Erwin Blumenfeld

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Erwin Blumenfeld
Naissance
Décès
(à 72 ans)
Rome
Nationalité
Activité
Lieux de travail
Mouvement
dadaïsme

Erwin Blumenfeld, né le à Berlin et mort le à Rome, est un photographe allemand naturalisé américain[1]. Il est célèbre pour ses photographies de mode des années 1940 et 1950, notamment pour les magazines américains Vogue et Harper's Bazaar[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est d'origine juive. Pendant la Première Guerre mondiale, il est ambulancier à la frontière en France. Alors qu'il songe à déserter, sa mère avertit les autorités ; par manques de preuve, il n'est pas exécuté mais renvoyé au front. Il s'installe aux Pays-Bas en 1923 et épouse Lena Citroen, une cousine néerlandaise de son meilleur ami. Ils ont une fille, Lisette, et Erwin Blumenfeld abandonne un temps sa passion pour les arts (collage, écriture, peinture, photo) afin de trouver un métier plus lucratif. Il ouvre un magasin de maroquinerie, Fox Leather Company, en l'honneur de la 20th Century Fox, producteur de la star Charlie Chaplin, qu'il admire. Le couple a ensuite deux fils, Henry et Yorick et leur père déménage sa boutique dans un bâtiment où se trouve une chambre noire. Encouragé par sa femme, qui pose parfois pour lui, il propose à ses clients des portraits photographiques, se lançant également dans les nus[3]. Après avoir participé au mouvement Dada sous le pseudonyme de Jan Bloomfield, il commence donc une carrière dans la photographie professionnelle aux Pays-Bas au début des années 1930. Geneviève, fille du peintre français Georges Rouault, alors en lune de miel à Amsterdam, est séduite par ses clichés et propose à Erwin Blumenfeld de les exposer dans la salle d'attente de son cabinet de dentiste parisien, dans le quartier de l'Opéra. Elle veut lui présenter son père et Henri Matisse[3].

Laissant sa famille aux Pays-Bas, il émigre en France en 1936 où il fait le portrait de Georges Rouault et d'Henri Matisse, qui pourtant refusent de le payer car ils se trouvent vieux sur ses photos. Il dort dans un hôtel insalubre de la rue d'Odessa (quartier de Montparnasse). Il commence par faire des publicités bas de gamme puis ouvre un studio 9 rue Delambre en 1937[3]. Il y mène parallèlement une activité de portraitiste – dont Carmen, le modèle du Baiser de Rodin –, et de photographe publicitaire, tout en continuant un travail personnel, sur le nu notamment. En 1937, il décroche sa première couverture dans Votre Beauté et ses photographies sont publiées dans Verve[3].

En 1938, il obtient sa première publication dans Vogue France grâce à son ami Cecil Beaton (grâce à ce contrat, il peut faire venir sa femme et ses enfants à Paris), avant de couvrir les collections parisiennes pour Carmel Snow du Harper's Bazaar (embauché par elle alors qu'il se trouve à New York, il peut donc retourner à Paris avec l'assurance de pouvoir entretenir sa famille). Il commence à travailler pour Verve et Vogue France, embauché par Michel de Brunhoff sur les conseils de Cecil Beaton[4]. De Brunhoff cesse par la suite leur collaboration en lui disant, selon la légende : « Si seulement vous étiez baron et pédé, vous seriez le plus grand photographe du monde ! »[3]. Il expose à la galerie Billiet à Paris.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, la famille se réfugié à Vézelay (Yonne), après que le mannequin Jo Regali ait accepté de conserver ses archives pendant le conflit. Il essaie plusieurs fois de quitter le pays, sans succès. En 1939, il est interné car Allemand, une puissance ennemie, dans le camp de Montbard-TouillonMarmagne (Côte d'Or) ; sa femme, Néerlandaise, n'a pas ce problème mais sa fille, qui voyage le jour de ses 18 ans avec un passeport allemand, est également internée. Il parvient à s'enfuir avec sa famille à New York (États-Unis) en 1941[3]. Il y partage un studio avec Martin Munkacsi, avant d'ouvrir son propre atelier au 222 Central Park South, en 1943. Il reprend sa collaboration avec Harper's Bazaar (1941-1944), puis avec Vogue (1944-1955), pour lesquels il réalise de nombreuses couvertures. Sa photo de 1949 L'Œil de biche, qui fait la couverture de Vogue en 1950, est restée célèbre[3]. Ses photographies paraîtront aussi dans Look, Life, Coronet, Cosmopolitan, etc. Il participe à l'exposition collective Photography, 1839-1937 au Museum of Modern Art de New York.

Il décroche également des contrats publicitaires rémunérateurs avec les femmes d'affaires Helena Rubinstein et Elizabeth Arden. Il réalise un autoportrait saturé de rouge, l'expliquant comme inspiré du quartier rouge de prostituées d'Amsterdam ; il faut comprendre ce cliché comme la lutte qui tiraille le photographe entre ses créations purement artistiques et celles destinées à faire de l'argent[3].

Il travaille avec son assistante Kathleen Levy-Barnett, qui finit par devenir sa maîtresse, alors que son épouse Lena se sent délaissée. Comprenant qu'Erwin Blumenfeld ne se remariera pas avec elle, Kathleen, avec son accord, épouse son fils Henry en 1956. Erwin Blumenfeld noue ensuite une relation avec Marina Schinz ; plus de trente ans les séparent. Il l'engage comme assistante en 1964 et elle l'aide à rédiger son autobiographie parue après sa mort (Jadis et Daguerre). Lena pour sa part, malade, vit à Vienne ; elle meurt 25 ans après lui[3].

La dernière période de sa vie est marquée par un décalage avec de nouveaux photographes plus jeunes et plus modernes, Erwin Blumenfeld étant moins à la mode. Il meurt dans un hôtel roumain en 1969. Ses archives, à Central Park South, sont vidées, 30 000 diapositives et 8000 épreuves[3].

Style[modifier | modifier le code]

Solarisation, combinaison d'images positives et négatives, photomontage, « sandwich » de diapositives couleur, fragmentation opérée au moyen de miroirs, séchage du négatif humide au réfrigérateur pour obtenir une cristallisation, etc. Blumenfeld sait mettre à profit ses expérimentations de « dadaïste futuriste » pour la photo de mode.

Du maquillage des modèles qu'il réalise souvent lui-même aux manipulations diverses dans l'obscurité de son laboratoire, il n'hésite jamais à jouer avec les couleurs qu'il sature, décompose, filtre, colle ton sur ton… What Looks New (Vogue, 1947), sa très cubiste fragmentation d'un visage à plusieurs bouches pour un rouge à lèvres, Œil de biche (Vogue, 1949)[3], où il recadre l'une de ses photos en noir et blanc sur l'œil gauche, la bouche et le grain de beauté étant rehaussés de couleur. Ou encore ce mannequin en béret et manteau rouges sur fond rouge (Vogue, 1954). Sa vertigineuse photographie du mannequin Lisa Fonssagrives sur la tour Eiffel (Vogue, 1939) restera notable. En 1955, il commence son autobiographie, Jadis et Daguerre, qu'il terminera l'année de sa mort, qui survient en 1969 à Rome.

Pamela Golbin, conservatrice générale aux Arts décoratifs, déclare à propos de son travail de l'entre-deux-guerres : « La photographie d'Erwin Blumenfeld a saisi une perspective audacieuse sur la mode et la beauté, avec, en point d’orgue, une féminité enfin retrouvée après la Première Guerre mondiale ». Pour Ute Eskildsen, commissaire d'une exposition à son sujet au Jeu de paume en 2013, qui s'exprime sur sa période américaine : « Son travail éditorial était radical, expérimental, comme s'il cherchait sans arrêt à repousser les limites de la photographie en couleur »[3].

Principales expositions rétrospectives[modifier | modifier le code]

  • 1979 : Musée Rath, Genève
  • 1981 : Centre Pompidou, Paris
  • 1996 : Barbican Museum, Londres, 1996 : exposition itinérante présentée, notamment à Zurich, Lausanne, Berlin, Paris et Amsterdam
  • 2006 : Erwin Blumenfeld, his dutch years, Fotomuseum den Haag, La Haye
  • 2009 : Erwin Blumenfeld Dada montages 1916-1933, Berlinische Galerie, Berlin
  • 2012 : Studio Blumenfeld, New York, 1941-1960, Musée Nicéphore-Niépce, Châlon-sur-Saône
  • 2013 : Jeu de Paume, Paris (du 15 octobre 2013 au 26 janvier 2014)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Helen Adkins, Erwin Blumenfeld. I was nothing but a Berliner. Dada Montages 1916–1933, Hatje Cantz, Ostfildern, 2008 (ISBN 978-3-7757-2127-1)
  • Erwin Blumenfeld, Le Minotaure et le dictateur 1936-1937
  • Erwin Blumenfeld, Jadis et Daguerre, éd. Robert Laffont, 1975, éd. La Martinière, 1997, (titre original : Einbildungsroman)
  • Erwin Blumenfeld, Mes 100 meilleures photos, texte de Hendel Teicher, Musée Rath, Genève, 1979.
  • Yorick Blumenfeld, The Naked and the Veiled. The Photographic Nudes of Erwin Blumenfeld, Londres, Thames & Hudson, 1999
  • William Ewing, Blumenfeld. Le culte de la beauté, Paris, Éditions de la Martinière, 1996
  • Michel Metayer, Erwin Blumenfeld, Londres et New York, Phaidon 2004.

Œuvre : Graufresse\ Hitler.

Bibliographie connexe[modifier | modifier le code]

  • Norberto Angeletti, Alberto Oliva et al. (trad. Dominique Letellier, Alice Pétillot), En Vogue : L'histoire illustrée du plus célèbre magazine de mode, White Star, , 410 p. (ISBN 978-8861120594, présentation en ligne), « Blumenfeld et Klein », p. 160 à 164

Bibliographie en anglais[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « L'histoire : Blumenfeld, clairs de femmes », Vanity Fair,‎ (lire en ligne)
  2. Brigitte Ollier, « Mode de vie d’un Allemand à New York », Culture, sur liberation.fr, Libération, (consulté le 28 février 2013) : « Il travaille beaucoup pour Vogue, le Harpers’ Bazaar, les magazines chics qui laissent carte blanche à cet alchimiste des couleurs. »
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Risteard Keating, « Blumenfeld, clairs de femmes », Vanity Fair n°3, septembre 2013, pages 154-163.
  4. Nathalie Herschdorfer (préf. Todd Brandow), Papier glacé : un siècle de photographie de mode chez Condé Nast [« Coming into fashion »], Paris, Thames & Hudson, , 296 p. (ISBN 978-2-87811-393-8, présentation en ligne), « De nouvelles explorations », p. 70

Liens externes[modifier | modifier le code]