Emmerson Mnangagwa

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Emmerson Mnangagwa
Emmerson Mnangagwa en 2015.
Emmerson Mnangagwa en 2015.
Fonctions
Président de la République du Zimbabwe
(nommé)
En attente d'investiture –
Prédécesseur Phelekezela Mphoko (intérim)
Robert Mugabe
Président de l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique
En fonction depuis le
(4 jours)
Prédécesseur Robert Mugabe
Premier vice-président de la République du Zimbabwe

(2 ans, 10 mois et 25 jours)
Président Robert Mugabe
Prédécesseur Joice Mujuru
Successeur Vacant
Biographie
Nom de naissance Emmerson Dambudzo Mnangagwa
Date de naissance [1] (75 ans)
Lieu de naissance Zvishavane (Rhodésie du Sud)
Nationalité zimbabwéenne
Parti politique ZANU-PF

Emmerson Mnangagwa
Présidents de la République du Zimbabwe

Emmerson Mnangagwa, né le à Zvishavane, est un homme d'État zimbabwéen. Il est premier vice-président de la République de 2014 à 2017.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il effectue ses études primaires à l'école primaire du village de Mnangagwa mais la répression politique de l'époque force sa famille à déménager en Rhodésie du Nord en 1955, où il poursuit ses études à Mumbwa entre 1956 et 1957, puis s'inscrit à Kafue dans une école de métiers liés à la construction. Il intègre ensuite le Technical College de Hodgson puis un cours industriel. Avec d'autres élèves, il est expulsé de l'université en 1960 pour activisme politique. Il rejoint alors le mouvement étudiant UNIP.

En 1962, il est recruté par l'Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU) et notamment Willie Musarurwa. Après avoir rejoint ce mouvement, il part pour la Tanzanie où il reste à Mbeya puis au nouveau camp d'entraînement du ZAPU. En avril 1963, avec douze autres membres de la ZAPU, il est envoyé à Dar es-Salaam, puis à Héliopolis pour une formation militaire à l'Académie militaire égyptienne.

En août 1963, avec dix des treize cadres, il décide de se joindre à la nouvelle Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU). Ceci provoque leur mise en détention par les autorités égyptiennes qui ont reconnu la ZAPU, mais pas la ZANU. Un envoyé de Robert Mugabe obtient cependant leur libération, et des billets d'avion leur sont fournis pour revenir à Dar es Salaam. À leur arrivée au Tanganyika, Emmerson Mnangagwa et cinq autres de ses camarades rejoignent le premier camp Frelimo à Bagamoyo fin août 1963. Emmerson Mnangagwa est envoyé en Chine avec d'autres membres de l'Armée de libération nationale africaine du Zimbabwe (Zimbabwe African National Liberation Army ou ZANLA). Ils passent les deux premiers mois à l'école du marxisme de l'université de Pékin, puis se consacrent à l'entraînement au combat. Il y est formé également au renseignement[2]. Après avoir terminé l'entraînement militaire en mai 1964, ils retournent au Tanganyika, où ils forment le «groupe des crocodiles»[3],[4]. Le groupe assiste au Congrès de la ZANU à Mkoba en mai 1964.

En janvier 1965, au cours d'une opération, ce « groupe des crocodiles » tue un fermier résident et un réserviste de la police, à Chimanimani, et sabote du matériel ferroviaire à Fort Victoria. Cette action entraîne la capture et la pendaison de deux membres du groupe. Emmerson Mnangagwa est également arrêté. Il avoue sous la torture[5] qu'il a participé à l'opération et est reconnu coupable en vertu de la loi de 1960 sur le maintien de l'ordre public[6]. Ses avocats plaident qu'il est mineur et ne peut pas être exécuté. Il est condamné à dix ans d'emprisonnement. Il passe la première année à la prison de Salisbury, puis à la prison de Grey Street, et plus tard à la prison de Khami (toutes deux près de Bulawayo) où il reste six ans et huit mois, avec d'autres militants nationalistes, dont Robert Mugabe dont il devient proche[2]. Il est ensuite expulsé en Zambie et reprend des études de droit à la demande de son mouvement. Après avoir terminé ses études à l'Université de Zambie, il pratique le droit auprès d'Enoch Dumbutshena et est nommé secrétaire du ZANU pour la zone de la Zambie, à Lusaka. Il devient membre du comité des étudiants en politique de l'Université de Zambie. Il gravit ensuite les échelons au sein de la ZANU, à la fin des années 1970.

Début de carrière politique[modifier | modifier le code]

En 1980, il est nommé ministre, successivement de la Sécurité d'État jusqu'en 1988, de la Justice entre 1988 et 2000 et des Finances entre 1995 et 1996. En 1983 et 1984, il pilote également, avec Constantino Chiwenga, la division Gukurahundi, une entité entraînée par la Corée du Nord, qui écrase et massacre dans le Matabeleland les forces de l'ex-ZAPU de Joshua Nkomo[2]. Président du Parlement de juillet 2000 et 2005, il est ensuite ministre du Logement rural entre avril 2005 et février 2009 puis de la Défense entre 2009 et 2013. Il joue un rôle important dans les violences qui ensanglantent l'élection présidentielle de 2008[7].

En décembre 2014, il succède à Joice Mujuru comme premier vice-président de la République. Le , il est cependant relevé de ses fonctions pour « manque de loyauté »[8].

Coup d'État de 2017 et prise de pouvoir[modifier | modifier le code]

En raison de l'âge avancé du président Robert Mugabe, qui célèbre ses 93 ans en février 2017, la question de sa succession est devenue un enjeu important dans le milieu politique zimbabwéen. Robert Mugabe, ayant révélé qu'il souhaitait voir son épouse Grace Mugabe lui succéder, a écarté du parti ZANU-PF et du gouvernement les rivaux potentiels de cette dernière. Grace Mugabe, connue pour ses goûts de luxe et sa brutalité, est toutefois impopulaire. Le 4 novembre, Robert Mugabe annonce qu'il souhaite que son épouse devienne vice-présidente. Le 5 novembre, celle-ci lui demande publiquement de lui céder directement la présidence de la République. Le limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwa le a ainsi pour objectif de conforter la première dame, mais déplaît aux forces armées du Zimbabwe.

Le , le général Sibusiso Moyo annonce à la télévision nationale prendre le contrôle des rues afin « d'éliminer des criminels proches du président Mugabe » et affirme que l'armée ne mène pas de coup d'État contre le gouvernement[9]. Robert Mugabe et sa femme Grace sont placés en résidence surveillée par l'armée. L'Afrique du Sud, très inquiète pour Robert Mugabe, envoie deux émissaires pour rencontrer la famille de ce dernier ainsi que les responsables militaires. L'Union africaine, l'Union européenne ou le Nigeria lancent un appel à la paix. Néanmoins aucun signe d'anarchie n'est détecté depuis l’insurrection[10].

Le 19 novembre, le comité central du ZANU-PF destitue Robert Mugabe de son poste de président du parti et l'en expulse, puis le remplace à son poste par Emmerson Mnangagwa. La Ligue des Jeunes du ZANU-PF demande également l'expulsion de Grace Mugabe. Le Parlement prévoit de voter une mention de censure le mardi 21 novembre pour démettre Robert Mugabe de son mandat de président du Zimbabwe, s'il n'a pas démissionné d'ici-là[11]. Le jour même, le ZANU-PF le désigne comme candidat à l'élection présidentielle zimbabwéenne de 2018[12].

Président de la République[modifier | modifier le code]

Le 21 novembre, pour devancer la procédure de destitution lancée à son encontre, Robert Mugabe démissionne[13]. Emmerson Mnangagwa est désigné président et doit prêter serment dans les deux jours[14]. Finalement, la date du serment est fixée au 24 novembr. Mnangagwa doit devenir président du Zimbabwe par intérim jusqu'à l'élection présidentielle zimbabwéenne de 2018[15]. À ce moment, il sera alors le candidat du Zanu-PF, et donc le candidat favori à sa propre succession[15]

Il retourne au pays le 22 novembre. Il déclare qu'« aujourd'hui, nous voyons naître une nouvelle démocratie »[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kimiko de Freytas-Tamura, « A Strongman Nicknamed ‘Crocodile’ Is Poised to Replace Mugabe », (consulté le 19 novembre 2017)
  2. a, b et c Jean-Philippe Rémy, « Zimbabwe  : Emmerson Mnangagwa, le successeur invisible », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  3. (en) Fay Chung, Zimbabwe since the Unity Government, Routledge, (ISBN 978-0-415-62484-8), « Chapter 5. Emergence of a New Political Movement », 63
  4. (en) Nyangoni, Wellington Winter, African nationalism in Zimbabwe (Rhodesia), University Press of America, (ISBN 978-0-8191-0275-1), p. 96.
  5. (en) John Conroy, Unspeakable Acts, Ordinary People: The Dynamics of Torture, Knopf, (ISBN 978-0-679-41918-1, lire en ligne), p. 176.
  6. (en) « Zimbabwe: Status of the Law and Order (Maintenance) Act and the draft Public Order Act », Immigration and Refugee Board of Canada (IRB)/UNHCR,‎ (lire en ligne).
  7. « Les cinq acteurs majeurs de la crise au Zimbabwe », sur lemonde.fr, .
  8. « Zimbabwe : Robert Mugabe limoge son vice-président pour « manque de loyauté» », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne).
  9. « Zimbabwe : l'armée intervient contre des «criminels» proches de Mugabe », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  10. « Le Zimbabwe se réveille dirigé par des militaires », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  11. « Zimbabwe : le président Robert Mugabe a été exclu de la direction du parti au pouvoir », sur lemonde.fr, (consulté le 19 novembre 2017).
  12. « Zimbabwe  : la Zanu-PF destituera Mugabe s'il ne démissionne pas d'ici lundi », sur Europe 1 (consulté le 19 novembre 2017).
  13. « Zimbabwe : le président Mugabe démissionne après 37 ans de pouvoir », FIGARO,‎ (lire en ligne).
  14. « As it happened: Mugabe resigns », sur BBC News (consulté le 21 novembre 2017).
  15. a et b « Au Zimbabwe, le triomphe du « crocodile » Emmerson Mnangagwa », sur la-croix.com, (consulté le 22 novembre 2017)
  16. « De retour au Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa appelle au rassemblement - RFI », sur RFI Afrique (consulté le 22 novembre 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]