Enlèvements d'Iguala

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Enlèvements d'Iguala

Localisation Iguala, Guerrero, Mexique
Coordonnées 17° 33′ 13″ nord, 99° 24′ 37″ ouest
Date
Type Enlèvement de masse, tuerie
Morts 6 (confirmés)

3 étudiants de l'Ecole Normale

2 joueurs de football

1 civil

43 étudiants disparus

Blessés 27
Auteurs Guerreros Unidos, policiers de Cocula et d'Iguala
Organisations Crime organisé

Géolocalisation sur la carte : Mexique

(Voir situation sur carte : Mexique)
Enlèvements d'Iguala

Les enlèvements d'Iguala désignent la disparition de 43 étudiants issus de l'Ecole Normale Rurale de Ayotzinapa, le , dans la ville d'Iguala, dans l'État de Guerrero, au Mexique. Selon les rapports officiels, ils voyageaient à Iguala ce jour-là afin de manifester contre des pratiques du gouvernement mexicain. Pendant le voyage, la police locale les intercepte et une confrontation suit. Les détails de ce qui s'est passé restent flous mais l'enquête officielle conclut qu'une fois que les élèves se retrouvent en garde à vue, ils sont remis aux Guerreros Unidos, un groupe mafieux local, puis tués. Le bilan est de 27 blessés, 6 morts et 43 disparus.

Les autorités mexicaines pensent que le maire d'Iguala et son épouse sont les commanditaires probables de l'enlèvement. Avec le chef de la police de la ville, ils ont fui et le couple est finalement arrêté un mois plus tard à Mexico. Ces événements ont engendré des manifestations visant l'État et l'administration mexicaine ainsi que la démission du gouverneur de Guerrero, Ángel Heladio Aguirre Rivero, et une condamnation internationale. L'enlèvement de masse des étudiants est rapidement devenu l'un des plus grands scandales politiques et de sécurité publique de l'administration du président du Mexique Enrique Peña Nieto.

Le 7 novembre 2014, le procureur général de la République du Mexique Jesús Murillo Karam (en) donne une conférence de presse dans laquelle il annonce que plusieurs sacs en plastique contenant des restes humains, probablement ceux des étudiants disparus, ont été retrouvés dans une rivière à Cocula. 74 suspects sont arrêtés, y compris des membres de Guerrero Unidos qui avaient avoué avoir tué les étudiants. Des enquêtes sont en cours pour identifier les restes retrouvés.

Enlèvements[modifier | modifier le code]

Manifestation en lien avec les enlèvements d'Iguala.
« Ils les ont emmenés en vie. Nous les voulons vivants. Solidarité avec les 43 étudiants disparus », indique le graffiti.
Demonstration on September 26, 2015, in the first anniversary of the Iguala mass kidnapping. Mexico City.

Après la tuerie, des témoins oculaires affirment que des étudiants ont été embarqués de force dans des véhicules de police[1]. Une fois en garde à vue, les étudiants devaient être transférés du commissariat d'Iguala à celui de Cocula[2]. Le chef de la police de Cocula, César Nava González, ordonne à ses subordonnés le transport des étudiants dans une communauté rurale du nom de Pueblo Viejo[3]. À un certain moment, les étudiants toujours en vie auraient été livrés aux Guerreros Unidos (en) (« Guerriers unis »), une organisation de malfaiteurs opérant à Guerrero[4]. L'un des camions chargés du transport des étudiants appartient à Gildardo López Astudillo (alias El Gil et/ou El Cabo Gil), l'un des meneurs[3],[5]. El Gil passe un appel à Sidronio Casarrubias Salgado, le leader suprême des Guerreros Unidos ; ce dernier lui explique que les étudiants mis en garde à vue sont une menace pour leur contrôle du territoire[6]. Apparemment, les Guerreros Unidos pensaient que ce groupe d'étudiants étaient des membres infiltrés d'un gang rival connu sous le nom de Los Rojos[7],[8]. Avec cette information, Casarrubias ordonne à ses subordonnés de tuer les étudiants[9]. Les enquêteurs pensent qu'un membre du nom d'El Chucky et /ou El Choky aurait participé au massacre[10]. Il est suspecté d'avoir fait partie avec Francisco Salgado Valladares, l'un des chefs de la sécurité d'Iguala, à l'enlèvement[11]

Selon les enquêteurs, les étudiants auraient été emmenés dans une décharge près de Cocula[1]. Une quinzaine d'étudiants sont morts asphyxiés pendant le transport. Les autres sont tués par Patricio Reyes Landa, Jonathan Osorio Gómez, et Agustín García Reyes[12]. Ces trois suspects auraient jeté les corps dans une fosse, et d'autres suspects seulement connus par leurs surnoms les auraient brûlés à l'aide d'essence, de pneus, de branches et de plastique[13]. Ils tentent de détruire également toute autre preuve. Le feu dure entre 14 h et 15 h. Le feu éteint, les suspects comblent la fosse. Ils placent le reste dans huit sacs plastiques pour les jeter dans la rivière de San Juan à Cocula, sous les ordres d'un dénommé El Terco[13],[14]. El Gil envoie un texto à Casarrubias Salgado confirmant la tâche effectuée : « On les a réduit en cendre et jeté les restes dans la rivière. Elles [les autorités] ne les trouveront jamais[15]. » Initialement, 57 étudiants sont rapportés disparus[16] ; quatorze d'entre eux, cependant, sont relocalisés après qu'ils sont retournés auprès de leur famille, ou sains et saufs dans leur école[17]. Les 43 autres sont toujours recherchés. Des activistes étudiants accusent les autorités de les détenir contre leur gré, mais les autorités de Guerrero affirment n'avoir mis aucun d'entre eux en garde à vue[18]

La disparition des 43 étudiants marque évidemment la crise politique et l'insécurité que doivent faire face le président mexicain Enrique Peña Nieto et son gouvernement[19],[20]. L'incident attire l'attention médiatique mondiale et mène à des manifestations dans tout le Mexique, et à des réactions internationales[21],[22]. L'indignation générale engendre des manifestations quasi-quotidiennes, en particulier à Guerrero et Mexico. La plupart d'entre elles sont des marches pacifistes, menées par des familles issues des zones rurales. Les autres sont des manifestations violentes, durant lesquelles des bâtiments gouvernementaux ont été visés[23].

Arrestations et enquêtes[modifier | modifier le code]

Le 28 septembre 2014, 22 policiers municipaux de Guerrero sont arrêtés pour leur implication dans l'enlèvement et la disparition des étudiants[24],[25].

Le 6 septembre 2015, le "Rapport d'investigation Ayotzinapa, Enquête et premières conclusions des disparitions et homicides des étudiants d'Ayotzinapa". Dans cette enquête, menée par le Groupe interdisciplinaire d'experts indépendants, sont présentées des preuves scientifiques qui contredisent la version officielle présentée par le PGR.

Réactions nationales et internationales[modifier | modifier le code]

Ces événements ont engendrés une grande vague d'indignation autant au niveau national qu'international; Divers collectifs, ONG mandataires de différents pays, la CIDH et les habitants de diverses nationalités se sont exprimés pour l’éclaircissement des faits et l'arrestation des coupables.

Un livre cartonero, sous forme de recueil de témoignages, a été publié au Mexique par Pensaré Cartoneras[26]. Il a été traduit aux Etats-Unis par la bibliothèque universitaire de Madison, dans le Wisconsin, et en France par Kartocéros Editions[27]'[28] et Atelier La Marge.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Ludovica Laccino, « Mexico's 43 Missing Students: Theories Behind Mysterious Disappearance », International Business Times, .
  2. The Associated Press, « Mexico: Mayor linked to deadly attack on students », USA Today, (consulté le 3 novembre 2014).
  3. a et b Oakland Ross, « A Mexican massacre and the Queen of Iguala », Toronto Star, (consulté le 4 novembre 2014).
  4. « Mexico catches chief of gang in missing students case », The Daily Telegraph, (consulté le 3 novembre 2014).
  5. (es) « Macabras declaraciones », Reporte Índigo, (consulté le 8 novembre 2014).
  6. (es) Gustavo Castillo, « Señala PGR a Abarca y su esposa como autores intelectuales del ataque en Iguala », La Jornada, (consulté le 4 novembre 2014).
  7. (es) « Indagan nexo cártel-normalistas », El Mañana (Nuevo Laredo), (consulté le 4 novembre 2014).
  8. David Vicenteño, « Un mes, 52 detenidos y todavía no aparecen », Excélsior, (consulté le 4 novembre 2014).
  9. Jo Tuckerman, « Mexican mayor and wife wanted over disappearance of 43 students », The Guardian, (consulté le 4 novembre 2014).
  10. (es) Turner Broadcasting System, « 28 cuerpos, los encontrados en fosas clandestinas de Iguala », CNNMéxico, (consulté le 4 novembre 2014).
  11. Polly Mosendz, « A Mass Grave Points to a Student Massacre in Mexico », The Atlantic, (consulté le 4 novembre 2014).
  12. (es) « 'Yo participé matando a dos de los ayotzinapos, dándoles un balazo en la cabeza...' » [archive], Zócalo Saltillo, (consulté le 4 novembre 2014).
  13. a et b (es) « Palabras del procurador Jesús Murillo Karam, durante conferencia sobre desaparecidos de Ayotzinapa », La Jornada, (consulté le 8 novembre 2014).
  14. (es) « Mataron y quemaron a "43 o 44" en Cocula », Milenio, (consulté le 8 novembre 2014).
  15. (es) « Nunca los van a encontrar: 'El Gil' », Milenio, (consulté le 11 novembre 2014).
  16. Turner Broadcasting System, « Autoridades de México buscan a 57 estudiantes desaparecidos », CNN en Español, (consulté le 3 novembre 2014).
  17. (es) Turner Broadcasting System, « Temores y sospechas por misteriosa desaparición de normalistas en Iguala », CNNMéxico, (consulté le 3 novembre 2014).
  18. « Mexican students missing after protest in Iguala », BBC News (consulté le 12 octobre 2014).
  19. (inscription nécessaire) Althaus Dudley, « Men Detained Over Missing Mexican Students »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), The Wall Street Journal, (consulté le 29 octobre 2014).
  20. (es) Carlos Rajo, NBCUniversal, « Iguala y los 43 estudiantes desaparecidos: la más grave crisis del gobierno mexicano », Telemundo, (consulté le 4 novembre 2014).
  21. (en) Polly Mosendz, « Protests Spread Across Mexico as More Mysterious Graves Are Found », The Atlantic, (consulté le 2 novembre 2014).
  22. (en) Tim Johnson, « In missing students case, Mexico draws world attention it doesn't want », The McClatchy Company, Washington, D.C., (consulté le 2 novembre 2014).
  23. (en) Jo Tuckman, « Hunt for Mexico’s missing students moves to rubbish dump », The Guardian, (consulté le 30 octobre 2014).
  24. « Étudiants mexicains disparus : l'armée prend le contrôle d'Iguala », sur RDI Canada, (consulté le 17 novembre 2014).
  25. (es) « Detienen a 22 policías municipales por balacera contra normalistas en Iguala », La Jornada, (consulté le 3 novembre 2014).
  26. (es) « Catálogo LIBROS », Pensaré,‎ (lire en ligne)
  27. « Ka(r)talogue », sur kartoceros.blogspot.fr (consulté le 17 janvier 2017)
  28. « Ayotzinapa : Disparitions forcées », issuu, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :