Ellen's Gesang n°I (Raste Krieger, Krieg ist aus)

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Repose-toi guerrier, la guerre est finie

Raste Krieger, Krieg ist aus
D. 837
Image illustrative de l’article Ellen's Gesang n°I (Raste Krieger, Krieg ist aus)
Première page de la première édition (Vienne, Artaria, 1826).

Genre Lied
Musique Franz Schubert
Texte Walter Scott / Adam Storck
Langue originale anglais / allemand
Dates de composition entre avril et juillet 1825

Lied pour voix de soprano et piano, D837, de Franz Schubert. Il a été composé entre avril et juillet 1825. Le texte est issu du Premier Chant d'Hélène (Ellens Gesang I) de la Dame du lac de Walter Scott écrit en 1810, mais est basé sur la traduction allemande réalisée par Adam Storck en 1819[1]. Il deviendra le premier lied de son opus 52, un cycle de 7 lieder intitulé Sieben Gesänge aus Walter Scott's Fräulein vom See.

Contexte[modifier | modifier le code]

historique[modifier | modifier le code]

Le cycle Sieben Gesänge aus Walter Scott's Fräulein vom See est composé entre avril et juillet 1825. Schubert s'apprête à quitter Vienne, non pas pour la résidence d'été des Estehrázy comme à son habitude, mais pour Steyr en Haute-Autriche au côté de son ami Johann Michael Vogl. Il est d'ailleurs possible que ce soit Vogl qui l'ait encouragé à travailler sur le poème narratif La Dame du lac de Walter Scott. Ce voyage se réalise entre le 20 mai et le 6 octobre 1825. Au cours de celui-ci, Schubert se déplace assez fréquemment et compte 6 destinations différentes (Steyr, Gmunden, Linz, à nouveau Steyr, Salzbourg, Gastein, Werfen, retour à Gmunden).

Comme le signale, son frère Ferdinand, ce furent des jours particulièrement heureux: "En 1825, il fit, en compagnie de Vogl, un plaisant voyage à Gastein. Le séjour dans cette ville d'eau compta pour Franz comme les plus beaux jours de sa vie"[2].


contexte littéraire[modifier | modifier le code]

Schubert choisit donc de mettre Walter Scott en musique et plus précisément, le poème narratif publié en 1810. Il crée un cycle de 7 lieder répartis comme suit:

1.      Ellens gesang I: Raste Krieger, Krieg ist aus (D837)

2.      Ellens Gesang II: Jäger, ruhe von der Jagd (D838)

3.       Bootgesang (D835)

4.      Coronach (Totengesang der Frauen und Mädchen) (D836)

5.       Normans Gesang (D846)

6.      Ellens Gesang III: Ave Maria! Jungfrau Mild (D839)

7.      Lied des Gefangenen Jägers (D843)

C'est une des rares fois que Schubert décide de mettre en musique un texte dont la langue originale n'est pas l'allemand. Il a repris quelques textes de Métastase en Italien entre 1812 et 1827. D'abord lors de ses études avec le maître italien Antonio Salieri, ensuite pour son op.83. Par ailleurs, il a mis en musique plusieurs poèmes d'Ossian écrits par James Macpherson et traduits par Edmund von Harold entre 1815 et 1816[3].

La Dame du Lac de Scott est un poème organisé en 6 chants, chacun divisé en chapitres. Le premier chant d'Hélène, mis en musique dans Raste Krieger, Krieger ist aus par Schubert, se situe dans le premier chant intitulé "La chasse". Ce premier livre débute en effet sur une scène de chasse au cerf en Écosse. Malheureusement, le cheval  du chasseur tombe dans un ravin et ce dernier se retrouve perdu et cherchant son chemin, arrive près d'un lac. C'est à ce moment qu'apparaît Hélène (Ellen en anglais) surnommée "La dame du lac". En tant que fille d'un chef de clan, elle lui offre l'hospitalité et le mène en sa demeure. Intervient ensuite le premier chant d'Hélène destiné à ce chasseur étranger et perdu (chapitres 31 et 32)[4].

Analyse littéraire  [modifier | modifier le code]

Textes[modifier | modifier le code]

Texte original de Walter Scott[5] (1810) Traduction française de Defauconpret[6] (1830)
Soldier, rest! Thy warfare o'er,

Sleep the sleep that knows not breaking;

Dream of battled fields no more,

Days of danger, nights of waking.


In our isle's enchanted hall,

Hands unseen thy couch are strewing,

Fairy strains of music fall,

Every sense in slumber dewing,


Soldier, rest! thy warfare o'er,

Dream of fighting fields no more:

Sleep the sleep that knows not breaking,

Morn of toil, nor night of waking.


'No rude sound shall reach thine ear,

Armour's clang or war-steed champing

Trump nor pibroch summon here

Mustering clan, or squadron tramping.


Yet the lark's shrill fife may come

At the daybreak from the fallow,

And the bittern sound his drum

Booming from the sedgy shallow.


Ruder sounds shall none be near

Guards nor warders challenge here,

Here's no war-steed's neigh and champing,

Shouting clans or squadrons stamping.

Noble guerrier, dépose ici tes armes;

Viens te livrer aux douceurs du repos.

Ne songe plus aux combats, aux alarmes,

À la victoire, aux lauriers des héros.


D’un enchanteur la main mystérieuse

À préparé ta couche en ce château:

Le jour a fui ; sa harpe harmonieuse

Va t’assoupir par un charme nouveau.


Noble guerrier, dépose ici tes armes ;

Viens te livrer aux douceurs du repos ;

Ne songe plus aux combats, aux alarmes,

À la victoire, aux lauriers des héros.


Tu n’entendras ni le cri du carnage,

Ni des coursiers les fiers hennissemens,

Ni les vaincus expirant avec rage,

Ni les clairons des guerriers triomphans;


Mais aussitôt qu’un nouveau jour colore

De pourpre et d’or les coteaux et les cieux,

L’oiseau s’éveille, et, saluant l’aurore,

Redit aux bois ses concerts amoureux.


Tu n’entendras ni le cri du carnage,

Ni des coursiers les fiers hennissemens,

Ni les vaincus expirant avec rage,

Ni les clairons des guerriers triomphans,

Traduction[modifier | modifier le code]

Traduction allemande d'Adam Storck[5] (1823) Traduction française de Guy Lafaille[7] (© 2010)
Raste Krieger! Krieg ist aus,

Schlaf den Schlaf, nichts wird dich wecken,

Träume nicht von wildem Strauss

Nicht von Tag und Nacht voll Schrecken.


In der Insel Zauberhallen

Wird ein weicher Schlafgesang

Um das müde Haupt dir wallen

Zu der Zauberharfe Klang.


Feen mit unsichtbaren Händen

Werden auf dein Lager hin

Holde Schlummerblumen senden,

Die im Zauberlande blühn.


Raste Krieger! Krieg ist aus,

Schlaf den Schlaf, nichts wird dich wecken,

Träume nicht von wildem Strauss

Nicht von Tag und Nacht voll Schrecken.


Nicht der Trommel wildes Rasen,

Nicht des Kriegs gebietend Wort,

Nicht der Todeshörner Blasen

Scheuchen deinen Schlummer fort.


Nicht das Stampfen wilder Pferde,

Nicht der Schreckensruf der Wacht,

Nicht das Bild von Tagsbeschwerde

Stören deine stille Nacht.


Doch der Lerche Morgensänge

Wecken sanft dein schlummernd Ohr,

Und des Sumpfgefieders Klänge

Steigend aus Geschilf und Rohr.


Raste Krieger! Krieg ist aus,

Schlaf den Schlaf, nichts wird dich wecken,

Träume nicht von wildem Strauss

Nicht von Tag und Nacht voll Schrecken.

Repose-toi, guerrier ! La guerre est finie,

Dors du sommeil, rien ne te réveillera,

Ne rêve pas de batailles sauvages,

De jours et de nuits pleins de terreur.


Dans les salles enchantées de l'île,

Une douce berceuse

Flottera autour de ta tête fatiguée

Aux accents de la harpe magique.


Des fées aux mains invisibles

Éparpilleront sur ton lit

De douces fleurs assoupissantes

Qui fleurissent dans la lande magique.


Repose-toi, guerrier! La guerre est finie,

Dors du sommeil, rien ne te réveillera,

Ne rêve pas de batailles sauvages,

De jours et de nuits pleins de terreur.


Ni du tambour la rage sauvage

Ni du combat les paroles impérieuses

Ni du cor de la mort le son

N'épouvanteront ton sommeil.


Ni le trépignement des chevaux sauvages

Ni le cri de détresse de la sentinelle

Ni la vision des jours pénibles

N'affligeront ta nuit tranquille.


Seul le chant matinal de l'alouette

Résonnera à ton oreille assoupie,

Et le bruit des oiseaux des marais

Montant des roseaux et des joncs.


Repose-toi, guerrier! La guerre est finie,

Dors du sommeil, rien ne te réveillera,

Ne rêve pas de batailles sauvages,

De jours et de nuits pleins de terreur.

La première traduction d'Adam Storck est publiée en 1819. Cependant, il existe d'autres publications plus tardives dont celle de 1823. Celle-ci est une traduction améliorée par Storck lui-même[8].

1ère version: 1819[9] Autre version: 1823[10]

Lorsque les deux versions du premier chant d'Hélène sont mises côte à côte, une unique différence apparaît à la 5ème strophe.

1819 1823
Nicht der Trommel wildes Rasen,

Nicht des Kriegs Commandowort,

Nicht der Todeshörner Blasen

Scheuchen deinen Schlummer fort.

Nicht der Trommel wildes Rasen,

Nicht des Kriegs gebietend Wort,

Nicht der Todeshörner Blasen

Scheuchen deinen Schlummer fort.

Les mots " Commandowort" et "gebietend Wort" ont un sens similaire. Schubert choisit, dans son lied, le mot "gebietend Wort". Ainsi, il est possible qu'il se soit basé sur l'édition de 1823, contrairement à ce qui est relaté dans la majorité des références.

Comparaison entre la traduction de Storck et l'original de Scott[modifier | modifier le code]

La traduction d'Adam Storck présente quelques différences avec le texte original:

  • Storck ajoute librement un couplet après le 1er couplet:

NB: le premier paragraphe est considéré comme un refrain


"Feen mit unsichtbaren Händen

Werden auf dein Lager hin

Holde Schlummerblumen senden,

Die im Zauberlande blühn[5]".

  • Les cinquième et sixième strophes sont inversées dans la traduction allemande
  • Storck ajoute également un refrain à la fin de cette première partie du chant. Dès lors, il y a 8 paragraphes pour le texte de Storck contre seulement 6 pour le texte original de Scott.

Adaptation du texte par Schubert[modifier | modifier le code]

Schubert propose un double texte. Le premier est basé sur la traduction allemande de Storck et le second présente la version originale anglaise de Scott. Ils va adapter légèrement ces deux textes afin de composer son lied. D'abord, Schubert choisit de ne pas mettre en musique les 3 dernières strophes du chant d'Hélène. En effet, ceux-ci présent dans la version de Scott ainsi que dans la traduction de Storck, le chant se poursuit après une brève interruption narrative n'est pas repris dans le lied de Schubert. Ensuite, pendant la strophe supplémentaire ajoutée par Storck en allemand, Schubert décide de présenter une répétition de la deuxième strophe pour le texte anglais. Enfin, le dernier refrain, ajouté en allemand, est également repris en anglais par Schubert.

Forme du texte du lied:

  • Refrain + reprise du second vers
  • Couplet B +reprise des 3 derniers vers sans le début du 3ème
  • Couplet B +reprise des 3derniers vers sans la fin du 2ème
  • Refrain A +reprise du second vers
  • Couplet C + reprise des vers 1, 3 et 4
  • Couplet C + reprise des vers 1, 2 et 4
  • Couplet B" + reprise des 2 premiers vers
  • Refrain + reprise du 1er vers

Analyse musicale[modifier | modifier le code]

La forme[modifier | modifier le code]

Le lied est écrit sous la forme d'un rondeau (A - B - B' - A - C - C' - B'' - A').

Le lied débute par 4 mesures d'accompagnement seul présentant l'accompagnement du refrain. (M1-4) Ensuite, le lied présente la structure suivante:

  • Refrain A - Mässig = modéré (m1 - m30)
  • Couplet B - Langsam = lent  (m31 - m48)
  • Couplet B' (accompagnement piano identique à B) (m49 - m65)
  • Refrain A - Mässig= modéré (m66 - m91)
  • Couplet C - Geschwind = rapide (m92 - m109)
  • Couplet C' ( ½ ton sous C) (m110 - m125)
  • Couplet B" - Langsamer = plus lent (m126 - m143)
  • Refrain A' varié au niveau de la basse du piano. (m144 - m176)

Chacune de ces parties est séparée par un interlude plus ou moins long au piano.

La mesure[modifier | modifier le code]

Les refrains sont présentés en 3/4. Les couplets subissent cependant des changements de mesure. La pièce passe en C barré (2/2) lors du premier et second couplet (m31 - 65), en C (4/4) lors des couplets 3, 4 et 5.

L'harmonie (plan tonal)[11][modifier | modifier le code]

Réb M Fa# m/La M Réb M Marche harmonique Fa# m/La M Réb M
1 - 30 31 - 65 66 - 91 92 - 126 127 - 143 144 - 176
→ Marche harmonique:
Fa# m Sol M La m Do M Fa m Fa# m sol m Sib M (Sib m)
92- 94 95 - 96 97 - 99 100 - 109 110 - 112 113 - 114 115 - 117 118 - 125 126

Les modulations[modifier | modifier le code]

Pour ses modulations, Schubert utilise dans cette pièce beaucoup de rapports de tierces[12].

Voici quelques techniques que Schubert va mettre en oeuvre afin de moduler. Une première méthode est présentée à la mesure 31. Pour moduler entre le refrain (réb M) et le 1er couplet B (fa# mineur - la M), Schubert utilise do#, l'enharmonie de réb. En effet, son accord de réb M (tonique du refrain) devient do# M qui est la dominante de sa seconde tonalité: fa# m. Une deuxième façon est d'utiliser les liens entre tons relatifs. La modulation de fa# m à vers la M en est un exemple à l'intérieur des couplets B et B'. Schubert réutilise ce liens entre tonalité relative aux mesures 100 (modulation de la m à do M) et 118 (modulation de sol m à sib M). Ces modulations entre également dans la caractéristique citée ci-dessus: la modulation à la tierce. Une troisième manière de moduler utilisée par Schubert est d'utiliser le ton direct. Aux mesures 125 et 126, il passe de sib M à fa# m en insérant un accord de sib m (ton direct de sib M) . Ensuite, en considérons que fa# = solb, il est intéressant de constater que Schubert module encore une fois à la tierce.

Dans les couplets C et C', il va introduire une marche harmonique. dans la première, il utilise une suite de cadences rompues afin de moduler de fa# m à la m.Fa# (I) à ré (VI en fa#, mais V en sol) et Sol (I) à Mi à (VI en sol, mais V en la). Concernant la marche harmonique du Couplet C', il procède de manière analogue à la marche du couplet C. Il module de fa m à sol m.

Remarques

La pièce est presqu'exclusivement composée de cadence V-I. Cela permet dans le refrain de créer une sorte de balancement harmonique qui illustre le mouvement de balancement d'une berceuse. Il accentue ce mouvement en utilisant le dernier renversement de l'accord de dominante, ce qui donne à la basse:



Schubert utilise une pédale harmonique de tonique lors des évocations du tambour (pédale de do m101-107 et de sib m119 - 123). En conservant l'accord de tonique à la basse, il crée une tension supplémentaire. En effet, il y a une superposition des accords de tonique et de dominante durant le tremolo.

Relation musique et texte (motifs de l'accompagnement)[modifier | modifier le code]

Walther Dürr[13] propose une interprétation de ce premier chant d'Hélène: "elle ne le voit pas d'abord  comme chasseur, mais plutôt comme un messager de la guerre; sa chanson ne doit pas seulement lui apporter le sommeil, mais aussi le désarmer".

L'accompagnement s'adapte à chaque atmosphère et ambiance des différents épisodes de la pièce. Durant la presque totalité de la pièce, il rappelle par différentes manières d'égrener les accords l'accompagnement de la harpe. En effet, il est précisé dans le poème de Scott qu'Hélène chante accompagnée d'une "harpe inaperçue"[1][6].

  • Refrain A

Pour ce refrain, l'accompagnement est étonnamment agité en comparaison avec la longue ligne mélodique du chant. La voix se veut douce, apaisante, elle chante le calme et la paix. L'accompagnement est dynamique de part les doubles croches présentes au début du motif, mais s'apaise par une progressive augmentation rythmique. En effet, les doubles croches agitées se muent en croches avant de se conclure sur une noire accentuée. Cela est peut-être une métaphore de l'apaisement voulu par Hélène.

  • Les couplets B et B'

Durant ce couplet, la mesure et la tonalité changent. L'atmosphère se fait sensiblement plus calme, plus intime. Au piano, l'accompagnement devient totalement fluide. Il rappelle une harpe qui égrène un accord avec beaucoup de douceur. À cet instant, Hélène évoque les merveilles et la magie de son île. Elle parle également d'une harpe enchantée (zauberharfe).

  • Les couplets C et C'

Dans ces couplets, l'atmosphère calme caractérisant le refrain et les couplets B est mise de côté. Si Hélène cite ces éléments négatifs relatifs à la guerre comme étant effacés par le sommeil, le piano les illustre et les rend audibles. Ces deux couplets peuvent être divisés en deux parties.

Dans la première, le galop fou du cheval est rendu par le rythme de la main droite du piano. L'allure guerrière est palpable par les basses jouées sur chaque temps de manière brève et détachée. À la fin, le climat se détend (appuyé par une indication Langsamer = plus lent) et amène un retour à un accompagnement similaire à  l'accompagnement des couplets B.


Dans la seconde partie, qui correspond à la reprise de certains vers, ou parties de vers, Schubert illustre le grondement sourd des tambours. Il rend cet effet par un tremolo de la basse (main gauche du piano). La main droite cependant, conserve l'accompagnement imitatif de la harpe. Cela ramène un sentiment de menace.

  • Couplet B"

Le couplet B" est un retour à la paix et est demandé Langsamer (plus lent). Si l'accompagnement est identique à celui des couplets B précédents, la mélodie varie légèrement. Hélène y explique de quoi seront composés les rêves du guerrier/chasseur. Les images y sont paisibles et renvoient à la nature et plus spécialement au chant des oiseaux: chant de l'alouette, bruit des oiseaux.

  • Dernier refrain

Ce dernier retour au refrain implique un logique retour de la mesure en 3/4. Ce refrain est identique au premier en ce qui concerne le chant, mais connait une subtile variation au niveau de l'accompagnement. En effet, l'unique basse présente à la main gauche dans le motif 1 (M1) est remplacée par une basse de la valeur d'une noire suivie d'un accord de la valeur d'une blanche située plus ou moins une octave au dessus de cette basse. À la main droite, toutes les notes sont jouées à l'octave supérieure.

  • Les interludes du piano:

Le premier motif d'interlude n'est autre que le motif d'accompagnement des différents refrains de la pièce.

Raste Krieger (Schubert)- Interludes piano.png

Le second motif d'interlude est assimilable à l'accompagnement des couplets B. De plus, la main gauche présente une sorte de petite "mélodie" à la voix supérieure; la voix inférieure étant la basse.

Création et réception de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas de sources précises quant à la création du 1er lied du cycle. Toutefois, au vu des lettres de Schubert relatant la réception de plusieurs lieder de ce cycle composé sur la Dame du lac de Walter Scott, il est certain qu'au moins une partie du cycle a été créée lors d'un des nombreux concerts que Schubert a donné au cours de son voyage estival de 1825[14].

La réception du cycle a été excellente comme en attestent les différentes lettres que Schubert a échangé à cette époque. Dans une lettre du 21 juillet 1825 destinée à Spaun, Schubert raconte ceci: "(…) On a fait beaucoup de musique chez le conseiller de la cour von Schiller, entre autres quelques uns de mes nouveaux lieder tirés de la Dame du lac (…)"[15]. Dans une lettre envoyée à ses parents la même année, Schubert se réjouit en écrivant les quelques phrases suivantes: " À l'arrivée ensuite de M. le conseiller von Schiller, qui est le monarque de tout le Salzkammergut, nous mangions [Vogl et moi] quotidiennement dans sa maison et nous avons fait là beaucoup de musique, autant que dans la maison de Traweger. En particulier mes nouveaux lieder, tirés de La Dame du lac de Walter Scott, ont fait grand plaisir"[16].

S'il n'est pas attesté que Raste Krieger, Krieg ist aus en fait partie, plusieurs indices présents dans sa lettre du 25 juillet 1825 à ses parents laissent à supposer que c'est le cas. Schubert y explique combien la comtesse Sophie de Weissenwolff les a appréciés: A Steyereck [sic] nous descendîmes chez la comtesse Weissenwolff qui est une grande admiratrice de ma petitesse; elle possède toutes mes œuvres et en chante beaucoup de façon charmante. Les lieder de Walter Scott lui ont fait une impression si extraordinairement favorable, qu'elle me fit aussitôt remarquer que la dédicace ne lui causerait pas le moindre déplaisir."[4]]Ainsi, il semble probable qu'elle les ait interprétés ou du moins entendu interpréter lors de la visite de Schubert. Ces lieder lui seront effectivement dédicacés lors de la publication de l'œuvre.

Publication et éditions[modifier | modifier le code]

Sieben Gesänge aus Walter Scott's Fräulein vom See - 1826

Le manuscrit autographe de Schubert est manquant. Seules des copies de cette œuvre nous sont connues [1]]. Schubert vend ses lieder écrits sur la Dame du Lac le 29 octobre 1825 à l'éditeur Matthias Artaria pour la somme de 200 florins [2]]. Ceux-ci sont publiés en avril 1826 sous le nom Sieben Gesänge aus Walter Scott's Fräulein vom See (op.52). Schubert choisit d'y adjoindre  la version originale anglaise dans le but, comme il l'explique dans la lettre du 25 juillet à ses parents, de conquérir le marché anglais: "Avec l'édition de ces lieder, je pense faire une autre combinaison que celle ordinaire qui rapporte si peu. Puisqu'en effet ils portent le nom célèbre de Scott au frontispice, ils pourraient éveiller plus de curiosité et me faire davantage connaître en Angleterre si j'y adjoignais le texte anglais." [3]]

Liste non-exhaustive des éditions:

-         Schubert Franz, Sieben Gesänge aus Walter Scott's Fräulein vom See. Heft I, Vienne, Math. Artaria, 1826.

-         Schubert Franz, Schubert's Werke. Serie XX: Sämtliche einstimmige Lieder und Gesänge

Band 8, Leipzig: Breitkopf & Härtel, 1895.

(NB: Cette édition est disponible sur le site en ligne IMSLP [4]].)

-         Franz Schubert, Neue Ausgabe sämtlicher Werke (Serie IV: Lieder, Band 3: Teil a), Kassel/Basel/Londres, Bärenreiter, 1982.

-         Franz Schubert, Lieder (Band 2/volume 2), Kassel, Bärenreiter, 2006.

-         Franz Schubert, 100 songs, Milwaukee, Hal Leonard,2009. (The Vocal Library) [5]]

Ces éditions peuvent présenter les mêmes lieder dans 3 tonalités différentes: voix basse, medium et haute. Elles ont fait également l'objet de réimpressions.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) John Reed, The Schubert song Companion, Manchester, Manchester University Press, , 510 p., p. 214-215
  2. Brigitte Massin, Franz Schubert, Paris, Fayard, , 1400 p. (ISBN 2-213-00374-2), p. 309
  3. (en) « List of works by Franz Schubert », sur IMSLP (consulté le 28 novembre 2019)
  4. Walter Scott (trad. Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret), Oeuvres de Walter Scott : Romans poétiques et poésies diverses (volume 29), Paris, Furne, , 471 p. (lire en ligne), p. 327-340
  5. a b et c (en) Marie Mclaughlin et Graham Johnson, Mélodie intégrales (volume 13), Londres, Hyperion Records, , 40 p. (lire en ligne), p. 30-31
  6. a et b Walter Scott (trad. Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret), Oeuvres de Walter Scott : Romans poétiques et poésies diverses (volume 29), Paris, Furne, , 471 p. (lire en ligne), p. 340
  7. (en) « Raste Krieger! Krieg ist aus/Repose toi, guerrier ! La guerre est... », sur The LiederNet Archive (consulté le 19 novembre 2019)
  8. « Affichage de toutes les éditions pour 'Das Fräulein vom See. Ein Gedicht in sechs Gesängen,' », sur WorldCat,
  9. (de) Walter Scott (trad. Adam Storck), Das Fräulein vom See: ein Gedicht in sechs Gesängen von Walter Scott, Essen, G.D. Badeser, , 324 p. (lire en ligne)
  10. (de) Walter Scott (trad. Adam Storck), Das Fräulein vom See: ein Gedicht in sechs Gesängen von Walter Scott, Essen, G.D. Bädeser, , 292 p. (lire en ligne)
  11. (de) Walther Dürr et Andreas Kraus, Schubert Handbuch, Kassel / Basel / New-York / Prague, Bärentreiter, , 684 p., p. 233
  12. (en) John Reed, The schubert Song Companion, Manchester, Manchester University Press, , 510 p., p. 215
  13. (de) Walther Dürr et Andreas Krause, Schubert Handbuch, Kassel / Basel / Londres / New-York / Prague, Bärenreiter, , 684 p., p. 232-233
  14. Brigitte Massin, Franz Schubert, Paris, Fayard, , 1400 p., p. 1095
  15. Brigitte Massin, Franz Schubert, Paris, Fayard, , 1400 p., p. 310
  16. Brigitte Massin, Franz Schubert, Paris, Fayard, , 1400 p., p. 310-311