Edward James

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Edward William Frank James (1907 - 1984) est un poète britannique connu pour son mécénat du mouvement surréaliste.

Jeunesse et mariage[modifier | modifier le code]

West Dean House

Edward James naquit le 16 août 1907, comme fils unique de William James, un magnat américain des trains qui avait déménagé en Angleterre et qui s'était marié avec Evelyn Forbes, mondaine écossaise réputée être fille naturelle du prince de Galles (le futur Édouard VII)[1]. Il avait quatre sœurs : Audrey, Millicent, Xandra et Silvia. James reçut une courte éducation à Eton, puis au Rosey en Suisse pour intégrer enfin Christ Church, où il était contemporain d'Evelyn Waugh et de Harold Acton. En 1912 il hérita des 32 km2 de West Dean House dans le Sussex, à la mort de son père.

Le premier mécénat de James fut de publier le premier livre poésie de John Betjeman lorsqu'il était à Oxford. Il travailla avec Brian Howard sur Glass Omnibus. Après ses études, James fit une brève carrière comme diplomate stagiaire à l'ambassade à Rome. Il était chargé de l'envoi de messages codés à Londres et, alors qu'il était censé envoyer un message disant que les Italiens mettaient trois croiseurs en chantier, Londres reçut un message comme quoi il s'agissait de la mise en cale de 300 de ces navires, à la suite de quoi il fut envoyé en congé de longue durée.

Au début des années 1930, il se maria avec Tilly Losch, danseuse, chorégraphe, actrice et peintre australienne. Il y eut plusieurs production qui furent créées pour elle, par exemple Les Ballets 1933, où jouaient Kurt Weill, Lotte Lenya et George Balanchine. Lui et Boris Kochno chargèrent cette année Brecht et Weill de leurs dernière collaboration, The Seven Deadly Sins, que Balanchine produisit, dirigea et chorégraphia.

James et Losch divorcèrent en 1934 ; il l'accusa d'adultère avec le prince Serge Obolensky, descendant de l'aristocratie russe devenu dirigeant d'hôtel américain ; elle tenta de faire requalifier ce divorce par une démonstration de l'homosexualité de James, manœuvre qui échoua[2] James étant bisexuel[3]. Après son divorce, James fit partie d'un groupe mondain en Angleterre qui incluait les sœurs Mitford et le compositeur Lord Berners (en).

Surréalisme[modifier | modifier le code]

James est surtout connu comme un amateur et mécène précoce du surréalisme, mouvement né des incertitudes et des bouleversements politiques de l'entre-deux-guerres aidé des découvertes psychanalytiques de Freud. Rejetant la domination de la rationalité bourgeoise, les surréalistes s'échappaient dans l'irrationalité, le rêve et l'inconscient. James sponsorisa Salvador Dalí durant toute l'année 1938 et sa collection de peintures et d'objets d'arts devint en conséquence la plus importante collection surréaliste privée. Il aida également Dali pendant deux ans et permit à René Magritte de séjourner dans sa résidence londonienne pour y peindre.

James est représenté dans deux toiles surréalistes, toutes deux de Magritte:

Ces deux toiles suggèrent la folie. Dans la première, James se regarde dans un miroir et nous montre son dos et l'arrière de sa tête, dans le second, la tête de James est une boule de feu.

En plus de Dali et Magritte, sa collection incluait entre autres, des œuvres de Jérôme Bosch, Giorgio De Chirico, Paul Klee, Leonora Carrington, Pavel Tchelitchev, Pablo Picasso, Giacometti, Max Ernst et Paul Delvaux[6]. La plupart furent vendues par Christie's deux ans après sa mort.

Son intérêt intellectuel pour le surréalisme se note également par son mécénat de la revue surréaliste Minotaure, publiée à Paris. Il rénova sa demeure de Monkton dans le style surréaliste en collaboration avec un pionnier de ce mouvement au Royaume-Uni Syrie Maugham (en). Il y intégra quelques-unes des plus fameuses œuvres surréalistes comme le Mae West Lips Sofa (en) conçu par Dalí d'après les lèvres de Mae West, ainsi qu'un Téléphone-homard blanc. James donna ces deux œuvres au musée d'art de Brighton[7]. La plus extravagante des créations surréalistes de James fut réalisée dans une forêt mexicaine sous la forme d'un jardin de sculptures surréalistes Las Pozas.

Nouveau-Mexique[modifier | modifier le code]

En 1940, il se rendit à Taos au Nouveau-Mexique (États-Unis) comme invité de Mabel Dodge Luhan (en). Il rencontra là-bas l'honorable Dorothy Brett (en), peintre britannique pauvre quoiqu'aristocrate qui lui vendit neuf peintures en 1941 pour 580 dollars. Il invita cette femme peintre de 70 ans à rentrer en Angleterre à West Dean, offre qu'elle déclina[8].

Las Pozas[modifier | modifier le code]

La sculpture surréaliste du parc Las Pozas, Xilitla.
Las Pozas, Xilitla.
Article détaillé : Las Pozas.

Las Pozas (Les piscines) fut créée par James à plus de 600 m au-dessus de la mer, dans la forêt tropicale des montagnes mexicaines, aux abords de la ville de Xilitla. Il inclut plus de 32 ha de réseaux de cascades naturelles et d'étangs où sont disposées des sculptures surréalistes en béton[9]

West Dean[modifier | modifier le code]

En 1964, James fit don de ses propriétés anglaises, dont West Dean HouseWest Dean), à une organisation caritative. La Fondation Edward James du West Dean College (en) est devenue un centre pour la préservation des arts traditionnels.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • E. James, The Bones of my Hand, publié à compte d'auteur, Londres, 1930.
  • E. James, The Glass Omnibus, publié à compte d'auteur, Londres, 1934.
  • E. James, The Gardener Who Saw God, 1937
  • Edward James a écrit quatre poèmes intitulés Sécheresses mis en musique par Francis Poulenc pour chœur de quatre voix mixtes, piano et orchestre en 1937.
  • E. James, autobiographie, George Melly (éd.), Swans Reflecting Elephants, My Early Years, Autobiography of Edward James (Weidenfeld, Londres, 1982).

Sculpture[modifier | modifier le code]

Une sculpture en marbre d'Edward James par le sculpteur Isamu Noguchi existe.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Margaret Hooks, Surreal Eden: Edward James & Las Pozas, Princeton Architectural Press, New York, 2006, ISBN 978-1-56898-612-8, p. 14
  2. Coleby, Nicola, A Surreal Life: Edward James, 1907-1984, Exhibition Catalogue, Royal Pavilion (Brighton, 1998).
  3. Francine du Plessix Gray, Onward and Upward with the Arts, “The Surrealists’ Muse”, The New Yorker, 24 septembre 2007, p. 136
  4. [1]
  5. The Pleasure Principle (Portrait of Edward James), par René Magritte. 1937. huile sur toile. 79 × 63,5 cm. Edward James Foundation, Chichester, Royaume-Uni.
  6. Margaret Hooks, Surreal Eden: Edward James & Las Pozas, Princeton Architectural Press, New York, 2006, ISBN 978-1-56898-612-8, p. 167
  7. Rose Collis The New Encyclopaedia of Brighton, Brighton: Brighton & Hove Libraries, 2010, p. 207
  8. Sean Hignett et Franklin Watts, Brett: From Bloomsbury to New Mexico, New York, 1983, ISBN 978-0-531-09775-5
  9. "Dream Works: Can a Legendary Surrealist Garden in Mexico Bloom Again?", New York Times Style Magazine, 30 mars 2008

Liens externes[modifier | modifier le code]