Entretiens avec le professeur Y

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Entretiens avec le professeur Y est un court roman de Louis-Ferdinand Céline, publié en 1955, qui constitue une sorte d’Ars poetica.

Le tome I de Féerie pour une autre fois n'ayant pas reçu le succès escompté, Céline veut accompagner la sortie du tome II (1955) d'un maximum de publicité et effacer le tort causé par toutes ses années d'exil en Allemagne et au Danemark. Il propose donc à Gaston Gallimard d'écrire lui-même son éloge sous la forme d'un petit roman proche de l'article de foi. Ces entretiens, qui n'en forment finalement qu'un paraissent dans la Nouvelle Revue française en 1954, puis en volume en 1955.

Résumé[modifier | modifier le code]

Convaincu d’être un écrivain maudit, maltraité par son propre éditeur — ce qui sera une ritournelle des futures œuvres céliniennes —, Céline met au point un rendez-vous avec un auteur de la maison Gallimard pour jouer le jeu de l’« interviouwe ». Son interlocuteur imaginaire, le professeur Y, alias Colonel Réséda, qu’il s’est choisi bien hostile et médiocre — puisqu'il finit par perdre ses moyens et se pisser dessus —, fait figure de piètre « interviouweur » et de marionnette grotesque ; Céline doit lui souffler toutes les questions et lui rabâcher les réponses. Cette « interviouwe » est une façon de critiquer son propre éditeur et le climat littéraire ambiant.

Cette parodie des entretiens littéraires recèle un art poétique véhément. Céline y critique les goûts du public, son attirance pour le faux, l’inauthentique, sa préférence pour les romans « chromos » rédigés par des auteurs médiocres et dans une langue académique momifiée. Seul à avoir compris l’urgence d’évoluer que le cinéma intime à la littérature — comme jadis la photographie l’avait fait à la peinture —, il pense avoir bouleversé le genre romanesque par son « style rendu émotif » qu'il caractérise par l'usage des points de suspension et de l'argot. Cette trouvaille infime mais géniale consiste à restituer dans l’écrit l’émotion de la langue parlée.

La métaphore du métro dont les rails sont « profilés exprès » expose le rôle terroriste que Céline se donne à l’égard des lecteurs : il veut les emporter coûte que coûte dans sa « rame émotive ». Rejeté pour ses pamphlets antisémites, il fait du conflit ouvert avec le public la pierre d’angle de ses textes. C’est aussi celle des Entretiens, et la tension croissante entre les deux interlocuteurs leur confère une dimension théâtrale qui explique que l’œuvre ait connu de nombreuses adaptations scéniques, même si ce n'est pas l'œuvre la plus connue de Céline.