Abd el-Kader

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Émir
Abdelkader el-Djezairi
عـبـد الـقـادر الـجـزائـري
Portrait d'Abdelkader, par Jean-Baptiste-Ange Tissier, 1852.
Portrait d'Abdelkader, par Jean-Baptiste-Ange Tissier, 1852.

Nom de naissance Abdelkader ibn Muhieddine
عبد القادر بن محي الدين
Naissance 6 septembre 1808
El Guettana, Régence d'Alger
Décès 26 mai 1883 (à 74 ans)
Damas, Vilayet de Syrie
Mort au combat
Grade Émir
Années de service 1832-1847
Conflits Conquête de l'Algérie par la France
Faits d'armes Bataille de la Macta
Bataille du Sig
Bataille de Sidi-Brahim
Distinctions Légion d'Honneur (Grand Croix)
Ordre de Pie IX
1re classe de l'Ordre du Médjidié
Ordre du Sauveur (Grand Croix)

Abdelkader ibn Muhieddine (arabe : عبد القادر بن محي الدين ʿAbd al-Qādir ibn Muḥyiddīn), plus connu comme l'émir Abdelkader ou Abdelkader El Djezairi, né le à El Gueïtna (près de Mascara) en Algérie, et mort le à Damas (Syrie), était un chef politique et militaire algérien, qui a mené une lutte contre l'invasion française de l'Algérie au milieu du XIXe siècle. Savant musulman et soufi, il s'est retrouvé de façon inattendue à mener une campagne militaire. Il a constitué un groupement de tribus algériennes qui, pendant de nombreuses années, ont résisté avec succès contre l'une des armées les plus avancées d'Europe. Son respect constant pour ce qu'on appellerait désormais les droits de l'homme, surtout en ce qui concerne ses opposants chrétiens, suscita une admiration généralisée, son intervention cruciale pour sauver la communauté chrétienne de Damas d'un massacre en 1860, lui amena des honneurs et des récompenses du monde entier. En Algérie, ses efforts pour unifier le pays contre les envahisseurs extérieurs le voient salué de « Jugurtha moderne »[1], et sa capacité à combiner autorité religieuse et politique, l'a conduit à être acclamé de "prince parmi les saints, et saint parmi les princes"[2].

Nom[modifier | modifier le code]

Le nom d'Abdelkader est parfois translittéré "'Abd al-Qadir", "Abd al-Kader", "Abdul Kader" ou d'autres variantes. Il est souvent désigné simplement comme l'émir Abdelkader (puisque El Djezairi veut dire "l'Algérien"). "Ibn Muhieddine" est un patronyme qui signifie "fils de Muhieddine", et "al-Hasani" est un patronyme honorifique indiquant sa descendance de Hasan ibn Ali, le petit-fils de Mahomet. On lui donne souvent, aussi les titres d'émir "prince" et shaykh "cheikh".

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Abdelkader est né près de la ville de Mascara en 1808[3], d'une famille de l'aristocratie religieuse. Son père, Muhieddine (ou "Muhyi al-Din") al-Hasani, était un muqaddam dans une institution religieuse affiliée à la confrérie soufie Qadiriyya[4] et revendiquait une descendance de Mahomet, via les Idrisides[5]. Abdelkader était donc un shérif, et avait le droit d'ajouter à son nom le patronyme honorifique d'al-Hasani (« descendant d'al-Hasan »)[4].

Il a grandi dans la zaouïa de son père qui, au début du XIXe siècle, était devenue le centre d'une communauté florissante sur les bords de la rivière de l'Oued al-Hammam. Comme les autres étudiants, il a reçu une éducation traditionnelle en théologie, jurisprudence et grammaire; on disait qu'il savait lire et écrire à l'âge de cinq ans. Élève doué, Abdelkader a réussi à réciter le Coran par cœur à l'âge de 14 ans, recevant ainsi le titre d'hafiz; un an plus tard, il est allé à Oran pour poursuivre ses études[4]. Il était un bon orateur et pouvait exciter ses pairs avec poésies et diatribes religieuses[6].

En 1825, il partit avec son père faire le pèlerinage (hajj) à La Mecque. Là-bas, il a rencontré l'Imam Chamil; les deux ont longuement discuté de différents sujets. Il s'est également rendu à Damas et à Bagdad, et a visité les tombes de musulmans notables, tels que Ibn Arabi et Abd al Qadir al-Jilani, également appelé El-Jilali en Algérie. Cette expérience a cimenté son enthousiasme religieux. Sur le chemin du retour vers l'Algérie, il fut impressionné par les réformes menées par Méhémet Ali en Égypte. Il est revenu à sa patrie quelques mois avant l'arrivée des Français.

Invasion française et résistance[modifier | modifier le code]

Premiers succès (1830-1837)[modifier | modifier le code]

En 1830, l'Algérie a été envahie par la France; la domination coloniale française sur l'Algérie a supplanté la domination de l'Empire ottoman et des Koulouglis. Il y avait beaucoup de ressentiments refoulés contre les Ottomans lorsque les Français sont arrivés, et en raison de nombreuses rébellions au début du XIXe siècle, les Algériens ne pouvaient pas du tout s'opposer aux Français. Lorsque l'armée française arriva à Oran en janvier 1831, le père d'Abdelkader fut chargé de mener une campagne de harcèlement[6]. Muhieddine appela au jihad, et son fils et lui firent partie de ceux impliqués dans les premières attaques sous les murs de la ville[4].

Traité Desmichels conclu à Oran le 26 février 1834 entre la France et Abdelkader.

C'est à ce moment qu'Abdelkader apparaît au premier plan. Lors d'une réunion des tribus de l'ouest, à l'automne de 1832, il fut élu émir, ou Commandeur des Croyants (suite au refus de son père d'occuper ce poste, au motif qu'il était trop vieux). Le poste a été confirmé cinq jours plus tard à la grande mosquée de Mascara. En un an, grâce à une combinaison de raids punitifs et de politique prudente, Abdelkader avait réussi à unir les tribus de la région, et à rétablir la sécurité - sa zone d'influence couvrait désormais toute la province d'Oran[4]. Le général français Louis Alexis Desmichels, commandant en chef local, voyait Abdelkader comme le représentant principal de la région pendant les négociations de paix et, en 1834, il signa le traité Desmichels, qui cédait presque complètement le contrôle de la province d'Oran à Abdelkader[6]. Pour les Français, c'était une manière d'établir la paix dans la région tout en confinant Abdelkader à l'ouest; mais son statut de co-signataire a également beaucoup contribué à l'élever aux yeux des Berbères et des Français[7].

Utilisant ce traité comme un départ, il imposa sa domination sur les tribus de Chelif, Miliana et Médéa[6]. Le haut commandement français, mécontent de ce qu'ils considéraient maintenant comme les termes défavorables du traité de Desmichels, rappelèrent le général Desmichels et le remplacèrent par le général Trezel, ce qui provoqua une reprise des hostilités. Les guerriers tribaux d'Abdelkader rencontrèrent les forces françaises en juillet 1834 lors de la bataille de la Macta, où les Français subirent une défaite inattendue[4]. La France a réagi en intensifiant sa campagne de pacification et, sous de nouveaux commandants, les Français ont remporté plusieurs rencontres importantes, dont la bataille de la Sikkak. Mais l'opinion politique en France devenait ambivalente envers l'Algérie, et lorsque le général français Thomas Robert Bugeaud fut déployé dans la région en avril 1837, il fut « autorisé à utiliser tous les moyens pour inciter Abd el-Kader à faire des ouvertures de paix. »[8]. Le résultat, après de longues négociations, fut le traité de la Tafna, signé le 30 mai 1837. Ce traité donna encore plus de contrôle sur les parties intérieures de l'Algérie à Abdelkader, mais avec la reconnaissance du droit de la France à la souveraineté impériale. Abdelkader a ainsi pris le contrôle de tout Oran et étendu son influence à la province voisine de Titteri, et au-delà[6].

Nouvel état[modifier | modifier le code]

Article connexe : État d'Abd el Kader.

La période de paix qui a suivi le traité de la Tafna a bénéficié aux deux parties, et l'émir Abdelkader en a profité pour consolider un nouvel état fonctionnel, avec une capitale, à Tagdemt. Il a minimisé son pouvoir politique, refusant à plusieurs reprises le titre de sultan et s'efforçant de se concentrer sur son autorité spirituelle[9]. L'État qu'il a créé était largement théocratique, et la plupart des postes d'autorité étaient occupés par des membres de l'aristocratie religieuse; même l'unité principale de la monnaie a été appelée le muhammadiyya, d'après le prophète[10].

Carte de l'État d'Abd el Kader en 1837, suite au traité de la Tafna.

Sa première action militaire était de se déplacer vers le sud dans le Sahara et at-Tijini. Ensuite, il se déplaça vers l'est jusqu'à la vallée du Chelif et du Titteri, mais le Bey de Constantine, Hadj Ahmed, lui opposa résistance. En d'autres cas, il a exigé la punition des Kouloughlis de Zouatna pour avoir soutenu les Français. À la fin de 1838, son règne s'étendait à l'est jusqu'à la Kabylie, et au sud jusqu'à Biskra et à la frontière marocaine[6]. Il a continué à se battre à Tijini, et a assiégé sa capitale à Aïn Madhi, pendant six mois, finissant par la détruire.

Un autre aspect d'Abdelkader qui l'a aidé à diriger son pays naissant était sa capacité à trouver, et à utiliser de bons talents, indépendamment de sa nationalité. Il employa des juifs et des chrétiens sur le chemin de la construction de sa nation. L'un d'eux était Léon Roches[6]. Son approche à l'armée était d'avoir une armée permanente de 2 000 hommes soutenue par des volontaires des tribus locales. Il a placé, dans les villes de l'intérieur, des arsenaux, des entrepôts et des ateliers, où il a stocké des objets à vendre pour les achats d'armes venant d'Angleterre. Grâce à sa vie frugale (il a vécu dans une tente), il a enseigné à son peuple la nécessité de l'austérité et à travers l'éducation, il leur a enseigné la fierté nationaliste[6].

Fin de la nation[modifier | modifier le code]

La paix a pris fin lorsque le duc d'Orléans, ignorant les termes du traité de la Tafna, dirigea une force expéditionnaire qui franchit les portes de fer. Le 15 octobre 1839, Abdelkader a attaqué les Français alors qu'ils colonisaient les plaines de la Mitidja, et a mis en déroute les envahisseurs. En réponse, les Français déclarent officiellement la guerre le 18 novembre 1839[11]. Les combats s'embourbent jusqu'à ce que le général Thomas Robert Bugeaud retourne en Algérie, cette fois en tant que gouverneur général, en février 1841. Abdelkader est initialement encouragé à entendre que Bugeaud, le promoteur du Traité de la Tafna, revenait; mais cette fois, la tactique de Bugeaud serait radicalement différente. Cette fois-ci, son approche était celle de l'annihilation, avec la conquête de l'Algérie comme finalité[6] :

« J'entrerai dans vos montagnes; je brûlerai vos villages et vos moissons; je couperai vos arbres fruitiers.
- Général Bugeaud, 24 janvier 1845. »

Il a été efficace en pratiquant la guérilla et, pendant une décennie, jusqu'en 1842, a remporté de nombreuses batailles. Il a souvent signé des trêves tactiques avec les Français, mais celles-ci n'ont pas duré. Sa base de pouvoir était dans la partie occidentale de l'Algérie, où il a réussi à unir les tribus contre les Français. Il était connu pour sa chevalerie; à une occasion, il a libéré ses captifs français simplement parce qu'il n'avait pas assez de nourriture pour les nourrir. Au cours de cette période, Abdelkader a fait preuve de leadership politique et militaire et a agi comme un administrateur compétent et un orateur persuasif. Sa foi fervente dans les doctrines de l'Islam était incontestée.

Jusqu'au début de 1842, la lutte allait en sa faveur. cependant, la résistance a été réprimée par le maréchal Bugeaud, en raison de l'adaptation de Bugeaud à la tactique de guérilla utilisée par Abdelkader. Abdelkader frappait vite et disparaissait dans le terrain avec l'infanterie légère; Cependant, les Français ont augmenté leur mobilité. Les armées françaises ont réprimé brutalement la population indigène et pratiqué une politique de la terre brûlée dans la campagne pour forcer les habitants à mourir de faim afin de déserter leur chef. En 1841, ses fortifications ont presque été détruites, et il a été forcé d'errer à l'intérieur d'Oran. En 1842, il avait perdu le contrôle de Tlemcen et ses lignes de communication avec le Maroc n'étaient pas efficaces. Il a réussi à passer la frontière au Maroc pour un sursis, mais les Français ont vaincu les Marocains à la bataille d'Isly[6]. Il a quitté le Maroc et a pu continuer le combat contre les Français en capturant Sidi Brahim, à la bataille de Sidi-Brahim[6].

Capitulation[modifier | modifier le code]

Représentation artistique de la capitulation d'Abdelkader en 1847.

Abdelkader a en fin de compte été contraint de se rendre. Son échec à obtenir le soutien des tribus de l'est, à l'exception des Berbères de l'ouest de la Kabylie, avait contribué à l'étouffement de la rébellion, et un décret d'Abd al-Rahman du Maroc, après le traité de Tanger, avait banni l'émir de tout son royaume[10]. Le 21 décembre 1847, Abdelkader se rendit au général Louis de Lamoricière en échange de la promesse qu'il serait autorisé a aller à Alexandrie ou à Acre[6]. Il aurait commenté sa propre reddition avec les mots : « Et Dieu défait ce que ma main a fait » (bien que cela soit probablement apocryphe). Sa demande fut acceptée et, deux jours plus tard, sa reddition fut rendue officielle au gouverneur général français d'Algérie, Henri d'Orléans, duc d'Aumale, auquel Abdelkader remit symboliquement son cheval de bataille[10]. En fin de compte, cependant, le gouvernement français a refusé d'honorer la promesse de Lamoricière : Abdelkader a été envoyé en France et, au lieu d'être autorisé à être conduit à l'Est, a été gardé en captivité[6],[10].

Emprisonnement et exil[modifier | modifier le code]

Tombe au château d'Amboise, de 27 membres de la suite d'Abdelkader morts durant son séjour en ce lieu, dont l'une de ses femmes, un de ses frères, et deux de ses enfants.

Abdelkader, sa famille et ses fidèles furent détenus en France, d'abord au fort Lamalgue à Toulon, puis à Pau, et en novembre 1848, ils furent transférés au château d'Amboise[6].

Le conditionnement humide du château ont conduit à la détérioration de la santé, ainsi qu'au moral de l'émir et de ses partisans, et son destin est devenu une cause célèbre dans certains entourages. Plusieurs personnalités, dont Émile de Girardin et Victor Hugo, ont demandé plus de précisions sur la situation de l'émir; Le futur premier ministre, Émile Ollivier, a mené une campagne d'opinion publique pour sensibiliser le public à son sort. Il y avait aussi une pression internationale. Lord Londonderry (dit George Vane-Tempest, 5e marquis de Londonderry) rendit visite à Abdelkader à Amboise, et écrivit par la suite au président de l'époque, Louis-Napoléon Bonaparte (qu'il avait connu lors de l'exil de ce dernier en Angleterre) pour faire appel à la libération de l'émir[10].

Napoléon III rend la liberté à l'émir Abd el-Kader, tableau par Ange Tissier (1861).

Louis-Napoléon Bonaparte (plus tard l'empereur Napoléon III) était un président relativement nouveau, arrivé au pouvoir à la révolution de 1848 alors qu'Abdelkader était déjà emprisonné. Il tenait à rompre avec plusieurs politiques du régime précédent, et la cause d'Abdelkader en faisait partie[10]. Finalement, le 16 octobre 1852, Abdelkader est libéré par le président et reçoit une pension annuelle de 100 000 francs[12], en prêtant serment de ne plus jamais déranger l'Algérie. Il s'installa alors à Bursa, aujourd'hui en Turquie, et déménagea en 1855 dans le district d'Amara à Damas. Il se consacre de nouveau à la théologie et à la philosophie et compose un traité philosophique dont une traduction française est publiée en 1858 sous le titre de Rappel à l'intelligent. Avis à l'indifférent. Il a également écrit un livre sur le cheval arabe.

Pendant son séjour à Damas, il s'est lié d'amitié avec Jane Digby, ainsi qu'avec Richard et Isabel Burton. La connaissance du soufisme, et l'habileté avec les langues, d'Abdelkader, ont gagné le respect et l'amitié de Burton; sa femme Isabel l'a décrit comme suit :« Il s'habille uniquement en blanc ... enveloppé dans l'habituel burnous enneigé ... si vous le voyez à cheval sans le savoir être Abd el Kadir, vous le feriez sortir ... il a le siège d'un gentleman et d'un soldat. Son esprit est aussi beau que son visage[13]. »

Émeutes anti-chrétiennes de 1860[modifier | modifier le code]

Article connexe : Massacre de Damas (1860).
Tableau représentant l'émir Abdelkader, protégeant les chrétiens à Damas en 1860, lors des massacres commis par les Druzes.

En juillet 1860, le conflit entre les Druzes et les Maronites du Mont Liban s'est étendu à Damas, et les Druzes locaux ont attaqué le quartier chrétien, tuant plus de 3 000 personnes. Abdelkader avait auparavant prévenu le consul de France ainsi que le concile de Damas que la violence était imminente; quand le conflit a finalement éclaté, il a abrité un grand nombre de chrétiens, y compris les chefs de plusieurs consulats étrangers ainsi que des groupes religieux tels que les Sœurs de la Miséricorde, dans sa maison, en sécurité. Ses fils aînés ont été envoyés dans les rues pour offrir à tous les chrétiens un abri contre la menace, sous sa protection, et Abdelkader lui-même, a été dit par beaucoup de survivants comme ayant joué un rôle instrumental dans leur sauvetage. « Nous étions consternés, nous étions tous convaincus que notre dernière heure était arrivée [...]. Dans cette attente de la mort, dans ces moments d'angoisse indescriptibles, le ciel nous a envoyé un sauveur! Abd el-Kader est apparu, entouré de ses Algériens, une quarantaine d'entre eux. Il était à cheval et sans armoieries: sa belle figure calme et imposante contrastait étrangement avec le bruit et le désordre qui régnaient partout.
- Le Siècle, 2 août 1869[14] »

Cadeau d'Abraham Lincoln à l'émir.

Les rapports publiés en Syrie, alors que les émeutes se sont calmées, ont souligné le rôle proéminent d'Abdelkader, suivi d'une reconnaissance internationale considérable. Le gouvernement français augmenta sa pension à 150 000 francs, et lui conféra la grande croix de la légion d'honneur[15]; il reçut également de la Grèce, la Grande Croix du Sauveur, l'Ordre de la Médjidié 1re classe de Turquie, et l'Ordre de Pie IX du Vatican[11]. Abraham Lincoln lui a envoyé une paire de pistolets incrustés (maintenant exposés dans le musée d'Alger) et la Grande-Bretagne, un fusil de chasse incrusté d'or. En France, l'épisode représente l'aboutissement d'un revirement remarquable, d'être considéré comme un ennemi de la France durant la première moitié du XIXe siècle, et de devenir un « ami de la France » après être intervenu en faveur des chrétiens persécutés[16],[17],[18],[19],[20],[21],[22].

En 1865, il visita Paris à l'invitation de Napoléon III, et fut accueilli avec un respect tant officiel que populaire. En 1871, lors d'une insurrection en Algérie, il renia un de ses fils qui excita les tribus autour de Constantine[23]. Il écrit Rappel à l'intelligent, avis à l'indifférent[23].

Abdelkader meurt à Damas le 26 mai 1883, et a été enterré près du grand soufi Ibn Arabi, à Damas.

Son corps a été retrouvé en 1965, et se trouve maintenant au cimetière d'El Alia, à Alger. Ce transfert de ses restes était controversé, car Abdelkader avait clairement voulu être enterré à Damas, avec son maître Ibn Arabi.

Héritage et image[modifier | modifier le code]

Dès le début de sa carrière, Abdelkader a inspiré de l'admiration, non seulement de l'intérieur de l'Algérie, mais aussi des Européens, même en combattant contre les forces françaises. La « généreuse pré-occupation, la tendre sympathie » qu'il montrait à ses prisonniers de guerre était « presque sans parallèle dans les annales de la guerre »[24], et il prenait soin de respecter la religion privée des captifs.

En 1843, le maréchal Soult déclara qu'Abdelkader était l'un des trois grands hommes vivants sur terre; les deux autres, l'Imam Shamil et Méhémet Ali d'Égypte, étant aussi musulmans[25]. Il est actuellement respecté, comme l'un des plus grands de son peuple[6].

Noms de lieux ou d'institutions[modifier | modifier le code]

En Algérie, le nom de l'émir Abdelkader a été donné à une commune de la wilaya d'Aïn Témouchent, et une dans la wilaya de Jijel, une université de Constantine (l'université des Sciences Islamiques Emir Abdelkader), la mosquée Émir Abdelkader, sa zaouïa, à El Guettana, dans la ville de Mascara, deux places portent le nom : Émir Abdelkader, et à Alger, la place de l'Émir-Abdelkader.

Au Maroc, à la gare de Meknès-Amir Abdelkader, à Meknès.

En France, une loge de la Grande Loge de France porte le titre distinctif « L'Émir Abd El Kader »[26],[27], un paquebot de la Compagnie générale transatlantique, à Paris, une place de l'Émir-Abdelkader5e), ainsi qu'à Lyon, à Toulon, et à Amboise.

La ville d'Elkader dans l'Iowa aux États-Unis porte le nom d'Abdelkader. Les fondateurs de la ville Timothy Davis, John Thompson et Chester Sage ont été impressionnés par son combat contre le pouvoir colonial français, et ont décidé de choisir son nom, pour le nom de leur nouvelle colonie en 1846[28].

Au Mexique, une statue de l'émir Abdelkader a été réalisée par l'architecte Luis Aguilar en mai 2008[29]. Un buste d'Abdelkader a été inauguré au siège de la Croix-Rouge, à Genève, en 2013[30].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Une médaille à l'effigie d'Abdelkader fut gravée par Antoine Bovy en 1862. L'effigie du droit est inspirée du portrait peint par Ange Tissier en 1852. Le revers porte l'inscription suivante au pourtour :

« Emir de l'Afrique du Nord. Défenseur de la nationalité Arabe. Protecteur des chrétiens opprimés * 1862 », et dans le champ :

« Jugurtha moderne / Il a tenu en échec / L'une des plus puissantes nations / De la Terre / Pendant 14 ans son histoire / Est celle de nos revers et de nos succès / En Afrique / Il fait sa soumission le 23 décembre 1847 / Un décret magnanime de Napoléon III / Lui rend la liberté le 2 décembre 1852 / En 1860 il s'acquitte envers l'Empereur / En devenant la providence / Des chrétiens de Syrie / La France / Qu'il a combattu / L'aime et l'admire ». Un exemplaire de cette médaille est conservé au musée Carnavalet (ND 0144)[31].

Mémoire[modifier | modifier le code]

L'émir est considéré par le FLN depuis 1962, comme le fondateur de l’État algérien moderne[32].

Une « Maison de l’émir » sera construite à Alger[33].

Un film : À la recherche de l'Émir Abd El-Lader est réalisé par Mohamed Latreche, en 2004[34].

En 2013, le cinéaste américain Oliver Stone a annoncé la production prochaine d'un film biographique intitulé The Emir Abd el-Kader, qui sera réalisé par Charles Burnett[35].

La bourse "Abd el-Kader" est une bourse postdoctorale de l'Institut des hautes études en culture de l'Université de Virginie[36].

Descendance[modifier | modifier le code]

Les descendants d'Abdelkader ont continué de percevoir une pension du gouvernement français. En 1979, la Cour des comptes relevait que ses descendants percevaient encore cette rente (1,3 millions de francs par an), qui a été supprimée depuis[37].

L'émir Khaled commence par une carrière de soldat dans l'armée française, puis entame une carrière politique et milite activement pour l'indépendance de son pays. L'émir Khaled est considéré comme le premier fondateur du nationalisme algérien[38].

Œuvre écrite[modifier | modifier le code]

Éditions en arabe[modifier | modifier le code]

  • Dhikrâ al-âqiI, Alger, Rahma.
  • AI-miqràdh aI-hâdd, Alger, Rahma[39].
  • AI-Sayra aI-dhàtiyya (autobiographie), Alger, Dar-al-Umma.
  • AI-mawâqif (médiations mystiques), Damas et Alger, ENAG, 1996, 3 volumes.
  • Shiʻr al-Shaykh al-Ḥājj ʻAbd al-Qādir wa-al-ḥukm al-sharʻī li-al-ʻAskar al-Muḥammadī, textes publiés par le capitaine Boissonnet, Paris/Alger, Hashit, 1848 (poèmes et textes d'Abd el-Kader, en arabe ; introduction en français[40]).

La correspondance d'Abd el-Kader n'a pas été éditée, selon El Mouradia.

Traductions en français[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ernest Mercier, L'Algérie en 1880, Paris, Challamel, , 362 p. (lire en ligne), p. 36, 40
  2. Ahmed Bouyerdene, Éric Geoffroy, Setty G. Simon-Khedis, Abd el-Kader, un spirituel dans la modernité, Damas, Presses de l’Ifpo, coll. « Études arabes, médiévales et modernes », , 300 p. (ISBN 9782351590430, DOI 10.4000/books.ifpo.1772), chap. 3
  3. La majorité des sources modernes donnent le 6 septembre 1808; mais la date précise n'est pas claire. Les premières sources Arabes note sa naissance comme ayant eu lieu entre 1221 et 1223 anno hegirae (i.e. 1806-1808) avec des travaux biographiques écrits par ses fils, indiquants, Rajab 1222. Pour une discussion complète du problème, voir : Bouyerdene (2012), chapitre. 1; note 14.
  4. a, b, c, d, e et f Ahmed Bouyerdene, Emir Abd el-Kader: Hero and Saint of Islam, trad. Gustavo Polit, World Wisdom 2012
  5. Société languedocienne de géographie, Université de Montpellier. Institut de géographie, Centre national de la recherche scientifique (France), 1881. Notes sur l'article: v. 4, p. 517.
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o « Abdelkader », dans Encyclopædia Britannica, vol. I: A-Ak - Bayes, Chicago, Illinois, 15, , 18-19 p. (ISBN 978-1-59339-837-8)
  7. Ahmed Bouyerdene, Emir Abd el-Kader: Hero and Saint of Islam, trans. Gustavo Polit, World Wisdom 2012
  8. Service Historique de l'Armée de Terre, Fonds Serie 1H46, Dossier 2, Province d'Oran, cité dans Bouyerdene (2012).
  9. Bouyerdene (2012), chapitre. 3.
  10. a, b, c, d, e et f Bouyerdene (2012), chapitre. 4.
  11. a et b Bouyerdene (2012), chapitre. 5.
  12. J. Ruedy, Modern Algiera: The Origins and Development of a Nation, (Bloomington, 2005), p. 65; Chateaux of the Loire (Casa Editrice Bonechi, 2007) p. 10.
  13. Isabel Burton, Inner Life of Syria, Palestine and the Holy Land, 1875, vol. II, cité dans Mary S. Lovell, A Rage to Live: A Biography of Richard and Isabel Burton (1998), Abacus 1999, p. 513
  14. Cité dans Bouyerdene (2012), chapitre. 5.
  15. J. Ruedy, Modern Algiera: The Origins and Development of a Nation, (Bloomington, 2005), p. 65; Chateaux of the Loire (Casa Editrice Bonechi, 2007) p. 10.
  16. "[Les nationalistes] refusent de reconnaître le rôle d'ami de la France joué par l'émir à Damas sous le Second Empire. En 1860, en effet, Abd-el-Kader intervint pour protéger les chrétiens lors des massacres de Syrie, ce qui lui valut d'être fait grand-croix de la Légion d'honneur par Napoléon III", Jean-Charles Jauffret, La Guerre d'Algérie par les documents, Volume 2, Service historique de l'Armée de terre, 1998, p.174.
  17. "Notre ancien adversaire en Algérie était devenu un loyal ami de la France, et personne n'ignore que son concours nous a été précieux dans les circonstances difficiles" in Archives diplomatiques: recueil mensuel de diplomatie, d'histoire et de droit international, Numéros 3 à 4, Amyot, 1877, p. 384.
  18. Mouloud Haddad, Sur les pas d’Abd el-Kader : la hijra des Algériens en Syrie au XIXe siècle, dans Ahmed Bouyerdene, Éric Geoffroy et Setty G. Simon-Khedis (dir.), Abd el-Kader, un spirituel dans la modernité, Damas, Presses de l'Ifpo (« Études médiévales, modernes et arabes », no PIFD 237), 2012.
  19. John W. Kiser, Commander of the Faithful, the Life and Times of Emir Abd El-Kader: A Story of True Jihad, Monkfish Book Publishing Company, 2008.
  20. N. Achrati, Following the Leader: A History and Evolution of the Amir ‘Abd al-Qadir al-Jazairi as Symbol,The Journal of North African Studies Volume 12, Issue 2, 2007 : "Les Français ont continué de payer sa pension et à surveiller ses activités, et 'Abd al-Qadir est resté un "ami de la France" autoproclamé jusqu'à sa mort en 1883."
  21. Louis Lataillade, Abd el-Kader, adversaire et ami de la France, Pygmalion, 1984.
  22. (en) Herbert Ingram Priestley, France Overseas: A Study Of Modern Imperialism, 1938, Octagon Books, (ISBN 9780714610245, lire en ligne), p. 40 :

    « [Abdelkader a été] transféré à Damas par Napoléon III. Là, il devint un ami de la France, sauvant douze mille chrétiens des Turcs lors des massacres de Damas, et refusa de s'allier aux insurgés d'Algérie en 1870. »

  23. a et b « Abdelkader », dans Encyclopædia Britannica, vol. I: A-Ak - Bayes, Chicago, Illinois, 15, , 18-19 p. (ISBN 978-1-59339-837-8)
  24. Charles Henry Churchill, Life of Abd el-Kader: Ex-Sultan of the Arabs of Algeria,
  25. Alexandre Bellemare, Abd-el-Kader sa vie politique et militaire, Hachette, , p. 4
  26. Gauthier de Voland, « L’esprit de l’Emir Abd El Kader, le souffle du sacrifice algérien durant la Grande guerre et les conseillers de l’Elysée », Vu de Paris,‎ (lire en ligne)
  27. Thierry Zarcone, Le croissant et le compas: Islam et franc-maçonnerie, de la fascination à la détestation., Dervy, (ISBN 9782844548627, lire en ligne)
  28. « Elkader's First 100 Years », Elkader History,‎ (lire en ligne)
  29. « Chakib Khelil s'est rendu au cimetière d’el Alia pour se recueillir à la mémoire de l’Emir Abdelkader à l’occasion de la 133e année de sa disparition le 25 mai 2016 », En hommage à l'Emir Abdelkader,‎ (lire en ligne)
  30. Salim Aggar, « Un buste de l'Emir Abdelkader à Genève », Tayeb Louh participe à la cérémonie officielle du siège du Cicr,‎ (lire en ligne)
  31. « Abd el-Kader (1808-1883), 1862 | Paris Musées », sur parismuseescollections.paris.fr (consulté le 17 novembre 2017)
  32. Marcel Amondji, Félix Houphouët et la Côte-d'Ivoire: l'envers d'une légende, KARTHALA Editions, (ISBN 9782865371044), p. 252
  33. R.C., « L’émir Abd El Kader aura sa maison », Culture,‎ (lire en ligne)
  34. « À la recherche de l'Émir Abd El-Lader - On the Trail of Emir Abd El-Kader », sur http://www.film-documentaire.fr,
  35. Jeff Sneider, « Oliver Stone to Executive Produce Biopic of Algerian Leader Emir Abd el-Kader », Charles Burnett (“Killer of Sheep”) will direct the film for Cinema Libre Studio,‎ (lire en ligne)
  36. « Abd el-Kader Fellowship », Postdoctoral fellowships,‎ (lire en ligne)
  37. Cyril Guinet, « Le Temps de la conquête » dans GéoHistoire, no 2, avril-mai 2012, p. 31.
  38. Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien, t. 2, Paris, Paris-Méditerranée, , 982 p.
  39. El Mouradia.
  40. Ouvrage disponible en France à la bibliothèque de l'université de Paris-BULAC ; à la BNU de Strasbourg.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Travaux universitaires
Biographies
  • Ahmed Bouyerdene, Abd el-Kader par ses contemporains. Fragments d'un portrait, Paris, Ibis press, 2008 et à télécharger sur artelittera.com.
  • Ahmed Bouyerdene, Abd el-Kader, l'harmonie des contraires, Seuil, 2008, (ISBN 978-2-02-096591-0).
  • Collectif, L'Émir Abd el-Kader : l'épopée de la sagesse, éditions Zaki Bouzid, 2007, (ISBN 978-9961-77-107-5).
  • Bruno Étienne et François Pouillon, Abd el-Kader le magnanime, Paris, Gallimard/Institut du monde arabe, coll. « Découvertes », 2003, (ISBN 2-07-076749-3).
  • Bruno Étienne, Abd el-Kader : isthme des isthmes (Barzakh al-barazikh), Paris, Hachette Littératures, 2004, (ISBN 978-2-01-279117-6).
  • Smaïl Aouli, Ramdane Redjala et Philippe Zoummeroff, Abd el-Kader, Fayard, 1994, (ISBN 978-2-213-03192-7).
  • Bruno Étienne, Abd el-Kader, Paris, Hachette, 1994, (ISBN 978-2-01-015833-9).
  • Alexandre Bellemare, Abd el-Kader : sa vie politique et militaire, Paris, Hachette, 1863 (réédition : Paris, éditions Bouchène, « Bibliothèque d’histoire du Maghreb », 2003, (ISBN 978-2-912946-51-5)).
  • Charles Henry Churchill, Life of Abd el-Kader, Londres, Chapman and Hall, 1867 [traduction en français : La Vie d'Abd el-Kader, Alger, SNED, 1971 (rééditions : 1974, 1981, 1991)].
  • Thérèse Charles-Vallin Abd El-Kader Aumale Identités meurtries, Paris, éditions de la Bisquine, 2017 (ISBN 979-10-92566-13-0)
Notices biographiques
Articles
  • Jacques Frémeaux, « Abd el-Kader, chef de guerre (1832-1847) », dans Revue historique des armées, no 250, 2008, p.  100-107, [lire en ligne].
  • « Abd el-Kader », numéro spécial de la revue Le Cheval de Troie, septembre 1994, 128 pp. [contributions de Houriyah Abdelouahed, Michel Chodkiewicz, Jean-François Clément, Claudette Dupraz, Bruno Étienne, Fathi Ghlamallah, Karima Hirt ; textes de l'émir].
Film documentaire
  • L'Émir Abd el-Kader à Amboise le prisonnier tant aimé, documentaire historique présenté par Adyl Abdelhafidi (2013).
Romans
  • Abdelkader Djemaï, La Dernière Nuit de l'émir (roman), Paris, Le Seuil, coll. « Cadre rouge », 2012, 154 p., (ISBN 9782021039276).
  • Claude Diaz, L'espoir des vaincus Soldats perdus d'Abd el-Kader à Sète, L'Harmattan, Collection « Romans historiques XIXe siècle », 2013, (ISBN 978-2-343-02273-4).
  • Waciny Laredj, Le Livre de l'émir, Actes Sud, 2006.
  • Martine Le Coz, La Couronne de vent, Al Manar, 2009.
  • Martine Le Coz, Le Jardin d'Orient, Michalon, 2008.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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  • Mohammed Ben Allel, figure centrale de la résistance à la conquête de l'Algérie par la France

Liens externes[modifier | modifier le code]