Elasmotherium

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Elasmotherium, aussi surnommé « licorne géante », est un genre éteint de rhinocérotidés qui a vécu en Asie et en Europe de la fin du Pliocène jusque vers la fin du Pléistocène, c'est-à-dire il y a environ entre -2,58 millions d'années et 39-36 000 ans avant notre ère[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot « Elasmotherium » est formé à partir du grec έλασμος, « lame », et θηρίον, « bête sauvage », le premier terme renvoyant à la forme des molaires de l'animal, par ailleurs dépourvu d'incisives et de canines.

Description[modifier | modifier le code]

Reconstitution graphique de deux Elasmotherium sibiricum.

Elasmotherium mesurait 5 mètres de long, 2 mètres au garrot et pesait jusqu'à 4 tonnes.

Ses pattes étaient plus longues que celles des rhinocéros actuels, et étaient faites pour le galop, ce qui donnait à l'animal une allure semblable à celle du cheval.

Son crâne aurait été orné d'une énorme corne haute de presque 2 mètres. Cependant, une équipe Russo-Ukrainienne, menée par Vadim Titov, de l’Université fédérale de Rostov-sur-le-Don (Russie), s’est attachée, fin 2021, à réétudier de près l’anatomie crânienne : ils ont exclu la présence de cette corne gigantesque en raison du dôme osseux relativement fragile qui ne pouvait probablement pas supporter le poids d’une corne de 2 mètres. Ils envisagent également la présence d’une petite zone kératinisée en position nasale, ce qui conférerait à Elasmotherium non pas une mais deux « pseudo-cornes » sur le crâne[1],[2].

Les représentations, notamment dans les grottes du paléolithique sont donc totalement à reconsidérer.

Les scientifiques pensent que cet animal était un coureur très rapide (bien plus rapide que le rhinocéros qui peut déjà courir jusqu'à 55 km/h), en dépit de sa taille.

Ses dents étaient semblables à celles des chevaux d'aujourd'hui, et indiquent probablement un régime à base d'herbes coriaces.

Évolution et diffusion[modifier | modifier le code]

Crâne d' Elasmotherium sibiricum

On a retrouvé de nombreux fossiles appartenant à des espèces diverses de cet animal : les restes les plus anciens ont été retrouvés en Chine orientale dans des terrains remontant au Pliocène supérieur, et ils appartiennent aux espèces Elasmotherium inexpectatum et Elasmotherium peii. Les origines de ces formes primitives semblent résider dans le genre Sinotherium, du Miocène supérieur. Les Elasmotherium primitifs ont disparu au cours du Pléistocène inférieur, il y a environ 1,6 million d'années. D'autres espèces d'Elasmotherium, comme Elasmotherium caucasicum, sont apparues en Russie il y a environ un million d'années. L'espèce la plus grande et la plus évoluée, Elasmotherium sibiricum surnommée « licorne sibérienne », est apparue en Russie du Sud-Ouest au Pléistocène moyen, et elle s'est répandue jusqu'en Sibérie[3]. Elasmotherium s'est répandu dans toute la Russie méridionale, en Ukraine, en Moldavie.

Habitat[modifier | modifier le code]

Distribution des différentes espèces d’Elasmotherium durant le Pléistocène supérieur et moyen.

Les particularités morphologiques des Elasmotherium ont fait naître deux hypothèses principales concernant leur aspect et les caractéristiques de leur habitat. La première, acceptée par la plupart des spécialistes, décrit les Elasmotherium comme de grands animaux à longs poils, avec une corne gigantesque sur le sommet du crâne, et qui habitaient les steppes ouvertes. Des restes de corne, cependant, n'ont jamais été retrouvés ; on a seulement une impressionnante structure osseuse qui faisait fonction de support.

L'autre hypothèse voit dans les Elasmotherium des animaux qui vivaient à proximité des rives de fleuves. Cette théorie se fonde sur la morphologie dentaire et crânienne : la combinaison de caractères comme l'absence de canines et les mouvements latéraux des mâchoires fortement développées impliquent des mouvements latéraux de la tête, vraisemblablement pour se nourrir d'herbe. Les prairies initiales étaient formées d'espèces en C3, qui sont plus nutritives que les espèces en C4[4]. La denture hypsodonte indique la présence de minéraux dans l'alimentation ; une nourriture de ce type se trouve principalement sur les rives des cours d'eau. D'autre part, les pattes longues et sveltes pouvaient servir à l'animal pour se déplacer sur de vastes aires de pâture, comme les steppes. Il est au fond possible que les deux hypothèses soient correctes.

Disparition[modifier | modifier le code]

Le genre s'est éteint à la fin du Pléistocène moyen, les derniers fossiles étant trouvés en Sibérie occidentale et datant de 36–35 000 ans[5] (39 000 ans pour l'espèce Elasmotherium sibiricum[3]), c'est-à-dire pendant la grande Extinction du Quaternaire qui a vu la disparition de presque tous les animaux de plus de 45 kg.

Après avoir longtemps pensé qu’Elasmotherium avait disparu avant l'apparition de l'Humanité, des découvertes récentes amène à penser que des espèces du genre Elasmotherium aient croisé la route des premiers hommes. Au Kazakhstan a été découvert un spécimen d'Elasmotherium sibiricum daté d'environ 26 000 ans[6]. Si l'hypothèse d'une disparition due à la surchasse n'est pas écartée, c'est celle de la glaciation réduisant les herbages qui semble à privilégier[7].

Possibles témoignages archéologiques et historiques[modifier | modifier le code]

Possible représentation d'un Elasmotherium dans la grotte de Rouffignac (France) à moins que ce ne soit un Rhinocéros laineux.
Selon certains, ces animaux sur le chaudron de Gundestrup seraient des Elasmotherium bien qu'il soit couramment admis que ce soit des taureaux.

Il a été supposé que la survie d’Elasmotherium pendant les temps protohistoriques pourrait être à l'origine du mythe de la licorne. La représentation celtique sur le chaudron de Gundestrup de ce qui est identifié comme le sacrifice de trois taureaux, peut aussi évoquer des Elasmotherium ; suivant cette hypothèse, les anciens celtes auraient côtoyé cet animal, ou du moins en auraient gardé le souvenir.[réf. nécessaire]

La description d’Elasmotherium semble correspondre à celle d'une licorne karkadann en Perse, à l'Indrik dans le folklore russe et à la licorne zhi de la mythologie chinoise. Il est cependant plus probable que la source de toutes ces légendes ne soit en fait tout simplement des rhinocéros. Enfin, selon l'encyclopédie suédoise Nordisk familjebok et le chercheur Willy Ley, l'animal pourrait ainsi avoir laissé des traces dans les légendes du peuple Evenk en Russie, sous la forme d'un énorme taureau noir doté d'une corne unique au sommet de sa tête.

Il existe, en outre, ce qui pourrait être deux témoignages laissant à penser que cet animal ait pu disparaitre bien plus récemment. Tout d'abord une citation de Jules César dans la Guerre des Gaules, lors de sa description des animaux de la forêt Hercynienne (Livre 6 - 26) :

« D’abord un bœuf, ayant la forme d’un cerf, et portant au milieu du front, entre les oreilles, une corne unique plus haute et plus droite que celles qui nous sont connues ; à son sommet elle s’épanouit en empaumures et en rameaux. Mâle et femelle sont de même type, ont des cornes de même forme et de même grandeur »

— Jules César

Cependant la terminaison en rameau des cornes de cet animal semble éliminer la correspondance et cette description a peut-être été rapportée à César, qui n'aurait donc jamais vu l'animal. Notons également qu'il peut arriver chez les cervidés que les bois fusionnent à leur base lorsqu'ils repoussent formant ainsi une corne unique qui se ramifie à son extrémité comme dans la description de César.

Un autre témoignage supposé serait celui du voyageur médiéval Ibn Fadlan, généralement considéré comme une source fiable. Sa lecture indiquerait qu’Elasmotherium ait survécu jusqu'aux temps historiques dans le Nord-Est de l'Iran actuel :

« Aux confins d'une vaste steppe, habite, dit-on, un animal plus petit qu'un chameau mais plus grand qu'un taureau. Sa tête est la tête d'un mouton, et sa queue celle d'un taureau. Son corps est celui d'un mulet et ses sabots ressemblent à ceux d'un taureau. Au milieu de la tête se trouve une corne, épaisse et arrondie, et plus elle devient haute plus elle devient étroite, pour ressembler à la fin à une pointe de lance. Quelques-unes de ces cornes croissent jusqu'à trois ou cinq aunes, la moitié de la taille de l'animal. Il se nourrit de feuilles des arbres, qui sont une végétation excellente. Chaque fois qu'il voit un cavalier il s'approche et, si le cavalier a un cheval rapide, le cheval essaie éperdument de fuir ; si la bête les rejoint, elle fait tomber le cavalier de sa selle avec sa corne, le lance en air, et le frappe avec la pointe de la corne, et continue ainsi jusqu'à ce que mort s'ensuive. Mais elle ne frappe ni ne blesse le cheval de quelque façon que ce soit. Les habitants du lieu poursuivent l'animal dans les steppes et dans la forêt jusqu'à ce qu'ils arrivent à le tuer. Voici comment les choses se passent : ils grimpent sur des arbres élevés entre lesquels passe l'animal. Quelques archers lui décochent des flèches empoisonnées ; et lorsque la bête est au milieu d'eux, ils la frappent et la blessent jusqu'à la mort. Moi-même j'ai vu trois grandes coupes, qui ressemblaient à des coquilles du Yémen, elles étaient la propriété du roi, qui m'a dit qu'elles venaient de la corne de cet animal. »

— Ibn Fadlan

Cependant, il pourrait encore une fois tout simplement s'agir d'un rhinocéros car Ibn Fadlan avoue lui-même ne pas l'avoir vu de ses propres yeux (« Aux confins d'une vaste steppe, habite, dit-on »), on peut donc plutôt supposer qu'il subsistait des rhinocéros en Iran du temps d'Ibn Fadlan tout comme il y avait des lions en Grèce du temps d'Hérodote.

Liste des espèces[modifier | modifier le code]

Reconstitution d'Elasmotherium sibiricum.

Selon BioLib (1 janvier 2018)[8] :

Culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans la série documentaire Prehistoric Park, Nigel Marven sauve un Elasmotherium.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) N.G. Noskova, « Elasmotherians - evolution, distribution and ecology », The World of Elephants - International Congress, Rome 2001
  • (en) Pavel Kosintsev et al., « Evolution and extinction of the giant rhinoceros Elasmotherium sibiricum sheds light on late Quaternary megafaunal extinctions », Nature,‎ (DOI 10.1038/s41559-018-0722-0, lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Christophe Mallet, « Qui était Elasmotherium, surnommé la « licorne de Sibérie » ? », The Conversation,‎ (lire en ligne)
  • Christophe Mallet, « La « licorne de Sibérie » était-elle vraiment une licorne ? », The Conversation,‎ 7 mars 2022, 21:13 cet (lire en ligne)

Références taxinomiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Christophe Mallet, « La « licorne de Sibérie » était-elle vraiment une licorne ? », 7 mars 2022, 21:13 cet (consulté le )
  2. (en) Vadim V. Titov*, Vera S. Baigusheva & Roman S. Uchytel’, « The experience in reconstructing of the head of Elasmotherium (Rhinocerotidae) », RUSSIAN JOURNAL OF THERIOLOGY, 2021,‎ (lire en ligne)
  3. a et b (en) Pavel Kosintsev et al., « Evolution and extinction of the giant rhinoceros Elasmotherium sibiricum sheds light on late Quaternary megafaunal extinctions », Nature,‎ (DOI 10.1038/s41559-018-0722-0, lire en ligne).
  4. (en) Raymond V. Barbehenn, Zhong Chen, David N. Karowe et Angela Spickards, « C3 grasses have higher nutritional quality than C4 grasses under ambient and elevated atmospheric CO2 », Global Change Biology (en), vol. 10,‎ , p. 1565–1575 (DOI 10.1111/j.1365-2486.2004.00833.x, lire en ligne, consulté le )
  5. P. Kosintsev, K. J. Mitchell, T. Devièse, J. van der Plicht, M. Kuitems, E. Petrova, A. Tikhonov, T. Higham, D. Comeskey, C. Turney, A. Cooper, T. van Kolfschoten, A. J. Stuart et A. M. Lister, « Evolution and extinction of the giant rhinoceros Elasmotherium sibiricum sheds light on late Quaternary megafaunal extinctions », Nature Ecology & Evolution, vol. 3, no 1,‎ , p. 31–38 (PMID 30478308, DOI 10.1038/s41559-018-0722-0, hdl 11370/78889dd1-9d08-40f1-99a4-0e93c72fccf3 Accès libre, S2CID 53726338, lire en ligne)
  6. « Une véritable licorne préhistorique découverte au Kazakhstan »,
  7. (en) « Unicorns Are More Legit Than You Think », sur Discover
  8. BioLib, consulté le 1 janvier 2018