Effet d'hystérèse du chômage

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L'effet d'hystérèse est un terme emprunté à la physique, il désigne la « propriété d'un système qui tend à demeurer dans un certain état quand la cause extérieure qui a produit le changement d'état a cessé ». En économie, l'effet d'hystérèse correspond à une situation dans laquelle le taux de chômage d'équilibre augmente durablement, alors que sa cause a disparu. Le concept est mis en avant par Olivier Blanchard et Lawrence Summers (1986)[1] pour expliquer le chômage structurel en Europe dans les périodes d'expansion.

Attention aux confusions[modifier | modifier le code]

Taux de chômage d'équilibre[modifier | modifier le code]

Le taux de chômage structurel provient de l'inadéquation entre l'offre et la demande de travail, selon une approche du taux de chômage d'équilibre. Il dépend de l'importance des rigidités qui empêchent le bon fonctionnement du marché du travail. Il existe deux approches du taux de chômage d'équilibre :

  • Un vision normative classique, celle du taux de chômage naturel de Milton Friedman. C'est un taux de chômage de plein emploi, qui repose uniquement sur du chômage volontaire. Il s’établit normalement dans une économie lorsque le marché du travail fonctionne sans intervention conjoncturelle de l’État, il est d’autant plus élevé que le marché du travail est plus rigide.
  • Un vision positive de la Nouvelle économie keynésienne, celle du taux de chômage d'équilibre du modèle WS-PS. Comme le taux de chômage naturel, il s'explique aussi par les rigidités qui empêchent l'ajustement des salaires réels. Toutefois, il admet l'existence du chômage involontaire, de plus, il n'a pas le caractère optimal de plein emploi comme chez Friedman. On distingue deux applications de cette conception du taux de chômage structurel :
    • Le NAIRU, qui provient principalement d'une approche empirique (on cherche à réaliser une estimation économétrique du taux de chômage structurel).
    • Le taux de chômage d'équilibre du modèle WS-PS, qui provient principalement d'une approche théorique (on cherche à mettre en avant les facteurs explicatifs du chômage structurel), mais peut néanmoins être estimé empiriquement. L'effet d'hystérèse du chômage retient cette seconde approche.

Persistance et hystérèse[modifier | modifier le code]

  • La persistance du chômage correspond à un ajustement long du chômage effectif vers le chômage d'équilibre, après un choc macroéconomique. L'explication d'une telle situation tient d'une part à la possible persistance du choc, d'autre part à l'insuffisance des mécanismes d'ajustement.
  • L'hystérèse du chômage désigne la situation dans laquelle, après un choc macroéconomique, le taux de chômage d'équilibre tend à augmenter avec le chômage effectif. Selon la formule de Phelps (1994)[2], c'est "un taux de chômage d'équilibre qui bouge".

Facteurs explicatifs[modifier | modifier le code]

On peut retenir trois causes principales - mais non exhaustives - de l'effet d'hystérèse:

  • Dégradation du capital humain: les chômeurs de longue durée connaissent une dévalorisation de leur capital humain. Ainsi, ils seront considérés par les employeurs comme moins productifs, donc moins rentables. On dit généralement que "l'employabilité" se dégrade, et que le chômage de longue durée a donc tendance à "s'auto-entretenir".
  • Niveau élevé des taux d'intérêts et baisse de l'investissement: en phase de reprise, i.e. au début de la période d'expansion, les entreprises sont contraintes de réduire leurs investissements de capacité, elle n'embauchent pas.
  • Pouvoir de négociation des insiders: pendant la récession, les salaires sont rigides à la hausse. En revanche, en période d'expansion, les insiders réclament des augmentations de salaire. Dans le cadre de la théorie des insiders-outsiders de Lindbeck et Snower (1989)[3], l'entreprise est considérée très averse au risque du fait des coûts de rotation de la main d' œuvre. Ainsi, l'entreprise préfère rémunérer les insiders à un salaire réel plus élevé que le niveau concurrentiel plutôt que d'embaucher des outsiders pourtant prêts à recevoir un salaire plus faible.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Conjoncturel et structurel[modifier | modifier le code]

  • L'hystérèse résulte de la période de récession, ainsi, le chômage conjoncturel explique en quelque sorte le chômage structurel.
  • Les politiques de stabilisation de la demande peuvent donc être efficaces pour résorber le chômage à long terme. En effet, l'effet de relance d'une politique budgétaire ou monétaire peut se traduire par un effet d'hystérèse de modification durable des comportements de consommation, et donc retrouver une efficacité à long terme.

Équilibre et déséquilibre[modifier | modifier le code]

  • L'effet d'hystérèse revient à dire que l'état d'équilibre de l'économie est fonction des situations de déséquilibres.
  • Le taux de chômage d'équilibre est dynamique, il évolue dans le temps selon le degré de rigidité des marchés, mais aussi selon des phénomènes d'hystérèse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Blanchard O. & Summers L. (1986) Hysteresis And The European Unemployment Problem, NBER Chapters, in: NBER Macroeconomics Annual 1986, Volume 1, pages 15-90 NBER, Inc.
  2. Phelps E. (1994) Structural Slumps, The Modern Equilibrium Theory of Unemployment, Interest, and Assets, Harvard University Press. rééd. 1998 : (ISBN 978-0674843745)
  3. Lindbeck A. & Snower D. (1989) The Insider-Outsider Theory of Employment and Unemployment, Cambridge, Mass.: MIT Press

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]