Edwin de Northumbrie

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Edwin
Edwin vu par le cartographe John Speed (1611).
Edwin vu par le cartographe John Speed (1611).
Titre
Roi de Deira et de Bernicie
616633
Prédécesseur Æthelfrith de Bernicie
Successeur Eanfrith de Bernicie
Osric de Deira
Biographie
Date de naissance vers 586
Date de décès 12 octobre 633
Lieu de décès Hatfield Chase
Père Ælle de Deira
Conjoint (1) Cwenburg
(2) Æthelburh de Kent
Enfant(s) Osfrith, Uscfrea, Eadfrith, Æthelhun, Eanflæd, Æthelthryth

Edwin ou Eadwine (vers 586 – 12 octobre 632 ou 633) est roi de Deira et de Bernicie de 616 à sa mort. Il est le deuxième monarque à régner en même temps sur les deux royaumes, qui fusionnent par la suite pour donner la Northumbrie.

Fils du roi Ælle de Deira, Edwin est contraint à l'exil lorsque le roi Æthelfrith de Bernicie conquiert le Deira, vers 604. Ses pérégrinations le conduisent à la cour du roi Rædwald d'Est-Anglie, qui vainc Æthelfrith en 616, permettant à Edwin de monter sur les trônes de Bernicie et de Deira. Après la mort de son protecteur Rædwald vers 624, Edwin devient le plus puissant souverain de Grande-Bretagne, et Bède le Vénérable l'inclut dans sa liste des rois ayant exercé l'imperium sur les autres monarques anglo-saxons.

Edwin se convertit au christianisme en 627. Il est vaincu et tué en 633 (ou 632) à la bataille de Hatfield Chase par les armées coalisées du roi gallois Cadwallon ap Cadfan et du païen Penda de Mercie. Après sa mort, les royaumes de Bernicie et de Deira sont à nouveau séparés sous deux rois païens. Bien que jamais canonisé, il est considéré comme un saint et fêté le 12 octobre.

Contexte[modifier | modifier le code]

La Bernicie et le Deira au VIIe siècle.

Au VIe siècle, deux royaumes anglo-saxons existent au nord de l'Humber : au sud, le Deira, situé entre l'Humber et la Tees, et au nord, la Bernicie, de la Tees au Forth. Leurs origines sont mal connues, mais il s'agit peut-être de royaumes celtiques dont les Anglo-Saxons se seraient rendus maîtres après leur arrivée en Grande-Bretagne[1].

Selon la Chronique anglo-saxonne, le père d'Edwin, le roi Ælle de Deira, règne pendant trente ans, monte sur le trône en 560 et meurt en 588 (légère contradiction). Son successeur est un certain Æthelric, peut-être son frère. Il est possible qu'Edwin, le fils d'Ælle, ait été écarté de la succession en raison de son jeune âge[2]. Æthelric règne cinq ans (588-593), puis le royaume de Deira est conquis par Æthelfrith de Bernicie[3].

Cependant, cette chronologie est problématique. En effet, Bède le Vénérable affirme qu'Ælle règne encore sur le Deira lorsque la mission grégorienne arrive en Grande-Bretagne en 597. Il semble que le compilateur de la Chronique se soit livré à des calculs à partir des durées de règne des rois pour obtenir les dates de leurs avènements, en commettant plusieurs erreurs dans ses comptes : il confond notamment Æthelric de Deira avec Æthelric de Bernicie, le père d'Æthelfrith[4] L'historien D. P. Kirby propose une chronologie alternative, faisant régner Ælle de 569/572 à 597/600, Æthelric de 599/600 à 604/605, et situant donc la conquête d'Æthelfrith en 604 ou 605 au lieu de 593[5].

Une jeunesse en exil[modifier | modifier le code]

Lorsque Æthelfrith s'empare du royaume de Deira, le jeune prince Edwin est contraint à l'exil. Il passe les années qui suivent au pays de Galles (peut-être en Gwynedd), puis en Mercie où il épouse la princesse Cwenburg, fille du roi Cearl de Mercie. Elle lui donne deux fils, Osfrith et Eadfrith. Sa recherche d'un protecteur puissant contre Æthelfrith, dont la puissance s'étend vers le sud, le conduit à la cour du roi Rædwald d'Est-Anglie, qui est alors l'un des plus puissants monarques du sud de l'île[2].

Æthelfrith cherche à convaincre Rædwald de tuer Edwin, sans succès. Selon Bède, c'est la femme de Rædwald qui aurait rappelé à son mari le devoir de protection qui lui incombe vis-à-vis de son invité. En fin de compte, Rædwald prend les armes contre Æthelfrith et le bat à la bataille de la rivière Idle en 616. Æthelfrith est tué lors de l'affrontement, et Edwin peut lui succéder à la tête du Deira comme de la Bernicie, dont il chasse les fils du roi défunt[6],[7].

Règne[modifier | modifier le code]

Peu après son arrivée au pouvoir, Edwin envahit et conquiert le royaume celtique d'Elmet[8]. Franchissant les Pennines, il soumet les peuples bretons jusqu'à la mer d'Irlande et envahit l'île de Man et Anglesey[2].

Le roi Edwin établit la loi et l'ordre dans le royaume et devint vite le plus puissant roi d'Angleterre ; il est compté parmi les huit bretwaldas de la Chronique anglo-saxonne. Bède rapporte que durant la dernière année du règne du roi Edwin, la loi et l'ordre régnaient dans ses possessions au point qu'un proverbe disait « une femme pourrait transporter son bébé nouveau-né à travers l'île de mer à mer sans aucun risque ».

Conversion au christianisme[modifier | modifier le code]

En 625, sa première femme étant décédée, il épouse Ethelburg, sœur du roi Eadbald de Kent, une chrétienne. Au départ, sa demande en mariage est repoussée, parce qu'il n'est pas chrétien ; un contrat est finalement établi, reconnaissant à Ethelburg la liberté de culte et incitant fortement Edwin à se convertir. Une fois l'accord trouvé, Ethelbure emmena avec elle en Northumbrie son confesseur, Paulin, un moine romain qui avait été envoyé par le pape Grégoire Ier pour aider saint Augustin dans son travail de conversion de l'Angleterre, et qui venait juste d'être consacré évêque d'York. L'évêque y vit une opportunité pour répandre la foi dans le nord de l'île.

Trois évènements déterminent finalement la conversion d'Edwin : une tentative ratée d'assassinat de la part des Saxons de l'Ouest ; l'abandon du paganisme par le grand prêtre Coifi, qui se charge lui-même de détruire les idoles païennes conservées à Goodmanham ; finalement, le rappel par Paulin d'une expérience mystérieuse qu'Edwin avait vécue quelques années auparavant pendant son exil. Edwin se convertit au christianisme en 627. Comme le rapporte Bède le Vénérable, il est baptisé par Paulin à Pâques, après la naissance d'une fille. Bon nombre de membres de la cour d'Edwin et de ses sujets du Yorkshire et du Lincolnshire se convertissent aussi.

Mort et postérité[modifier | modifier le code]

Saint Edwin
Image illustrative de l'article Edwin de Northumbrie
Vitrail dans l'église de Sledmere.
Vénéré par Église catholique romaine
Église orthodoxe
Église anglicane
Fête 12 octobre

En 632 ou 633, le roi anglo-saxon païen Penda de Mercie et le Breton Cadwallon ap Cadfan de Gwynedd envahissent la Northumbrie. Ils rencontrent les forces d'Edwin à Hatfield Chase le 12 octobre et sortent vainqueurs de la bataille. Edwin est tué lors de l'affrontement, de même que son fils Osfrith. Un autre de ses fils, Eadfrith, est capturé par Penda et exécuté peu après la bataille.

L'union des royaumes se défait aussitôt. En Bernicie, le fils d'Æthelfrith, Eanfrith, s'empare du trône, tandis qu'en Deira, c'est un cousin d'Edwin, Osric, qui prend le pouvoir. Tous deux sont païens, et à leur tour vaincus et tués par Cadwallon dans l'année qui suit Hatfield Chase. Les envahisseurs sont finalement chassés par Oswald, le frère chrétien d'Eanfrith, qui unifie pour de bon la Northumbrie[9].

La mort d'Edwin marque un bref coup d'arrêt de l'expansion du christianisme en Northumbrie. L'évêque Paulin s'enfuit au Kent, accompagné de la reine Æthelburh, de leurs enfants Eanflæd et Uscfrea, ainsi que d'Yffi, fils d'Osfrith et petit-fils d'Edwin. Uscfrea et Yffi sont envoyés à la cour du roi franc Dagobert pour plus de sécurité, à moins qu'Oswald n'ait fait pression sur le roi Eadbald de Kent pour qu'il le débarrasse de concurrents gênants à la succession du royaume d'Edwin. Quoi qu'il en soit, tous deux meurent jeunes sans jamais être rentrés en Grande-Bretagne[10]. Æthelburh, quant à elle, se fait nonne et fonde une abbaye à Lyminge[11].

À la fin du VIIe siècle, la fille d'Edwin, Eanflæd, devenue abbesse de Whitby, fait transporter les reliques de son père à l'abbaye. Son culte reste néanmoins peu suivi, contrairement à celui de son successeur Oswald[12]. À Rome, le pape Grégoire XIII approuve implicitement son culte en incluant Edwin parmi les martyrs anglais repris sur les fresques murales du Collège anglais de Rome. Il est fêté le 12 octobre[13].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yorke 1990, p. 74.
  2. a, b et c Cramp 2004.
  3. Chronique anglo-saxonne, A.D. 560, 588, 593.
  4. Yorke 1990, p. 77.
  5. Kirby 1992, p. 55-58.
  6. Kirby 1992, p. 61.
  7. Yorke 1990, p. 77-78.
  8. Holdsworth 2014, p. 168.
  9. Yorke 1990, p. 78.
  10. Williams, Smyth et Kirby 1991, p. 19.
  11. Yorke 1990, p. 39.
  12. Holdsworth 2014, p. 169.
  13. Voir saint Edwin sur Nominis

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Rosemary Cramp, « Eadwine (c.586–633) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,‎ 2004 (lire en ligne).
  • (en) Philip Holdsworth, « Edwin, King of Northumbria », dans Michael Lapidge, John Blair, Simon Keynes et Donald Scragg (éd.), The Wiley Blackwell Encyclopedia of Anglo-Saxon England, Wiley Blackwell,‎ 2014, 2e éd. (ISBN 978-0-470-65632-7).
  • (en) D. P. Kirby, The Earliest English Kings, Londres, Routledge,‎ 1992 (ISBN 978-0-415-09086-5)
  • (en) Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England, Londres, Seaby,‎ 1990 (ISBN 978-1-85264-027-9)
  • (en) Ann Williams, Alfred P. Smyth et D. P. Kirby, A Biographical Dictionary of Dark Age Britain, Londres, Seaby,‎ 1991 (ISBN 1-85264-047-2).

Liens externes[modifier | modifier le code]