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Elisabeth Marbury

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Elisabeth Marbury
Photographie en noir et blanc d’une vieille femme au menton large, portant un chapeau de type fedora et une tenue noire. Elle tient une canne dans sa main droite, tandis que son bras gauche repose sur l’accoudoir de sa chaise en bois sculpté. Assise, elle tourne la tête et légèrement le corps vers l’objectif, situé à sa gauche.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nationalité
Activité
Père
Francis Marbury (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Elizabeth Marbury (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Autres informations
Parti politique
Œuvres principales
My Crystal Ball (d), Manners : A Handbook of Social Customs (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Elisabeth Marbury ([iˈlɪz.ə.bəθ ˈmɑːɹ.be.ɹi][note 1]), née le à New York et morte dans la même ville le , est une agente littéraire, productrice de théâtre et traductrice américaine. Elle est une figure influente du théâtre new-yorkais de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

Elle représente de nombreuses personnalités littéraires européennes et américaines, parmi lesquelles Frances Hodgson Burnett, Edmond Rostand, Victorien Sardou, George Bernard Shaw ou encore Oscar Wilde. À ce titre, elle contribue à la diffusion du théâtre européen sur les scènes américaines, ainsi qu’à la standardisation et à la mise en place du système de royalties aux États-Unis. Productrice de plusieurs spectacles à Broadway, elle participe à l’émergence de la comédie musicale moderne à travers les productions du Princess Theatre dans les années .

Figure de la haute société new-yorkaise, Elisabeth Marbury entretient à partir des années une relation lesbienne publique et de longue durée avec Elsie de Wolfe, décoratrice d’intérieur et figure mondaine dont elle partage la vie jusqu’à sa mort.

Elle est engagée dans diverses œuvres philanthropiques pendant la Première Guerre mondiale, puis active au sein du Parti démocrate après-guerre. Elle publie également plusieurs ouvrages, dont son autobiographie My Crystal Ball en 1923.

Enfance et formation

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Photographie en noir et blanc d’une jeune fille de 10 ans, aux cheveux tressés en nattes, assise et se présentant de trois quarts gauche face à l’objectif, à l’exception de son visage qui fixe droit l’appareil.
Photographie d'Elisabeth Marbury à 10 ans.

Elisabeth Marbury naît le [1], de Francis Ferdinand Marbury et Elizabeth (née McCoun) Marbury[HMS 1]. Son père est greffier et issu de la famille Marbury, une prestigieuse lignée d'avocats ayant émigré d’Angleterre au début du XVIIe siècle[L 1]. Sa mère est une descendante de la famille McCoun, influente à New York[L 1]. Elle grandit dans un milieu aisé et cultivé ; son enfance est troublée par la guerre de Sécession, qui engendre des disputes entre son père, démocrate et pro-confédéré, et sa mère, unioniste[L 2].

Sa famille, bien qu'aisée, connaît régulièrement des difficultés financières en raison des investissements boursiers et immobiliers malheureux de son père, avocat prospère mais dépensier[L 3]. Sa mère gère rigoureusement les finances familiales afin de préserver la position sociale de la famille[L 3]. Marbury acquiert auprès d'elle des notions de comptabilité, ainsi qu'une sensibilité à l'importance de la réputation[L 3],[S 1].

Elisabeth est envoyée dans une école de filles « à la mode », où elle apprend les bonnes manières[L 4]. À partir de l’âge de 7 ans, elle reçoit une éducation approfondie, d'abord dans le domaine des lettres classiques par son père, qui lui apprend à lire et lui enseigne le latin[2]. Ensuite, en autodidacte, elle profite de la bibliothèque de droit de son père[L 4]. Elle apprécie particulièrement Commentaries on the Laws of England de William Blackstone[2],[S 2].

Elle profite également d'une éducation culturelle familiale[L 5]. Sa famille considère le théâtre comme une part essentielle de l'éducation et l'y emmène tous les vendredis soir[L 5].

Du point de vue religieux, ses parents, quakers, lui offrent une éducation spirituelle et l’emmènent chaque dimanche à leur église de quartier, la Madison Square Presbyterian Church[S 2].

En , elle effectue un tour d’Europe, pratique courante dans l'éducation des familles américaines aisées de l'époque[L 6]. Elle visite les îles Britanniques, la France, la Belgique et la Suisse[L 6], et rencontre plusieurs personnalités : Charles Darwin, Thomas Henry Huxley ou Herbert Spencer[2].

Début de carrière et rencontre avec Elsie de Wolfe

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Une photographie en noir et blanc : à gauche de l’image, Elisabeth Marbury, assise, habillée en noir et portant un chapeau de fourrure, tient sous son bras gauche un chien noir, à peine visible car se confondant avec sa tenue. À droite, Elsie de Wolfe, habillée d’une robe blanche et d’une écharpe de fourrure, est assise sur l’accoudoir, s’appuyant sur Marbury et enserrant son épaule droite de son bras gauche.
Elisabeth Marbury et Elsie de Wolfe, photos extraites de My Crystal Ball (publié en 1923).

En , Marbury fonde sa première entreprise[M 1] : une exploitation de volailles installée dans la ferme familiale de Long Island[S 3]. Elle la dirige avec succès, notamment à l'aide de l'incubateur nouvellement inventé ; ses produits remportent de nombreux prix dans les foires locales[2],[S 3].

En 1886[M 2],[HMS 2], Marbury rencontre Elsie de Wolfe, figure mondaine et décoratrice d'intérieur, avec qui elle entretient une relation lesbienne de 1892 jusqu’à sa mort en 1933[1]. Leur relation est publique et commentée dans la presse, un journaliste allant jusqu'à écrire une fiction érotique sur leur couple[3],[4],[5],[M 3]. Ce lien amoureux ne suscite toutefois pas de scandale, notamment en raison du statut social élevé des protagonistes et de la relative tolérance de leur époque envers les relations étroites entre femmes, qui les protège des critiques[M 4].

Une photographie moderne d’une maison en briques rouges.
La « Irving House », à New York.
Une peinture représentant l’intérieur d’une maison : les murs blancs sont quadrillés de vert. À gauche, on aperçoit un tableau, des fauteuils et un chaise dorés aux coussins verts encombrent la pièce. Au centre droit, une large double porte-fenêtre s’ouvre sur le jardin, où l’on distingue un petit bassin avec un jet d’eau, des haies et des arbres en arrière-plan.
Dessin de l'intérieur de la villa Trianon, à Versailles.

Le couple partage son existence entre le 49, Irving Place, dit la « Irving House », à New York, de 1892 à 1911[6],[E 1],[S 4] et la Villa Trianon[E 1], au 47 boulevard Saint Antoine, à Versailles[S 5]. Acquise en 1903, celle-ci leur sert régulièrement de résidence lors de leurs voyages d’affaires[1].

Autrice et agente théâtrale

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Une photographie de la couverture d’un livre marron ; le mot “Manners”, écrit en lettres dorées, apparaît en haut à droite de la couverture, entouré de petites fioritures dorées.
Couverture de Manners: A Handbook of Social Customs, premier livre d'Elisabeth Marbury.

Marbury publie en , anonymement[S 6], son premier livre, Manners: A Handbook of Social Customs[1]. L'ouvrage révèle que, malgré sa réussite personnelle, elle considère que la place de la femme est au foyer et s’oppose au mouvement grandissant pour le droit de vote des femmes[2]. La même année, le , elle coécrit et produit une pièce de théâtre caritative, Contrast, en collaboration avec de Wolfe, qui est l'actrice principale[2],[M 2]. La pièce rapporte 5 000 dollars, ce qui l’amène à envisager une carrière dans le monde théâtral[2],[S 7],[1], peut-être en tant que dramaturge[M 2]. Elle est encouragée par une suggestion du producteur Daniel Frohman[2],[E 2].

Soutenue par Daniel Frohman, Marbury devient l’agente et la représentante de l’autrice Frances Hodgson Burnett[1],[S 8],[E 3]. Elle entretient avec celle-ci une collaboration fructueuse et lucrative[1]. Pendant trois ans, elle produit sa pièce Little Lord Fauntleroy[E 3],[S 8].

En 1890, Marbury est victime d’une escroquerie : un entrepreneur australien tire parti de son inexpérience dans la production théâtrale[S 9]. Il l’amène à financer par avance la production de Little Lord Fauntleroy en Australie[S 9]. Ensuite, il la persuade de se rendre en France afin d’y organiser une nouvelle tournée de l’œuvre destinée à compenser les pertes engagées[S 9]. Profitant de son absence, il s’enfuit avec les fonds qui lui avaient été confiés pour la production[S 9]. Marbury se retrouve seule au Havre sans argent [S 9]. Elle rejoint alors Elsie de Wolfe à Paris[M 2],[1]. En 1891, elle rencontre Victorien Sardou, président de la Société des gens de lettres[M 2],[1] : il l'engage en tant qu'agente, pour lui-même ainsi que pour tous les membres de la société[M 2],[7]. Elle gère leurs droits d'auteur, les traductions de leurs œuvres ou la production sonore et la distribution de certaines pièces de théâtre[1]. Sa liste de clients compte notamment Frances Hodgson Burnett, Edmond Rostand, Victorien Sardou, George Bernard Shaw ou encore Oscar Wilde[8],[1],[E 4],[note 2]. Elle soutient également l’intégration des femmes dans le milieu du théâtre, en particulier dans les domaines de la mise en scène et de la production alors majoritairement dominés par les hommes[HMS 3]. Elle contribue à l’essor de personnalités telles que Rachel Crothers et Maxine Elliott[HMS 3].

Bureaux en Europe

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Elisabeth Marbury devient dans le même temps une figure reconnue du milieu théâtral new-yorkais[S 10]. Elle collabore avec le syndicat théâtral de Charles Frohman, à qui elle fournit la majorité de ses contrats de production[S 10], mais aussi avec son rival, The Shubert Organization[1]. En 1895, son entreprise possède des bureaux à Londres, Paris, Berlin, Vienne, Milan, Moscou et Madrid[E 2]. En 1905, elle représente 34 auteurs français, 38 britanniques et 24 américains[S 11]. En 1911, un article du Metropolitan Magazine la décrit ainsi[9] :

« The three estates of the dramatic world are playwright, actor, and manager. The fourth is Miss Elisabeth Marbury. She is an institution without precedent...self-evolved, autogenerated. »

« Les trois piliers du monde théâtral sont l’auteur dramatique, l’acteur et le directeur de théâtre. Le quatrième, c’est Miss Elisabeth Marbury. Elle est une institution sans précédent… façonnée par elle-même, née de sa propre volonté. »

À partir de , Marbury et de Wolfe organisent des tea-parties, le dimanche, à New York ou dans la Villa Trianon ; elles y accueillent des figures mondaines et politiques américaines et européennes[10],[HMS 2],[E 5].

En , Marbury se convertit au catholicisme romain à la suite de la mort de son père[M 5] ; sa mère était morte en février 1892[S 12].

New York, le Colony Club

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Une photographie moderne d’un bâtiment en briques rouges au toit blanc, vu en contre-plongée ; en arrière-plan, un immeuble se détache sur le ciel.
Photographie de 2018 de la façade du bâtiment ayant accueilli le Colony Club.

En 1903, elle participe à la fondation du Colony Club, premier club exclusivement féminin de New York[1], ce qui lui permet de se constituer un important réseau de relations internationales[M 4]. Elle lance la carrière de décoratrice d’intérieur de sa compagne Elsie de Wolfe en lui obtenant le contrat de décoration du Club, la mettant ainsi en relation avec les élites mondaines new-yorkaises[S 13],[M 6].

À partir de , Elisabeth Marbury et Elsie de Wolfe partagent leur résidence de la Villa Trianon avec Anne Morgan, rencontrée dans le cadre du Colony Club[M 4],[S 14].

En , elle lance la carrière américaine de Vernon et Irene Castle, un couple de danseurs qu’elle a découverts à Paris[1],[E 6]. Elle les invite à se produire à New York, au Castle House, avec l'orchestre de James Reese Europe[2].

Marbury voit dans le couple Castle une réponse morale à l’essor de la danse populaire en Amérique au début du XXe siècle, qu’elle juge trop libertine et sexualisée[S 15],[M 7]. Elle décrit leur style de danse comme « [une] évolution du menuet du XVIIIe siècle, sans étreintes éprouvantes entre les partenaires, sans hideuses contorsions des membres, sans torsions excessives ni angles vicieux » (« [an] evolution of the eighteenth-century minuet with no strenuous clasping of partners, no hideous gyrations of the limbs, no abnormal twistings, and no vicious angles[11].) »

Les bouleversements de la Première Guerre mondiale

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Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale en , Marbury se trouve à Brides-les-Bains en France, tandis qu’Elsie de Wolfe se trouve à Baden-Baden en Allemagne[M 8]. Elles sont détenues temporairement, puis renvoyées à New York en septembre ; cette séparation douloureuse sans communication possible les marque profondément et les rend pessimistes pour l’avenir de la société[M 8]. Dès leur retour, elles s'associent avec Anne Morgan et Anne Harriman Vanderbilt, et fondent le Strand Roof Garden, lieu de rencontre entre différentes classes sociales, conçu comme un « antidote à la guerre ». Mais il périclite et est revendu en [M 9].

Marbury se joint à d'autres agents pour fonder l’American Play Company[1], une association qui représente les intérêts des auteurs à travers le monde et ouvre des succursales à Paris, Londres, Berlin, Vienne, Rome et Barcelone[8]. Elle se lance également dans la production de pièces de théâtre, en partie pour tenter de retenir de Wolfe  qui veut partir en France pour contribuer à l'effort de guerre  à New York, en l'engageant dans la conception des décors des pièces qu'elle produit[M 10].

Photographie en noir et blanc d’un immeuble résidentiel ; un grand panneau accroché à la façade affiche en grandes lettres : “Nightie Night — A WIDE AWAKE FARCE”.
Façade du Princess Theatre en 1920.

En et , Marbury s'associe avec le producteur F. Ray Comstock[2] pour fonder la Comstock-Marbury Company, et réinvestit entièrement le Princess Theatre[E 7]. Elle le réaménage pour produire des pièces modestes, avec un budget limité à 7 500 dollars[HMS 4], ce qui est assez peu en comparaison des coûts de production moyens des spectacles de Broadway, comme les Ziegfeld Follies, qui pouvaient monter jusqu'à 50 000 dollars[HMS 4].

Elle met en place une chorale de douze femmes chantant des airs en relation avec le déroulement de l'intrigue, des solistes, et un nombre d'artistes limité à trente personnes[2],[M 9],[S 16]. Elle rémunère au même salaire les acteurs et les « filles de la chorale » et paye ces dernières pour leurs heures supplémentaires[2]. Elle produit ainsi quatre pièces de théâtre préfigurant le genre de la comédie musicale : Nobody Home et Very Good, Eddie en , puis Love o’ Mike et See America First en 1916[1].

Une photographie en noir et blanc d’Elisabeth Marbury portant une tenue noire et un chapeau melon sur lequel sont inscrites les lettres « K » et « C ».
Photographie d'Elisabeth Marbury dans son uniforme des Chevaliers de Colomb.

Alors que de Wolfe s’apprête à quitter New York discrètement le [M 10], Marbury le découvre et décide de l’accompagner[M 10], laissant la gestion de sa production en cours, Go to It, à ses collaborateurs[M 10].

Elle revient brièvement à New York entre le et pour finir la production de Love o’ Mike, puis repart en France[M 10]. Avec Anne Morgan, elle lève des fonds pour les soldats français blessés et accueille un hôpital militaire dans la Villa Trianon[S 17]. Elle effectue ces actions dans le cadre de l'organisation des Chevaliers de Colomb[8],[S 18]. Elle est plus tard décorée par les gouvernements français et belge pour son action[1] ; en France, elle reçoit la croix de guerre[E 8],[S 19]. Le , ses obligations professionnelles l'obligent à rentrer à New York[M 11].

En , sa traduction en anglais de l'ouvrage de Maurice Barrès Les Diverses Familles spirituelles de la France est publiée sous le titre de The Faith of France[1],[12],[13].

L'après-guerre et la carrière politique

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La carrière d'impresario d’Elisabeth Marbury décline après la guerre, ses nombreux engagements durant le conflit l’ayant trop accaparée[HMS 4]. En 1914, au début du conflit, tous ses bureaux internationaux ferment, à l’exception de celui de Londres[E 9]. Elle se tourne alors, jusque dans les années 1920, vers la production de petites pièces, écrites par des auteurs locaux ; elle abandonne ensuite progressivement cette activité pour s'engager dans une carrière politique[E 10].

En , de retour à New York, elle entre au Parti démocrate et rejoint la campagne pour le gouvernorat de l'État de New York de Alfred E. Smith[1]. En 1919, le ministre de l’Intérieur Franklin Lane lui confie les missions de veiller au bien-être des soldats américains toujours en Europe[2] et de trouver des volontaires pour un plan d'assignation de terres  plan pour lequel il ne trouvera jamais les fonds[S 20].

Elle est élue déléguée à la Convention nationale démocrate de 1920[8],[2], malgré l'opposition de la Women's National Campaign Committee, qui considérait qu'elle était la « candidate des hommes »[S 21].

Elle est élue au Comité national démocrate en 1928[2] et participe à la Convention nationale démocrate de 1932[S 22]. D'abord opposée au droit de vote des femmes[M 12],[2], elle finit par soutenir le mouvement[8]. Elle s'inscrit néanmoins en opposition à plusieurs mouvements féministes comme la Lucy Stone League, ou au mouvement pour la prohibition et le Volstead Act[8].

Une photographie en noir et blanc d’une maison blanche ; un arbre cache partiellement la vue avec ses feuilles en haut de l’image.
Une photographie de la résidence d'Elisabeth Marbury à Sutton Place.

De à , Marbury et de Wolfe louent une propriété partagée sur la 55e Rue à New York[M 13]. En 1920, à l’expiration du bail, Marbury s’installe au 13 Sutton Place, dans l’est de Manhattan[S 23]. Le quartier, avec ses nombreux entrepôts, passe pour vétuste et mal famé, mais bénéficie d’une situation avantageuse, d’un environnement relativement calme et de coûts immobiliers modestes[S 23]. Une partie de ses amies et de son cercle mondain décide alors de s'installer au même endroit, lançant le mouvement de gentrification du quartier[M 13],[S 23].

En , Marbury publie son autobiographie, My Crystal Ball[1].

De à la fin de sa vie, Marbury, de plus en plus handicapée par son poids, qui l'empêche désormais de voyager, reste à Sutton Place[S 24]. De Wolfe vit principalement en France et vient séjourner chez elle trois à quatre mois chaque automne[M 14].

Alors que le mouvement de la sexologie freudienne se développe, la relation de Marbury et de Wolfe est de plus en plus mal perçue par l'opinion publique, qui voit le lesbianisme comme une maladie[M 14]. De plus, le quartier de Sutton Place, où Marbury et à sa suite de nombreuses femmes de pouvoir non-mariées se sont installées, alimente des rumeurs d'« enclave amazone »[note 3],[M 15].

Peut-être pour échapper à cette stigmatisation, de Wolfe se marie en 1926, à 60 ans, avec sir Charles Mendl, diplomate britannique[M 16]. Ce mariage provoque la colère de Marbury, jusqu’à ce que de Wolfe et son mari lui assurent qu'il ne s'agit que d'un mariage de convenance[M 16],[S 25].

Mort et postérité

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Une photographie en noir et blanc d’un certificat de décès, avec l’écriture répartie en deux colonnes.
Le certificat de décès d'Elisabeth Marbury.

Elisabeth Marbury meurt d'une crise cardiaque le [1],[8]. À ses funérailles assistent les principales figures politiques et mondaines de l’État de New York et des environs[S 26]. Parmi elles figurent le gouverneur Herbert H. Lehman, l’ancien gouverneur Alfred E. Smith, le maire de New York John P. O'Brien, le maire de Jersey City Frank Hague, James A. Farley, Robert H. Jackson, ainsi que le futur gouverneur du Massachusetts Joseph B. Ely, qui portent le cercueil[S 26]. Sont également présents Anne Morgan, William K. Vanderbilt et Eleanor Roosevelt[S 26]. Elsie de Wolfe est notablement absente à l'enterrement[S 27].

La cérémonie célébrée dans la cathédrale Saint-Patrick, réunit 3 000 personnes et un millier de personnes se rassemblent sur le parvis[S 28]. La défunte est inhumée au Cimetière de Woodlawn[S 27].

Elsie de Wolfe est la principale bénéficiaire de l'héritage d'Elisabeth Marbury[HMS 4], avec sa servante Alice Kussweter[S 29]. Le reste de l’héritage est divisé entre ses neveux et nièces, ainsi que quelques-uns de ses partenaires d'affaires[S 29]. Une notice nécrologique lui est consacrée en première page du New York Times[8], ainsi que dans la quasi-totalité des journaux de l'État de New York[S 30]. Un projet de musée sur sa vie est lancé par certaines de ses proches peu après sa mort mais est abandonné faute de fonds, fin 1933[S 31]. L’Irving House, où elle a habité une partie de sa vie, est classée monument historique en par la Commission de conservation des monuments de la ville de New York[10]. La pièce Very Warm for May, de Jerome Kern, sortie en , est en partie fondée sur sa vie[2].

Analyses historiques

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Un exemple de mariage de Boston

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La relation entre Elisabeth Marbury et Elsie de Wolfe est rattachée par l'historienne Kimberley Marra à la dynamique du mariage de Boston, fréquent dans les milieux féminins aisés de l’époque post-victorienne, où deux femmes s'allient au sein d'un couple, platonique ou non, pour vivre ensemble et maintenir leur indépendance économique[M 17]. Elle considère que la relation entre Elisabeth Marbury et Elsie de Wolfe occupe une place centrale dans leurs trajectoires personnelles et professionnelles[M 16]. Leur union, soutenue par d’importants réseaux sociaux et féminins, aurait favorisé leur influence dans les milieux théâtraux, culturels et politiques, tout en étant largement invisibilisée dans l’historiographie[M 16].

Personnalité

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D'après Kimberley Marra, Elisabeth Marbury est décrite comme une personnalité atypique au regard des normes sociales et de genre de son époque[M 1]. À une période où les femmes de la haute bourgeoisie sont encouragées à adopter une apparence raffinée et à se conformer à des idéaux de féminité valorisant notamment la minceur et l’élégance vestimentaire, elle accorde peu d’importance à son apparence physique, y compris à son poids[M 1],[E 11]. Elle privilégie des vêtements sobres et fonctionnels, en rupture avec les tenues ornées de froufrous, de rubans et de couleurs vives alors associées à la mode féminine mondaine[E 11],[M 18].

Son comportement tranche également avec les attentes sociales imposées aux femmes à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle[M 1]. Elle fume abondamment, consomme de l’alcool et manifeste peu d’intérêt pour les codes de bienséance traditionnellement attendus des femmes de son milieu[M 1],[E 11]. Elle pratique en outre des loisirs alors perçus comme masculins, notamment la pêche à la mouche, qui demeure l’une de ses passions tout au long de sa vie[M 1],[S 32].

Jane Smith écrit dans son étude sur Elsie de Wolfe, à propos de Marbury[15] :

« At thirty she was a confirmed bachelor, and it was simply impossible to imagine her ever being coy. Hopelessly plain and already rather stout, she pulled her straight brown hair into a tight knot on top of her head and wore clothes whose only virtue was that they covered her body. Although her family had been prominent in New York society for generations, Bessie looked less like a lady of fashion than like the cartoon conception of a washerwoman dressed for work. »

« À trente ans, elle était une célibataire endurcie, et il était tout simplement impossible de l’imaginer minauder un jour. Désespérément quelconque et déjà plutôt forte, elle ramenait ses cheveux bruns et raides en un chignon serré au sommet de la tête et portait des vêtements dont la seule qualité était de couvrir son corps. Bien que sa famille comptât depuis des générations parmi les plus en vue de la société new-yorkaise, Bessie ressemblait moins à une femme du monde qu’à la caricature d’une lavandière en tenue de travail. »

Rôle dans le développement du système de royalties dans le théâtre américain

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Selon Rebecca Strum, Elisabeth Marbury aurait été la première agente à proposer aux auteurs européens un système de royalties pour la diffusion de leurs œuvres aux États-Unis[S 33]. Nic Leonhardt nuance toutefois cette affirmation : il estime qu’elle ne peut être vérifiée et rappelle que le système de royalties était déjà largement répandu en France, bien qu’il demeurât encore peu courant aux États-Unis[E 12]. Marbury figure néanmoins parmi les premières agentes à mettre en place un système standardisé de royalties, qui est ensuite largement adopté dans le milieu théâtral américain[A 1]. Celui-ci reposait sur trois clauses principales[A 2] : la définition des responsabilités de l’agent, variables selon le contrat ; la fixation du pourcentage des revenus de la production revenant à l’agent ; la précision de la nature des relations entre l’auteur et l’agent.

Les responsabilités de l’agent pouvaient être nombreuses et variaient selon les accords conclus[A 2]. Elles étaient principalement de nature économique : gestion de la comptabilité, redistribution des revenus et défense des intérêts des auteurs face aux producteurs, notamment en veillant au versement des droits d’auteur[A 2],[S 34].

L’agent pouvait également assurer la diffusion des œuvres, superviser leur traduction et adapter certains éléments au contexte local américain, notamment par la réécriture de scènes jugées incompréhensibles ou inacceptables pour le public[A 2],[S 35].

Selon Brent Salter, ce système était plus avantageux pour les auteurs que les pratiques antérieures, qui les contraignaient fréquemment de céder leurs droits d’adaptation à un producteur contre une somme fixe[A 3],[E 13]. Il demeurait toutefois marqué par d’importantes inégalités[A 2]. Les agents, dotés d’un pouvoir considérable, étaient ainsi en mesure de renégocier régulièrement les contrats à leur avantage[A 2]. Les taux de commission et le degré de contrôle créatif variaient fortement selon la notoriété des auteurs et leur capacité de négociation : des commissions comprises entre 1 % et 10 % étaient courantes, avec une moyenne située autour de 8 %[A 4]. Les auteurs demeuraient en outre dépendants de leur agent, puisqu’ils ne pouvaient négocier directement avec les producteurs[A 1].

Publications

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  • (en) My Crystal Ball : Reminiscences, Boni and Liveright, (lire en ligne).
  • (en) The Faith of France ; Studies in Spiritual Differences & Unity Les diverses familles spirituelles de la France »], Boston & New York Houghton Mifflin Company, , 320 p. (ISBN 978-1019854730, lire en ligne).
  • (en) Manners : A Handbook of Social Customs, Cassell & Company, Limited, (lire en ligne).

Productions artistiques

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Comédie musicale originale

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  • (en) Say When, du à [16],[L 7].
  • (en) Girl o' Mine, du au [16],[L 8].
  • (en) Love O' Mike, du au [16],[M 10].
  • (en) See America First, du au [16],[L 9].
  • (en) Very Good Eddie, produite par Marbury-Comstock Co., du au [17],[E 7].

Pièce, revue originale

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  • Revue Russe, revue musicale produite en collaboration avec The Shubert Organization, du au [16].
  • (en) Our Children, pièce produite en collaboration avec George Mooser et F. Ray Comstock, du à septembre 1915[16],[18].
  • (en) Nobody Home, pièce avec musique, du au [16],[E 7].
  • (en) Merry Gotham, pièce, du à [16],[E 14].

Autres productions

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  • Electra, produite en association avec Carl Reed, du à [16].
  • (en) Oh My Dear !, à partir du [E 7].
  • (en) Oh Lady, Lady !, à partir du [E 7].
  • (en) Oh Boy !, à partir du [E 7].
  • (en) Go to It, à partir du [E 7],[M 10].
  • (en) Contrast, 1888[M 2],[2].

Notes et références

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Brent Salter, Negotiating Copyright in the American Theatre: 1856-1951, Cambridge, Cambridge University Press, , 280 p. (ISBN 9781108484756). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Nic Leonhardt, Theatre Across Oceans: Mediators of Transatlantic Exchange, 1890–1925, Springer Nature Switzerland AG, , 352 p. (ISBN 978-3030763541). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Billy J. Harbin, Kimberley Bell Marra et Robert A. Schanke, The Gay and Lesbian Theatrical Legacy: A Biographical Dictionary of Major Figures in American Stage History in the Pre-Stonewall Era, The University of Alabama Press, , 440 p. (ISBN 978-0472098583, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Alfred Allan Lewis, Ladies and Not-So-Gentle Women: Elisabeth Marbury, Anne Morgan, Elsie de Wolfe, Anne Vanderbilt, and Their Times, New York, Penguin Books, , 560 p. (ISBN 0140241736). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Kim Marra, Passing Performances : Queer Readings of Leading Players in American Theater History, Robert A. Schanke, Kim Marra, Editors, coll. « Gender and Sexuality Studies », (ISBN 9780472904198, lire en ligne), « A Lesbian Marriage of Cultural Consequence: Elisabeth Marbury and Elsie de Wolfe, 1886–1933 ». Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) W. Rebecca Strum, Elisabeth Marbury, 1856–1933: Her Life and Work, New York, New York University, , 331 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

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  1. Prononciation en anglais américain (General American) retranscrite selon l’API.
  2. On peut également noter comme clients célèbres d'Elisabeth Marbury des Français comme Ernest Blum, Henry Bataille, Henri Bernstein, Georges Feydeau, Ludovic Halévy, Henri Meilhac, Robert de Montesquiou, Édouard Pailleron, Jean Richepin, Edmond Rostand, Raoul Toché, des Britanniques comme James Matthew Barrie, Beerbohm Tree, Hall Caine, Jerome K. Jerome, George Bernard Shaw, W. Somerset Maugham, Oscar Wilde, ainsi que les Américains Rachel Crothers, Paul Kester, Charles Major, ou le Canadien Brandon Thomas[8],[1],[E 4].
  3. La figure de l'Amazone est à l'époque associé au lesbianisme[14].

Références

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  • Brent Salter, 2022 :
  1. 1 2 Salter 2022, p. 94.
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Liens externes

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