fut que lentement régularisée et rationalisée en raison des conditions difficiles de mouillage sur la côte orientale de l'île. En effet, le long du littoral les sites calmes et abrités, soit par une baie soit par une barrière de corail, sont rares. C'est pour ces raisons que par exemple la baie d'Antongil ou Foulpointe, protégée par une grande barrière de corail, furent beaucoup fréquentés par les traitants étrangers. Le commerce se concentra entre le cap d'Ambre et Tamatave ; les principaux lieux de mouillage se situaient à Tamatave, Foulpointe, Fénérive, Mahambo, Tintingue, Sainte-Marie, Mananara et la baie d'Antongil. Les marchandises étaient le plus souvent des esclaves, du bétail et du riz ; la plus grosse production de riz était celle des Betanimena (au sud de Tamatave jusqu'à Iharana, passant par la baie d'Antongil et Foulpointe), et le commerce de bétail lui était monopolisé par les Bezanozanos et les Sakalaves.

Les Betsimisarakas étaient les principaux intermédiaires avec les traitants européens du commerce sur la côte orientale, car ils y contrôlaient la majorité des ports. Ils formaient une sorte de confédération regroupant différentes communautés de la région, qui furent unifiées à la fin du XVIIe siècle par un grand chef, filohabe, Ratsimilaho. Ses centres économiques étaient Foulpointe, Fénérive puis Tamatave, mais ce fut Foulpointe la plus fréquentée car elle offrait non seulement un bon lieu de mouillage mais aussi une quantité suffisante, voire importante, de riz, d'esclaves et de bétail ; ce qui poussa même la France en 1756 à y installer un régisseur de traite pour structurer ce commerce, contre une rémunération de 10 % sur le commerce d'exportation de Foulpointe. Lorsque Ratsimilaho mourut aux environs de 1750, la confédération passa aux mains de ses descendants et perdit en puissance, car ils ne réussirent pas à maintenir l'unité des Betsimisaraka. En conséquence, le commerce fut moins fructueux et moins organisé, et les Européens, toujours en demande d'esclaves, de riz et de bétail, utilisèrent donc la stratégie « diviser pour mieux régner » afin d'arriver à leurs fins ; ils provoquaient des querelles entre les clans, pour leur permettre de susciter des guerres et donc la prise de captifs qu'ils pouvaient ensuite acheter. Il en découla une déstabilisation politique par des tensions entre lignages ou groupes de lignage et entre chefferies, une déstabilisation sociale avec une désintégration de la confédération Betsimisaraka et de multiples discordes, puis une déstabilisation économique car le commerce fut d'autant plus désorganisé et la quantité de marchandises exportables bien moindre ; ce qui peut expliquer qu'à la fin du XVIIIe siècle le commerce de traite fut détourné vers la côte swahili, c'est-à-dire sur l'actuel littoral du Mozambique.

Ce climat politique et économique hostile poussa en quelque sorte les Européens à entretenir des relations avec les populations de l'intérieur de l'île ; ainsi, en 1777, Mayeur, gouverneur général de l'Île-de-France, entra en contact avec Andriamasinavalona — un mpanjaka des terres du centre, non loin de l'actuel Imerina — pour commercer avec lui. Les régions centrales et des Hautes Terres de Madagascar étaient entrées dans le commerce de traite avec les Européens dès le dernier quart du XVIIIe siècle, mais les Betsimisaraka, les Bezanozano et les Ambanivolo étaient restés les principaux intermédiaires commerciaux. Divers exemples peuvent illustrer ces structures, fonctionnant un peu comme des systèmes de douanes entre différents agents commerciaux, au travers de plusieurs limites territoriales et claniques. Les Betsimisaraka servaient d'intermédiaire entre les terres d'Ambanivolo et la côte pour les Européens, qui les chargeaient d'aller chercher des esclaves à l'intérieur des terres contre un revenu qui pouvait quelquefois être sous forme de crédit ou d'avance. Pier M. Larson[1] décrit bien ce système, qu'il appelle « movers & stayers », qu'il illustre sous forme de pipe. C'est un système pyramidal où trois catégories d'agents commerciaux entrent en jeu ; en haut de la pyramide se situe le traitant européen qui possède le capital, constitué de biens d'échanges et de piastres, qu'il avance à la deuxième catégorie d'agents qui sont les Betsimisaraka. Ces derniers partent ensuite mener des expéditions pendant plusieurs semaines, pour ramener les marchandises convoitées par le traitant en question chez une troisième catégorie d'agents qui sont d'autres intermédiaires commerciaux dans le centre des terres, pouvant leur fournir des captifs. L'on peut supposer que plusieurs marchands Betsimisaraka sont alliés à divers mpanjaka, filoha (chefs de clans, de lignages, ou de groupes de lignages ou même de chefferies) de l'intérieur des terres, qui eux-mêmes font des captifs ou sont en contact avec d'autres chefs moins puissant qui leur en fournissent, pour répondre à la demande du traitant, en haut de la pyramide ou de l'autre côté du pipe comme dirait Pier M. Larson. En réalité, tout un réseau commercial pyramidal est tissé en partant des côtes pour remonter jusqu'aux hautes terres, associant de multiples agents qui sont en contact avec différentes communautés, elles-mêmes constituées d'associations de clans ou de chefferies. Mais il faut ajouter que ces alliances et ces échanges impliquent aussi des rivalités et une concurrence qui suscite un climat véritablement tendu et conflictuel.

Le morcellement et la fragmentation de l'unité politique Betsimisaraka dès la seconde moitié du XVIIIe siècle d'une part, et l'expansion du pouvoir des différentes communautés qui vont constituer l'Imerina d'autre part (entre la fin du XVIIIe siècle et surtout à partir du XIXe siècle), ouvrirent la voie aux conquêtes de Radama Ier.

Quelques notes sur les recherches archéologiques, anthropologiques et philologiques[modifier | modifier le code]

La fréquentation puis l'installation de musulmans à Madagascar[modifier | modifier le code]

Les travaux archéologiques et anthropologiques réalisés jusque dans les années 1970, rapportés par J.-L Rakotoarisoa, J. Pennetier, A. Jully, A. Grandidier et E. De Flacourt[modifier | modifier le code]

Les musulmans qui se sont installés sur les côtes malgaches proviennent essentiellement de la côte orientale de l'Afrique, précisément de l'espace swahili. Lors de fouilles archéologiques faites sur la côte orientale vers Sambava, près de l'embouchure de Mahanara, ont été retrouvés des dinars d'or datant du sultanat Fatimites du XIe siècle, plus précisément du cinquième calife (975-1094 ap. J.-C). On peut penser que les Antambahoaka (populations du sud-est de l'île), les ZafiRaminia (des populations de la côte orientale de l'île, et un peu des hautes terres centrales, qui se réclament descendants de Raminia un ancêtre musulman), les Antemoro (populations du sud-est de l'île), et encore d'autres, sont rattachés d'une façon ou d'une autre à ces populations originaires de la côte swahili et du sultanat Fatimite, puisqu'ils semblent être passés et s'être même installés sur la côte orientale. C'est Guillaume Grandidier qui cite la trouvaille d'un dinar datant du cinquième calife, ainsi que la présence d'un « cimetière arabe » vers l'embouchure de Mahanara. Or A. Jully cite aussi une cinquantaine d'années après Grandidier, la découverte d'une pièce d'or daté du sultanat Fatimite, mais cette fois-ci datée du XIIe siècle et trouvée sur la côte occidentale de Madagascar, puisqu'il dit que les Antaloatra — descendants d'une population arabo-swahili, qui parlait un dialecte né d'un mélange d'arabe et de bantoue, venues s'installer sur la côte ouest de Madagascar — descendent de ces musulmans, jadis installés autour de la Baie de Boina et celle de Mahajamba/Mahajunga; selon leurs traditions orales ils sont venus d'une des îles des Comores. Lasalle, compagnon de Benyowski — directeur de traite entre 1774-76 placé dans la baie d'Antongil —, écrit dans son mémoire sur Madagascar qu'il y avait aussi des comptoirs commerciaux musulmans du côté de Saint-Augustin, c'est-à-dire au sud-est de Madagascar. Ce qui peut nous amener à en déduire qu'un des deux auteurs s'est certainement trompé dans la datation de la pièce, mais que par ailleurs des musulmans passés par la côte swahili dans un premier temps, sont venus ensuite fréquenter et s'installer sur les côtes Ouest et Est de la grande île. Autrement, nous avons divers témoignages écrits de traitants européens, qui citaient la présence de musulmans sur la côte Ouest — le plus souvent — et Est malgache, ayant des comptoirs commerciaux en contact avec d'autres commerçants arabo-swahili placés sur la côte est-africaine.

On a retrouvé plusieurs sites de Chloritoschiste (carrières de roches) qui utilisent la même technique pour tailler la pierre dans l'arrière pays de Vohémar et chez les Antanosy de Fort-Dauphin. L'on retrouve l'utilisation de ces mêmes techniques dans le golfe Persique, pratiqué « il y a fort longtemps ». Il y a donc une « parenté technique » entre le nord-est et le sud-est de Madagascar (à partir de Mananjary), et les habitants du golfe Persique. Ces sites peuvent nous laisser supposer que des musulmans se sont installés non seulement sur la côte occidentale mais aussi à l'est ; par ailleurs il faut noter que ce littoral est aussi le point d'arrivée d'autres migrants, comme les Austronésiens. En effet, dans les traditions orales merina, Maroantsetra parait être le « terminus » des migrations austronésiennes au XIVe siècle, alors que ce lieu apparaît aussi dans les traditions orales des Antaimoro, où leur ancêtre Ramakorobe serait passé (un ancêtre que l'on considère d'origine musulmane). Les Antaimoro comme d'autres populations de la côte orientale se disent descendre de musulmans, beaucoup se réfèrent à un ancêtre commun ZafiRaminia, un homme de confession musulmane qui s’appelait Raminia. D'autres, par exemple les gens de Sainte-Marie, disent avoir comme vieille ancêtre Zaffehibrahim, ou ZafiIbrahim, de la lignée d'Abraham. Etienne de Flacourt supposait au XVIIIe siècle que leurs ancêtres pouvaient être des Comoriens, puisque venant commercer assez régulièrement dans la baie d'Antongil, il est possible qu'auparavant une branche de ces commerçants ait fondé le groupe des ZafiIbrahim à Sainte-Marie. Ceci reste qu'une hypothèse, mais il est certain que des musulmans se sont installés à un moment à Sainte-Marie et qu'il n'est pas étonnant que ces populations se donnent une telle ascendance, car il arrive très souvent dans beaucoup d'endroits dans le monde qu'à un moment donné des groupes d'individus se construisent une ascendance prestigieuse. En tout cas, Houtman un amiral hollandais ou allemand dit avoir vu en 1595 un fort arabe à Sainte Marie ; d'ailleurs cette île était appelée « Nosy Ibrahim ». Ces populations de la côte orientale ne peuvent pas être considérées comme musulmanes, car elles ne respectent pas l'ensemble des préceptes du Coran, mais ont développé une sorte de syncrétisme entre la religion coranique de leurs ancêtres ou une partie des leurs, et une religion « païenne » ou « traditionnelle ». Ce syncrétisme crée l'authenticité de la culture malgache dans son ensemble mais aussi dans sa diversité en fonction de l'ascendance, du mélange, des migrations qu'ont connus plusieurs régions, provinces ou communautés de Madagascar, les unes par rapport aux autres.

En somme, jusque dans les années 1970 on parle beaucoup plus des origines arabes ou musulmanes des malgaches, que des origines africaines et austronésiennes. Mais ces questions vont être abordées et plus approfondies un peu plus tard. Autrement, l'on voit bien par plusieurs études, fouilles ou recherches en général, qu'un certain nombre d'individus de confession musulmane, provenant ou étant passés par l'espace swahili, se sont installés sur les côtes Est et Ouest de Madagascar, et principalement au Nord. Ces individus se sont certainement mélangés à la population locale, soit par alliance, soit par mariage, assurant ainsi une descendance, dont le prestige d'en faire partie semble être revendiqué par plusieurs groupes de population de la côte Est et Ouest de l'île.

Les travaux accomplis entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, rapportés par A. Alpers Edward, Solofo Randrianja, Stephen Ellis[modifier | modifier le code]

Les premiers habitants de Madagascar s'installèrent sur les côtes nord-est et nord-ouest de la grande île ; par des études philologiques on a pu constater que les dialectes linguistiques du Nord étaient les plus anciens, et que ces populations étaient d'origine austronésienne. Les archéologues ont retrouvé des céramiques et des traces d'habitations anciennes, datant d'avant le premier millénaire et ressemblant beaucoup aux poteries de Zanzibar et Lamu, et les sites semblent comporter des similitudes avec ceux de la côte orientale de l'Afrique. Donc soit ces sites correspondent à ces mêmes migrations austronésiennes, supposant qu'elles soient passés sur la côte swahili avant de débarquer, ou qu'elles aient ramené avec eux des hommes originaires de ces lieux - ce qui parait plus probable avec ce que nous savons ; soit ces sites correspondent à d'autres migrations arabo-swahili de la côte Est africaine à peu près à la même époque. Au début, ces nouveaux migrants habitaient dans des cases près de la mer pour pouvoir aller pêcher, puis ils se dispersèrent en créant plusieurs autres villages, où certains sont restés marins/pêcheurs, d'autres sont devenus pasteurs ou d'autres agriculteurs; en effet, on a remarqué une origine linguistique austronésienne dans les noms de plantes données par les malgaches. Une partie des populations côtières ont migré ensuite dans les hautes terres lorsque des nouveaux arrivants sont venus s'installer ; des fouilles archéologiques ont démontré que leurs installations vers l'intérieur des terres fut organisé puisque nous avons retrouvé des traces de fortifications autour de leur territoire, leur permettant de le délimiter et de se défendre.

Ces premières populations entretenaient non seulement des rapports serviles entre elles, mais avaient aussi des langues quelque peu différentes ; en effet elles avaient des origines malaisiennes, javanaises et austronésiennes. Il semble que les Malaisiens étaient plus ou moins les dominants et les autres (Javanais et Austronésiens) les dominés. En revanche, parmi ceux-là on pense qu'il y avait aussi des individus provenant de Bornéo dans le Sud-Est asiatique, enrichissant encore la diversité linguistique de la langue malgache. Les hiérarchies qui étaient présentes à leurs arrivées se sont maintenues au départ, puis évoluèrent dans un nouveau contexte social et géographique. Les populations locales continuèrent au cours des siècles à intégrer de nouveaux arrivants, leur vocabulaire s'enrichissait de nouveaux mots étrangers tout en conservant leur base linguistique austronésienne, et ils développèrent de nouveaux rapports avec les autres groupes de populations, devenus malgaches avec le temps. Il faut donc ici préciser que les Malgaches ont une conception de l'étranger singulière, car le mot vazaha (« étranger »), peut être utilisé entre Malgaches ; il arrive encore qu'un Malgache originaire de l'Imerina soit appelé vazaha sur les côtes dans d'autres provinces de l'île.

Il faut donc retenir qu'à partir du Ve siècle ap. J.-C. des populations austronésiennes débarquèrent à Madagascar, principalement sur la côte orientale de celle-ci, apportant avec elles des formes de servitude qui s'appliquaient au sein des individus de ces groupes d'immigrants, car ils avaient des origines différentes. Ensuite, autour du XIe-XIIe siècle, des musulmans arrivèrent sur les côtes malgaches nord-est et nord-ouest, et ils créèrent probablement des comptoirs sur d'autres points de l'île. Ils provenaient pour la plupart soit de la côte arabo-swahili (actuel Mozambique), soit des Comores. Il faut noter que les recherches effectuées après les années 1970 ont davantage porté sur les vagues de migrations austronésiennes à Madagascar, que sur celles des musulmans.

Les traces de la traite française[modifier | modifier le code]

La plupart des sources sur la traite européenne, puis française, sont les témoignages écrits par des traitants, des commerçants et des capitaines, à travers des comptes-rendus, des journaux de bord, des mémoires, et d'autres types de documents qui ont été conservés puis archivés. En revanche, les études archéologiques sont beaucoup moins importantes et les études moins nombreuses ; mais nous pouvons donner quelques notes relevées dans la revue d'art et d'archéologie Taloha de 1974 :

  • Foulpointe — Au début du XVIIIe siècle, les pirates anglais fréquentent les environs de cette localité ; ensuite dès les années 1720 les Français décident d'y installer un comptoir. Pour cela, ils y construisent un fort, dont on a retrouvé les traces et un témoignage; celui de Le Chevalier de la Serre qui le décrit en 1677 : « le fort français de Foulpointe est un entourage de 50 toises carrées fermé d'une palissade », autour duquel sont construites de petites cases à la manière locale. C'est lorsque ce poste fut donné à la Compagnie des Indes qu'un autre fort fut construit ; les travaux archéologiques montrent que c'était un bâtiment en bois de 16 m2 et 1,95 m de hauteur, entouré d'une « galerie défendue par des embrasures munies de canons et de quelques pierreries ».
  • Fénérive — Cette localité fut aussi l'un des ports de traite parmi les plus fréquentés par les étrangers au XVIIIe siècle ; un fort fut construit en haut d'une colline que l'on nomme Vohamasina.
  • Tamatave — Au début du XVIIIe siècle, durant le duel franco-anglais — pour s'octroyer le monopole commercial à Madagascar —, cette ville fut le principal centre de commerce. Étant aussi un poste de traite, un fort y fut donc construit ; la ville était défendue par « une double rangée de palissades flanquées ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pier M. Larson, « The route of the Slave from Higland of Madagascar to the Mascarenes: commercial organization, 1770-1820 », in Madagascar, A short history de Solofo Randrianja et Stephen Ellis.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J.-M. Filliot, La Traite des esclaves vers les Mascareignes au XVIIIe siècle, ORSTOM, Paris, 1974, 273p.
  • Ouvrage collectif, Acte du colloque international sur l'esclavage, Esclavage à Madagascar. Aspects théoriques et résurgences contemporaines, Antananarivo, Institut de civilisations – Musées d'Art et d'Archéologie, 1997, 415p.
  • Eugène Régis Mangalaza, Vie et mort chez les Betsimisaraka de Madagascar, Paris, Harmattan, 1998, 331p.
  • Musée d'art et d'archéologie (Tananarive), Civilisation de l'Est et du Sud-Est : archéologie, anthropologie sociale et art de Madagascar, "Taloha", no 6, 1974, 210p.
  • Solofo Randrianja et Stephen Ellis, Madagascar, A short history, Londres, Hurst & Company, 2009, 316p.
  • Étienne de Flacourt, Histoire de la Grande Isle de Madagascar, Paris, INALCO, 1595, 653p.