Elsa Schiaparelli

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Schiaparelli.
Elsa Schiaparelli
Shocking Pink Schiaparelli.jpg

Le fameux rose shocking, devenu sa signature.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 83 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Père
Celestino Schiaparelli (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Parentèle
Giovanni Schiaparelli (oncle)
Berry Berenson (petite-fille)
Marisa Berenson (petite-fille)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Site web

Elsa Schiaparelli, née le à Rome[1] et morte le (à 83 ans) à Paris, est une créatrice de mode[n 1] qui a tenu une maison de haute couture à Paris durant les années 1930 à 1950. Volontiers provocatrice et avant-gardiste, elle est célèbre pour l'utilisation de son Rose shocking dans ses collections.

En 2012, la marque Schiaparelli renaît et s'installe à Paris, place Vendôme, dans les locaux occupés par le passé par la grande couturière.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elsa Schiaparelli naît à Rome, au palais Corsini[4] dans une famille d'universitaires. Son père, Celestino Schiaparelli, est orientaliste. Son oncle, Giovanni Schiaparelli[5], est astronome et l'un des promoteurs de la théorie des canaux martiens, qui le premier cartographiera cette planète.

Elsa étudie la philosophie. Elle écrit des poèmes érotiques qui ne plaisent pas à sa famille. On l'envoie au couvent, elle y entreprend une grève de la faim. Elle part pour Londres au début des années 1910[4]. Elle épouse le comte Wilhelm de Wendt de Kerlor, un théosophe rencontré dans la capitale britannique en 1912. Ils ont une fille, Maria Luisa Yvonne Radha, qui leur donne deux petites-filles, Marisa Berenson, mannequin et actrice, et Berry Berenson (épouse d'Anthony Perkins), photographe et actrice.

Le comte Wilhelm quitte Elsa pour la danseuse Isadora Duncan. La future couturière part alors vivre à Paris, où elle se lie d'amitié avec les dadaïstes et parcourt les marchés aux puces pour y faire des trouvailles qu'elle revend à des antiquaires[4].

En 1927, elle ouvre à Paris son premier magasin, Pour le Sport, au 4 rue de la Paix[4]. Elle y crée des pulls avec de grands nœuds en trompe-l'œil qui sont un succès : Vogue n'hésite pas a parler de «chefs d'œuvre»[4]. Quelques années plus tard, elle s'installe 21 place Vendôme, dans les locaux que vient de quitter le couturier Chéruit. L'hôtel de Fontpertuis, dans lequel elle s'installe alors, compte cinq étages et 98 pièces. 500 employées[4] vont pouvoir y travailler. Toujours désireuse d'innover et de surprendre, elle collabore, au cours des années 1930, avec des artistes surréalistes tels Salvador Dalí – qui crée, pour une de ses robes, un tissu orné d'un homard – ainsi qu'avec Jean Cocteau[1] ou Alberto Giacometti mais également Jean-Michel Frank dont elle financera en partie la boutique parisienne. Pour la couturière, ces artistes vont créer des motifs, des objets, des décors, des accessoires[6]. Elle compte parmi ses clientes Arletty [7] et Wallis Simpson[4].

Elsa Schiaparelli introduit dans l'esthétique vestimentaire de l'époque une dimension artistique à côté de la dimension fonctionnelle. Elle pratique des détournements de fonctions, notamment en transformant un escarpin en chapeau. À propos des fermetures éclair, qu'elle utilise de façon très «arbitraire», Jean-Paul Gaultier note qu'« elle fut la première à placer le zip comme élément décoratif... comme une broderie »[1]. Toujours pleine d'inventivité, elle introduit la jupe-culotte dans la garde-robe féminine et le tweed pour le soir. Elle présente des silhouettes avec des épaules rembourrées[4]. Et elle n'hésite pas à utiliser des tissus aux tons très vifs, comme un rose auquel elle se plait à donner le nom de Rose Shocking.

Choquer ne déplait pas à Elsa Schiaparelli. En 1936, elle lance le parfum Shocking dont le flacon représente un torse de femme... moulé, explique-t-elle, sur celui de Mae West, le sex-symbol hollywoodien de l'époque. Scandale ![n 2]. La couturière réalise des costumes pour le cinéma, notamment pour les films Femmes et Every Day's a Holiday (en)[6]. En 1940, quand survient la guerre, elle s'exile aux États-Unis[1] et confie sa maison de couture à un de ces collaborateurs. Elle revient en France après la Libération[4] et reprend ses activités. Elle embauche un jeune modéliste, Hubert de Givenchy[9], futur grand couturier. Elle développe les licences de fabrication[7]. Mais en vain : en 1954, d'insurmontables difficultés financières la contraignent à fermer sa maison de la place Vendôme. Elle part alors à New York. Après 1959, elle fait partie du Comité des réceptions de la Biennale de Paris. Elle meurt le à Paris, après une vie pleine de « créativité »[6]. Ses traits restent gravés dans les mémoires grâce aux portraits qu'ont fait d'elle Man Ray et Jean-Francis Laglenne.

« Elsa Schiaparelli, nous dit Gertrud Lehnert, est l'une des personnalités les plus brillantes de l'histoire de la haute couture. Elle conçoit la mode comme un art, intrinsèquement lié à l'évolution des beaux-arts, et notamment de la peinture »[10]. Quand elle arrive à Paris, c’est vers les avant-gardes artistiques qu’elle se dirige avant de se lancer, sans réelle formation – ce que certains lui reprocheront – dans la conception de vêtements. Elle ne cesse ensuite de fréquenter les surréalistes et elle se montre parfois, dans ses créations, aussi provocatrice qu'eux dans leurs peintures. Elsa Schiaparelli est l’antithèse de sa grande rivale Coco Chanel, qui, experte en formules assassines, déclarait : « Schiaparelli déguise les femmes, moi je les habille ! »[4]. Il est vrai que ses créations n’étaient pas toujours très «faciles à porter» ni très «convenables», mais, à l’opposé, Mademoiselle Chanel, obsédée par les convenances et le «bon gout», en est venu assez rapidement à ressasser son sempiternel tailleur pour bourgeoises du seizième arrondissement.

Retour de Schiaparelli, en tant que marque[modifier | modifier le code]

En 2007, Diego Della Valle du groupe Tod's, également propriétaire du chausseur Roger Vivier, rachète la marque.

Au printemps 2012, le Métropolitan Museum de New York confronte, artistiquement, Elsa Schiaparelli à Miuccia Prada dans une exposition[11] intitulée « Impossible Conversations ». Elle met en relief les affinités entre les créations de Schiaparelli des années 1920 à 1950 et celles, actuelles, de Prada. On y voit notamment sur écran une étonnante conversation virtuelle entre ces deux grandes personnalités de la mode.

En juillet 2012, après 60 ans d'absence, la marque annonce son retour[12] au 21 de la place Vendôme dans des salons décorés de façon décrite comme « fantasque[n 3] »[6]. Farida Khelfa, ancienne muse de Jean Paul Gaultier, en devient l'égérie publicitaire, et le couturier Christian Lacroix dessine une collection en hommage à la créatrice[13]. La direction de la création de la nouvelle maison est assurée par le styliste Marco Zanini[14]. En fin 2013, la marque devient « Membre invité » par la Chambre Syndicale de la Haute Couture[14]. Le 28 avril 2015, Bertrand Guyon est nommé Directeur du Style pour l’ensemble des collections Haute Couture et Prêt-à-Couture de la Maison Schiaparelli et s'installe au 21 Place Vendôme, où travaillait Elsa Schaparelli.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

Et Schiaparelli créa la mode, de Sabine Carbon Anna Piaggi[15]

Autobiographie[modifier | modifier le code]

  • Elsa Schiaparelli, Shocking Life, Londres, V & A Publications, 2007

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Créatrice de mode plutôt que grande couturière. Elle eut une activité de haute couture : dans le chapitre consacré à Schiaparelli, Yann Kerlau précise, en citant l'autobiographie de la « couturière », que celle-ci « ne connaissait rien à la couture. Son ignorance dans ce domaine était totale[2]. » Coco Chanel - sa « grande concurrente » d’après Jean-Paul Gaultier[1] - utilisait une forme de dérision envers Schiaparelli, moquant son absence de formation de la couture[3].
  2. L'anecdote est reprise dans un article abordant l'histoire des couturiers ayant travaillé pour le cinéma américain : « puis Elsa Schiaparelli qui habillera la déesse du sexe, Mae West, à distance, puisque refusant de se rendre à Hollywood. Alors qu'elle reçoit à Paris le mannequin en forme de buste de la pneumatique Mae, Schiaparelli se serait écriée « Schocking ! », exclamation qui deviendra le nom de son parfum star, dont le flacon bombé aura la forme du buste de Mae West[8] ».
  3. Farida Khelfa décrit la décoration dans une interview : « Tout est improvisé, […] sans unité de style ou d'époque, mais ça fonctionne. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Et Schiaparelli créa la mode, de Sabine Carbon Anna Piaggi
  2. Yann Kerlau 2010, p. 132
  3. Cally Blackman (trad. Hélène Tordo), 100 ans de mode [« 100 years of fashion »], Paris, La Martinière, , 399 p. (ISBN 978-2-7324-5710-9, présentation en ligne), « Les reines de la couture 1901 - 1959 », p. 126
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Anne-Cécile Beaudoin, « Schiaparelli - La Renaissance », Paris Match, semaine du 20 au 26 mars 2014, pages 102-104.
  5. (en) « Shocking! The Art and Fashion of Elsa Schiaparelli - teacher's pack » [PDF], Philadelphia Museum of Art (consulté le 2 novembre 2009)
  6. a, b, c et d Patrick Cabasset (photogr. Christophe Roué), « La nouvelle vie de Schiaparelli », L'Officiel Paris, no 969,‎ , p. 240 à 245 (ISSN 0030-0403)
  7. a et b Jacques Brunel, « Schocking new », Vogue Paris, no 929,‎ , p. 92 à 93 (ISSN 0750-3628)
  8. Nelly Kaprièlian, « Miuccia la magnifique », Vogue Paris, Condé Nast Publications, no 937,‎ , p. 128 (ISSN 0750-3628)
  9. Didier Grumbach, Histoires de la mode, Paris, Éditions du Regard, (1re éd. 1993 Éditions du Seuil), 452 p. (ISBN 978-2-84105-223-3), « Les nouvelles ressources de la profession », p. 123
  10. Gertrud Lehnert, Histoire de la mode au XXe siècle, ML Éditions, p. 38
  11. Elizabeth Gouslan, « Elsa Schiaparelli et Miuccia Prada, figures du style », sur madame.lefigaro.fr, Le Figaro Madame,
  12. « Cocktail chez Schiaparelli », sur L'Officiel Paris, Éditions Jalou,
  13. (en) « Schiaparelli Fall Couture 2013 », Runway, sur wwd.com, WWD, (consulté le 7 juillet 2013)
  14. a et b AFP, « Schiaparelli revient sur les podiums de la haute couture », Mode, sur lemonde.fr, Le Monde, (consulté le 11 décembre 2013)
  15. Diffusé sur Arte le 27 septembre 2015

Liens externes[modifier | modifier le code]