Entrevue de Saint-Florentin

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L’entrevue de Saint-Florentin est une rencontre entre le maréchal Pétain, chef de l'État français de Vichy, et le Reichsmarschall Göring dans la gare de Saint-Florentin - Vergigny dans l'Yonne le .

Les deux parties se sont rencontrées pour tenter de négocier quelques avantages : Göring souhaitait tirer avantage de l’empire colonial français en Afrique du Nord, dans le cadre des opérations militaires allemandes en cours dans la zone libyenne ; Pétain souhaitait améliorer la vie quotidienne des Français, notamment à propos des prisonniers de guerre. Il apparaît que l'entrevue n'a donné aucun résultat.

Fonctions et rôle de Göring dans le Troisième Reich[modifier | modifier le code]

Göring est l’un des principaux adjoints du Führer Adolf Hitler, compagnon d’armes de ce dernier depuis les premières heures du parti nazi au début des années 1920. À la fin de l’année 1941, il est alors Reichsmarschall [a], ministre de l'Aviation[b], commandant en chef de la Luftwaffe[c], ministre chargé du Plan de quatre ans[d]. Il cumule également les fonctions de président du Reichstag et de ministre de l'Intérieur de Prusse. Après l'invasion de l'Union soviétique en , c’est lui qui a adressé un ordre de mission au directeur de l'Office central de sécurité du Reich (RSHA), Reinhard Heydrich, par une lettre du dans le but de mettre en place la « solution finale de la question juive »[e].

Modalités pratiques[modifier | modifier le code]

Pour se rendre sur les lieux de la rencontre[f], Pétain et l'amiral Darlan quittent Vichy en train spécial et arrivent d’abord à Coulanges-sur-Yonne, en zone occupée[1]. Il y sont accueillis par Fernand de Brinon, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, et par le Generalmajor[g] Friedrich-Carl Hanesse (de)[h], commandant de la Luftwaffe à Paris et représentant du Reichsmarschall Göring[1]. Ils poursuivent ensuite leur voyage en convoi automobile[1],[i] jusqu'à la gare de Saint-Florentin - Vergigny, à une soixantaine de kilomètres plus au nord, pour y retrouver Göring.

Göring accueille Pétain à sa descente d'automobile[1] et l'accompagne jusqu'à son train personnel blindé, qui l'a amené sur les lieux depuis Berlin : l'entretien se déroule dans la voiture-restaurant du train blindé.

Objectifs de chacune des parties et résultat[modifier | modifier le code]

Cette rencontre se situe dans la continuité de la politique de collaboration initiée à Montoire avec la rencontre entre Pétain et Hitler[2], le , soit un peu plus d’un an avant. L'amiral Darlan, alors chef du gouvernement de Vichy et anglophobe depuis Mers el-Kébir, souhaite renforcer les liens entre l'Allemagne et la France, afin que celle-ci puisse retrouver un rang et renégocier des clauses d'armistice plus favorables contre une collaboration plus accentuée[2].

Pour Pétain il s'agit, en échange d'un partenariat plus poussé avec le Troisième Reich, d'obtenir une importante contrepartie. Il va donc présenter à Göring de nombreuses doléances comme un retour d'un plus grand nombre de prisonniers de guerre français, moins de confiscations agricoles et de plus grandes facilités pour franchir la ligne de démarcation[2]. Mais Göring ne veut pas entendre parler d'un partenariat ; pour lui, la France reste la vaincue de [2] : il souhaite uniquement discuter de l'aide dont le Panzergruppe Afrika du général Rommel, qui se bat en Libye et aux confins de l'Égypte, pourrait bénéficier en Tunisie s'il devait s'y replier[2].

La rencontre dure trois heures mais se termine par un échec, chacun restant sur ses positions[2].

Elle a ensuite fait l'objet d'un reportage pour les informations cinématographiques[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Depuis .
  2. Dans le cabinet Hitler depuis 1933.
  3. Depuis 1935.
  4. Depuis 1936.
  5. Cet ordre de mission permet à Heydrich, principal adjoint du chef de la SS, Heinrich Himmler, d’organiser la conférence de Wannsee qui se tient dans la banlieue de Berlin le (soit un mois et demi après l'entrevue de Saint-Florentin) et met au point les derniers détails de l'organisation de la Shoah, principalement par l'ouverture de camps d'extermination ; néanmoins les massacres de très grande ampleur de Juifs ont déjà commencé, cinq mois auparavant, simultanément au déclenchement de l’invasion de l'Union soviétique, en , par la méthode dite « des fusillades », exécutées par les « Einsatzgruppen » (en français : « les groupes d’intervention ») sur les territoires de l’ancienne Pologne orientale — aujourd’hui faisant partie de l'Ukraine et de la Biélorussie — et de l’Union soviétique occidentale.
  6. Saint-Florentin dans l'Yonne se situe à près de 300 km au nord de Vichy et à environ 170 km au sud-est de Paris.
  7. Équivalent en France de général de brigade.
  8. Hanesse est à ce moment Generalmajor et va finir la guerre au grade de General der Flieger, équivalent de général de corps aérien, cette dernière promotion étant obtenue le , alors qu'il est encore en poste à Paris.
  9. La gare de Saint-Florentin est sur la ligne de Paris à Lyon tandis que la gare de Coulanges-sur-Yonne se trouve sur celle de Laroche-Migennes à Cosne.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Voir vidéo de l'Institut national de l'audiovisuel (INA). Consulté le 22 novembre 2011.
  2. a b c d e et f Histoire(s) de la dernière guerre au jour le jour, no 15, p. 42. Consulté le 23 novembre 2011.

Annexes[modifier | modifier le code]

  • L'entrevue Pétain-Goering en gare de Saint-Florentin-Vergigny, actes du colloque du , édition ARORY-SAHVCB, 2013. Commande sur www.arory.com ou par lettre à la mairie de Vergigny.