Eriobotrya japonica

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Le néflier du Japon, bibacier ou bibassier, du chinois 枇杷, pinyin : pípá, via le portugais bibas[1], (Eriobotrya japonica) est un arbre fruitier de la famille des Rosacées (tribu des Maleae), cultivé dans les régions chaudes (rusticité USDA 8 à 11[2]) pour son fruit comestible, la nèfle du Japon ou bibace ou bibasse, pour sa feuille utilisée en tisane, ou comme plante ornementale.

Il ne doit pas être confondu avec le néflier commun (Mespilus germanica) qui préfère les climats froids. (rusticté USDA 5 à 8[3]).

En français, les orthographes "bibacier" ou "bibassier" (nom masculin) pour désigner la plante, "bibace" ou "bibasse" (nom féminin) pour désigner le fruit sont admises[1] .

Description[modifier | modifier le code]

Eriobotrya japonica
Fleurs

Le taille est variable selon les cultivars (formes naines à arbres de 12 m)[4], à port érigé. Les jeunes rameaux et bourgeons sont cotonneux (eriobotrya signifie « grappe de laine » en grec).

Les racines sont grêles, pas envahissantes, l'arbre peut donc être planté près d'un bâtiment, en revanche il craint les vents forts, et on doit éviter de travailler le sol au pied de l'arbre. Un paillis est favorable[4].

Les feuilles simples, alternes, persistantes sont de grande taille, jusqu'à 25 cm de long et fortement nervurées. Elles sont assez coriaces et ont le bord du limbe denté. Leur face supérieure est vert foncé, luisante, tandis que leur face inférieure est tomenteuse et roussâtre.

Les fleurs blanches sont réunies en thyrses. Chose très inhabituelle parmi les arbres fruitiers, les fleurs s'épanouissent en automne ou au début de l'hiver et les fruits atteignent leur maturité à la fin de l'hiver ou au début du printemps. La nouaison n'intervient que si les températures sont douces en fin d'automne, la fleur gèle à -5° C[5].

Les fruits ovoïdes, de couleur jaune orangé ou ivoire, sont des baies à chair orangée ou blanche jaunâtre, à goût acidulé, très juteuses. Les pépins, brun noir, sont de taille variable, les arbres de semis ont peu de pulpe, les meilleures sélections fruitières ont des pépins moyens à petits.

Origine[modifier | modifier le code]

Fruits du néflier du Japon

Etymologie[modifier | modifier le code]

Le nom bibacier, arbre à biba, vient du chinois pípá guǒ 琵琶果, signifiant fruit [en forme de] pípá (琵琶), un instrument de musique. La graphie chinoise de l'arbre a ensuite changé tout en remplaçant la clé des deux pièces de jades utilisé pour les instruments à cordes (珏) par celle du bois destiné aux arbres (木) la prononciation de l'instrument y est conservée ; pípá 枇杷.

Le fruit tout comme l'instrument de musique "biwa" en japonais ont donné leur nom au lac Biwa près de Kyoto

Domestication[modifier | modifier le code]

Une peinture dite « fleur et oiseaux » de la dynastie Song

Les ancêtres sauvages du bibacier cultivé se rencontrent dans les montagnes du Sichuan et du Yunnan au sud-ouest de la Chine [6] . La province de Hubei est probablement le centre d'origine de la plante cultivée d'après le séquençage de 19 adhésions en 2017[7]. La culture est attestée en Chine depuis 2 millénaires. Au XIe siècle, un moine bouddhiste l'aurait au Japon introduit sous le dynastie Tang[6], ou bien plus tôt pour d'autres sources [8], de là il gagne à une date indéterminée l'Asie du Sud. Depuis le Japon, il gagne le bassin méditerranéen au XVIIe siècle[9], les Amériques directement et via l'Europe et l'Australie[10]. Suzanna Lyle [4] donne une autre version de la mondialisation ce cette plante : elle serait venue du Japon en Angleterre en 1650, où elle aurait donné de fruits sous serre et de là aurait gagné les Indes, l'Australie et la Nouvelle Zélande.

Plus de 1000 cultivars ont été décrits dans la zone de primo-domestication chinoise. Hors de Chine, le Japon et l'Espagne (102 cultivars) possèdent d'importantes banques génétiques. 30 % des cultivars chinois sont à pulpe blanche, les cultivars à pulpe orange sont les plus largement répartis et divisés en 2 écotypes : les subtropicaux nord et sud. Le groupe subtropical nord (NSCG) est le plus représenté au Japon par les cultivars Mogi, Tanaka et Nakasakiwase[10].

L'enjeu actuel de la domestication est l’obtention de cultivars sans noyau, des polyploïdes naturels ont été décrit en 2007[10].

Les principaux cultivars[modifier | modifier le code]

On distingue traditionnellement, car la morphologie est variable selon les cultivars :

  • le « groupe chinois » (arbres à feuilles minces, fruit orange piriforme ou rond, pulpe orange, précoce)
  • le « groupe japonais », (arbre à feuilles larges, fruit jaune pâle piriforme ou ovale, pulpe juteuse ivoire, tardifs),
  • les sélections locales relevant de zones secondaires de domestication [11].

Variétés du "groupe chinois" [11][modifier | modifier le code]

  • 'Tanaka', très tardif, partiellement autofertile - commun gros fruit chair pale. Résiste bien au froid. (semis d'une graine japonaise introduits par le ministère de l' Agriculture des États-Unis en 1902)
  • 'Thales' = 'Golden nugget', proche de 'Tanaka' mais hâtif, auto-fertile - fruit en poire chair orangée douce. Productif
  • 'Oliver' ('Olivier' × 'Tanaka'), le cultivar le plus cultivé en Floride.
  • 'Algérie = Algeri = Lindl.' petit fruit sucré de milieu de saison, auto-fertile et productif, le plus cultivé en Andalousie [12]
  • 'Peluche', gros fruit jaune pale à saveur douce, tardif
  • 'Magdal', très hâtif mais peu productif

Comme indiqué, le groupe chinois ne représente pas les variétés cultivées en Chine parmi lesquelles : ‘Guanyu', ‘Tianzhong’, ‘Bingtangzhong’, ‘Taipinghong’, etc. [13]

Variétés du "groupe japonais"[modifier | modifier le code]

  • 'Advance', cultivar sélectionné par C. P. Taft en Californie en 1897. Proche de 'Champagne' mais mature plus tôt. Arbre naturellement nain mais bon pollinisateur pour d'autres cultivars. On le plante avec 'Golden Yellow' et 'Pale Yellow' en Inde.
  • 'Champagne', cultivar sélectionné par C. P. Taft en Californie en 1908, tardif, auto-fertile, variété commune à gros fruit.
  • Early red', cultivar sélectionné par C. P. Taft en Californie en 1909, variété répandue aux USA, couleur rouge orangé, maturité précoce

Autres variétés [11][modifier | modifier le code]

Le CIHEAM a publié une liste des principaux cultivars méditerranéens classés par pays producteurs [14]

  • Les australiennes : ‘Mammoth’, 'Enormity de Swell » très grande, 'Victory' pulpe blanche ou crème, juteuse, sucrée
  • Les indiennes :'Large Agra', 'Matchless' en forme de poire, 'Ahdar', 'Ahmar', 'Fire Ball' arbre nain, pulpe claire et douce,
  • Les égyptiennes :  'Maamora Golden Yellow' à haut rendement (20 kg par arbre), 'Golden Ziad'
  • Les israéliennes : ‘Saint Michel’ tardive présente en Europe, 'Tsrifin 8' de très bonne qualité gustative
  • Les siciliennes : 'Vaniglia' sub-acide et fragile, 'Virticchiara', précoce, 'la Rossa', 'Nespolone di Trabia' et 'Marchetto'[12].

Le classement des cultivars par dates de maturité est plus pertinent[15], on distingue :

  • les cultivars précoces : Champagne, Golde-Yellow, Large Round, Pale-Yellow, Thames Pride
  • les mi-saison : Algérie, Big Jim, Fire Ball, Mammoth, Matchless, Large Agra
  • les cultivars tardifs : Advance, Golden Nugget, Peluche, Saint-Michel, Tanaka...

Culture[modifier | modifier le code]

Le bibacier est une plante de climat subtropical de montagne (900 à 2000 m. en Chine, jusqu'à 1200 m. au Guatemala)[6] et tempéré chaud [16]. Il est largement cultivé pour ses fruits dans sa zone de rusticité, où il peut se montrer envahissant. Dans les régions tempérées il est utilisé pour l'ornement [17]: L'arbre établi résiste au gel jusqu'à -11 °C[6].

Planter au soleil dans un sol bien drainé, la distance de plantation recommandée est soit 3,5 x 7 m, soit 6 x 6 m[5]. La plante est relativement indifférent au pH (de 5.5 à 7.8). Tailler après la récolte des fruits. La taille en gobelet demi-tige permet de maintenir les fruits assez faciles d'accès. La taille annuelle consiste à aérer l'intérieur de l'arbre et à supprimer les rameaux qui ont fructifié (l'arbre fructifie sur le bois de l'année) et à réduire la hauteur. Les fruits sont éclaircis en milieu d'hiver (on laisse 2 ou 3 fruits par main) afin d'obtenir des fruits plus gros. Au Japon les fruits sont mis en sac pour accélérer la maturation et les protéger des oiseaux qui en sont friands.

Soin : passer du blanc de chaux sur le tronc sensible au soleil, arroser régulièrement (dans son climat d'origine il reçoit une pluviosité bien repartie tout au long de l'année comprise entre 650 et 1 000 mm), fertiliser au printemps. La plante est résistantes à la plupart des maladies et des insectes, sensible au feu bactérien (pratiquer un élagage des zones atteintes)[16].

Multiplication[modifier | modifier le code]

Semis possible avec des graines fraiches.

La multiplication se fait principalement par greffage. Les porte-greffes sont le franc de néflier du Japon pour les haute-tiges et le cognassier pour les formes naines, le poirier convient également. Les arbres greffés produisent des fruits dans les deux ans alors qu'il faudra patienter 8 à 10 ans pour un arbre issu de semis.

Le marcottage aérien réalisé au printemps est parfois cité comme une technique sûre[18] souvent comme difficile, au même titre que le bouturage.

Aspect général.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Les utilisations sont nombreuses, jusqu'aux produits cosmétiques[19].

Alimentaire[modifier | modifier le code]

Horticole[modifier | modifier le code]

  • Le bibacier peut être utilisé comme porte-greffe pour le poirier [23]. Il donnera un poirier de vigueur moyenne, utilisable pour les formes palissées, mise à fruits assez lente.
  • Arbre ornemental : ce sont des plantes décoratives par leur feuillage persistant, couleur de rouille sous les feuilles. En situation ombrée les feuilles sont plus grandes qu'au soleil[4]. Les inflorescences, mellifères, parfumées, en forme de grappes retombantes lui confèrent un aspect très exotique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, NATHAN, (ISBN 9782321000136, lire en ligne)
  2. Eriobotrya japonica - (Thunb.)Lindl..
  3. Mespilus germanica - L..
  4. a, b, c, d et e Suzanna Lyle, Encyclopédie mondiale des fruits et des fruits secs, Paris, De Vecchi, , 479 p. (ISBN 978-2-7328-8828-6), Eriobotrya japonica p. 192
  5. a et b FAO avec l'aide de l'Office Central Suédois pour l'aide au Développement International, Espèces fruitières forestières, Rome, (lire en ligne), pp. 72 et suivantes
  6. a, b, c et d (en) T. K. Lim, Edible Medicinal And Non-Medicinal Plants, Springer Science & Business Media, 2012, p. Volume 4, Fruits, p. 382
  7. Yunsheng Wang, Muhammad Qasim Shahid, Shunquan Lin et Chengjie Chen, « Footprints of domestication revealed by RAD-tag resequencing in loquat: SNP data reveals a non-significant domestication bottleneck and a single domestication event », BMC Genomics, vol. 18,‎ , p. 354 (ISSN 1471-2164, PMID 28477616, PMCID PMC5420408, DOI 10.1186/s12864-017-3738-y, lire en ligne)
  8. sources.
  9. (en) « Genetic variation and diversity among loquat accessions », sur ResearchGate (consulté le 31 janvier 2017)
  10. a, b et c (en) Kevin M. Folta et Susan E. Gardiner, Genetics and Genomics of Rosaceae, Springer Science & Business Media, (ISBN 9780387774916, lire en ligne)
  11. a, b et c (en) « Loquat (Morton, J. Loquat. p. 103–108. In: Fruits of warm climates. Julia F. Morton, Miami, FL.) », sur hort.purdue.edu,
  12. a et b (it) « Nespola Gigante », sur tardivodiciaculli.net
  13. (en) Hong-xia Xu et Jun-wei Chen, « Commercial quality, major bioactive compound content and antioxidant capacity of 12 cultivars of loquat (Eriobotrya japonica Lindl.) fruits », Journal of the science of Food & Agriculture,‎ (lire en ligne)
  14. (en) Llácer G., Badenes M.L., Martínez Calvo J., « Plant material of loquat in Mediterranean countries », Options Méditerranéennes,‎ (lire en ligne)
  15. (en) Niir Board, Cultivation of Fruits, Vegetables and Floriculture, National Institute Of Industrial Re, (ISBN 9788186623756, lire en ligne)
  16. a et b (en) « Loquat Fact Sheet », sur http://fruitsandnuts.ucdavis.edu
  17. Frédéric Gérard, Nouvelle flore usuelle et médicale, (lire en ligne)
  18. Néflier du Japon.
  19. a et b (ko) « Wando loquat farm », sur http://www.wandoloquat.com/enbipa/shop/list.php?ca_id=70
  20. Philibert Dabry de Thiersant, La matière médicale chez les Chinois, G. Masson, (lire en ligne)
  21. (zh) « 枇杷叶 », sur Baidu
  22. « Eriobotrya japonica - Scientific Review on Usage, Dosage, Side Effects | Examine.com », sur examine.com (consulté le 5 février 2017)
  23. Source : Traité Rustica des arbres fruitiers

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]