Éducation civique

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L’éducation civique est le nom généralement donné à l’enseignement se faisant dans les écoles, collèges et lycées concernant la citoyenneté et les valeurs qu'un système éducatif veut diffuser. Il diffère selon les pays et selon les époques. Il a auparavant été question d'enseignement de la morale.

En France[modifier | modifier le code]

Article connexe : Système éducatif français.

Formation du citoyen[modifier | modifier le code]

La formation du citoyen français par l'école est prévue dès la Révolution, Talleyrand et Condorcet rédigèrent entre autres des rapports parlementaires sur l'instruction publique qui la mentionnent, mais pas en temps que discipline à part entière.

« […] on enseignera aux élèves :
1° à lire et à écrire, et les exemples de lecture rappelleront leur droits et leurs devoirs ;
2° la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen et la Constitution de la République française ;
3° on donnera des instructions élémentaires sur la morale républicaine. »

— Décret du 27 brumaire an III (17 novembre 1794) sur les écoles primaires[1].

Instruction civique[modifier | modifier le code]

La loi du 28 mars 1882 sur l'enseignement primaire obligatoire[2], proposée par le ministre de l'Instruction publique Jules Ferry, introduit l'« instruction morale et civique » (selon l'article premier de la loi)[3] en remplacement de l'instruction morale et religieuse.

« […] Si vous voulez chasser des esprits les utopies, si vous voulez émonder les idées fausses, il faut que vous fassiez entrer dans l’esprit et dans le cœur de l’enfant des idées vraies sur la société où il doit vivre, sur les droits qu’il doit exercer. Comment ! dans quelques années, il sortira de l’école primaire — et pour un grand nombre de ces jeunes gens, c’est à l’école primaire que s’arrêtent malheureusement et se limitent tout le bagage et toutes les connaissances scientifiques. Comment ! il sera électeur dans quelques années et vous voulez nous défendre de lui apprendre ce que c’est qu’une patrie ! »

— Intervention de Jules Ferry au Sénat le 10 juin 1881[1].

« But de cet enseignement. — Bien compris, l’enseignement civique a un double but : l’instruction et l’éducation ; faire connaître le pays, et faire aimer la patrie ; en d’autres termes, d’une part, l’étude succincte des institutions qui nous régissent, précédée des notions nécessaires sur l’organisation de la société en général ; de l’autre l’éveil et le développement chez l’enfant du sentiment de la reconnaissance, de l’attachement, du dévouement à la patrie. »

— Ferdinand Buisson, article « Instruction civique », Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, 1887[4].

Différents noms[modifier | modifier le code]

L'arrêté du 23 mars 1938 prévoit des cours de « morale et instruction civique » en cours supérieur (de 11 à 13 ans), puis de « morale et initiation pratique à la vie civique » en classe de fin d'études primaires (13 à 14 ans)[1]. En 1941, le gouvernement de Vichy renomme les cours du primaire en « éducation morale et patriotique ». L'arrêté du 21 septembre 1944 du GPRF revient au terme d'« instruction morale et civique » dans le primaire, tandis que la circulaire du 30 août 1945 fonde l'« initiation à la vie politique et à la vie économique » dans le premier cycle du secondaire (de la sixième à la troisième) avec une heure par semaine, puis en 1948 d'« instruction civique » avec une heure par quinzaine pour tout le secondaire.

L'instruction civique est supprimé en temps que discipline au primaire en 1969[5], avant de revenir en 1985 comme « éducation civique »[6]. En 1991, les nouveaux programmes du primaire prévoient l'enseignement de notions civiques (dès le cycle 2 : « connaître les éléments de la vie civique » ; « connaître certains symboles de la République »)[7]. En 1995, le ministre de l'Éducation nationale François Bayrou rend obligatoire des séances d'éducation civique au collège, avec application en 1996 ; une circulaire affirme que l'éducation à la citoyenneté est « de la responsabilité de l'ensemble de l'équipe éducative ». En 1999, sous le ministre Claude Allègre, cette discipline fait son entrée parmi les programme du lycée, applicables à la rentrée 2000. En 2008, l'« instruction civique et morale » apparaît dans les programmes du primaire, tandis que l'éducation civique au lycée est renommée « éducation civique, juridique et sociale » (ECJS).

Enseignement moral et civique[modifier | modifier le code]

À partir de la rentrée scolaire de septembre 2015, les élèves du primaire et du secondaire en France ont désormais dans leur emploi du temps un « enseignement moral et civique » (EMC) : cette discipline remplace l'« instruction civique » de l'école primaire, l'« éducation civique » au collège et l'« éducation civique, juridique et sociale » (ECJS) au lycée.

Si les programmes de l'EMC reprennent très largement ceux des disciplines antérieures, la nouveauté est que l'EMC bénéficie dorénavant, du CP à la terminale, d’horaires propres uniquement consacrés à cette matière, à raison d’une heure par semaine au primaire et d'une heure par quinzaine dans le secondaire, soit 300 heures sur une scolarité[8]. Proposé par le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon sous le nom de « morale laïque », le nom d'enseignement moral et civique est donné par la loi no 2013-595 du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République, la discipline est introduite par son successeur Najat Vallaud-Belkacem[9] à la rentrée de septembre 2015 et non en septembre 2016, les attentats de janvier 2015 ayant justifié sa mise en place.

Cet enseignement est dispensé au primaire par le professeur affecté à la classe, au collège par un professeur d'histoire-géographie et au lycée par l'un des enseignants (il s'agit souvent de celui d'histoire-géographie, mais il peut être d'une autre matière). Si au collège il peut s'agir d'un cours magistral (règlement intérieur, droits et devoirs, institutions, etc.), au lycée les séances sont majoritairement consacrées à des débats (sur l'actualité, une question morale ou la vie de classe), l'utilisation de la presse, un projet pédagogique (sortie, aides caritatives, etc.), des recherches documentaires et des exposés. L'enseignement moral et civique est évalué au sein des épreuves du diplôme national du brevet, mais pas au baccalauréat.

En Irlande[modifier | modifier le code]

Les écoliers irlandais reçoivent un enseignement équivalent à l'ECJS français, appelé éducation civique, sociale et politique (Civic, Social and Political Education, CSPE).

Au Québec[modifier | modifier le code]

Les écoles primaires (première à sixième) et secondaires (première à cinquième) québécoises enseignent le cours d'Univers social, qui inclut l'histoire et la géographie. Par contre, la partie géographie du cours d'Univers social n'est plus enseignée à partir de la troisième année du secondaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Philippe Marchand, « L'instruction civique en France : quelques éléments d'histoire » [PDF], sur http://spirale-edu-revue.fr/.
  2. « Loi no 11696 du 28 mars 1882 qui rend l'enseignement primaire obligatoire », sur http://dcalin.fr/.
  3. « L'enseignement de la morale dans les écoles communales à l'époque de Jules Ferry » [PDF], sur http://www.cndp.fr/.
  4. Ferdinand Buisson (dir.), Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire, t. 1, Paris, Hachette,‎ (réimpr. 1911, 1929 et 2011-2012), p. 398-402.
  5. Véronique Soulé, « L'instruction civique fête ses 130 ans », Libération,‎ (lire en ligne).
  6. Claude Nicolet, Pour une restauration de l'éducation et de l'instruction civique : rapport présenté au ministère de l'Éducation nationale,‎ 1er novembre 1984.
  7. François Galichet, « L'éducation à la citoyenneté dans les programmes d'enseignement français nécessairement laïcs et leur mise en œuvre » [PDF], sur http://philogalichet.fr/,‎ .
  8. Séverin Graveleau, « Un enseignement moral et civique du CP au bac », lemonde.fr,‎ (consulté le 31 août 2015).
  9. Aurélie Collas, « La morale laïque arrive dans les programmes », lemonde.fr,‎ (consulté le 31 août 2015).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guillaume Bernard et Frédéric Monera, L'instruction civique pour les nuls, First, 2010 : dans la célèbre collection « Pour les nuls ».
  • Michel Jeury et Jean-Daniel Baltassat, Petite histoire de l’enseignement de la morale à l’école, Robert Laffont, 2000.