Affaire du Dahlia noir

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Elizabeth Short lors de son arrestation en 1943.

L’affaire du Dahlia noir fait référence au meurtre non élucidé d'Elizabeth Short, une femme américaine surnommée depuis le « Dahlia noir ».

Le corps d'Elizabeth Ann Short a été retrouvé atrocement mutilé, coupé en deux au niveau du bassin et vidé de son sang dans un terrain vague de Los Angeles le . Âgée de 22 ans, Elizabeth Short s'était installée à Hollywood dans le but de devenir actrice. Le surnom de Dahlia noir donné à la victime viendrait soit de son abondante coiffure teinte en noir, soit d'une fleur de dahlia qu'elle portait dans les cheveux, soit des vêtements noirs qu'elle portait pour sortir le soir, ce surnom étant un sobriquet popularisé par le journal Los Angeles Herald Examiner (en), propriété de William Randolph Hearst[1]. Il fait également référence au film The Blue Dahlia (Le Dahlia bleu), avec Veronica Lake, sorti peu de temps avant le meurtre et dont l'intrigue est fondée sur l'assassinat d'une jeune fille et la recherche de son meurtrier.

Ce crime a fait l'objet de nombreuses spéculations et a inspiré des ouvrages ainsi que des films de fiction et documentaire, des jeux vidéos, des musiciens, etc.

Biographie de la victime[modifier | modifier le code]

Plaque tombale d'Elizabeth Short.

Elizabeth Short est née dans le quartier de Hyde Park, à Boston (Massachusetts)[2], le 29 juillet 1924. Elle est la fille de Cleo Short, entrepreneur possédant une affaire de construction de golf miniature, et de Phoebe Mae.

Cleo, ruiné par la Grande Dépression de 1929, met son entreprise en faillite. Incapable de nourrir sa femme et ses cinq filles, il abandonne ainsi sa famille en et laisse sa voiture sur le pont de la rivière Charles pour feindre le suicide en faisant croire qu'il s'est jeté dans la rivière[3].

Dès lors, Elizabeth est élevée par sa mère à Medford, dans le Massachusetts.

Souffrant d’asthme, elle passe l'été à Medford et l'hiver en Floride. Elle arrête ses études en seconde et part pour Miami Beach, où elle trouve un emploi de serveuse. Elle fait la connaissance d'un officier de l'armée de l'air, le lieutenant Gordon Fickling.

À l'âge de 19 ans, rêvant de faire carrière au cinéma, elle part pour Vallejo, en Californie, pour vivre avec son père qui travaille sur la base navale de Mare Island Naval Shipyard[4]. Tous les deux partent ensuite pour Los Angeles au début de l'année 1943. Selon un témoignage, elle quitte son père, avec qui elle avait des rapports difficiles, pour trouver un travail de caissière dans un magasin de l'armée à Camp Cooke (aujourd'hui Vandenberg Air Force Base), près de Lompoc, en Californie[5]. Elle part ensuite pour Santa Barbara, où elle est arrêtée le pour consommation illégale d'alcool par une mineure ; elle est renvoyée à Medford par la brigade des mineurs.

Pendant le reste des années de guerre, elle continue d'échanger avec le lieutenant Gordon. Il lui propose de l'épouser mais se tue en Inde dans un accident d'avion en novembre 1945[6]. Les années suivantes, gagnant principalement sa vie comme serveuse, elle réside dans différentes villes de Floride, avec quelques retours occasionnels au Massachusetts. En 1946, elle reprend le chemin de la Californie, à destination d'Hollywood, avec pour but de devenir actrice. Elle vivote entre pensions, hôtels et colocations.

En décembre 1946, elle part pour San Diego (Californie) avant de revenir à Hollywood, le 9 janvier 1947[7]. Le , son corps coupé en deux au niveau de la taille et vidé de son sang[8] est retrouvé dans un terrain vague de Los Angeles[9]. Des traces de mutilations sont également visibles sur ses cuisses, sa poitrine et sur la bouche entaillée depuis la commissure jusqu'aux oreilles, donnant un aspect appelé « sourire de Glasgow. » Ces traces et les marques sur ses poignets indiquent qu'elle a été attachée et longuement torturée avant de mourir. Le corps vidé de son sang a été lavé et l'absence de sang sur les lieux de sa découverte montre qu'elle a été assassinée ailleurs (peut-être dans une baignoire d'une chambre de l'Aster Motel à Los Angeles[10]) puis transportée dans le terrain vague dans une grosse voiture noire non identifiée[11],[12].

Les suspects[modifier | modifier le code]

Plus de 50 personnes avouèrent être à l'origine du meurtre[13] sans qu'aucune ne soit réellement coupable. Parmi les différentes théories sur l'identité du tueur qui ont fait couler le plus d'encre à l'époque, on peut citer celle du dernier petit ami en date de Short, celle de Jack Anderson Wilson ou encore celle d'un médecin.

En 2003, Steve Hodel, détective privé et ancien enquêteur de la police de Los Angeles, publie L’Affaire du Dahlia noir[14], livre dans lequel il défend la thèse selon laquelle son propre père, George Hill Hodel (en), un médecin spécialiste des maladies vénériennes réputé, serait non seulement le meurtrier du « Dahlia Noir », mais également un tueur en série coupable des meurtres de huit femmes seules perpétrés aux alentours de Los Angeles entre et il lui attribue aussi les crimes du "Lipstick murder" de Chicago dans les mêmes années[15]. Amateur d'art, et de parties fines, George Hill Hodel avait été lié au photographe Man Ray qui participait à ses soirées folles. Dans son livre, Steve Hodel s'interroge sur le possible rapport entre les mutilations effectuées sur les cadavres et les célèbres photos intitulées Minotaur et Lèvres rouges découpées de Man Ray[16].

En 2014, dans son livre Qui a tué le Dahlia Noir ? L'énigme enfin résolue, l'écrivain français Stéphane Bourgoin reprend la thèse du chroniqueur iconoclaste d'Hollywood, John Gilmore (en)[17] selon laquelle ce crime est l'œuvre d'un serial killer surnommé le « boucher de Cleveland ». L'auteur accuse ainsi un certain Jack Anderson Wilson (en) (petit ami de Short, cf. ci-dessus) d'avoir commis quatorze meurtres entre 1934 et 1950 à Cleveland[18]. Stéphane Bourgoin affirme que son enquête a été validée par plusieurs enquêteurs du FBI.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Arts plastiques[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • 1987, James Ellroy, dont la mère a été assassinée, consacre un roman à cette affaire : Le Dahlia noir.
  • 2003, parution de Black Dahlia Avenger: A Genius for Murder (L'affaire du Dahlia Noir) de Steve Hodel.
  • 2010, Romain Slocombe en fait une part importante de l'intrigue de son roman Sexy New York.
  • 2013, Matz, David Fincher et Miles Hyman adaptent le roman de James Ellroy en bande dessinée : Le Dahlia noir.
  • 2014, Qui a tué le Dahlia Noir ? L'énigme enfin résolue par Stéphane Bourgoin.

Films, téléfilms et documentaires[modifier | modifier le code]

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • Un groupe de death metal américain porte le nom de The Black Dahlia Murder. Il est sous le label Metal Blade Records.
  • Le groupe américain de rapcore Hollywood Undead a repris l'histoire du Dahlia noir dans sa chanson intitulée Black Dahlia où il défend la thèse selon laquelle le meurtrier serait son dernier petit ami. Celui-ci éprouverait des remords et tenterait de justifier son acte.
  • Dans le videoclip de sa chanson Hollywoodn't, Sharon Needles y fait une référence et une représentation de l'affaire.
  • Dans la chanson Red Dalhia (2016) du groupe Mili qui privilégie la thèse du docteur meurtrier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John Gilmore, Severed. The True Story of the Black Dahlia, Amok Books, , p. 47
  2. (en) « Diaporama avec l'acte de naissance d'Elizabeth Short »
  3. (en) Benito Capuzzo, True Murder Stories, Nischal Hegde, , p. 227
  4. (en) Brenda Haugen, The Black Dahlia. Shattered Dreams, Capstone, , p. 20
  5. Brenda Haugen, op. cit., p. 26
  6. Brenda Haugen, op. cit., p. 32
  7. (en) Richard Whittington-Egan, Molly Whittington-Egan, The bedside book of murder, David & Charles, , p. 104
  8. Photographie du corps.
  9. (en) David McCormack, « Could the infamous Black Dahlia case be about to be solved ? », sur Daily Mail,
  10. (en) Caroline Howe, « Black Dahlia killer unmasked: Notorious case of aspiring starlet who was cut in half and had 'Joker smile' carved into her face is finally solved, despite 'cover-up by LAPD’ », sur dailymail.co.uk, .
  11. (en) James Ellroy, The Black Dahlia, Random House, , p. 100-103
  12. (en) Michael Newton, The Encyclopedia of Unsolved Crimes, Infobase Publishing, , p. 46
  13. (en) Saul M. Kassin, « False Confessions : Causes, Consequences, and Implications for Reform », Current Directions in Psychological Science, vol. 17, no 4,‎ , p. 249-253 (lire en ligne).
  14. (en) Steve Hodel, Black Dahlia avenger : a genius for murder, New York, Arcade Pub, , 481 p. (ISBN 978-1-5597-0664-3) Traduction française : Seuil, 2005 (ISBN 978-2-0208-2608-2).
  15. Il pense aussi que son père serait le tueur en série surnommé "Zodiac", voir http://www.tueursenserie.org/zodiac/
  16. George Hill Hodel et Man Ray se sont rencontrés grâce à leurs épouses respectives, Dorothy Hodel et Juliet Man Ray, vers 1944. Très liés, au moins jusqu'en 1951, ils se recevaient régulièrement l'un chez l'autre. (cf. Steve Hodel, op. cité)
  17. (en) John Gilmore, Severed. The True Story of the Black Dahlia, Amok Books, , 238 p.
  18. Thierry Denoel, « Qui a tué le Dahlia Noir ? », sur Le Vif,
  19. Jean-Michel Rabaté, Étant donnés : 1° l’art, 2° le crime – La modernité comme scène du crime, Les presses du réel, 2010.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • James Ellroy (trad. Freddy Michalski), Le dahlia noir, Paris, France Loisirs, , 639 p. (ISBN 978-2-744-19661-4).
  • Steve Hodel, L'affaire du dahlia noir ; (suivi de) Complément d'enquête : les nouvelles preuves, Paris, Seuil, coll. « Points policier », , 763 p. (ISBN 978-2-020-82608-2).
  • Don Wolfe (trad. Nathalie Cunnington), Le dossier Dahlia noir : la pègre, le nabab et le meurtre qui a choqué l'Amérique, Paris, A. Michel, (ISBN 978-2-226-17266-2).
  • Stéphane Bourgoin et Jean-Pierre Deloux, Le Dahlia noir : autopsie d'un crime de 1947 à James Ellroy, Paris, E-dite, (ISBN 978-2-846-08198-6).
  • Stéphane Bourgoin, Qui a tué le Dahlia Noir : l'énigme enfin résolue, Paris, Éd. Ring, (ISBN 979-1-091-44725-6).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]