Er (Bible)

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Er (hébreu : עֵר ʿEr, « éveillé ») est le nom de plusieurs personnages de la Bible, descendant tous de Juda.

Er dans la Bible hébraïque[modifier | modifier le code]

Er est un acteur mineur du récit de Juda et Tamar (Genèse 38) : premier-né de Juda et de son épouse la fille de Choua, il reçoit de son père une femme nommée Tamar en mariage. Cependant,

« Er, le premier né de Juda, fut mauvais aux yeux de YHWH et YHWH le fit mourir (Genèse 38:7). »

Son nom revient ensuite dans plusieurs listes des générations de Juda (Genèse 46:12, Nombres 26:19, I Chroniques 2:3) ainsi qu’en I Chroniques 4:21, où il est donné au premier-né de Shelah, le troisième fils de Juda. La mise à mort d’Er par Dieu sans que la Bible en donne la raison explicite, a suscité maintes interprétations, dès l’époque de la Bible : le verset Genèse 38:7 lui-même est une anaphrase, jouant sur son nom, « Er (hébreu : ער) » et « mauvais (hébreu : רע ra) », mais il ne détaille pas davantage la raison de cette évaluation divine. C’est peut-être sur cette base que le livre de Ruth, qui a pris Genèse 38 pour modèle, indique que Noémi perd ses deux fils Mahlon et Kilion sans donner davantage d’explications sur leur mort que leurs noms qui évoquent la maladie et le décès prématuré. Dans deux autres passages apparentés à Genèse 38, l’auteur offre son interprétation : le livre de Samuel qui décrit la mort des fils d’Eli voulue par Dieu, indique que Pinhas et Hofni avaient une conduite inappropriée tant cultuelle que sexuelle, et Malachie 2:11-12 pense qu’Er mourut en raison de l’offense qu’il représentait pour la nation israélite :

« Juda a trahi, une abomination s'est perpétrée en Israël et à Jérusalem ! Oui, Juda a profané ce qui est sacré devant YHWH, ce qui lui est cher : il a épousé la fille d'un dieu étranger. Que YHWH bannisse celui qui agit de la sorte, l’être veillant et parlant, des tentes de Jacob, capable de présenter des offrandes à YHWH-Tsevaot ! »

Le prophète judéen qui harangue ses contemporains coupables d’avoir ramené des étrangères de leur exil à Babylone, évoque le précédent de leur ancêtre éponyme et souhaite à leur engeance le sort d’Er et Onan, qu’il évoque implicitement par l’« être veillant et parlant » (hébreu : עֵר וְעֹנֶה èr vèonè). Er et son frère seraient donc morts en raison de leur parentage[1].

Une explication similaire à Malachie 2:11-12 est avancée par le livre des Jubilés: Juda, regrettant d’avoir épousé une Cananéenne, prend pour son fils aîné une Araméenne (vraisemblablement issue de la famille élargie des patriarches) mais Er, élevé à la cananéenne, la prend en haine pour cette raison et refuse de coucher avec elle, suscitant alors le courroux divin. La version grecque de Genèse 38:7, « Her… fut méchant devant Kurios et Theos (Elohim) le fit mourir », semble indiquer qu’il mourut pour une offense à la relation « générale » entre l’homme et Dieu, et se fait plus suggestive que la version massorétique lorsqu’elle décrit la conduite d’Onan.

Une tradition rabbinique enseigne elle aussi qu’Er mourut pour n’avoir pas fécondé Tamar mais à la suite de pratiques sexuelles contre-nature : pour le Talmud de Jérusalem, il personnifie le mari qui oblige sa femme à « remplir et déverser aux ordures », ce qui a été compris allégoriquement par les rabbins babyloniens — l’aîné de Juda forçait Tamar à courir dès la conclusion de leurs rapports afin d’éviter que la semence ne prenne — et au pied de la lettre par leurs homologues de Galilée — Er méprisait Tamar et lui faisait remplir des seaux sans autre but que de les déverser aux ordures.
Un midrash, issu lui aussi des académies de Galilée, concourt avec l’interprétation non-littérale, expliquant qu’Er « labourait dans les jardins et se dévidait dans les ordures », de même qu’Onan « battait au dedans et semait en dehors » (le Talmud de Babylone parvient à la même conclusion de ce qu’il est dit en Genèse 38:10 : « [la] conduite [d’Onan] déplut à YHWH, qui le fit mourir de même », c’est-à-dire pour la même faute ; la motivation d’Er était, selon le même passage, sa crainte de voir la beauté de sa femme flétrie par la grossesse). Ces interprétations jouent sur les mots entre ʿEr et la racine ʿ-r-h (« vider, déverser »), de même que le Targoum du Pseudo-Jonathan, qui enseigne qu’Er était voué par son nom à « être "vidé" du monde » ou à mourir ʿariri (« sans enfants »)[2]. Philon d’Alexandrie propose lui aussi une prédestination liée au nom bien que l’étymologie soit sensiblement différente, puisqu’il lie ʿEr non à l’état de veille mais à la peau (hébreu : עור ʿor) — Juda espérait que la naissance de cet enfant console Jacob de la perte de Joseph comme une peau recouvrant la plaie béante mais ce nom le rapproche de la peau-cadavre et il meurt pour cette raison, sans faute particulière.

Une tradition rabbinique lie également les morts d’Er et Onan à la vente de Joseph, considérant qu’elles surviennent en rétribution du rôle joué par Juda dans cette dernière. Cette interprétation semble aussi avoir été celle de Ruben lorsqu’il offre à Jacob ses deux fils aînés en otage au cas où il ne reviendrait pas d’Égypte avec Benjamin ; Jacob rejettera cette proposition (Genèse 42:37-38). La mort d’Er

Er dans la Bible chrétienne[modifier | modifier le code]

Er est le fils de Yosse et père d'Elmodam, quarante-neuvième dans la généalogie de Jésus selon Luc 3:28.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Shinan et Zakovitch 1992, p. 229-231, voir aussi Friedman 1990, p. 32 & Gibson 2014
  2. BR 85:5, TPJ sur Genèse 38:3-4, cf. Eisenberg et Gross 1983, p. 192 & Petit 1987, p. 90, Shinan et Zakovitch 1992, p. 27-28 & 51

Voir aussi[modifier | modifier le code]