Ella Maillart

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Ella Maillart
Ella Maillart.jpg
Ella Maillart à Chandolin en 1992.
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Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 94 ans)
Chandolin (Suisse)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Bibliothèque de Genève (CH BGE Ms. fr. 7086-7159)[1]Voir et modifier les données sur Wikidata

Ella Maillart ( à Genève - à Chandolin, Suisse) est une voyageuse, écrivaine et photographe suisse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ella Maillart est la fille de Paul Maillart, un fourreur genevois libéral, et de Dagmar Klim, une sportive danoise. Sa famille s'installe au Creux de Genthod au bord du lac Léman en 1913. Attirée dès son jeune âge par le sport, Ella Maillart rencontre Hermine de Saussure (surnommée « Miette »), fille d'un officier de marine et arrière-arrière-petite-fille de Horace-Bénédict de Saussure, considéré comme le fondateur de l’alpinisme, avec qui elle pratique la voile et le ski. Elle fonde à 16 ans le premier club féminin de hockey sur terre en Suisse romande, le « Champel Hockey Club ». À 20 ans, elle fait avec Hermine la traversée de Cannes à la Corse et fait la connaissance d'Alain Gerbault qui est en train de préparer son Firecrest pour sa fameuse traversée en solitaire de l'océan Atlantique. Elle barre un monotype national pour la Suisse aux régates olympiques de 1924, seule femme et la plus jeune de la compétition[2]. Elle participe en 1925 à une croisière en Méditerranée de Marseille à Athènes avec quatre autres jeunes femmes dont Miette de Saussure et Marthe Oulié. Un concours de circonstances et le mariage de son amie Miette avec l'archéologue français Henri Seyrig (mariage dont sera issue l'actrice Delphine Seyrig) l'oblige à abandonner son rêve de vivre en mer. Membre de l'équipe suisse de ski, elle défend, de 1931 à 1934[3], les couleurs de la Suisse aux quatre premiers championnats du monde de ski alpin mais, attirée par le cinéma russe, elle part pour Moscou faire un reportage dont elle tire son premier livre : Parmi la jeunesse russe.

Ella Maillart en Iran en 1939-1940.

À la découverte de l'Asie[modifier | modifier le code]

Après un premier séjour à Moscou et la traversée du Caucase en 1930, elle parcourt l'Asie centrale soviétique en 1932. En 1934, elle convainc le rédacteur en chef du Petit Parisien Élie-Joseph Bois de l'envoyer au Mandchoukuo, État créé par les Japonais en Chine en 1932. Le plus grand quotidien d'alors finance son expédition et lui fournit une carte de presse qui lui procure les facilités de passage[4]. Elle y rencontre Peter Fleming, grand reporter pour The Times et agent du MI6 et se lance avec lui, en , dans un voyage de six mille kilomètres, de Pékin jusqu'à Srinagar, qui va durer sept mois et dont le récit sera retracé à la fois par Peter Fleming dans son livre Courrier de Tartarie et par Ella Maillart sous le titre Oasis interdites.

En 1937, elle traverse l'Inde, l'Afghanistan, l'Iran et la Turquie pour faire des reportages, puis en 1939, elle part dans une Ford, de Genève à Kaboul, avec Annemarie Schwarzenbach (nommée Christina dans le récit qu'elle rédige du voyage sous le titre La Voie cruelle), qu'elle essaie de libérer de la drogue.

De 1940 à 1945, elle passe cinq ans dans le sud de l'Inde auprès des maîtres de sagesse Ramana Maharshi et Atmananda Krishna Menon.

Ancrage à Chandolin[modifier | modifier le code]

De retour en Suisse, elle découvre, grâce au peintre Edmond Bille, le village de Chandolin, situé à 2 000 m d'altitude, dans le Val d'Anniviers (canton du Valais), qui deviendra une ancre dans sa vie nomade. Elle s'y fait construire un chalet et y habite en solitaire, de mai à octobre, à partir de 1948. De 1956 à 1987, Ella devient guide culturel et fait découvrir plusieurs pays d'Asie à de petits groupes de voyageurs.

Dans un article intitulé Pourquoi voyager, Ella fait siennes ces paroles du maître chinois Chuang Tzou : « Si nous abordons les choses par leurs différences, même le foie et la rate sont aussi éloignés que les villes de Ch'u et Yueh. Si nous les abordons par leurs ressemblances le monde est un. »

Ella fait du vélo et du ski jusqu'à l'âge de 80 ans.

La commune de Chandolin lui rend hommage en organisant dans le village une exposition permanente qui retrace sa vie, à travers des photographies et de nombreux objets de voyage. Les manuscrits et documents d'Ella Maillart sont conservés à la Bibliothèque de Genève, son œuvre photographique au musée de l'Élysée à Lausanne (20 000 négatifs et 10 000 positifs[5]) et ses films à la Cinémathèque suisse de Lausanne.

Galerie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Ella Maillart écrit un article pour le Weekly Magazine sur la Suisse en tant que pays d'accueil humanitaire pour les réfugiés juifs d'Autriche, 1938. La Suisse est présentée comme généreuse, les réfugiés comme un fardeau. Article dans la collection du Musée juif de Suisse.
  • Parmi la jeunesse russe - De Moscou au Caucase, Paris, Fasquelle, 1932, Lausanne, Éditions 24 Heures, 1989 (raconte son voyage en URSS en 1930)
  • Des Monts célestes aux sables rouges, Paris, Grasset, 1934, Paris, Payot 1986 (raconte son voyage en Asie centrale soviétique)
  • Oasis interdites - De Pékin au Cachemire, Paris, Grasset, 1937, Lausanne, Éditions 24 Heures, 1982 (le récit de son périple avec Peter Fleming)
  • (en)Gypsy Afloat, Londres, W. Heinemann, 1942 (sur ses années de navigation)
  • (en)Cruises & Caravans, Londres, J.M. Dent, 1942
  • (en)The Cruel Way, Londres, W. Heinemann, 1947 (son voyage de Genève à Kaboul avec Annemarie Schwarzenbach)
  • (en)Ti-puss, Londres, W. Heinemann, 1951 (le récit de ses cinq ans en Inde)
  • Croisières et caravanes, autobiographie, Neuchâtel, La Baconnière, 1951, Lausanne, Éditions 24 Heures, 1984
  • La voie cruelle, Genève, Editions Jeheber, 1952 (son voyage de Genève à Kaboul avec Annemarie Schwarzenbach)
  • (en)The Land of the Sherpas, Londres, Holder & Stoughton, 1955 (photographies et textes relatifs à son premier séjour au Népal)
  • Ti-puss ou l'Inde avec ma chatte, Renens, Éditions La Tramontane, 1979 (le récit de ses cinq ans en Inde)
  • Gypsy afloat : la vagabonde des mers, Paris, Payot, 1991 (sur ses années de navigation)
  • La Vie immédiate, photographies prises et réunies par Ella Maillart, accompagnées des textes de Nicolas Bouvier, Lausanne, Payot, 1991
  • Ella Maillart au Népal, photographies et textes d'Ella Maillart, réunis et présentés par Daniel Girardin, Lausanne, Musée de l'Elysée, Arles, Actes Sud, 1999
  • Ella Maillart / Nicolas Bouvier : témoins d’un monde disparu, Carouge, Zoé, 2002, photographies d'Ella Maillart et portrait par Nicolas Bouvier
  • Cette réalité que j'ai pourchassée, Carouge, Zoé, 2003 (recueil de lettres adressées par Ella Maillart à ses parents)
  • Ella Maillart sur les routes de l'Orient, 130 photographies prises par Ella Maillart, réunies et présentées par Daniel Girardin, Arles, Actes Sud, Lausanne, Musée de l'Élysée, Musée Olympique, 2003
  • Bribes de sagesses, Arles, Actes Sud, 2007
  • Chandolin d'Anniviers, textes et photographies d'Ella Maillart, Chandolin, Association Les Amis d'Ella Maillart, 2007
  • Envoyée spéciale en Mandchourie: en Asie où guettent les maîtres de demain, Genève, Zoé, 2009 (recueil de reportages réalisés en 1934 pour le journal Le Petit Parisien)
  • Au pays des sherpas, Carouge, Zoé, 2017
  • Ella Maillart – regards sur Chandolin, Chêne-Bourg, Zoé, 2021
  • Ma philosophie du voyage. Paris, Payot, 2022, Petite bibliothèque Payot.

Films et vidéos[modifier | modifier le code]

  • Ella Maillart, écrivain. Un entretien avec Bertil Galland, 54 min, Les Films Plans fixes, Lausanne, 1984
  • Ella Maillart chez Bernard Pivot (émission La vie est un long fleuve tranquille), INA, France,
  • Le voyage au Kafiristan de Donatello Dubini, 2001, film de fiction retraçant le voyage d'Annemarie Schwarzenbach et d'Ella Maillart en 1939[6]
  • Entretiens avec Ella Maillart : Le Monde - mon héritage (coffret, 1 CD d'interviews radiophoniques et 1 DVD du film Les itinéraires d'Ella Maillart), 2009
  • Ella Maillart - Double Journey, un film de Mariann Lewinsky et Antonio Bigini, 2015

Hommages[modifier | modifier le code]

  • À Genève (Suisse), l'École de culture générale Ella-Maillart a été baptisée au nom d'Ella Maillart, en 2009.
  • Une rue à Toulouse, à l'arrêt Hippodrome du tram T1.
  • Une rue à Massy (91300), en région parisienne.
  • Une rue à Vannes (56000), dans le Morbihan.
  • Une rue à Niort (79000) dans les Deux Sèvres
  • Une rue de Genève porte son nom depuis le , Chemin Ella-Maillart[7].
  • Ella Maillart a été nommée Bourgeoise d'Honneur de Chandolin.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]

Fonds Ella Maillart (20e siècle) [10 mètres linéaires, papiers personnels, correspondances, œuvres, papiers littéraires, journal, récits et notes de voyages, coupures de presse, documents audio-visuels]. Cote : CH-000007-9 CH BGE Ms. fr. 7086-7159. Genève : Bibliothèque de Genève (présentation en ligne).

Le fonds est constitué des dons d'Ella Maillart dès 1993, puis d'Anneliese Hollmann après 1997 à la Bibliothèque de Genève. Leur consultation est libre à la salle de lecture du Département des manuscrits et des archives privées de la Bibliothèque de Genève.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « http://w3public.ville-ge.ch/bge/odyssee.nsf/Attachments/maillart_ellaframeset.htm/$file/maillart_ellaframeset.htm?OpenElement » (consulté le )
  2. Rapport officiel des Jeux de la VIIIe Olympiade : Paris 1924 (lire en ligne), p. 589-592
  3. « Résultats de la descente féminine aux championnats du monde de ski de Cortina d'Ampezzo (Italie) »
  4. Catherine Reverzy, Femmes d'aventure : du rêve à la réalisation de soi, Odile Jacob, , p. 261
  5. Annie Metz, « Actualités de la bibliothèque Marguerite-Durand », Archives du féminisme, bulletin n°27, 2019, p. 7.
  6. Le voyage au Kafiristan, sur allocine.fr, consulté le 15 avril 2015
  7. Nom géographiques du canton de Genève

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marthe Oulié et Hermine de Saussure, La croisière de Perlette, 1926
  • Marthe Oulié, Quand j'étais matelot, 1930
  • Peter Fleming, Courrier de Tartarie, 1992 (édition anglaise, News from Tartary, en 1936)
  • Monk Gibbon, Mount Ida, 1948
  • (en) Peter Fleming, A Forgotten Journey - From Moscow to Manchuria, 1952
  • Voyage vers le réel - Mélanges dédiés à Ella Maillart à l'occasion de ses 80 ans, 1983. 22 contributions (Nicolas Bouvier, Miette Seyrig, Arnaud Desjardins, Samivel, Laurence Deonna, Catherine Domain, Lewis Thompson, etc.)
  • Nicolas Bouvier, L'échappée belle - Éloges de quelques pérégrins, 1996
  • Anne Deriaz, Chère Ella - Elégie pour Ella Maillart, 1998
  • Daniel Mordzinski, Étonnants voyageurs, 1999
  • Olivier Weber, Je suis de nulle part - Sur les traces d'Ella Maillart, 2003
  • Amandine Roche, Nomade sur la voie d'Ella Maillart, 2003
  • Bruno Paulet, Mémoires des sables - En Haute Asie sur la piste oubliée d'Ella Maillart et Peter Fleming, 2007 (prix Pierre-Loti 2008)
  • Charles Forsdick, Oasis interdites d’Ella Maillart, ACEL – Ed. Zoé, coll. Le cippe, 2007, 120 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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