Efficience du marché financier

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L'expression "efficience du marché financier" a été utilisée pour la première fois par Eugène Fama dans un article publié en 1970 intitulé "Efficient Capital Markets : a Review of Theorical and Empirical Works". Fama fait remonter ce qu'il appelle la "théorie", ou l'"hypothèse", "des marchés financiers efficients" à Louis Bachelier (1900). La formulation floue qu'il donne à cette "théorie" ("un marché dans lequel les prix 'reflètent pleinement' et toujours l’information disponible est appelé éfficient") a eu pour conséquence qu'elle a donné lieu à (au moins) deux interprétations, très différentes. D'une part, un marché serait "efficient" si le prix des titres suit une marche aléatoire, rendant son évolution imprévisible ; d'autre part, un marché serait "efficient" si le prix des titres y correspond à leur valeur "fondamentale" ou "intrinsèque", permettant ainsi une affectation optimale des ressources. La première interprétation - résumée par la formule "on ne peut battre les marchés" - n'est pas sujet à contreverse. En revanche, la deuxième, très ambitieuse, l'est largement - ne serait-ce que parce que l'idée même de "valeur fondamentale" est sujet à caution. L'existence de ces deux interprétations possibles de la théorie des marchés efficients explique peut-être pourquoi le comité chargé d'attribuer le prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel s'est bien gardé dans ses motivations et dans le cas de Fama, d'évoquer cette "théorie", qui l'a pourtant rendu célèbre.

Origine et enjeux de l'hypothèse[modifier | modifier le code]

Origine de l'HEM[modifier | modifier le code]

Cette hypothèse, développée dans les années 1950 à 60 à l'occasion de l'application de mathématiques probabilistes (stochastique) à la finance, fut le support d'une importante avancée de la modélisation financière, ayant entraîné à son tour le développement rapide de nouveaux outils de finance de marché.

Enjeux de l'HEM[modifier | modifier le code]

Selon R. Brealey, M. Myers et F.Allen[1], l'hypothèse d'efficience implique sur la gestion financière que :

  • Il ne faut pas compter sur la mémoire des marchés.
  • Il faut se fier au prix de marché.
  • Il faut toujours chercher à décoder le cours d'un titre au niveau économique.
  • Il faut ignorer l'illusion financière et ne s'intéresser qu'aux flux de trésorerie.
  • Il est préférable d'arbitrer soi-même son portefeuille.
  • Les titres sont substituables pour un même niveau de risque.

Efficience de marché et finance comportementale[modifier | modifier le code]

Cette théorie est écornée par les recherches en finance comportementale qui ont montré que des erreurs cognitives, émotionnelles et d'imitations collectives faussent la formation des prix. Il est ainsi de plus en plus admis qu'on doit plutôt parler d'un certain degré d'efficience pour les marchés (faible, semi-fort et fort). Ainsi, la constatation de l'occurrence à certains moments de krachs et de bulles découle de cette analyse par la finance comportementale.
Cependant, E. Fama a ré-examiné l'impact des anomalies des marchés des actions sur l'efficience des marchés en 1998[2] et en conclut que finalement l'hypothèse d'efficience des marchés résiste aux anomalies des taux à long terme mis en avant par la littérature.

Efficience de marché et théorie du chaos[modifier | modifier le code]

Selon E. Peters[3], plus il y a de bruits sur le marché, moins il est efficient. Le marché peut donc être dirigé par des sous-systèmes complexes qui réagissent en interdépendance. Le hasard peut n'être qu'apparent et le marché peut avoir une mémoire. Les personnes informées peuvent battre le marché pendant les périodes de chaos.

Implication sur les stratégies d'investissement[modifier | modifier le code]

Sur un marché efficient, les actifs ne sont jamais sous-évalués ou surévalués. Le prix d'un actif est toujours égal à sa valeur théorique. Ainsi, l'hypothèse d'efficience sert parfois d'argument pour défendre les stratégies passives d'investissement puisqu'il est alors impossible de réaliser des profits anormaux (en tenant compte du risque couru).

La stratégie conseillée dans le cadre de l'hypothèse d'efficience consiste à investir une part de son portefeuille dans l'actif sans risque et l'autre part dans l'actif de marché suivant son profil de risque. Toute autre stratégie devient destructive de valeur comparée à la stratégies dite Acheter et conserver qui évite de rechercher des plus-values à tout prix en préférant percevoir des dividendes.

De plus, sur un marché efficient, les stratégies actives ne permettent pas de "battre le marché". Toute prévision sous forme d'utilisation de données passées ne peut obtenir une performance supérieure à celle d'un portefeuille bien diversifié de même risque. La famille de méthodes de prévision la plus célèbre est l'analyse technique. Selon J.Senanedsch[4], l'hypothèse d'efficience des marchés est contraire à l'utilisation profitable de l'analyse technique. Celle-ci constitue à ce titre un test d'efficience de forme faible très performant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. R. Brealey, M. Myers et F.Allen, M. Cheikh El Mehdi Principes de gestion financière, 8ed, 2006
  2. E. Fama, Market effifiency, long-term returns and behavioural finance, journal of finance Economics, 1998
  3. E. Peters, Chaos and order in the capital markets, 1991
  4. J. Senanedsch, Efficience informationnelle des marchés : la performance de l'analyse technique, Thèse de Doctorat université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Marchés efficients : la fin d’un mythe ? (note de lecture du livre Le mythe des marchés efficients, de Justin Fox, éditions Valor, 2013)

Articles connexes[modifier | modifier le code]