Ernest Psichari

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Ernest Psichari
Ernest Psichari (1883 - 1914).jpg

Ernest Psichari (1883-1914) dans son uniforme d'officier d'artillerie.

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romancier, écrivain +

Ernest Psichari (27 septembre 1883 - 22 août 1914) est un officier et écrivain français. Sous-lieutenant dans les troupes coloniales, il est l'auteur de plusieurs œuvres autobiographiques qui sont particulièrement appréciées dans les milieux nationalistes français. Converti au catholicisme à la fin de sa vie, il combat en Belgique durant la Première Guerre mondiale et meurt à l'âge de 30 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Ernest Psichari nait le 27 septembre 1883 à Paris. Il est le fils de Jean Psichari, professeur de philologie grecque à l'École pratique des hautes études. Sa mère, Noémie Psichari, est la fille du philosophe Ernest Renan[1]. Élevé au sein d'une famille de la haute bourgeoisie intellectuelle parisienne[2], Ernest est baptisé à la demande de sa mère selon le rite orthodoxe[3]. Ses parents se disputent souvent et Ernest, avec son frère Michel et sa sœur Henriette, vit principalement avec sa mère et sa grand-mère[4]. Il est l'arrière petit-neveu du peintre Ary Scheffer, dans la demeure duquel il vit à Paris plusieurs années à partir de 1900.

Il passe son baccalauréat au Lycée Henri-IV en 1900, où il rencontre Jacques Maritain[5], puis une licence de philosophie à la Sorbonne en 1903. Il suit également les cours de Henri Bergson au Collège de France[2]. Il commence à publier, au cours de ses études de philosophie, des poèmes d’inspiration symboliste dans diverses revues.

Il grandit en compagnie d'intellectuels, comme Charles Péguy, qu'il rencontre en 1901[2], et tombe amoureux à 19 ans de la sœur de Jacques Maritain, Jeanne, de sept ans son aînée. Elle le quitte pour un autre homme et le jour de son mariage, Psichari tente de mettre fin à ses jours en prenant une dose excessive de drogues. Sauvé par son ami Maurice Reclus, il tente ensuite de se tuer avec un revolver mais est une nouvelle fois sauvé par Reclus. Par la suite, Psichari passe plusieurs jours dans les quartiers défavorisés de Paris et effectue des métiers manuels avant d'être découvert par ses parents puis envoyé à la campagne pour se reposer[6].

Service dans les troupes coloniales[modifier | modifier le code]

Après son service militaire obligatoire, où il a retrouvé la joie de vivre, Psichari s'engage au 51e régiment d'infanterie à Beauvais le 11 novembre 1903[5], un choix qui scandalise ses amis. Elevé au rang de sergent, mais insatisfait avec la vie de garnison en métropole, il arrange son transfert dans les troupes coloniales en tant que sous-officier d'artillerie. À la veille de son départ pour l'Afrique, Psichari rencontre Henri Massis, qui se dit fortement impressionné par le jeune militaire[7].

Psichari effectue son service au Congo de septembre 1906 à décembre 1907 sous les ordres du commandant Eugène Lenfant, un ami de la famille[2]. De retour en France l'année suivante, il raconte ses expériences dans Terres de soleil et de sommeil (1908)[6]. Il est également décoré de la médaille militaire en mars de la même année[2]. Il rejette désormais l'anti-militarisme de sa jeunesse et fait l'éloge de l'armée et de la nation, devenant une idole de la droite nationaliste[8]. Il entame une correspondance avec Maurice Barrès, qui grâce à ses articles contribue à sa gloire littéraire[9]. Ayant choisi l’armée par idéal, Psichari y éprouve la satisfaction d’appartenir à un corps dépositaire d’une longue tradition. Il se met également à soutenir les idées de Charles Maurras et de l'Action française.

Diplômé de l'école militaire d'artillerie de Versailles, le sous-lieutenant Psichari est déployé en Mauritanie de 1909 à 1912. Il est d'abord réticent à l'idée de servir dans une région de l'empire colonial français relativement pacifiée, mais il tombe amoureux des paysages et du peuple mauritaniens. Il participe à une escarmouche contre des indigènes au cours de laquelle deux de ses hommes sont tués[10].

En 1913, il publie L’Appel des armes, contre l’humanitarisme pacifiste et le déclin moral qui lui semble en être la conséquence, au profit d’un idéal de dévouement et de grandeur. Cette nouvelle devient le guide de la jeunesse nationaliste française[1].

Conversion et mort au champ d'honneur[modifier | modifier le code]

En juin de la même année, Psichari retourne dans la garnison du 2e régiment d'artillerie coloniale à Cherbourg. C'est là qu'il compose son livre, publié à titre posthume, Le Voyage du centurion (1916)[5]. Il s’agit de la transposition (à peine masquée) de son expérience et de son évolution spirituelle.

Longtemps à la recherche de certitudes intellectuelles, le jeune homme se tourne vers la foi catholique et la méditation, sous l'influence du RP Humbert Clérissac, un dominicain[11], et surtout de Jacques Maritain. Il se convertit au catholicisme, puis devient tertiaire dominicain de la Fraternité du Saint-Sacrement de Paris. Il se prépare à la prêtrise mais la guerre, qui éclate peu après, l’empêche de concrétiser son vœu[12].

Ernest Psichari participe à la Première Guerre mondiale en tant que lieutenant au 2e régiment d'artillerie coloniale. Il est tué à Rossignol en Belgique le 22 août 1914 au cours de la bataille des Frontières. Pris au piège entre les forces allemandes et la rivière Semois, les artilleurs français combattent jusqu'au dernier, faisant exploser leurs dernières munitions, neutralisant leurs canons et tuant leurs chevaux avant de se rendre[13],[14].

Héritage[modifier | modifier le code]

Ernest Psichari est, par sa personnalité, ses préoccupations, ses aspirations morales et son engagement, emblématique d’une jeunesse exaltée dont font aussi partie Charles Péguy et Jacques Maritain, ses amis et contemporains. Les monarchistes de l'Action française, tels Henri Massis et Paul Bourget, mais aussi Maurice Barrès ont vu en Psichari un héros national et ont entretenu sa mémoire par diverses publications. Charles Péguy, notamment, voit en lui un « ami lointain », un « homme jeune, plein de sang », qu'il intègre dans le parti des anti-modernes et des « mécontemporains[2] ».

Une stèle puis un monument-autel ont été érigés à la mémoire de Psichari à Rossignol à l'initiative du poète Thomas Braun et de Henri Massis. En 1934, la rue Ernest-Psichari à Paris, près de l'École militaire, prend son nom en hommage.

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Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Promenade dans l'été, Paris, C. Noblet, 1902.
  • Terres de soleil et de sommeil, couronné par l'Académie française, préface de Monseigneur Le Roy, évêque d'Alinda, Paris, Calmann Lévy, 1908. [lire en ligne]
  • L'Appel des armes, préface de Monseigneur Alfred Baudrillart de l'Académie française, Paris, G. Oudin, 1913. [lire en ligne]
  • Le Voyage du centurion, préface de Paul Bourget de l'Académie française, Paris, Louis Conard, 1916. [lire en ligne]
    • Réédité en 1926, Paris, Louis Conard, et illustré par Gustave Assire gravé par Victor Dutertre.
    • Réédité en 2008, augmenté de la Vie d'Ernest Psichari par Henri Massis (Paris, Éditions Saint-Lubin (ISBN 9782917302026)).
  • Les Voix qui crient dans le désert. Souvenirs d'Afrique, préface du général Charles Mangin, Paris, Louis Conard, 1920. [lire en ligne]
  • Lettres du centurion, préface de Paul Claudel de l'Académie française, Paris, Louis Conard, 1933.

Archives[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Psichari, Ernest », Encyclopaedia Britannica, 15th edition, 2010.
  2. a, b, c, d, e et f « Ernest Psichari. Carnets de route », Société Internationale d'Etude des Littératures de l'Ere Coloniale. [lire en ligne]
  3. Field [1991], p. 97.
  4. Field [1991], p. 89.
  5. a, b et c Michel Toda, La Nef n°180, mars 2007. [lire en ligne]
  6. a et b Field [1991], p. 90.
  7. Neau-Dufour [2001], p. 81-82.
  8. Field [1991], p. 94.
  9. Neau-Dufour [2001], p. 82-83.
  10. Field [1991], p. 95.
  11. Frédérique Neau-Dufour (2001), Ernest Psichari : l'ordre et l'errance, Le Cerf, 2001, p. 239 sq.
  12. Field [1991], p. 99.
  13. Beasley [1933], p. 41.
  14. Church Quarterly Review [1922], p. 52.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Don Sauveur Paganelli, Un petit-fils de Renan, Ernest Psichari, Saint-Raphaël, Éditions des Tablettes, 1923.
  • Abbés Jos. Hubert et Jos. Neujean. Rossignol. Le drame de l'invasion allemande dans le Luxembourg belge. Imprimerie Duculot-Roulin, Tamines. 1929. 226 pages.
  • Jacques Maritain, Antimoderne, qui regroupe plusieurs textes, dont l'un rendant hommage à Ernest Psichari.
  • Thomas Braun Discours à Rossignol, première pierre de l'autel élevé à la mémoire d'Ernest Psichari. dans Amour de l'Ardenne, 1933, Éditions Rex, pp. 40–49
  • Geneviève Duhamelet, Ernest Psichari. Le centurion, Foyer Notre-Dame (Collection « Convertis du XXe siècle », 23), Bruxelles 1952.
  • (en) Frank Field, British and French Writers of the First World War, Cambridge University Press, 1991.
  • Henriette Psichari, Ernest Psichari, mon frère, Plon. 1933, 236 pages.
  • Henri Massis, Notre ami Psichari, Ernest Flammarion, Collection « Chefs de file », décembre 1936.
  • Henri Massis, Évocations. Souvenirs (1905-1911), 1931.
  • Henri Massis, La Vie d'Ernest Psichari, 1916.— Réédité en 2008, à la suite du Voyage du centurion d'Ernest Psichari (Paris, Éditions Saint-Lubin (ISBN 9782917302026)).
  • A. M. Goichon, Ernest Psichari, d'après des documents inédits, préface de Jacques Maritain, couronné par l'Académie française, Louis Conard, Paris 1933. 450 pages.
  • Claude Quinard. Psichari soldat d'Afrique. Editions des Loisirs. 1944, 153 pages.
  • Jean Peyrade. Psichari, maître de grandeur. Les témoins de l'Esprit. Avec postface de Daniel Rops. Julliard. 1948, 169 pages.
  • Louis Aguettant. Ernest Psichari Lardanchet Ed. Lyon, 1920. 69 pages.
  • Le Figaro Littéraire, Ernest Psichari, 2-8 avril 1964.
  • Frédérique Neau-Dufour, Ernest Psichari, l’ordre et l’errance, Paris, Les éditions du Cerf, 2001.