Elizabeth Warren

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Elizabeth Warren
Portrait officiel d'Elizabeth Warren, en 2016.
Portrait officiel d'Elizabeth Warren, en 2016.
Fonctions
Sénatrice des États-Unis
pour le Massachusetts
En fonction depuis le
(4 ans, 5 mois et 21 jours)
Prédécesseur Scott Brown
Biographie
Nom de naissance Elizabeth Ann Herring
Date de naissance (68 ans)
Lieu de naissance Oklahoma City (Oklahoma, États-Unis)
Nationalité Américaine
Parti politique Parti démocrate
Diplômée de Université Rutgers
Université de Houston
Université George Washington
Profession Professeur de droit
Religion Méthodisme
Résidence Cambridge (Massachusetts)

Elizabeth Warren, née Herring le à Oklahoma City, est une femme politique et professeur de droit américaine. Membre du Parti démocrate, elle siège au Sénat des États-Unis pour le Massachusetts depuis le .

Anciennement professeur de droit notamment à l'université Harvard, elle est spécialisée en droit du commerce et est l'une des universitaires les plus citées dans ce domaine avant d’entamer sa carrière politique. Warren défend activement la protection des consommateurs et a participé à la création du Bureau américain de protection des consommateurs en 2011. À la suite de la crise financière de 2008, elle a été nommée présidente du panel de surveillance du Congrès lié au plan Paulson. Sous la présidence de Barack Obama, elle devient assistante du président et conseillère spéciale au secrétaire du Trésor des États-Unis pour le Bureau américain de protection des consommateurs. À la fin des années 2000, elle est reconnue par le National Law Journal (en) et le Time 100 comme une figure montante dans le domaine des politiques publiques.

Elle remporte l'élection sénatoriale de 2012 contre le titulaire républicain Scott Brown, devenant la première sénatrice fédérale du Massachusetts. Elle s'engage dans le comité sénatorial à statut spécial sur le vieillissement, au comité sur la finance, dans celui du logement et des affaires urbaines, et au comité sur la santé, l'éducation, le travail et les retraites ; en 2016, elle rejoint le comité des affaires étrangères.

Elizabeth Warren est une personnalité influente du Parti démocrate et est populaire auprès des progressistes. Elle est connue pour ses virulentes prises de position contre les abus de la finance mondiale et la dérive droitière du Parti républicain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Elizabeth Ann Herring est née le [1] à Oklahoma City de Pauline (née Reed) et Donald Jones Herring[2].

Elle est rapidement devenue un membre éminent de l'équipe de débat de la Northwest Classen High School, remportant le prix de la « meilleure débatteuse des lycées d'Oklahoma. » À 16 ans, elle remporte également une bourse grâce à ses capacités oratoires pour l'université George Washington[3]. Aspirant à devenir professeur, elle abandonne cependant ses études pour épouser son petit-ami du lycée, Jim Warren[4]. Warren déménage à Houston (Texas), où son mari est un ingénieur de la NASA[5]. Elle s'inscrit à l'université de Houston et est diplômée en 1970 d'un bachelor en sciences sur les pathologies de la parole et en audiologie[6]. Pendant un an, elle enseigne à des enfants ayant des difficultés dans une école publique[7].

Warren et son mari déménagent dans le New Jersey où Jim a été muté, et Elizabeth, enceinte, décide de ne pas reprendre son travail immédiatement pour s'occuper de leur enfant. Lorsque leur fille fête ses deux ans, Warren s'inscrit à la Rutgers School of Law de Newark, d'où elle sort diplômée en 1976 d'un doctorat en droit. Après avoir mis au monde son deuxième enfant, elle passe l'examen du barreau et devient avocate[8]. Elizabeth et Jim divorcent en 1978[3],[9]. En 1980, elle se remarie avec Bruce Mann, un professeur de droit, mais décide de conserver le nom de Warren[10].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Elizabeth Warren a commencé sa carrière académique en tant que conférencière à l'université Rutgers (1977-78). Elle retourne au Texas et enseigne à l'école de droit de l'université de Houston (1978-83) ; elle est nommée doyenne associée aux affaires académiques en 1980 et obtient le poste de professeur titulaire en 1981. La même année, elle est aussi professeur invité de l'école de droit de l'université du Texas à Austin, avant d'y enseigner de façon permanente de 1983 à 1987. En 1985, elle enseigne occasionnellement à l'université du Michigan comme professeur invité[11]. Pendant qu'elle travaille à Austin, elle devient chercheure associée au centre de recherche sur la population. Assez tôt dans sa carrière, elle s'intéresse à la recherche de terrain, en particulier sur la façon dont les individus réagissent aux lois bancaires dans le « monde réel ». Elle s'emploie à analyser des comptes rendus de tribunaux et à interviewer des juges, avocats et débiteurs. Cela fait d'elle d'une étoile montante dans le domaine du droit de la faillite (bankruptcy law)[12].

Warren rejoint l'université de Pennsylvanie en 1987 et obtient une chaire en droit commercial en 1990. Pendant un an, elle enseigne à l'école de droit de Harvard en 1992, toujours en droit commercial. En 1995, elle quitte la Pennsylvanie pour s'installer à Harvard[11]. Jusqu'en 2011, elle est le seul professeur de droit de Harvard ayant étudié dans une université publique. Une fois à Harvard, elle devient l'un des professeurs de droit les plus cités des États-Unis[12]. Bien qu'ayant publié des recherches et des articles dans de nombreux domaines, son expertise se concentre sur la faillite[13]. Elle enseigne aussi les procédures collectives et le droit des contrats. Elle y est notamment réputée pour faire cours selon la méthode d'enseignement dite « socratique[14] ».

En 1995, on lui demande de conseiller la commission nationale sur la faillite[15]. Elle aide à rédiger le rapport de la commission et s'oppose aux législations visant à restreindre le droit des consommateurs dans ce domaine. Le Congrès des États-Unis valide néanmoins le Bankruptcy Abuse Prevention and Consumer Protection Act (en) de 2005, qui entrave la possibilité des citoyens de se mettre en faillite[4],[16]. De 2006 à 2010, Warren est membre du comité de conseil sur l'inclusion économique de la Federal Deposit Insurance Corporation. Elle est également membre de la National Bankruptcy Conference, une organisation indépendante qui conseille le Congrès sur le droit de la faillite. Elle est aussi l'ancienne vice-présidente de l'American Law Institute (en) et un membre de l'Académie américaine des arts et des sciences[17].

Le 14 novembre 2008, Warren est nommée par le chef de la majorité du Sénat Harry Reid pour siéger au panel de contrôle du Congrès sur la mise en œuvre du plan Paulson, faisant suite à la crise financière de 2008[18],[19].

Le 12 avril 2010, CNN rapporte qu'elle est pressentie pour occuper un poste à la Cour suprême des États-Unis[20],[21]. Le 24 mai 2010, le Time Magazine, en première page, surnomme Warren, Sheila Bair (présidente du Federal Deposit Insurance Corporation) et Mary Schapiro (présidente du Securities and Exchange Commission) les « nouveaux shérifs de Wall Street[22]. »

Son bagage académique et son insistance vis-à-vis de la protection des consommateurs depuis 2007 ont donné de l'élan à la création du bureau américain de protection des consommateurs[23],[24],[25],[26],[27],[28],[29],[30],[31],[32],[33]. Validé en 2010 par le Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act, il est finalement créé en 2011, et Barack Obama nomme Warren assistante du président et conseillère spéciale au secrétaire du Trésor des États-Unis[17]. Alors que les groupes libéraux et de défense des consommateurs ont fait pression sur Obama pour qu'il nomme Warren directrice du bureau, sa candidature a été largement décriée par les institutions financières et les membres du Congrès républicains. Ils estimaient que Warren ferait preuve d'un peu trop de zèle en faveur de la régulation des marchés[4],[34],[35]. Richard Cordray, ancien procureur général d'Ohio, est finalement nommé au poste de directeur de l'agence[36],[37].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Campagne de 2012[modifier | modifier le code]

Warren pendant sa campagne en novembre 2012.

En septembre 2011, Elizabeth Warren déclare son intention de se présenter pour la nomination démocrate aux élections sénatoriales. Après la mort de Ted Kennedy, le Républicain Scott Brown, vainqueur des élections spéciales de 2010, occupe alors le poste[38],[39]. Une semaine après son annonce de candidature, la vidéo d'un discours de Warren devient virale[40]. Elle répond aux accusations de certains républicains sur l'imposition des plus riches, vue comme une « guerre des classes », que personne n'est devenu riche aux États-Unis sans dépendre des infrastructures financées par le reste de la société :

« Personne dans ce pays n'est devenu riche seul. Personne. Vous avez fondé votre entreprise ici? Félicitations. Mais laissez-moi être claire : vous avez transféré vos produits sur des routes que le reste d'entre-nous avons construites ; vous avez employé des ouvriers que le reste d'entre nous avons éduqués ; votre usine est restée en sécurité grâce aux forces de polices et aux pompiers que le reste d'entre nous avons payés. Vous n'avez jamais eu à craindre que des bandes de maraudeurs viennent vous voler vos biens parce que nous autres étions là. Vous avez créé votre usine et elle est devenue quelque chose de grandiose? Dieu merci. Gardez-en le plus gros morceau. Mais une partie du contrat social sous-jacent est qu'en prenant votre part du gâteau, vous en donniez aussi pour le prochain gamin qui arrive[41]. »

— Elizabeth Warren, discours prononcé à Andover le 21 septembre 2011[42].

Le président Barack Obama a par la suite eu un discours similaire (en) pendant la campagne électorale de 2012[43].

Warren, seule candidate, remporte la nomination démocrate le 2 juin 2012 avec un record de 95,77 % des voix[44]. Elle est également soutenue par le gouverneur du Massachusetts, Deval Patrick[45]. Pendant la campagne, Warren rencontre l'opposition de groupes d'intérêts commerciaux ; elle récolte néanmoins plus de 39 millions de dollars pour sa campagne, plus qu'aucun candidat au Sénat cette même année, et démontre selon The New York Times, qu'il est « possible de faire campagne contre les grandes banques et sans l'argent de Wall Street, et de gagner quand même[46]. »

Warren, se revendiquant défenseur de la classe moyenne ayant été « ébréchée, pressée et martelée », gagne une place de choix à la Convention nationale démocrate le 5 septembre 2012, son discours précédant immédiatement celui de Bill Clinton[47]. Elle affirme que « les gens ont l'impression que le système est truqué. Le pire, c'est qu'ils ont raison. Le système est faussé. Les PDG de Wall Street, ceux qui ont brisé notre économie et détruit des millions d'emplois, ceux-là mêmes continuent à se pavaner au Congrès, sans honte, demandant des faveurs et faisant comme si nous devions les remercier[48]. ».

Sénatrice[modifier | modifier le code]

Résultats des élections sénatoriales dans le Massachusetts en 2012.

Le , Warren bat le sortant Scott Brown et est élue sénatrice avec 53,74 % des voix. Elle est la première femme élue sénatrice du Massachusetts et rejoint les vingt autres femmes siégeant au Sénat américain[49]. Le 3 janvier 2013, elle prête serment devant le vice-président Joe Biden[50]. Lorsque John Kerry démissionne pour devenir secrétaire d’État, elle le remplace en tant que sénatrice sénior après à peine un mois de fonction, faisant d'elle la plus jeune sénior du 113e Congrès des États-Unis.

En décembre 2012, elle intègre le Senate Banking Committee (en) chargé de surveiller la mise en œuvre du Dodd–Frank Act et d'autres mesures de régulation de l'industrie bancaire[51]. Pour sa première apparition au sein du comité, elle interroge plusieurs régulateurs financiers et leur demande quand était la dernière fois où ils ont poursuivi juridiquement une banque de Wall Street : « je m'inquiète sincèrement sur le fait que « too big to fail » semble être devenu « too big to trial »[52]. ». Le mois suivant, elle demande aux officiels du département du Trésor pourquoi aucune charge criminelle n'a jamais été portée à l'encontre de la banque HSBC en raison de leurs pratiques frauduleuses de blanchiment d'argent. Alors que ses questions sont éludées par ses interlocuteurs, elle s'agace et répond : « si vous vous faites arrêter avec 30 grammes de cocaïne, il y a de grandes chances pour que vous vous retrouviez en prison. Mais par contre, si vous blanchissez presque un milliard de dollars pour les cartels de drogue et violez par là même les sanctions internationales, votre banque paye juste une amende et vous rentrez dormir chez vous[53]. ».

En mai 2013, Warren déplore ouvertement que le département de la Justice, la Securities and Exchange Commission et la Réserve fédérale ne préfèrent s'arranger avec les banques pour des compensations plutôt que de les poursuivre dans des procès, estimant que cela serait plus fructueux, à la fois pour les finances américaines, mais aussi pour l'exemple que cela donnerait[54]. Le même mois, elle introduit sa première loi, la Bank on Student Loans Fairness Act qui permet aux étudiants à postuler à des prêts du gouvernement aux mêmes taux que les banques comme Goldman Sachs et JPMorgan Chase payent pour emprunter de l'argent au gouvernement fédéral. Suggérant que les étudiants devraient avoir les mêmes « incroyables » offres que les banques, Warren propose des prêts à des taux de 0,75 % (les taux des prêts étudiants avoisinent en moyenne 3,4 % en 2013)[55]. Bernie Sanders, alors sénateur indépendant pour le Vermont et futur candidat à la nomination démocrate pour les élections de 2016, soutient le projet de loi et déclare : « le seul défaut de cette loi, c'est qu'Elizabeth Warren y a pensé, et pas moi[56]. ».

En juillet 2015, Warren déclare que « malgré les progrès que nous avons faits depuis 2008, les plus grandes banques menacent encore notre économie », et s'associe à John McCain, Maria Cantwell et Angus King pour réintroduire une version moderne du Glass-Steagall Act adopté en 1933. La loi permet de réduire le risque que les citoyens américains ne soient impliqués dans le système financier, et a pour but de diminuer les risques qu'une nouvelle crise ne s’abatte sur le pays[57]. En septembre 2016, Warren fait face au PDG de Wells Fargo, John Stumpf (en), et l'incite à démissionner après les révélations de fraudes de sa banque, ajoutant qu'il devrait être poursuivi par la justice pour son implication dans le scandale des comptes fantômes[58],[59],[60].

Elle est un temps pressentie pour être la colistière d'Hillary Clinton à la vice-présidence des États-Unis. La candidate démocrate estime ainsi le 9 juin 2016 que Warren, l'une des chefs de l'aile progressiste du Parti démocrate, est « éminemment qualifiée » pour ce poste. Finalement, le centriste Tim Kaine est nommé sur le ticket.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Elizabeth Warren au gala Time 100 de 2010.

En 2009, The Boston Globe la nomme « Bostonienne de l'année[6] » et la Women's Bar Association of Massachusetts (en) lui décerne le Lelia J. Robinson Award[61]. Elle fait partie des « 100 personnalités les plus influentes » du Time en 2009, 2010 et 2015[62]. En 2009, elle devient le premier professeur de l'histoire de Harvard à remporter le Sacks–Freund Teaching Award pour la seconde fois[63].

Le National Law Journal (en) la cite plusieurs fois comme étant l'une des « cinquante avocates américaines les plus influentes[64] » et la nomme parmi les « quarante avocats les plus influents de la décennie » en 2010[65]. La même année, Warren est introduite à l'Oklahoma Hall of Fame (en)[66] et elle est citée parmi les vingt américains les plus progressistes du magazine britannique New Statesman en 2012[67]. Elle reçoit en 2013 le Harvard Law School Association Award[63].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  5. (en) George Packer, The Unwinding, an inner history of the New America, New York, Farrar, Straus, and Giroux, (ISBN 978-0-374-10241-8), p. 345.
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  41. Citation originale : « There is nobody in this country who got rich on his own. Nobody. You built a factory out there? Good for you. But I want to be clear: you moved your goods to market on the roads the rest of us paid for; you hired workers the rest of us paid to educate; you were safe in your factory because of police forces and fire forces that the rest of us paid for. You didn't have to worry that marauding bands would come and seize everything at your factory, and hire someone to protect against this, because of the work the rest of us did. Now look, you built a factory and it turned into something terrific, or a great idea. God bless. Keep a big hunk of it. But part of the underlying social contract is, you take a hunk of that and pay forward for the next kid who comes along. »
  42. (en) Steve Benen, « ‘The underlying social contract’ », sur Washington monthly, (consulté le 19 novembre 2016).
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Liens externes[modifier | modifier le code]