Ernest Bazin (1826-1898)

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Ernest Bazin
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Portrait de l’inventeur Ernest Joseph Louis Bazin
Naissance
Angers (Maine-et-Loire)
Décès (à 71 ans)
Paris (17e)
Nationalité Drapeau de France Français
Profession
Ingénieur
Autres activités
Inventeur
Distinctions
Legion Honneur Chevalier ribbon.svg Chevalier de la Légion d'honneur

Ernest Bazin, né le à Angers (Maine-et-Loire) et mort le à Paris (17e), est un inventeur, ingénieur et industriel français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ernest Joseph Louis Bazin, nait le à Angers, fils de Nicolas Bazin et de Renée Anne Legueu, mariés le à Segré[1]. Il est l'oncle de René Bazin et arrière grand-oncle d'Hervé Bazin, écrivains. Selon Mgr Michel Hervé-Bazin[N 1] : « Ernest était un garçon plein d'intelligence, de sens de l'observation, hyperactif et turbulent »[2]. À l'âge de 15 ans, son père le fait embarquer comme mousse sur un navire en partance du port de Nantes. Durant une dizaine d'années il sillonne les mers lointaines. Il acquiert des connaissances de toute sorte, géographiques, scientifiques et maritimes[3].

Il épouse Alphonsine Thérèse Juvenel, le , à Nantes (Loire-Atlantique)[4].

Personnage illustre de son époque, atypique jusqu'à l'originalité, sa notoriété est mondiale[N 2]. Il a côtoyé le maréchal de Mac Mahon, l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie, le roi et la reine de Belgique, ainsi que le grand-duc Constantin de Russie, entre 1855 et 1898[5].

Inventeur hors pair et tout à la fois aventurier, après avoir longuement parcouru les mers, quelques décennies plus tard il part deux ans en Espagne à la recherche de l'or des galions de Vigo[6].

Ses activités industrielles, entre autres les extracteurs Bazin[N 3], fabriqués à Nantes, avant même de prouver leur efficacité sur le canal de Suez, lui permettent de vivre et de financer ses autres recherches[7].

Ernest Bazin meurt le à Paris[8].

Industriel et inventeur[modifier | modifier le code]

Aérostat d'Henri Giffard (1852)

De retour à Angers, il dépose un premier brevet[9] le pour une machine aérienne dirigeable[10],[N 4] qu’il expérimente à Marans. Visant une possible application sur les aérostats, après avoir inventé un appareil pour régler la force des vents en 1853[N 5], il concentre ses recherches sur des applications industrielles, puis devient responsable des forages des mines de charbon du bassin de Mons, en Belgique.

Il est le premier à concevoir une charrue électrique puis une machine à rhabiller les meules, un coupe-légumes, une cafetière hydrostatique[11],[N 6], un rasoir à calorique permanent, un appareil à traiter les vignes, un moteur électrique, un fusil électrique[N 7] et une perforeuse circulaire et tubulaire — améliorée par Germain Sommeiller, ingénieur Italien — qui sert au percement du tunnel du Mont-Cenis. Un lit pneumatique est primé en 1858 à Angers[N 8] ; il crée une presse à briques, une lampe de sûreté pour les mines[12],[N 9], une sphère rotative à double mouvement, une alarme pour wagon à voyageurs présentée à l’exposition de Nantes en 1861[N 10]. Un lochomètre automatique est breveté en décembre 1862 pour mesurer la vitesse d’un bateau[13]. Plusieurs modifications vont apparaître dès 1863, avec expérimentation, dont en 1864 sur l'aviso le Bison en présence d'Ernest Bazin. Des constructeurs anglais lui demandent de poursuivre ses expériences en Angleterre.[N 11]. Parmi d'autres inventions, la même année, un ingénieux métier à filer le chanvre et l’aloès attire particulièrement l'attention[14],[N 12] et lui vaut la Légion d'honneur, en 1866. La machine file et en même temps bobine ou met directement en écheveaux. On obtient un fil régulier, à plus grande vitesse, sans craindre la rupture du fil. Le brevet de 1868 est revendu vers 1870 à une société de filature angevine.

Projet du bateau rouleur Bazin.

Ingénieur prolifique et pourvu d'une imagination inépuisable, on le dit aussi à l'origine de la brouette militaire, d'une laveuse d'or, d'un épervier géant à remonter les épaves, d'une bouée de relevage, d'une lampe sous-marine, associée à des améliorations pour l'utilisation de la cloche à plongeur[15]. Captivé par la navigation, en parcourant l’océan Indien, il étudie la locomotion maritime, qui sera sa première et sa dernière préoccupation[16].

L'un des objectifs constant de son époque est d'augmenter la vitesse maximale d'un navire, en réduisant la résistance à l'eau. Le moyen le plus évident pour résoudre ce problème est d'extraire la plus grande partie de la coque du bateau de l'eau. Le développement de ces projets a commencé dans les années 1870, bien avant le début de l'élaboration d'un navire « Ernest Bazin ». C'est ainsi encore, au XXIe siècle, que l'on réduit la résistance à l'eau sur les catamarans.

Trente-sept de ses inventions sont déjà recensées et exposées en 1877, à l'Exposition universelle industrielle de Bruxelles[17].

Le brevet du navire rouleur est déposé le . C'est un bateau de 39 mètres de long, d'une capacité prévue initialement pour cent passagers, d'abord équipé de six roues de dix mètres de diamètre [18]. Il est suivi d'un autre prototype à huit disques[19],[N 13].

En 1893, il crée une société par actions baptisée Navire-express-rouleur-Bazin. Mis en construction en dans les chantiers Cail, à Saint-Denis, l’Ernest-Bazin est lancé sur la Seine, le . Propulsé par hélice, il est perché à six mètres au-dessus du niveau de l’eau sur une plate-forme supportée par d’énormes roues-flotteurs, actionnées par des moteurs[18]. Le navire doit littéralement rouler sur l’eau, sans glisser, en donnant très peu de frottement, d’où une économie d’énergie pour une vitesse plus importante que celle d’un bateau ordinaire. Le premier essai en mer se fait à partir du Havre[20]. Il devient un sujet récurrent pour la presse française et anglo-saxonne.

Peu avant sa mort il annonçait qu'il résolvait les problèmes avec un nouveau design : le paquebot océanique à quatre disques latéraux. En 1919 l'ingénieur californien, A.J. Haskins, puis un autre en 1934 , toujours au USA, présentent une invention assez similaire dans leur principe aux premières ébauches du bateau rouleur d'Ernest Bazin[3].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Ernest Bazin est :

  • Legion Honneur Chevalier ribbon.svg chevalier de la Légion d'honneur par décret du [8] ;
  • PRT Order of Christ - Knight BAR.png chevalier de l'Ordre du Christ au Portugal[5] ;
  • ESP Isabella Catholic Order CROSS.svg commandeur de l'Ordre d'Isabelle la Catholique en Espagne[5] ;
  • titulaire d'une médaille d'argent décernée par la commission de la Société angevine, pour l'invention du lit pneumatique d'hôpital en 1858 ;
  • titulaire d'une médaille d'or, obtenue à l'exposition nationale de 1864 à Angers[12].

Hommages[modifier | modifier le code]

Le navire rouleur Bazin en mer.

Selon Michel Vaissier[21]: « Ernest Bazin n'était pas un homme de plume, mais industriel et inventeur, dans le XIXe siècle épris de progrès technique et de nouveauté. Après une jeunesse aventureuse, ce touche-à-tout de génie, parfois appelé Tournesol angevin s'intéressa à une foule de choses, de la conquête de l'air à la navigation en passant par les objets du quotidien et on lui doit de nombreuses inventions, certaines en avance sur son temps, d'autres fort utiles, insolites ou très spectaculaires »[N 14].

Dans un article du Monde illustré relatant la visite du grand-duc Constantin de Russie dans les ateliers de Bazin, le journaliste Émile Bourdelin le présente comme « l’un de ces hardis et pacifiques pionniers du progrès, qui luttent sans relâche contre les difficultés que toute idée nouvelle voit se dresser devant elle »[22].

Selon Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des archives d'Angers : « À Angers, il constitue une société pour électrifier les ardoisières ». Les expériences réalisées à la carrière de la Paperie, du 1er au , avec l’aide de l’ingénieur belge Gramme, sont concluantes : « Tout Angers put voir alors l’avenue et le jardin du Mail éclairés la nuit, comme en plein midi, par le rayon éblouissant de l’incandescence électrique, pendant que d’autres, dont nous étions, plongeaient dans l’obscurité du sol pour pénétrer sous la voûte de la Paperie féeriquement illuminée »[23]. Cependant Bazin a les dents trop longues ; ses prétentions financières font capoter l’affaire[24].

Oscar Colson écrit en 1913 : « Cet esprit curieux, à l'imagination inépuisable et qui sut réaliser en une période de temps assez courte toute une série d'inventions merveilleuses, offrit à Zénobe Gramme, un excellent exemple de ce que peut l'ingéniosité servie par une forte instruction technique ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Petit-neveu d'Ernest Bazin - un récit sur la famille Bazin, établi à partir de notes de Mgr. Hervé-Bazin - volume de 400 pages : les premiers Hervé-Bazin - source article : Semaine religieuse d'Angers, année 1987.
  2. Il figure dans les pages du dictionnaire Larousse en 6 volumes de 1930.
  3. Le journal Le XIXe siècle, du , écrit « ... les extracteurs Bazin rencontrent un grand succès dans le monde entier ; 23 draguent déjà les fleuves et rivières de France, d'Angleterre et de Russie mais aussi d'Amérique du Nord et de Chine... ».
  4. Brevet déposé, avant celui d'Henri Giffard (1852).
  5. Sorte d'éolienne : le moulin à vent de M. Bazin remplit toutes les conditions d'un véritable anémotrope, machine tournant à tout vent de quelque point qu'il souffle et marchant avec une vitesse toujours la même, quelle que soit la force initiale de cette impulsion.
  6. Premier brevet n° 133 961, du 3 décembre 1879 à Paris. Second brevet n° 230 523 du 17 juillet 1880 à Washington. Dessin de coupe signé des témoins A.Blétrit et L. Contans, de l'inventeur et l'Attorney, E.Bazin et A.Briesend.
  7. On peut, de cette manière, enflammer, si on le veut, la charge par sa partie antérieure pour obtenir une combustion plus complète et une perte de gaz moins considérable. Coupe du fusil électrique de M. Pieper Date 1891 - source Figuier : Les Merveilles de la science, 1867 - 1891, Tome 6.djvu/275.
  8. Décrit dans le bulletin de la Société industrielle d'Angers (n° 253 - 1858) : modèle pneumatique qui permet de remplacer la paillasse dans des lits ordinaires et d'augmenter leur élasticité.
  9. Malgré l'interdiction, le mineur se servait de la flamme de la lampe pour allumer sa cigarette : « or on sait que l'explosion du grisou...était très souvent provoquée par la mise en contact du gaz avec la flamme. »
  10. Signal d'alarme breveté à la préfecture de Maine-et-Loire le () qui est mis en essai sur le réseau d'Orléans et devient une obligation dans tous les véhicules de transport en commun.
  11. L'Observateur Européen de 1896 relève au sujet du lochomètre Bazin, une amélioration considérable par rapport à l'ancien système consistant à mouiller le loch, puis à le relever pour connaître la vitesse.
  12. La bobine réceptrice, au lieu d'être commandée séparément de l'ailette qui lui apporte le fil, est entraînée au contraire par le fil lui-même. La marche de l'ailette est toujours proportionnelle à la vitesse de la bobine.
  13. Le bateau rouleur Bazin, modèle à huit roues, est paru en illustration dans la revue La Nature du 1er semestre 1896, page 224.
  14. Michel Vaissier membre titulaire de l'Académie des sciences, arts et lettres d'Angers, a écrit quatre ouvrages tous très documentés sur le plan historique, dont le précédent : L'épopée des grands dirigeables et du Dixmude.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Archives départementales de Maine-et-Loire », sur archinoe.fr, (consulté le 30 novembre 2019), p. 32
  2. Michel Hervé-Bazin 2010.
  3. a et b Michel Vaissier 2019, p. 34.
  4. « Table alphabétique et décennale de la ville de Nantes : mariages », sur archinoe.fr, 1853-1862 (consulté le 2 décembre 2019), p. 20.
  5. a b et c Michel Vaissier 2019, p. 7.
  6. Michel Vaissier 2019, p. 8.
  7. Michel Vaissier 2019, p. 79.
  8. a et b « Archives nationales site de Fontainebleau », sur culture.gouv.fr (consulté le 30 novembre 2019).
  9. « Navire aérien de Mr Ernest Bazin d'Angers » (consulté le 12 décembre 2019)
  10. « Dirigeable-Ernest Bazin-Angers », sur alamyimages, (consulté le 3 décembre 2019)
  11. Michel Vaissier 2019, p. 94-95.
  12. a et b Michel Vaissier 2019, p. 50.
  13. Michel Vaissier 2019, p. 45-48.
  14. Michel Vaissier 2019, p. 77-78.
  15. Louis Figuier, « Les merveilles de la science - La cloche à plongeur et le Scaphandre », (consulté le 8 décembre 2019)
  16. « Ernest Bazin (1826-1898) », sur data.bnf.fr, 1878-1896 (consulté le 7 décembre 2019)
  17. « Ernest Bazin, l'inventeur connu des cinq parties du monde », Le Petit Parisien,‎
  18. a et b Dan, « Blog de Dan et Nicéphore : Un drôle de bateau au Havre », Le Havre, (consulté le 30 novembre 2019)
  19. « Navire express rouleur Bazin » (consulté le 1er décembre 2019)
  20. « Une curiosité - Le bateau rouleur Bazin », sur flickr.com, Le Havre, A.M.Noël (consulté le 30 novembre 2019)
  21. « Michel Vaissier raconte Ernest Bazin, l’extraordinaire inventeur angevin », sur ouest-france.fr, Ouest-France, (consulté le 30 novembre 2019)
  22. Pierre Philippe Augereau, « Ernest Bazin, l'ingénieux ingénieur », Courrier de l'Ouest,‎
  23. Souvenirs de Louis-Jules André, Journal de Maine-et-Loire,
  24. Sylvain Bertoldi, « Un professeur Tournesol angevin : Ernest Bazin, génie de l'invention », sur archives.angers.fr, Vivre à Angers, n°299, (consulté le 30 novembre 2019)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Michel Hervé-Bazin, Les premiers Hervé-Bazin, (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • Michel Vaissier (préf. Jacques Richou), Mémoires : Travaux des sections : Ernest Bazin, un inventeur génial, Académie d'Angers, , p. 33-38. Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • Michel Vaissier, Ernest Bazin : inventeur angevin, Chouzé-sur-Loire, Feuillage, , 150 p. (ISBN 978-2-37397-080-7). Document utilisé pour la rédaction de l’article.
  • « Le bateau-rouleau de M.Ernest Bazin », Revue de l'Anjou, Angers, t. 2,‎ , p. 115-116.
  • « Le bateau-rouleau Ernest Bazin », Revue de l'Anjou, Angers, t. 1,‎ , p. 321.

Liens externes[modifier | modifier le code]