Langue ergative

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En grammaire et en typologie linguistique, une langue ergative, ou plus précisément une langue à structure d'actance de type absolutif-ergatif est une langue dont la grammaire comporte une opposition fondamentale entre deux fonctions syntaxiques qui correspondent d'une part au sujet d'un verbe transitif, d'autre part à l'objet d'un tel verbe, confondu avec le sujet d'un verbe intransitif. Dans les langues ergatives à déclinaison, la première fonction est indiquée par le cas ergatif, la seconde par l'absolutif, généralement non marqué.

Du point de vue de leur rôle sémantique, la première fonction tend à correspondre à un actant qui est un agent, tandis que la seconde tend à correspondre à un actant qui est un patient.

Le concept s'oppose principalement à celui de langue accusative, où le sujet du verbe intransitif et du verbe transitif sont confondus et s'opposent globalement à l'objet du verbe transitif. Il existe cependant d'autres types encore de structures d'actance.

Illustration[modifier | modifier le code]

Opposition fondamentale
Langues
ergatives
Fonctions : Sujet d'un verbe transitif COD / sujet d'un verbe intransitif
Cas : → ergatif → absolutif
Exemples (basque)1 : Gizon-ak otso-bat du
« L'homme a un loup »
Gizon-ak otso-bat du
« L'homme a un loup »
Gizon-a otso-bat da
« L'homme est un loup »
Exemples (tonguien)2 : Na'e taamate'i 'a e talavou 'e Tolu « Tolu a tué le garçon » Na'e taamate'i 'a Tolu 'e he talavou « Le garçon a tué Tolu »

Na'e lea 'a Tolu

« Tolu a parlé »

Exemples (k'ichee')3 : Xqachapo ri ak'aal « Nous avons attrapé l'enfant » Xojuchapo ri ak'aal « L'enfant nous a attrapés »

Xojtzaaqik ri ak'aal

« Nous sommes tombés »

Langues
accusatives
Fonctions : sujet / attribut du sujet COD
Cas : → nominatif → accusatif
Exemples (latin)4: Homo lup-um habet
« L'homme a un loup »
Homo lup-us est
« L'homme est un loup »
Homo lup-um habet
« L'homme a un loup »

Notes :

  1. basque : gizon = « homme », otso = « loup », -ak est le suffixe d'ergatif singulier, -a d'absolutif ; bat = « un » ; du (transitif) se traduit « [il] a », da « [il] est » (intransitif) ; en basque, l'ergativité apparaît non seulement au niveau du marquage casuel (suffixe -ak / k pour l'ergatif et suffixe -a / bat pour l'absolutif), mais aussi dans l'indexation des constituants nominaux (ex : les variations de l'indice représentant l'agentif sont : daramat, daramazu, darama, daramagu, daramazue, daramate (je, tu, il, nous, vous, ils l'emmènent) ; les variations de l'indice représentant le sujet d'un verbe intransitif sont : noa, zoaz, doa, goaz, zoazte, doaz (je, tu, il, nous, vous, ils vont) ; les variations de l'indice représentant le patientif sont : narama, zaramatza, darama, garamatza, zaramatzate, daramatza (il m', t', l', nous, vous, les emmène) ;
  2. tonguien : e talavou = « le garçon » ; 'e est la particule indiquant le cas ergatif, 'a le cas absolutif ; en tonguien, l'ergativité apparaît uniquement au niveau du marquage casuel (particule 'e pour l'ergatif et particule 'a pour l'absolutif), le tonguien ignorant l'indexation des constituants nominaux ;
  3. k'ichee' : ri ak'aal = « l'enfant » ; en k'ichee', l'ergativité apparaît uniquement au niveau de l'indexation des constituants nominaux, le k'ichee' ignorant le marquage casuel ;
  4. latin : homo, « homme », est au nominatif, comme lup-us, « loup », -us étant une désinence de nominatif et -um d'accusatif ; habet (transitif) se traduit « [il] a », est (intransitif) « [il] est ».

En français (langue accusative), la fonction syntaxique sujet/objet des groupes nominaux n'est pas marquée par un cas grammatical mais par l'ordre des mots, à la seule exception des pronoms personnels : il = sujet | le = objet.

Le géorgien utilise une construction de type mixte, c'est-à-dire que le marquage casuel est de type ergatif, alors que l'indexation des constituants nominaux est de type accusatif :

  • marquage casuel de l'agentif : Vanom Šota gaatsila (« Vano a accompagné Šota ») ;
  • marquage casuel de le sujet d'un verbe intransitif : Vano daimala (« Vano s'est caché ») ;
  • marquage casuel du patientif : Šotam Vano gaatsila (« Šota a accompagné Vano ») ;
  • indexation de l'agentif : Davatsile (« Je l'ai accompagné ») ;
  • indexation du sujet d'un verbe intransitif : Davimale (« Je me suis caché ») ;
  • indexation du patientif : Damatsila (« Il m'a accompagné »).

En dyirbal, les pronoms allocutifs (1re et 2e personne) ont un marquage casuel de type accusatif, alors que tous les autres noms et pronoms ont un marquage casuel de type ergatif :

  • nyurra (vous, agentif ou sujet d'un verbe intransitif) / nyurrana (vous, patientif) ;
  • yabu (mère, patientif ou sujet d'un verbe intransitif) / yabungu (mère, agentif).

En kurde, il existe deux cas, l'absolutif et l'intégratif, dont les fonctions syntaxiques correspondantes varient en fonction du temps verbal : Si le verbe est conjugué au présent, le marquage casuel est de type accusatif, l'absolutif correspondant alors au cas nominatif et l'intégratif au cas accusatif ; alors que s'il est conjugué au passé, le marquage casuel devient alors de type ergatif, l'absolutif correspondant alors au cas absolutif et l'intégratif au cas ergatif. Le verbe s'accorde uniquement avec les éléments de le phrases étant au cas absolutif :

  • marquage casuel de l'agentif - présent : Ez Sînemê dibînim (« Je vois Sinem ») ;
  • marquage casuel du sujet d'un verbe intransitif - présent : Ez dihatim (« Je viens ») ;
  • marquage casuel du patientif - présent : Sînem min dibîne (« Sinem me voit ») ;
  • marquage casuel de l'agentif - passé : Min Sînem dît (« J'ai vu Sinem ») ;
  • marquage casuel du sujet d'un verbe intransitif - passé : Ez hatim (« Je suis venu ») ;
  • marquage casuel du patientif - passé : Sînemê ez dîtim (« Sinem m'a vu »).

Répartition[modifier | modifier le code]

Les langues ergatives sont plus rares que les langues accusatives, sans être non plus exceptionnelles. On peut citer comme exemples le basque, la plupart des langues caucasiennes, le sumérien, le kurde, le tibétain, les langues eskimo-aléoutes, les langues mayas, les langues mixe-zoque et un grand nombre de langues aborigènes d'Australie.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

(en) Martin Haspelmath (dir.), Matthew S. Dryer (dir.), David Gil (dir.) et Bernard Comrie (dir.), The World Atlas of Language Structures Online, Munich, Max Planck Digital Library,‎ (ISBN 978-3-9813099-1-1)

  • Bernard Comrie, chapitre 98 « Alignment of Case Marking »
  • Anna Siewierska, chapitre 100 « Alignment of Verbal Person Marking »