Effet d'hystérèse du chômage

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L'effet d'hystérèse est un terme emprunté à la physique, il désigne la « propriété d'un système qui tend à demeurer dans un certain état quand la cause extérieure qui a produit le changement d'état a cessé ». En économie, l'effet d'hystérèse correspond à une situation dans laquelle le taux de chômage d'équilibre augmente durablement, alors que sa cause a disparu. Le concept est mis en avant par Olivier Blanchard et Lawrence Summers (1986)[1] pour expliquer le chômage structurel en Europe dans les périodes d'expansion[2].

Précurseurs de la notion d'hystérèse[modifier | modifier le code]

Beaucoup comme Schumpeter ont mentionné le phénomène d'hystérèse, mais c'est Alfred Marshall qui introduit le concept le premier — à en croire Milton Friedman[3]. Dans la première édition de ses Principes (1890), il y écrit :

The chief cause of this divergence is the fact that, if the normal production of a commodity increases and afterwards again diminishes to its old amount, the demand price and supply price are not likely to return, as the pure theory assumes they will, to their old positions for that amount

— Marshall, Principles

« La principale cause de cette divergence est due au fait que la production normale d'un bien croit et qu'après s'être réduite à son niveau initial, il est peu probable que le prix de la demande et de l'offre reviennent, comme le supposerait la théorie pure, à leur niveau initial »

— Principles

Edmund Phelps a également repris la notion d'hystérèse en 1972. Il notait alors que :

the transition from one equilibrium to the other tends to have long lingering effects on the labour force, and these effects may be discernible on the equilibrium rate of unemployment for a long time… the natural rate… at any future date will depend on the course of history in the interim… such a property is often called hysteresis

— Edmund Phelps, Inflation Policy and Unemployment Theory[4]

« la transition d'un équilibre à l'autre tend à avoir des effets durables sur la force de travail, et ces effets peuvent être sensibles sur le taux de chômage d'équilibre pour un bon moment… le taux de chômage naturel… dépend à n'importe quel moment postérieur de la trajectoire historique transitoire… une telle propriété est souvent qualifiée d'hystérèse. »

—  Inflation Policy and Unemployment Theory[4]

Selon lui, un accroissement anormal de la demande aboutirait à une réduction du chômage. Face aux nouveaux membres syndiqués embauchés, les syndicats ne peuvent demander des hausses trop importantes de salaire, sous peine de provoquer le licenciement de certains de ses membres. Ainsi, le chômage lié aux demandes syndicales de hausse de salaire est affaibli[5].

Toutefois, plus tard dans ses travaux, même si Phelps continue d'accorder une certaine importance à l'effet d'hystérèse, il considérait que « même si dans certains cas l'hystérèse est d'une grande importance, les données ne suggèrent pas que son importance soit répandue ». Il avait tendance à voir l'effet cliquet sur le taux de chômage comme la résultante des chocs pétroliers et des taux d'intérêt réels, qui allaient perdre selon lui en l'importance petit à petit[3].

Facteurs explicatifs[modifier | modifier le code]

On peut retenir trois causes principales - mais non exhaustives - de l'effet d'hystérèse:

  • Dégradation du capital humain : les chômeurs de longue durée connaissent une dévalorisation de leur capital humain. Ainsi, ils seront considérés par les employeurs comme moins productifs, donc moins rentables. On dit généralement que "l'employabilité" se dégrade, et que le chômage de longue durée a donc tendance à "s'auto-entretenir".
  • Niveau élevé des taux d'intérêt et baisse de l'investissement : en phase de reprise, i.e. au début de la période d'expansion, les entreprises sont contraintes de réduire leurs investissements de capacité, elles n'embauchent pas.
  • Pouvoir de négociation des insiders : pendant la récession, les salaires sont rigides à la hausse. En revanche, en période d'expansion, les insiders réclament des augmentations de salaire. Dans le cadre de la théorie des insiders-outsiders de Lindbeck et Snower (1989)[6], l'entreprise est considérée très averse au risque du fait des coûts de rotation de la main d' œuvre. Ainsi, l'entreprise préfère rémunérer les insiders à un salaire réel plus élevé que le niveau concurrentiel plutôt que d'embaucher des outsiders pourtant prêts à recevoir un salaire plus faible.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Conjoncturel et structurel[modifier | modifier le code]

  • L'hystérèse résulte de la période de récession, ainsi, le chômage conjoncturel explique en quelque sorte le chômage structurel.
  • Les politiques de stabilisation de la demande peuvent donc être efficaces pour résorber le chômage à long terme. En effet, l'effet de relance d'une politique budgétaire ou monétaire peut se traduire par un effet d'hystérèse de modification durable des comportements de consommation, et donc retrouver une efficacité à long terme.

Équilibre et déséquilibre[modifier | modifier le code]

  • L'effet d'hystérèse revient à dire que l'état d'équilibre de l'économie est fonction des situations de déséquilibres.
  • Le taux de chômage d'équilibre est dynamique, il évolue dans le temps selon le degré de rigidité des marchés, mais aussi selon des phénomènes d'hystérèse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Blanchard O. & Summers L. (1986) Hysteresis And The European Unemployment Problem, NBER Chapters, in: NBER Macroeconomics Annual 1986, Volume 1, pages 15-90 NBER, Inc.
  2. Jean-Philippe Cotis et Ferhat Mihoubi, « L'hystérésis du taux de chômage en Europe », Économie & prévision, nos 92-93,‎ , p. 127-144 (lire en ligne, consulté le 4 janvier 2019).
  3. a et b (en) Rod Cross, « Unemployment », European Journal Of Economics and Economic Policies, vol. 2, no 2,‎ , p. 136—148 (DOI 10.4337/ejeep.2014.02.01, lire en ligne, consulté le 4 janvier 2019).
  4. (en) Edmund Phelps, Inflation Policy and Unemployment Theory : The Cost-Benefit Approach to Monetary Planning, W. W. Norton & Company, , 354 p. (ISBN 978-0-393-33057-1).
  5. (en) Wolfgang Franz, Hysteresis Effects in Economic Models, Springer Science & Business Media, coll. « Studies in Empirical Economics », , 121 p. (ISBN 978-3-642-51543-9 et 3-642-51543-6, lire en ligne), p. 8-9.
  6. Lindbeck A. & Snower D. (1989) The Insider-Outsider Theory of Employment and Unemployment, Cambridge, Mass.: MIT Press

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]