Effet accélérateur

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L’effet accélérateur (aussi appelé accélérateur d'investissement) désigne en économie l'effet d'entraînement réciproque entre la croissance de la demande et de celle de l'investissement. Il est mis en évidence par Albert Aftalion en 1909, et est parfois attribué à John Maurice Clark qui l'a plus rigoureusement énoncé en 1917.

Concept[modifier | modifier le code]

Il correspond à la relation positive entre la demande et l'investissement[1]. La variation de la demande génère une variation beaucoup plus grande de l'investissement[1]. Sa réalisation est soumise à trois conditions à savoir, un coefficient de capital (K/Y) et une productivité constants, d'une part, et des capacités de production utilisées pleinement, de l'autre[2]. L'exemple de l'économie américaine des années 1930 est très symptomatique à cet égard[1]. Entre 1929 et 1932, à une chute du PIB américain de moitié correspond une baisse de l'investissement de 15 fois et, entre 1932 et 1937, à une hausse de 80 % correspond une multiplication de 14 fois[1]. Ces sauts par blocs énormes de l'investissement peuvent être expliqués par l'incapacité de diviser le capital en petites quantités[1].

R. Aftalion (qui a mis l'effet en évidence en 1913) et J.M. Clark (qui l'a présenté de façon complète et rigoureuse en 1917)[2] montrent que l'investissement et la demande disposent d'un effet d'entraînement réciproque tel que l'augmentation de l'investissement fait augmenter la demande, ce qui fait ensuite augmenter l'offre, et relance le système économique[3].

En effet, l'amélioration de la conjoncture économique se traduit par un accroissement concomitant de la demande adressée aux entreprises (et donc, de leur offre) et de l'investissement[4]. L'investissement augmente lorsque la demande s'accroît. Le volume d'investissement est ainsi corrélé aux variations de l'investissement. L'investissement est par conséquent volatile et fortement lié à la demande agrégée[5].

Le mécanisme est le suivant : le capital désiré pour la période suivante est proportionnel à la demande anticipée, en ce que le capital est nécessaire pour la production. L'investissement net est donc « l'écart entre la demande anticipée et la capacité de production disponible ». Il varie proportionnellement à la variation anticipée de la demande. Lorsque l'anticipation de la demande effective augmente, l'investissement augmente aussi. L'effet d'entraînement est tel qu'une augmentation anticipée de la demande entraîne une hausse de l'investissement, ce qui augmente encore plus la demande[6].

L'effet accélérateur et l'effet multiplicateur sont les deux effets principaux qui, dans les modèles macroéconomiques lient l'investissement et la consommation. Ils forment le modèle multiplicateur-accélérateur[7].

L'effet accélérateur est inclus dans l'oscillateur de Samuelson, qui décrit les variations de revenus d'un système économique en fonction des investissements et du progrès technologique[8],[9].

Modèles d'accélérateur[modifier | modifier le code]

Accélérateur simple[modifier | modifier le code]

L'accélérateur simple s'appuie sur la contrainte technologique (v) (rapport entre le stock de capital K et le niveau de production Y).

On a alors :

K = vY et v = K/Y

Le seul moyen de répondre à une augmentation de la demande [∆D] est alors d'augmenter les capacités de production [∆Y] afin de produire davantage.

∆D = ∆Y

Or, on sait que l'investissement correspond à une augmentation du stock de capital.

I = ∆K et ∆K = ∆vY.

Comme ∆Y = ∆D, alors I = v∆D

L'impact sur le stock de capital correspond au développement des capacités de production pour satisfaire le niveau de demande accru.

On en déduit que ∆I=v∆2D (ie la variation de D au carré).

Le niveau d'investissement dépend de la variation du capital et donc de la variation de la production.

La variation de l'investissement dépend de la vitesse d'accélération ou de décélération de la production (ou de la demande agrégée).

Cet effet est accélérateur s'il est plus que proportionnel. Cela nécessite que soient réunies cinq conditions :

  • le coefficient de capital v est constant. Cela suppose que soit la fonction de production est à facteurs complémentaires ou que la fonction de production est à facteurs substituables, mais avec des prix relatif constants ;
  • la société n'est pas en situation de plein emploi. L'accroissement de la production exige une main d'œuvre disponible ;
  • les capacités de productions doivent être saturées, sinon l'ajustement se fait par le taux d'utilisation des capacités productives, sans augmentation du stock de capital ;
  • la productivité du capital doit être constante ou décroissante (sans progrès technique), sinon l'accroissement de cette productivité permet un accroissement de la consommation avec un investissement moins que proportionnel ;
  • l'augmentation de la demande ne doit pas être temporaire, sinon l'ajustement se fait par les prix.

Ajustement[modifier | modifier le code]

En réalité, au début des années 1950, on s'aperçoit que l'on désinvestit moins que d'après le modèle de l'accélérateur simple. La dépression serait plutôt liée à une augmentation du taux de chômage du capital qu'à du désinvestissement. C'est Goodwin en 1951, puis Chenery en 1952, qui proposeront un modèle d'ajustement du stock de capital. Ils considèrent, comme dans le modèle de l'accélérateur simple, que le capital désiré K* est déterminé à un moment donné t au regard de la demande Y qu'elle doit satisfaire mais qu'il existe un paramètre u>0 reflétant les contraintes liées aux coûts d'installation et de désinstallation influant sur le niveau de l'investissement réalisé tel que :

Accélérateur flexible[modifier | modifier le code]

Le modèle initial fait l'objet de révisions dans les années qui suivent. En 1954, Leendert Marinus Koyck propose un modèle dit de l'accélérateur flexible. Il considère que le capital désiré dépend des productions observées dans le passé car l'ajustement est en permanence imparfait[10]. L'accélérateur flexible relativise donc le rôle de la demande dans la décision d'investir[11]. Il est ainsi tourné vers le passé plus que vers l'avenir, car le stock de capital désiré n'est pas déterminé par le présent ou par des anticipations[12].

En effet, on note premièrement que l'accélérateur ne vaut qu'en cas d'augmentation de la demande. Si celle-ci baisse, les entrepreneurs ne désinvestissent presque pas. Ils préféreront largement sous-utiliser leur capacité de production. S'il y a reprise, il n'y aura donc pas investissement, mais réutilisation des capacités de production inutilisées.

De plus, les entreprises savent qu'il existe des variables de court terme, et font des anticipations. Concrètement, toute augmentation de la demande n'entraînera pas un investissement ; il faut également que l'entreprise estime cette augmentation suffisamment importante et durable pour mériter un investissement. L'incertitude quant à la durée de la reprise ou de la récession est donc déterminante.

On sait par ailleurs que certains investissements nécessitent des coûts d'ajustement irréversibles, comme la formation des ouvriers ou les délais d'installation.

En outre, l'investissement s'adapte avec retard à la demande (on parle de viscosité de la demande). L'inertie est d'autant plus grande que la vitesse d'ajustement du capital et des anticipations est faible.

Par ailleurs, Eisner en 1967 reprend les anticipations adaptatives (issues de Cagan en 1956), ce qui permet de réellement mettre en place le mécanisme d'anticipation à travers l'accélérateur d'investissement. Ainsi, le modèle prend en compte les phénomènes dits "permanents", tout en écartant ceux temporaires, qui pourront ainsi se reproduire. Concrètement :

et

Il convient de remarquer que les accélérateurs de Koych, Goodwin et Eisner se ramènent tous à une formule de la forme :

Débats et critiques[modifier | modifier le code]

L'effet d'accélérateur peut être enrayé si l'environnement macroéconomique n'est pas favorable à un soutien à la demande. Ainsi, dans les pays en voie de développement, l'aide au développement a pu ne pas donner les effets escomptés du fait que les budgets publics n'accordaient qu'une part modeste de leurs ressources aux investissements productifs[13].

Ces investissements ne peuvent pas être suffisants[14]. Selon w. Arthur Lewis, ce problème provient de l'insuffisance de la demande interne[14]. Celle-ci caracterise l'écrasante majorité de la population atteinte par la grande pauvreté (salaires de subsistance et sous-emploi massif)[14]. Les propriétaires fonciers dont les revenus sont composés essentiellement par la rente procèdent à des dépenses qui n'encouragent pas l'investissement interne : leurs achats porte essentiellement sur des produits importés destinés à satisfaire les besoins de paraître (snobisme)[14]. Seule la classe des capitalistes est capable de transformer les bénéfices réalisés en investissement[14]. W. A. Lewis considère que "l'aide au développement" peut jouer un rôle positif[14].

La spécificité de l'investissement public, et plus largement de la dépense publique dans l'effet accélérateur, est débattue[15].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Jean-Pierre Delas, Économie contemporaine, Faits, concepts, théories, Paris, Ellipses, , 751 p. (ISBN 978-2-7298-3611-5), p. 57
  2. a et b Jean-Luc Dagut, Réussir la dissertation d'économie, Studyrama, , 514 p. (ISBN 978-2-7590-1846-8), p. 11
  3. Jacques Généreux, Éric Berr, Léo. Charles et Arthur Jatteau, La dette publique : précis d'économie citoyenne, dl 2021 (ISBN 978-2-02-147088-8 et 2-02-147088-1, OCLC 1236399306, lire en ligne)
  4. Michel Bernard, Renaud Chartoire et Olivier Leblanc, Microéconomie et Macroéconomie aux concours des grandes écoles: Format : ePub 3, Nathan, (ISBN 978-2-09-812735-7, lire en ligne)
  5. William Honvo, La dissertation d'économie : préparation aux concours avec méthode et sujets corrigés, dl 2020 (ISBN 978-2-8073-2847-1 et 2-8073-2847-4, OCLC 1198603316, lire en ligne)
  6. Philippe Sigogne sous la dir. de Jean-Paul Fitoussi, Les cycles économiques, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, (ISBN 2-7246-0643-4, 978-2-7246-0643-0 et 2-7246-0641-8, OCLC 30992246, lire en ligne)
  7. Gilbert Abraham-Frois, Dynamique Economique, Paris, Dalloz
  8. Marc Montoussé, Macroéconomie, Editions Bréal, (ISBN 978-2-7495-0610-4, lire en ligne)
  9. Les Cahiers français, La Documentation Française, (lire en ligne)
  10. Pierre Duharcourt, La fonction d'investissement, Sirey, (lire en ligne)
  11. Claude Njomgang, Macrodynamique, Editions L'Harmattan, (ISBN 978-2-296-07548-1, lire en ligne)
  12. Denise Flouzat, Economie contemporaine, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-13-036825-0, lire en ligne)
  13. Claude Freud, Quelle coopération?: un bilan de l'aide au développement, Karthala, (ISBN 978-2-86537-203-4, lire en ligne)
  14. a b c d e et f Jean-Pierre Delas, ..., p.669
  15. François Coulomb, Jean Longatte et Pascal Vanhove, DCG 5 - Économie - 2e édition - Manuel et applications: Manuel et applications, corrigés inclus, Dunod, (ISBN 978-2-10-054161-4, lire en ligne)