Enrênement

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Cheval portant des rênes allemandes attachées sous la sangle.

Les enrênements sont des moyens mécaniques qui agissent sur l'attitude du cheval, généralement sur le placement de la tête et de l'encolure, ainsi que leur angle de fermeture. Leur fonction peut être de stabiliser le cheval dans une attitude pratique, ou de faciliter un travail gymnastique. Ils n'ont normalement pas vocation à se substituer au travail de dressage du cheval, sauf dans le cas des rênes fixes. L'effet d'un enrênement ne peut être positif que si l'impulsion est maintenue. Il peut aussi être néfaste malgré une impulsion maintenue, notamment dans le cas des rênes allemandes.

Les enrênements nécessitent une solide formation du cavalier, une bonne connaissance des notions de biomécanique et des précautions d'emploi. Ils servent de limite supérieure. Lorsque l'attitude du cheval se modifie et dépasse une certaine limite, alors, l'enrênement agit. Dans le cas d'une bonne utilisation, le cheval cède et l'enrênement se détend, leur action n'est donc que ponctuelle. Certains enrênements peuvent être utilisés dans le travail monté, d'autres dans le travail à pied, et notamment à la longe.

Controversés en raison de mauvaises utilisations et d'une surenchère dans le domaine du sport hippique attelé, les enrênements sont souvent mal vus par les observateurs non-expérimentés, qui les assimilent à des engins de soumission. Cet aspect a poussé la Suisse a bannir l'usage des rênes allemandes en compétition à partir de 2016.

Histoire[modifier | modifier le code]

De nombreux écuyers ont inventé et utilisé des enrênements pour travailler les chevaux, et en particulier pour obtenir le ramener, préliminaire au rassembler. Les rênes de Newcastle, qui pourraient être le système ancêtre des rênes allemandes d'après Carlos Henriques Pereira, consistent en une paire de rênes reliant les quartiers de la selle au caveçon[1].

Types d'enrênements[modifier | modifier le code]

Élastiques[modifier | modifier le code]

Élastiques d'un collier de chasse pour le saut d'obstacles.

Il s'agit de deux élastiques en caoutchouc qui s'attachent soit latéralement au surfaix du cheval, soit entre ses antérieurs, et qui se fixent aux anneaux du mors. Ils permettent de muscler le dos du cheval et de le « placer ». Il ne faut pas les attacher trop court, car le cheval doit les tendre en se « posant » sur le mors. L'élastique extérieur doit être légèrement plus long que l'élastique intérieur.

Les élastiques Pirelli, plutôt lourds, peuvent être employés pour travailler un cheval monté longitudinalement[2].

Rênes fixes[modifier | modifier le code]

Lipizzan équipé de rênes fixes.

Cet enrênement est utilisé pour obtenir le ramener[3]. Il fonctionne exactement comme les élastiques. Ce sont deux rênes en cuir attachées latéralement au surfaix du cheval. Le cheval doit les tendre en se portant en avant. Les rênes fixes sont beaucoup utilisées dans les cirques.

Chambon[modifier | modifier le code]

Chambon.

Cet enrênement s'attache sous le ventre du cheval, passe par une poulie fixée sur la têtière du filet, avant de s'attacher aux anneaux du mors. Il permet de consolider ou de reconsolider les muscles du dos du cheval, principalement. Il a pour effet d'orienter l'encolure du cheval vers le bas, et de l'étirer loin devant. Le chambon est un enrênement qui tire sur la bouche du cheval. En effet, lorsque le cheval cède en baissant la tête, l'enrênement se détend. C'est pour cela que le chambon doit être utilisé au pas et trot, lors de séances courtes, car il apprend au cheval à se mettre sur les épaules et à tirer vers le bas.

Martingale fixe[modifier | modifier le code]

Martingale fixe

Une martingale fixe se compose d'une courroie, fixée par un bout à la sangle sous le ventre du cheval, et qui se termine par un anneau à l'autre bout, pouvant être attaché à la muserolle. Elle empêche le cheval de lever la tête trop haut et se révèle assez dure. Elle est parfois autorisée dans certaines compétitions de saut d'obstacles, en fonction des règlements internes des nations.

Martingale à anneaux[modifier | modifier le code]

Martingale à anneaux en saut d'obstacles

La martingale à anneaux est aussi une courroie fixée à la sangle sous le ventre, mais qui se divise en deux avec des anneaux coulissant dans chaque rêne. Elle utilise le principe d'effet levier pour contraindre le cheval à baisser la tête, ajustée plus longue, elle est plus couramment utilisée pour limiter les défenses de bouche du cheval vers le haut. La martingale à anneaux est autorisée lors des concours de saut d'obstacles.

Gogue fixe[modifier | modifier le code]

Cet enrênement est constitué d'une lanière en cuir qui s'attache sous le ventre du cheval. Au niveau du poitrail, cette lanière se termine par un anneau où partent deux ficelles. Ces deux ficelles coulissent dans des anneaux, situés de part et d'autre d'une têtière rajoutée au filet, passent dans les anneaux du mors, et reviennent se fixer sur l'anneau au niveau du poitrail. Le gogue fixe permet de maintenir la tête du cheval en place. Il provoque l'abaissement de l'encolure et permet de muscler le dos du cheval. Il n'est pas conseillé par les maîtres équestres, ou alors seulement de manière à ce que le cheval puisse relever sa tête, sinon il travaillerait sous la contrainte, ce qui pourrait être un obstacle dans l'avancée du travail.

Gogue commandé[modifier | modifier le code]

Le gogue commandé est un enrênement dit mobile. Il s'agit d'une version améliorée du gogue fixe. En effet, plutôt que les lanières reviennent s'attacher au niveau du poitrail, elles sont tenues par le cavalier. Le cavalier peut contrôler l'action du gogue et céder dès que le cheval est en place.

Rênes allemandes ou coulissantes[modifier | modifier le code]

Rênes allemandes attachées sur le côté

Ces deux rênes en toile ou en cuir sont tenues en main par le cavalier, coulissent dans les anneaux du mors, et s'attachent soit à la sangle (entre les antérieurs ou sous le ventre), soit sur les côtés (sous les quartiers de la selle ou sur les côtés du surfaix). Elles permettent de placer le cheval en lui fléchissant la nuque. Ainsi, lorsque le cheval tente de relever la tête ou d'étendre son encolure, il est sévèrement puni au niveau de la bouche. Les actions sont différentes selon l'endroit où les rênes allemandes sont attachées. Attachées sous le ventre, l'action sera plus dure et plus sévère, car le cheval est placé dans une position très basse. Attachées sur les côtés, le cheval sera dans une position un peu plus haute que la précédente. Plus elles sont attachées bas, et plus elles incitent le cheval à se tendre et à baisser son encolure[4]. Plus elles sont attachées près du garrot, et plus le cheval est incité à remonter sa nuque et arrondir son encolure[4]. L'entraîneuse de dressage Kathy Amos-Jacob conseille de les attacher plutôt sur les côtés[2].

Artifices spécifiques aux courses de trot et d'amble[modifier | modifier le code]

Enrênement supérieur et martingale à anneaux.

En sport hippique, les galopeurs ne portent généralement pas d’enrênements, mais les trotteurs et les ambleurs peuvent en porter un grand nombre. Les trotteurs attelés portent généralement un enrênement supérieur, consistant en une rêne reliant la tête à la sellette, dans le but de leur garder la tête haute et ainsi d'éviter qu'ils prennent le galop. Si le cheval place la tête trop haut, il est possible d'y ajouter une martingale[5]. Il est courant également de les voir équipés de bouchons d'oreille reliés à une lanière : le driver peut ôter les bouchons peu de temps avant le poteau d'arrivée, et le bruit soudain qu'entend le cheval le fera accélérer. Aux États-Unis, pour les courses d'amble, les chevaux portent un enrênement qui relie les membres latéralement, afin de les empêcher de prendre le trot ou le galop[6]. Très courants sur les trotteurs français dans les années 1970 et 1980, les enrênements tendent à devenir moins nombreux et plus rares.

Usages[modifier | modifier le code]

Les enrênements utilisés en selle demandent une équitation très fine de la part du cavalier. Ce dernier doit être capable d'agir de façon distincte sur les rênes de filet et celles de l'enrênement. Ces enrênements doivent être utilisés de façon ponctuelle : dès que le cavalier obtient ce qu'il veut il doit cesser de l'utiliser, et doit reprendre le travail sur les rênes de filet uniquement. De nombreux cavaliers de dressage se demandent s'il est possible de mettre un enrênement pour obtenir du cheval l'attitude « bas et rond ». En équitation de dressage, les enrênements sont considérés comme « des solutions de facilité qui donnent des résultats à court terme ». Il est conseillé d'y faire appel avec parcimonie et sans jamais forcer le mouvement. L'enrênement ne devrait jamais forcer un cheval à garder son chanfrein à la verticale[2]. Les rênes allemandes ne conviennent que si les chevaux n'ont pas le dos creux ni l'encolure renversée[4].

Critiques et interdictions[modifier | modifier le code]

Cheval de saut d'obstacles désobéissant, portant une martingale fixe.

Une mauvaise utilisation des enrênements compromet le bien-être du cheval et peut servir à masquer les défauts de dressage et d'éducation. Le cavalier de saut d'obstacles Éric Navet déplore ainsi la multiplication des enrênements pour compenser les lacunes de dressage des chevaux, y compris à haut niveau[7]. Carlos Henriques Pereira s'oppose lui aussi à la systémisation des enrênements, tout particulièrement à celle des rênes allemandes, souvent utilisées à tort par des cavaliers qui emploient mal leurs mains et leurs jambes[8]. L'entraîneuse de dressage Kathy Amos-Jacob déconseille elle aussi les rênes allemandes pour les mêmes raisons[2].

Le , la Suisse a annoncé une future interdiction des rênes allemandes pour janvier 2016, car « les images de chevaux montés en rênes allemandes suscitent des sentiments de soumission et de contrainte chez les observateurs non-expérimentés ». D'après le communiqué de la Fédération suisse des sports équestres, « que les rênes allemandes soient utilisées de manière correcte ou non ne joue aucun rôle pour l’observateur inexpérimenté, étant donné qu’il lui manque probablement les connaissances pour en juger correctement ». Il s'agit donc de rendre l'utilisation du cheval de sport plus responsable, et de donner une meilleure image des sports équestres[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pereira 2011, p. 278.
  2. a, b, c et d Kathy Amos-Jacob, Technique et apprentissage du dressage, Éditions Amphora,‎ (ISBN 2851805215 et 9782851805218), p. 47-48.
  3. Pereira 2011, p. 160.
  4. a, b et c Ancelet 2009, p. 167.
  5. Homéric, « Prix d'Amérique: comment chasser le galop naturel des trotteurs », Libération,‎ .
  6. « Les artifices du trot attelé », Cheval magazine,‎ .
  7. Pereira 2011, p. 271.
  8. Pereira 2011, p. 113.
  9. « NOUVEAU: Interdiction générale des rênes allemandes pour le bien-être du cheval et pour la protection des sports équestres », Fédération suisse des sports équestres,‎ (consulté le 27 octobre 2015).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]