Efflamm

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Efflamm
La Vallée des Saints - statues Carnoët 12.JPG

Représentation en statue de granite à la Vallée des Saints.

Autres informations
Étape de canonisation

Efflamm est le nom d'un saint breton semi-légendaire qui a donné son nom au village de Saint-Efflam (en Plestin-les-Grèves dans le Tregor). La chapelle de ce village (où l'on retrouva ses restes en 994) ainsi que la plage portent aussi son nom. Patron de Plestin-les-Grèves, où lui est dédié un gisant, il est fêté le 6 novembre.

Selon la légende, il était accompagné de plusieurs disciples dont les noms se retrouvent dans la toponymie des communes alentour : Kirio, Tuder, Kemo, Haran, Nerin, (ainsi que, selon les versions, Mellec, Kivir, Eversin...).

Une gwerz du Barzaz Breiz a pour sujet saint Efflamm.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Efflamm, en breton, s'écrit aujourd'hui Efflam, prononcé [eflãm]. Le nom contient soit le vieux celtique « E » (de Esus), « bon », soit un préfixe E, « extérieur à », et flam , « brillant, lumineux ». Son nom le décrit comme personnage rayonnant, couvrant.. Une version féminisée existe par le diminutif "Flammig"[1]. Une autre version féminine existe, le prénom « Flammenn ». Celui-ci est encore porté aujourd’hui.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Efflam était le fils d'un roi irlandais. Né en 448, marié très jeune à Enora, il fit vœu de chasteté. Un ange l'aida à résister à la tentation, et il s'enfuit en Bretagne, débarquant à Plestin, dans le Trégor, où il aurait vécu un temps en compagnie de saint Gestin. D'après une autre tradition, il serait venu d'Irlande avec son épouse Enora. Ils ne consommèrent jamais leur union et se consacrèrent tous les deux à Dieu, dans un ermitage en forêt. Il mourut en 512.

La légende[modifier | modifier le code]

On prête à saint Efflamm une vie merveilleuse. Il aurait aidé Arthur à se débarrasser du dragon contre lequel il luttait. Lorsqu'il rencontra en effet le roi Arthur, il poursuivait un dragon. Efflamm fit jaillir une source à Saint-Efflam (en Plestin-les-Grèves) pour le désaltérer, puis pria devant l'antre du monstre, qui alla mourir en se précipitant dans la mer. Son épouse Enora le rejoignit dans un oratoire qu'il lui avait fait bâtir[2].

Citation[modifier | modifier le code]

Albert Le Grand a raconté la vie de saint Efflam dans son livre "Les Vies des Saints de la Bretagne Armorique", publié en 1636 :

«  … nôtre Saint, avec sa compagnie, passa la mer & vint heureusement surgir à la coste de la Bretagne Armorique, en la baye de sable, qui est entre Toul Efflam & Loc-Mikel, dite communement la lieue de gréve, en la paroisse de Plestin, Diocese de Treguer, & leur vaisseau s’arresta vis-à-vis d’un grand roc, qui est au milieu de la gréve (en terre neanmoins), nommé Hyrglas. Il y avoit pour lors, le long de la gréve, une très-grande forest, de laquelle S. Efflam & sa troupe, descendans de leur vaisseau, virent sortir un horrible dragon, lequel se retiroit à travers la grève dans sa caverne, distante d’environ mil pas de ce roc; laquelle caverne était profonde de neuf coudées, & en avoit douze en la circonférence de son ouverture; mais de peur qu’à la piste et trace de ses griffes, il ne fut découvert & assiégé en cét antre, il avoit cette astuce de marcher à reculons, de sorte qu’à voir les marques de ses griffes dans le sable, on eut pensé qu’il venoit de sortir du lieu où il ne faisoit que d’entrer.
Albert Le Grand raconte ensuite comment le dragon sortit de sa caverne et se précipita du haut d'un rocher dans la baie où il se noya.
Quant à nous, nous quitterons tranquillement la baie de Saint-Efflam par Saint-Michel-en-Grève et rejoindrons Trédrez par la pointe de Beg-ar-Forn. De là nous prendrons le chemin du site du Yaudet, petite forteresse gauloise puis romaine qui servit de débarcadère à Honora, la femme de saint Efflam.
Écoutons à nouveau Albert le Grand raconter l'histoire.
IX. Cependant, la bonne dame Honora, laquelle se voyoit plûtost veuve que mere de famille, depuis que son cher espoux l’eut quittée, ne cessa de pleurer; &, se souvenant, du sujet qui luy avoit fait la quitter, disait à part soy: "Et quoy (mon cher mary) vous m’avez tant exhortée à garder ma chasteté en vostre compagnie; je m’y estois accordée, à quoy donc me quittez vous? Me croyez-vous si inconstante, que de ne tenir la resolution que, par vôtre moyen, j’avois prise? Non, jamais repos je n’auray que je ne scache où vous estes." Disant cela, elle laissoit couler de ses yeux deux ruisseaux de larmes, qui eussent fléchy les cœurs les plus durs; mais voyant que, pour pleurer, son mal ne s’allegeoit point, elle fit équiper secretement un batteau de cuir bien joint, cousu & poissé; car en ce temps-là les peuples septentrionaux, tant des Isles que de la terre ferme, usoient de cuir en leurs vaisseaux, au lieu d’aix & de planches, comme il se trouve par ce passage de Sidonius Appolinaris, en son Panegyrique ad Avitum :

Quin et Aremoricus Pyratam Saxona tractus
Sperabat, cui PELLE salum sulcare Britannum
Ludus, etc.

Et s’estant déguisée, se déroba de la cour & entra dedans, se laissant conduire où il plairoit à Dieu; lequel, par une speciale Providence, la guida au Havre du Coz-Gueaudet, à l’embouchure de la rivière de Legué, où elle arriva, le troisième jour de son embarquement; &, la mer s’estant retirée, son vaisseau demeura à sec sur le sable, en une des ecluses que le Gouverneur avait en ce havre, & y fut trouvée par le fermier de ces ecluses, qui, ayant sceu d’elle le sujet de son arrivée en ces costes, & qu’elle cherchoit un jeune Prince Hybernois, nommé Efflam, luy dit, qu’à trois lieuës de là demeuroit un saint Hermite du pays & du nom qu’elle disoit. La bonne Princesse Honora, ayant oüy ces bonnes nouvelles, remercia Dieu, & pria ce fermier de la mettre sur le chemin pour aller vers le Saint. Mais le bruit de cette rencontre ayant esté divulgué, le gouverneur, à qui appartenoient ces ecluses, manda son Fermier & sceut de luy qu’il avoit trouvé un vaisseau dans les ecluses, auquel il y avait une belle jeune dame d’une rare beauté, qui se disoit fille d’un Roy de la Grande Bretagnc, & cherchoit un Hermite, nommé Efflam, qui vivoit en la Paroisse de Plestin, lequel elle dit estre son mary, & l’avoit quittée pour servir plus librement à Dieu, qu’il l’avoit conduite sur le grand chemin pour aller vers son mary. Ce Seigneur, ayant entendu ce discours, prit la poste & se mit à la suivre, à toute bride, & fit tant, qu’il l’atteignit de veuë; mais Dieu la rendit si legere & luy donna une telle agilité, qu’encore qu’il tuast son cheval, à force de luy donner les esperons & de poster, neanmoins, elle avoit toujours le devant, jusqu’à ce qu’elle fut arrivée à la Cellule de S. Efflam; mais, pendant qu’elle en attendoit l’ouverture, il eut le loisir de s’approcher; toutefois, comme il avançoit le bras pour s’en vouloir saisir, s’estant appuyé, de l’autre, contre le mur, la porte vint à s’ouvrir & elle sauta dedans, & ce Seigneur fut, sur le champ, puny de son obstination & de l’injuste poursuite qu’il faisoit de cette jeune Dame; car le bras qu’il avoit appuyé contre le mur y demeura fermément attaché, & celuy qu’il avoit étendu pour arrester la Princesse Honora devint sec & aride. Le pauvre homme, se voyant non moins justement que sévèrement puny s’humilia, suppliant Honora de prendre pitié de sa misere; elle pria S. Efflam, son mary de le soûlager: ce qu’il fit & le guerit; en reconnoissance de quoy, il donna à S. Efflam une belle terre qu’il avoit pour y bâtir un Monastere, & s’en retourna chez soy, publiant par tous les merites du Saint. Il seroit difficile d’expliquer le contentement que receut S. Efflam, quand il vit que celle qui luy avoit esté donnée pour espouse avoit espousé même genre de vie que luy; il écouta attentivement tout le narré de son avanture, &, la voyant resoluë de passer ses jours au service de Dieu, il en rendit graces à sa divine Majesté, & luy bâtit une petite Cellule, quelque peu éloignée de la sienne, luy deffendant expressément l’aspect de son visage, luy permettant toutefois, de venir de fois à autre, le visiter & parler avec luy des choses concernantes la direction de sa conscience & le salut de son Ame; ce qu’il luy octroya, de peur que la fragilité du sexe ne fût troublée par un entier & total retranchement de sa conversation. La sainte dame, unie spirituellement à son cher époux, se réjouit grandement de cette séparation corporelle & s’adonna entierement à l’Oraison & à la contemplation des choses Celestes, assistoit dans la Chapelle où elle entendoit l’Office divin &, à certains jours & heures, elle se rendoit à la porte de la Cellule de son époux, lequel de dedans, sans ouvrir sa porte, l’entendoit, lui parloit & lui donnoit de salutaires instructions: &, avec sa benediction, elle se retiroit dans son petit domicile.  »

Ses compagnons[modifier | modifier le code]

Nerin et Kemo ont tous deux donné leur nom à un bourg, respectivement Plounérin et Locquémeau, dont les églises portent toujours le nom du saint d'origine. Haran a une chapelle à Plestin, où l'on trouve aussi une plage nommée Pors Mellec, évocation possible d'un autre compagnon d'Efflamm.

Tuder

Moine irlandais, compagnon de route d'Efflamm, Tuder a donné son nom à la commune de Tréduder ou l'église qui lui était dédiée a été, au XVIIe siècle, rebaptisée "Saint-Théodore". Il y a toujours une fontaine à son nom[3].

Kirio

Kirio (ou Quirio, Carré, Karé[4]...) est très présent dans la toponymie du pays de Plestin. Outre la "plage carrée", en breton Traezhenn Kirio, à Locquémeau, et le bourg de Saint-Carré commune de Lanvellec, on trouve une chapelle Saint-Quirio à Plounérin, un lieu-dit Lancarré à Saint-Efflam...

La découverte des reliques de Saint-Efflam en 1819[modifier | modifier le code]

Le furent découvertes dans l'église Saint-Efflam de Plestin les reliques de saint Efflam. L'abbé Tresvaux raconte les avoir trouvées sous une pierre plate située à trois pieds de profondeur, le tombeau étant ouvert en présence de nombreuses personnes dont plusieurs ecclésiastiques dont F. Nayrod, alors curé de Plestin, et personnalités civiles comme François Moriou, alors maire de Plestin, et d'autres. Le procès-verbal de la découverte énumère les débris d'ossements trouvés : « Une clavicule droite, plusieurs vertèbres tant cervicales que dorsales, un os du métatarse, deux du métacarpe, une phalange de la main, plusieurs fragments de côte, une portion du calcaneum, une portion de l'os occipital, un fragment de tête de tibia (...) ». Ces ossements furent reconnus pour être les reliques de saint Efflam[5].

Le culte de saint Efflamm en Bretagne[modifier | modifier le code]

Outre l'église paroissiale Saint-Efflam de Plestin-les-Grèves, saint Efflam est ou était aussi honoré dans la chapelle Saint-Efflam située également à Plestin-les-Grèves, ainsi que dans des chapelles situées à Carnoët (aujourd'hui disparue), Langoëlan (chapelle effondrée en 1920, un oratoire et une statue ont été inaugurés en 2016[6]), Lescouët, Pédernec (où il subsite un lieu-dit), Kervignac, ainsi qu'à l'hôpital de Morlaix[7].

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Priziac, Michel Mohrt, Bretagne des saints et des croyances, Kidour2002, , p. 421
  2. Théodore Hersart de La Villemarqué, "Saint-Efflam et le roi Arthur", 1839, voir https://www.argedour.bzh/saint-efflam-roi-arthur/
  3. LA FONTAINE SAINT-TUDER
  4. Certains pensent qu'il s'agit en fait de deux personnages différents, mais l'utilisation de l'un ou de l'autre nom indifféremment, comme à Locquémeau, rend plus solide l'idée qu'il s'agit du même saint.
  5. Albert Le Grand, "Les vies des saints de la Bretagne Armorique : ensemble un ample catalogue chronologique et historique des evesques d'icelle... et le catalogue de la pluspart des abbés, blazons de leurs armes et autres curieuses recherches", 5e édition revue et corrigée par Guy Autret, et complétée par plusieurs autres auteurs, 1901, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760/f627.image.r=Locquirec.langFR
  6. https://www.ouest-france.fr/bretagne/langoelan-56160/loratoire-de-saint-efflam-ete-beni-4312465
  7. Albert Le Grand, "Les vies des saints de la Bretagne Armorique : ensemble un ample catalogue chronologique et historique des evesques d'icelle... et le catalogue de la pluspart des abbés, blazons de leurs armes et autres curieuses recherches", 5e édition revue et corrigée par Guy Autret, et complétée par plusieurs autres auteurs, 1901, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760/f628.image.r=Locquirec.langFR

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]