Ella Cara Deloria

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Ella Cara Deloria
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 82 ans)
TrippVoir et modifier les données sur Wikidata
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Mary Sully (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Mary Sully (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Archives conservées par
National Anthropological Archives (en) (NAA MS 4810)Voir et modifier les données sur Wikidata

Ella Cara Deloria () (Aŋpétu Wašté Wiŋ, « Dame belle journée » en lakhota) est une anthropologue, linguiste, ethnographe, enseignante, et écrivaine yankton sioux. Elle a été notamment une indispensable traductrice de la langue et des traditions sioux pour le fondateur de l’anthropologie moderne américaine Franz Boas. Son travail et ses connaissances ont été précieuses mais pour autant elle est restée longtemps relativement ignorée, dans l'ombre de Franz Boas.

Biographie[modifier | modifier le code]

Deloria est née en 1889 dans le district de White Swan de la réserve indienne de Yankton, dans le Dakota du Sud[1],[2]. Ses parents étaient Mary (ou Miriam) (Sully) Bordeaux Deloria et Philip Joseph Deloria, et sa famille avait des origines sioux, anglaise, française et allemande. Son nom de famille remonte à François-Xavier Delauriers, un ancêtre trappeur français. Son père, Philip Joseph Deloria, fut l'un des premiers Sioux à être ordonné prêtre épiscopal et était également un chef des Sioux Yankton. Sa mère était la fille d'Alfred Sully, officier de l'armée américaine et d'une Sioux métisse. Ella était le premier enfant du couple, dont chacun avait plusieurs filles issues de mariages antérieurs. Ses frères et sœurs étaient la sœur Susan et son frère Vine Deloria Sr., devenu prêtre épiscopal comme leur père. Il a été déçu par le racisme au sein de l'Église épiscopale. Son neveu était Vine Deloria, Jr., qui devint écrivain, militant et intellectuel[3],[4].

Deloria a été élevée dans la réserve indienne de Standing Rock, parmi les Lakotas, et a d'abord été scolarisée à l'école missionnaire de son père, St. Elizabeth’s[5]. Elle alla ensuite dans un pensionnat à Sioux Falls[6],[7]. Après avoir obtenu son diplôme, elle étudia à Oberlin College, Ohio, où elle avait obtenu une bourse. Après deux ans à Oberlin, Deloria fut mutée au Teachers College de l'université Columbia à New York où elle obtint une licence en sciences en 1915[3].

En 1915, elle commença des recherches à l'université Columbia, notamment avec Franz Boas sur la culture des peuples premiers de l'Amérique du Nord[1],[2].

Elle devint « une des premières figures biculturelles vraiment bilingues de l’anthropologie américaine et une érudite, enseignante et esprit extraordinaire qui a poursuivi ses travaux et ses engagements dans des conditions notoirement adverses. À un moment de sa vie, elle vivait dans une voiture tout en collectant des matériaux pour Franz Boas. »[8].

Tout au long de sa vie professionnelle, elle a souffert d'un manque d’argent et de temps libre pour ses études. Elle s'est engagée à soutenir sa famille : son père et sa belle-mère étaient âgés, et sa sœur Susan dépendait d'elle financièrement[9].

À côté de ses travaux en anthropologie et en linguistique (voir ci-dessous), Deloria a occupé plusieurs emplois, dont l'enseignement (y compris en danse et éducation physique). Elle a donné des conférences sur la culture sioux, et a travaillé pour les Camp Fire Girls et la YWCA. Elle a également occupé des postes au Sioux Indian Museum de Rapid City, dans le Dakota du Sud, et a été directrice adjointe au W.H. Over Museum à Vermillion. Elle a écrit également, une de ses oeuvrs majeurs étant Waterlily, publié en 1988, soit après sa mort, et qui reprend l'histoire du XIXe siècle vue par les Sioux[2].

Elle est morte en 1971 à Vermillion[2].

Travaux académiques[modifier | modifier le code]

Ella Deloria rencontra Franz Boas au Teachers College et commença avec lui une association professionnelle qui a duré jusqu'à la mort de celui-ci en 1942. Franz Boas la recruta alors qu'elle était encore étudiante. Elle travailla également avec Margaret Mead et Ruth Benedict, anthropologues renommées qui avaient été des doctorantes de Franz Boas. Pour son travail sur les cultures amérindiennes, elle avait l'avantage de parler couramment le dakhota et le lakhota, en plus de l'anglais et du latin[1],[2].

Ses compétences linguistiques et sa connaissance intime de la culture sioux (aussi bien traditionnelle que christianisée), ont permis à Deloria de mener à bien un travail important, souvent novateur, en anthropologie et en linguistique. Elle traduisit également en anglais plusieurs textes historiques sioux, tels que les textes lakota de George Bushotter (1864-1892), premier ethnographe sioux, ainsi que les textes de Santee enregistrés par les missionnaires presbytériens Gideon et Samuel Pond[1],[2],[10].

En 1938-1939, Deloria a fait partie d'un petit groupe de chercheurs chargés de réaliser une étude socio-économique sur la réserve de Navajo pour le Bureau des affaires indiennes, financée par le fonds Phelps-Stokes[11]. Ce projet permit à Deloria d'obtenir davantage d'invitation à donner des conférences, ainsi que des fonds pour soutenir ses recherches sur les langues autochtones. En 1940, elle et sa sœur Susan se rendirent à Pembroke, en Caroline du Nord, pour mener des recherches auprès du peuple Lumbee du comté de Robeson[11]. Le projet a bénéficié de l'appui du Bureau des affaires indiennes et de l'administration fédérale de la sécurité agricole. Deloria reçut des financements de l'université Columbia, de la Société américaine de philosophie, la Bollingen Foundation, la Fondation nationale pour la science, et la Doris Duke Foundation pour effectuer ses recherches durant les années 1929-1960. Elle était en train de compiler un dictionnaire lakota au moment de sa mort[12]. Les archives qu'elle a laissées se sont révélées précieuses pour les chercheurs qui ont poursuivi son travail.

Le cratère vénusien Deloria a été nommé en son honneur.

Liste partielle de publications[modifier | modifier le code]

Fiction[modifier | modifier le code]

  • 1988: Waterlily (reprinted 1990, University of Nebraska Press; (ISBN 0-8032-6579-4)). Traduction française : Nénuphar, éditions de l’Étincelle, 1989, (ISBN 978-2890191921).
  • 1993: Ella Deloria's Iron Hawk (single narrative, éd. Julian Rice. University of New Mexico Press; (ISBN 0-8263-1447-3))
  • 1994: Ella Deloria's the Buffalo People (collection of stories, éd. Julian Rice. University of New Mexico Press; (ISBN 0-8263-1507-0))

Essais[modifier | modifier le code]

  • 1928: The Wohpe Festival: Being an All-Day Celebration, Consisting of Ceremonials, Games, Dances and Songs, in Honor of Wohpe, One of the Four Superior Gods... Games, of Adornment and of Little Children
  • 1929: The Sun Dance of the Oglala Sioux (American Folklore Society)
  • 1932: Dakota Texts (reprinted 2006, Bison Books; (ISBN 0-8032-6660-X))
  • 1941: Dakota Grammar (avec Franz Boas) (Académie nationale des sciences; reprinted 1976, AMS Press, (ISBN 0-404-11829-1))
  • 1944: Speaking of Indians (reprinted 1998, University of Nebraska Press; (ISBN 0-8032-6614-6))

Autres références citées[modifier | modifier le code]

  • Jan Ullrich, New Lakota Dictionary. (2008, Lakota Language Consortium). (ISBN 0-9761082-9-1). (comprend un chapitre détaillé sur la contribution de Ella Deloria à l'étude de la langue lakota)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Sophie Cachon, « Ella Cara Deloria, l'indispensable Sioux de Franz Boas », Télérama,‎ (lire en ligne).
  2. a b c d e et f Miriam Pillar Grossi, « Deloria, Ella Cara [Réserve sioux de Yankton, Dakota du Sud 1888 - Vermillion, id. 1971 ] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Dictionnaire universel des créatrices, Éditions Des femmes, , p. 1197-1198.
  3. a et b (en) « Deloria, Ella Cara », sur Encyclopedia.com.
  4. (en) Philip J. Deloria, Becoming Mary Sully: Toward an American Indian Abstract, University of Washington Press, , 47 p. (ISBN 9780295745046).
  5. (en) María Eugenia Cotera, Native Speakers : Ella Deloria, Zora Neale Hurston, Jovita González, and the Poetics of Culture, Austin (Texas), University of Texas Press, , 41–69 p. (ISBN 978-0-292-79384-2), « Standing on the Middle Ground: Ella Deloria's Decolonizing Methodology ».
  6. (en) « Ella Cara Deloria: Sioux scholar, ethnographer, writer, and translator », sur Encyclopædia Britannica.
  7. (en) « Ella Cara Deloria: Anpetu Wastéwin (Beautiful Day Woman) », sur Akta Lakota Museum and Cultural Center.
  8. (en) « Ella C. Deloria Undergraduate Research Fellowship », sur Department of Anthropology, Columbia University (consulté le ).
  9. (en) Gacs, Khan, McIntyre, Weinberg, Women anthropologists : selected biographies, Urbana, Illinois, University of Illinois Press, (ISBN 0-252-06084-9, OCLC 19670310, lire en ligne), p. 45–50.
  10. (en) James R. Walker et Elaine A. Jahner (dir.), Lakota myth, University of Nebraska Press en coopération avec le Colorado Historical Society, (ISBN 978-0-8032-9860-6, OCLC 62085331, lire en ligne)
  11. a et b (en) Roseanne Hoefel, « Different by Degree: Ella Cara Deloria, Zora Neale Hurston, and Franz Boas Contend with Race and Ethnicity », American Indian Quarterly, vol. 25, no 2,‎ , p. 181–202 (DOI 10.1353/aiq.2001.0023, JSTOR 1185948, S2CID 162255878).
  12. (en) « Ella Deloria Archive - About », sur zia.aisri.indiana.edu.