Eric Hobsbawm

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Eric Hobsbawm

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Eric Hobsbawm en 2011.

Nom de naissance Eric John Ernest Hobsbawm
Activités Historien
Naissance
Alexandrie
Décès (à 95 ans)
Londres
Langue d'écriture Anglais

Eric Hobsbawm, né le à Alexandrie et mort le à Londres[1], est un historien britannique.

Membre à partir de 1936 du Parti communiste de Grande-Bretagne, il collabora jusqu'en 1991 à la revue Marxism Today. Il a beaucoup travaillé sur la question des nations et des nationalismes en Europe au XIXe siècle et au XXe siècle ainsi que sur l'invention des traditions par les nations. Hobsbawm a introduit la notion de Long XIXe siècle[2],[3],[4] pour qualifier la période allant de 1789 (Révolution française) à 1914 (veille de la Première Guerre mondiale), période qui est marquée par les conflits issus de la Révolution.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Alexandrie de parents juifs, il grandit à Vienne (1920) puis à Berlin (1931-1933) où sa famille vécut les premières persécutions antisémites. Il déménagea à Londres en 1933 et étudia à la St Marylebone Grammar School (en) ainsi qu'au King's College de Cambridge, où il fit partie des Cambridge Apostles et où il obtint un Ph.D. d'Histoire. Il adhéra en 1936 au Parti communiste anglais. Il enseigna l'histoire au Birkbeck College de l'université de Londres à partir de 1947 en tant que maître de conférences. En 1970, il obtint le poste de professeur et entra en 1976 à la British Academy. Dans les années 1980, il collabora avec la revue Marxism Today et soutint les projets de modernisation du Labour Party de Neil Kinnock.

Eric Hobsbawm a publié en 2003 son autobiographie : Franc-tireur, Autobiographie, Paris, Ramsey, 2005. Il y fait le point sur son engagement communiste, notamment au sein du parti de Grande-Bretagne.

Il a été fait membre de l'Ordre des compagnons d'honneur (CH) en 1998[5].

Il meurt le au Royal Free Hospital (en) de Londres à Hampstead après une longue maladie[1].

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Eric Hobsbawm adhère à un groupe de jeunes socialistes en 1931 et au parti communiste en 1936. Il est membre du Groupe des Historiens du Parti Communiste de 1946 à 1956. L'invasion soviétique de la Hongrie en 1956 marque la fin de ce groupe et conduit la plupart de ses membres à quitter le parti communiste britannique. Hobsbawm est le seul à rester membre du parti, allant jusqu'à justifier à l'époque, « le cœur lourd », l'intervention soviétique[6]. Revenant en 2007 sur cette période, il explique qu'il ne se faisait pas d'illusions sur le régime soviétique mais qu'il se sentait lié comme par un cordon ombilical à l'espoir d'une révolution mondiale[7].

Recherches et travaux[modifier | modifier le code]

La double révolution[modifier | modifier le code]

Eric Hobsbawm aura traité de sujets divers et variés au cours de sa carrière d'historien. En tant qu'historien marxiste, il mena une analyse précise de la « révolution duelle » (c'est-à-dire la simultanéité des révolutions politique en France et économique en Angleterre) et de leurs effets sur les tendances prédominantes qui conduisent à l'actuel capitalisme libéral[Quoi ?].

L'essor des nationalismes[modifier | modifier le code]

Il a aussi travaillé à la fin des années 1980 sur la construction des nationalismes depuis la fin du XIXe siècle. Il explique que les traditions censées fonder le passé commun d'un peuple sont souvent inventées ou revisitées. Paradoxalement, les nations modernes cherchent à puiser leur légitimité dans un passé lointain, parfois antique, à l'opposé de la nouveauté. Par exemple, la forte valorisation de la Gaule de Vercingétorix dans l'historiographie française du début du XXe siècle.

En raison des opinions de son auteur, le livre L'Âge des extrêmes, paru en Angleterre en 1994, a failli ne jamais être traduit en France. Comme l'explique Pierre Nora des éditions Gallimard, tous les éditeurs « bon gré mal gré, sont bien obligés de tenir compte de la conjoncture intellectuelle et idéologique dans laquelle s'inscrit leur production »[8]. Toujours selon l'historien français, ce livre est apparu dans un contexte d'hostilité au communisme : « l'attachement, même distancié, à la cause révolutionnaire » de la part d'Eric Hobsbawm, « en France, et en ce moment, il passe mal »[9]. L'historien britannique Tony Judt propose une autre analyse : le fait que L'Âge des extrêmes soit sorti peu avant le grand succès de François Furet, Le Passé d'une illusion, « beaucoup plus conforme aux goûts parisiens dans sa manière de traiter le communisme soviétique », a fait « hésiter les éditeurs français à sortir un ouvrage comme celui de Hobsbawm »[10].

Rebelles et banditisme[modifier | modifier le code]

Eric Hobsbawm s'est intéressé aussi au banditisme, qu'il présente comme un phénomène dépendant du contexte social et historique. Il s'oppose ainsi à la croyance que les hors-la-loi apparaissent spontanément et de façon imprévisible. Il publia enfin de nombreux essais sur des sujets allant de la barbarie moderne aux problèmes des mouvements ouvriers en passant par l'éternel conflit entre anarchisme et communisme.

Jazz[modifier | modifier le code]

En dehors de ses contributions d'historien, il a écrit sur le jazz, d'abord dans le New Statesman sous le pseudonyme de Francis Newton – en hommage à un cornettiste ayant accompagné Billie Holiday[11] – puis dans quelques essais.

Réception de ses travaux[modifier | modifier le code]

Louanges[modifier | modifier le code]

Eric Hobsbawm a été décrit en 2002 par l'historien David Caute (en) comme « vraisemblablement le plus grand historien vivant — pas seulement du Royaume-Uni, mais du monde »[12]. James Joll a écrit en 2003 dans The New York Review of Books que « la trilogie d'Eric Hobsbawm sur le XIXe siècle est l'une des plus grandes sommes historiques de ces dernières décennies »[13]. Depuis 1988, il était membre du Comité d'honneur de la Société des études jaurésiennes, après avoir conclu le colloque sur Jaurès et les intellectuels dont les actes furent publiés aux éditions de l'Atelier en 1994.

En 2003, il a reçu le prix Balzan pour l'histoire européenne depuis 1900, notamment « pour sa brillante analyse de la douloureuse histoire de l’Europe du XXe siècle et son habileté à marier la profondeur de ses recherches historiques à un grand talent littéraire »[14].

Critiques[modifier | modifier le code]

Le soutien d'Eric Hobsbawm aux régimes communistes, y compris après les écrasements de l'insurrection de Budapest et du printemps de Prague, a suscité des critiques.

L'universitaire américain professeur d’économie Bradford DeLong, critiquant L'Âge des extrêmes, considère la vision du livre comme déformée par l'engagement marxiste de son auteur : « Sur la planète Hobsbawm, la chute de l'Union soviétique a été un désastre, et les révolutions de 1989, des défaites pour l'humanité. Sur la planète Hobsbawm, Staline envisageait la démocratie, le multipartisme et l'économie mixte en Europe de l'Est, et n'est revenu sur son idée qu'après que les États-Unis ont déclenché la guerre froide »[15]. Stéphane Courtois critique lui aussi L'Âge des extrêmes, notant que cet ouvrage confond la révolution bolchévique avec la révolution de février, et l'interprète au pied de la lettre, en reprenant le thème de la « grande révolution prolétarienne mondiale » ; Courtois observe également que Hobsbawm « glisse discrètement » sur le pacte germano-soviétique et considère le « socialisme existant » de l'URSS comme « un merveilleux projet de modernisation accélérée de la Russie qui, même s'il a été marqué d'un coût sans doute excessif, lui semble en partie justifié et qui, en tout cas, ne lui arrache pas un mot de compassion pour les victimes ». Pour Courtois, la déclaration d'Hobsbawm, qui parle de « défi pour les historiens que d'être obligés d'écrire l'Histoire en tant que vaincus » apparaît comme une « curieuse manière de se poser en victime quand, pendant des décennies, on a écrit une histoire conçue « à la lumière du marxisme victorieux » et de « l'avenir radieux » soviétique »[16].

Tony Judt, directeur du Erich Maria Remarque Institute de l'université de New York, commence, dans une recension des mémoires de Eric Hobsbawm, par louer la culture et les qualités de styliste de ce dernier (« Hobsbawm n'en sait pas seulement plus que les autres historiens, il écrit aussi mieux.») mais critique ensuite le caractère profondément biaisé de nombre de ses écrits ainsi que sa perception de l'histoire du communisme : « Contrairement à la plupart des autres intellectuels qui succombèrent au charme communiste, Hobsbawm ne témoigne aucun regret. À vrai dire, même s'il accorde la défaite totale de tout ce que représentait le communisme, il déclare sans ciller, à quatre-vingt-cinq ans, que « le rêve de la révolution d'Octobre est encore quelque part en [lui] » ». Judt souligne que pour Hobsbawm, « le prix en vies humaines et en souffrances valait d'être payé si les résultats avaient été meilleurs » ; pour lui, l'historien britannique tend à romancer le communisme dans son ensemble, faisant notamment preuve de complaisance à l'égard de l'URSS et de la RDA et, dès qu'il aborde une zone « politiquement sensible », « se réfugie dans une langue de bois, caparaçonnée, qui n'est pas sans rappeler le jargon du parti[17] ». Judt conclut que le choix de Hobsbawm de rester communiste après 1956 a « entravé ses instincts historiques » ; « Eric Hobsbawm est l'historien de notre temps le plus doué par la nature ; mais au repos et impassible, il a traversé plus ou moins endormi la terreur et la honte de notre époque »[18].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les Primitifs de la révolte dans l'Europe moderne, Fayard, « L'Histoire sans frontières », 1963 (éd. originale : Primitive Rebels, 1959).
  • L'Ère des révolutions : 1789-1848, Fayard, 1970 ; Éditions Complexe, 1988 (éd. originale : The Age of Revolution, 1962).
  • Les Bandits, Éditions Maspero, 1972 (éd. originale : Bandits, 1968). Réédité dans une version revue et augmentée par l'auteur aux éditions Zones, 2008 isbn : 978-2-355-22013-5 [lire en ligne]
  • Eric Hobsbawm et George Rudé (en), Captain Swing.
  • L'Ère du capital : 1848-1875, Fayard, 1978, réédition 1994 ; Hachette, 1997 (éd. originale : The Age of Capital, 1975).
  • Eric Hobsbawm et Terence Ranger (en) (dir.), L'Invention de la tradition, Éditions Amsterdam, Paris, 2006 (éd. originale : The Invention of Tradition, 1983).
    • extrait publié individuellement: Eric Hobsbawm, « Inventer des traditions », traduit et publié in Enquête, « Usages de la tradition », 1995, [lire en ligne].
  • L'Ère des empires : 1875-1914, Fayard, 1989 ; Hachette, 1997 (éd. originale : The Age of Empire, 1987).
  • Nations et nationalismes depuis 1780 : programmes, mythe et réalité, Gallimard, 1992 (éd. originale : Nations and Nationalism, 1990).
  • L'Âge des extrêmes : le court XXe siècle 1914-1991 (éd. originale : The Age of Extremes, 1994).
  • Magnum dans le monde, Hazan, 1998.
  • Les Enjeux du XXe siècle, entretien avec Antonio Polito, Éditions Complexe, 2000.
  • L'historien engagé, Éditions de l'Aube, 2000.
  • Eric Hobsbawm et Antoine Spire, L'Optimisme de la volonté, éditions le Bord de L'eau, 2003.
  • Franc-tireur, Autobiographie, Paris, Ramsey, 2005 (éd. originale : Interesting Times, 2002).
  • Aux armes, historiens. Deux siècles d'histoire de la Révolution française, postface inédite de l'auteur, traduit de l'anglais par Julien Louvrier, Paris, La Découverte, 2007, 154 p. (éd. originale : Echoes of the Marseillaise. Two Centuries Look Back on the French Revolution, London, Verso, 1990)
  • L'Empire, la démocratie, le terrorisme (éd. originale : Globalisation, Democracy and Terrorism, 2007).
    • traduction française, coédition Le Monde diplomatique - André Versaille éditeur, 2009.
  • Rébellions - La résistance des gens ordinaires : jazz, paysans et prolétaires, trad. Stephane Ginsburgh et Hélène Hiessler, Éditions Aden, Bruxelles, 2010 (éd. originale : Uncommon People: Resistance, Rebellion and Jazz, 1998)
  • Marx et l'histoire, Paris, Fayard, 2010
  • Et le monde changea, Arles, Éditions Actes Sud, 2013

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Eric Hobsbawm dies, aged 95 dans The Guardian du .
  2. Eric Hobsbawm, L'Ère des révolutions : 1789-1848 (Fayard, 1970)
  3. L'Ère du capital : 1848-1875 (Fayard, 1978)
  4. L'Ère des empires : 1875-1914 (Fayard, 1989)
  5. London Gazette : no 54993, p. 26, 31-12-1997
  6. Dans le Daily Worker le 9 novembre 1956, il écrit : « Whilst approving, with a heavy heart, of what is now happening in Hungary, we should therefore also say frankly that we think the USSR should withdraw its troops from the country as soon as this is possible. »
  7. « Hobsbawm says he was under no illusions about the Soviet regime but felt tied by an unbreakable umbilical cord to the hope of world revolution » in John Crace, « Living History », BBK magazine, numéro 22, été 2007.
  8. Cité par Eric Hobsbawm dans sa « Préface à l'édition française », L'Âge des extrêmes, p. 8.
  9. Ibid., p. 9.
  10. Ibid., p. 8. Voir aussi le grand dossier critique sur cet ouvrage dans la revue Le Débat, no 93, janvier-février 1997, p. 12-101.
  11. Michel Naepels, « Jazzbandits », L'Homme, 158-159, Jazz et anthropologie, 2001. [lire en ligne]
  12. David Caute, « Great helmsman or mad wrecker », The Spectator, 19 octobre 2002.
  13. James Joll, « The Last Romantic », The New York Review of Books, volume 50, numéro 18, 20 novembre 2003.
  14. Eric Hobsbawm (Royaume-Uni) sur le site de la Fondation Internationale du Prix Balzan
  15. Planet Hobsbawm, article de 1995, republié en 2007 sur le site de Bradford DeLong
  16. Stéphane Courtois, Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Robert Laffont, 2002, pages 92-94
  17. Judt : « « La possibilité de la dictature, écrit-il dans L'Âge des extrêmes, est implicite dans tout régime fondé sur un parti unique, indétrônable. » La « possibilité » ? « Implicite » ? Un parti unique inamovible, n'aurait pas manqué de lui rétorquer Rosa Luxembourg, est une dictature. […] L'omelette communiste suscite tant d'enthousiasme chez lui que les millions d'œufs cassés des fosses anonymes de Wroclaw à Vladivostok n'ont guère troublé son sommeil. L'Histoire, comme il dit, ne pleure pas sur le lait renversé. Au plus exprime-t-il du regret pour les injustices infligées par des communistes à des communistes »
  18. Tony Judt, Eric Hobsbawm et le roman du communisme, in Retour sur le XXe siècle. Une histoire de la pensée contemporaine, Héloïse d'Ormesson, 2010, pages 168-184

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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