Encratisme

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L'encratisme est l'une des nombreuses appellations par lesquelles les hérésiologues de la « Grande Église » désignaient ce qui, selon eux, constituait une « déviance » de certains chrétiens, par rapport à l'attitude orthodoxe en cours de formation dans les premiers siècles de l'ère commune. Les chrétiens qui étaient désignés du nom péjoratif d'Encratites — du grec εγκρατής enkratís signifiant continents — s’astreignaient ou prônaient un style de vie très ascétique. Une attitude présente dès la création du mouvement, aussi bien dans sa branche juive appelée mouvement nazôréen (notsrim en hébreu) avec comme tête de file le chef du mouvement, l'évêque de Jérusalem et « frère de Jésus », Jacques le Juste, mais aussi dans sa branche romaine, comme le montre tant les épîtres des apôtres, que les nombreux Actes des martyrs décrivant les chrétiens romains du Ier siècle.

Cette attitude et ce positionnement, qui a joué un rôle important dans l'édification du mouvement, a été vivement combattue par les Pères de l'Église à partir du milieu ou de la fin du IIe siècle, qui associa souvent cette lutte à ce qu'ils appellent le docétisme puis à partir du IIIe siècle au gnosticisme et à l'ébionisme, trois autres « raisons sociales hérésiologique ».

Doctrine[modifier | modifier le code]

Comme pour nombre de courants chrétiens des premiers siècles, on ne connaît les encratites que par leurs détracteurs, les apologètes et hérésiologues chrétiens de l'orthodoxie qui s'est progressivement forgée au contact des multiples christologies de l'époque.

Irénée de Lyon, et à sa suite la tradition occidentale, fait de Tatien le Syrien, disciple de Justin, le fondateur de cette secte, même s'il faut plutôt y voir un courant. Tatien rejetait le mariage, condamnait l'usage de la viande et du vin, préconisant l'eau pour célébrer l'eucharistie[1] ce qui vaudra aux encratites d'être parfois appelés Hydroparastates (en grec) ou Aquariens (en latin). Ils ne reconnaissaient pas certaines parties des Écritures, en particulier l'Ancien Testament ni d'après Eusèbe de Césarée, les épîtres de Paul et les actes des apôtres. Ils avaient par contre recours à des textes de la littérature apocryphe présentant des tendances ascétiques marquées.

Par ailleurs, selon les encratites, l'âme pré-existante, corrompue - ou efféminée - par la concupiscence avait chuté dans le monde charnel, où la matière est intrinsèquement mauvaise. Pour empêcher que cette décadence de l'âme dans le monde se perpétue, ils allaient jusqu'à condamner toute relation sexuelle. En outre, d'après Augustin d'Hippone, ils admettaient certaines émanations des éons et, toujours selon ce dernier citant Épiphane, les encratites se seraient schismatiquement séparés des disciples de Tatien[2].

D'après Clément d'Alexandrie et Jérôme de Stridon, le représentant le plus doctrinaire de ce courant était le chrétien gnostique de la fin du IIe siècle, Jules Cassien.

Postérité[modifier | modifier le code]

Initialement développé en Syrie, l'encratisme avait pris une telle importance à travers l'empire romain qu'à la fin du IVe siècle et au Ve siècle il fut condamné sous ses différentes composantes avec le manichéisme par l'empereur Théodose Ier, qui prit trois décrets contre eux[3] notamment en 382 menaçant de mort toute personne qui prendrait le nom d'Encratites, Saccophore ou Hydroparastate[4]. Après la division de l'Empire romain, le courant fut à nouveau proscrit par l'empereur romain d'Orient Théodose II sous toutes ses formes en 428. L'encratisme s'est par la suite confondu avec le manichéisme et a pu se prolonger à travers les gyrovagues et le bogomilisme.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Clément d'Alexandrie, Stromates (vers 193), III. Sur Jules Cassien. Traduction, Cerf.
  • Épiphane de Salamine, Panarion (377-380). Sur les sévériens (45), Tatien le Syrien (46), les tatianistes (47), les adamites (52), les apostoliques (61). Traduction anglaise : The Panarion of Epiphanius of Salamis, par Frank Williams, Leyde, Brill, 1987-1994, 2 vol., XXX-359, XVIII-677 p.
  • Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique (324), IV, 28 et 29. Sur Tatien le Syrien, Saturnin, Marcion. Traduction, Cerf.

Textes[modifier | modifier le code]

  • Tatien le Syrien, Discours aux Grecs (II° s.). Traduction française du Discours aux Grecs sur remacle
  • Acte de Pierre, trad. du copte Louise Roy, apud Écrits gnostiques, Gallimard, coll. "La Pléiade", 2007, p. 1679-1684. [1]
  • Livre de Thomas, trad. du copte Raymond Kuntzmann, apud Écrits gnostiques, Gallimard, coll. "La Pléiade", 2007, p. 495-508. [2]
  • Actes de Pierre et des douze apôtres (II° s.), trad. du copte Victor Ghica, apud Écrits gnostiques, Gallimard, coll. "La Pléiade", 2007, p. 819-835. [3]
  • L'Évangile selon Thomas (II° s.), trad. du copte Jean-Yves Leloup, Albin Michel, 2008. [4]

Études[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire de spiritualité. Ascétique et mystique, 1932-1995, article "Encratisme", t. IV.
  • G. Blond, "L' 'hérésie' encratite vers la fin du IV° siècle", Recherches de science religieuse, ISSN 0034-1258. - (1940) vol.30, p. 157-210 (1944).
  • Peter Brown, Le renoncement de la chair. Virginité, célibat et continence dans le christianisme primitif (1988), traduction, Gallimard, 1995.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Francine Culdaut, Une jeune église en débat, in Les Origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2004, p. 480
  2. Augustin d'Hippone, Des hérésies, ch. XXV
  3. Codex Theod. de haeret., lib. 7,9,11
  4. en latin Encratites, Saccophori ou Hydroparastatæ

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources partielles[modifier | modifier le code]